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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 05:40

DONNEES OFFICIELLES, DYNAMIQUES DES POPULATIONS D'ANIMAUX SAUVAGES ET SANGLOT DE L'HOMME BLANC. Tigres et jaguars, baleines et rhytines.

DONNEES OFFICIELLES ET ORIENTATIONS POLITIQUES. Tigres et jaguars. Les dynamiques démographiques et spatiales des grands animaux sauvages restent à ce jour largement incomprises. Faute de mieux, on avance des données officielles, plus en rapport avec la politique choisie qu'avec la réalité, que l'on ne peut de toute façon que très difficilement embrasser, et de façon très indirecte.

Les malaisiens, dont les forêts se dépeuplent et dont les tigres rejoignent massivement le marché chinois en pièces détachées via la Birmanie ont préféré mettre la carte de leur impuissance à juguler ce phénomène sur la table. Avec 500 tigres en 2010, et un objectif de 1000 en 2022, la Malaisie a très officiellement jeté l'éponge l'an dernier et appelé à l'aide. Les tigres seraient désormais moins de 300 dans ce pays, où ils étaient 3000 dans les années 1950.

L'Inde annonce entre 1720 et 1800 tigres sauvages sur son territoire à la fin de l'an dernier (les chiffres définitifs seront diffusés le mardi 20 janvier), soit une très légère croissance par rapport au dernier "recensement" de 2010 (1706 individus). Le gouvernement en place depuis mai dernier s'inscrit dans une logique de protection très active (qui n'est pas nécessairement toujours adéquate) face à une réalité protéiforme. Dans le cadre de l'objectif de doublement des effectifs entre 2010 et 2022, on peut raisonnablement s'attendre à une "montée en puissance" progressive des chiffres officiels au cours des années à venir, alors que les effectifs réels sont à peu près sûrement, d'ores et déjà, supérieurs à 2000.

Sous - estimation plus significative encore pour les tigres de Chine du Nord Est (qui, il est vrai, partent de très bas). Ils sont officiellement entre 12 et 20, officieusement une quarantaine (ils étaient encore 150 en 1970). Une portée de quatre nourrissons et leur mère ont été filmés l'automne dernier. Avec la sortie du livre de Judith A. Mill "The blood of the tiger" sur les fermes à tigre chinoises, la réunion de la CITES des 28 et 29 janvier prochain à Pékin, Xi Jin Ping souhaite changer l'image de son pays au cours des deux ans à venir. A la fin de l'an dernier, un notable bien connu pour consommer du tigre lors de banquets fastueux a été condamné à 13 ans de prison, et 21 nouveaux couloirs écologiques transfrontaliers avec la Russie vont être "ouverts" (voir page blog du 14 janvier "Extension du domaine de la lutte"). Les informations reçues hier et aujourd'hui sur la préparation de l'atelier CITES vont également dans ce sens.

Pour les tigres russes, on annoncera vraisemblablement un effectif de 550 individus lors de la publication des résultats, en mai prochain, du recensement dont la dernière phase se déroule à la fin de ce mois et au début février. Mais sur des espaces aussi immenses (et c'est vrai aussi côté chinois, sans parler de l'absence de données en Corée du Nord), ici peut être encore plus qu'ailleurs personne ne peut recenser les tigres, on ne peut dégager que des tendances. Les tigres de l'Amour étaient, à l'automne 2007, plus de 400 et moins de 1400 (nombreux témoignages du "terrain", interview d'un chasseur Udege sur Radio Moscou en février 2008, film "Amur Tiger" 2008). Et leurs populations ont augmenté au cours des 7 années suivantes. C'est tout ce que l'on peut dire de scientifiquement raisonnable et honnête. Ayant atteint un point bas au milieu des années 90, les effectifs ont connu ensuite un rebond vigoureux, observé par tous les acteurs de terrain. L'opération Amba, lancée en 1995, a manifestement était COMPRISE par les tigres, qui ont "mis le paquet" lors de cette "fenêtre d'opportunité". Au début des années 2000, une tigresse affamée et ne pouvant plus nourrir son rejeton, "s'était rendue" aux soldats russes en poste sur la frontière avec la Chine, après de nombreuses approches sonores explicatives de sa part, et il est clair que les garde frontières lui inspiraient confiance et constituaient, à ses yeux, un espoir de survie et non l'inverse. Chaque individu ayant besoin d'un très vaste territoire, ces animaux ne peuvent dépasser quelques milliers d'individus, même dans des conditions optimales. Au début du 19ème siècle, ils étaient environ 2500 (voir CatsNews 61 p 18 de l'automne dernier), soit 4 fois moins nombreux (estimation TRES prudente) que leurs congénères d'Asie centrale ("Turkestan russe") à la même époque. Concernant les jaguars, Alan Rabinowitz, qui a initié, avec l'association Panthera, un "Jaguar corridor" à l'échelle continentale américaine, faisait observer récemment que la seule chose pouvant être raisonnablement dite sur les effectifs actuels de ces animaux, c'est qu'ils sont plus de 20 000 et moins de 100 000...

VOUSSURE CULTURELLE : "LES CAROTTES SONT CUITES" (ou "La fatigue moderniste comme source d'incompréhension des dynamiques des populations"). Baleines et rhytines. Depuis plusieurs décennies, les grands cétacés connaissent un rebond démographique après le point bas des années 60 et 70 du siècle dernier (près de 600 000 rorquals de Minke dans le seul Océan Austral, plusieurs centaines de milliers de cachalots dans l'Océan mondial, estimation basse (Ellis R. 2011. University Press of Kansas. The great Spermwhale : a natural history of the ocean's most magnificent and mysterious creature) et autant de requins baleines, plus de 80 000 baleines à bosse (estimation modérée) et même, reconstitution régionale des baleines bleues pour le Pacifique du Nord Ouest à hauteur de 97 % des effectifs d'avant l'exploitation baleinière (Monnahan, Branch & Punt 2015, dans Marine Mammal Science, Volume 31, Issue 1, Janvier 2015. Do ship strikes threaten the recovery of endangered eastern North Pacific blue whales?) Etrangement, du moins de prime abord, c'est dans ce contexte que Jean Pierre Sylvestre écrit "Si le chant des baleines s'éteignait. Menaces sur les mammifères marins" ( eds. Albin Michel, 4 Avril 2014). De fait, le point bas des années 60, sur terre, en mer, et dans les airs a eu un impact durable dans la psychologie collective. Eradication du Grizzly mexicain et du tigre d'Asie centrale, évènements particulièrement atroces dans les Océans (voir page blog du 7 décembre dernier "Se souvenir des belles choses") après tant d'autres épisodes douloureux intervenus lors des siècles précédents et bien connus de tous... Ceci a orienté "dépressivement" une analyse qui n'a guère de scientifique que le nom.

Un cas emblématique : les rhytines de Steller. Ces animaux ont subi une extermination rapide au dix huitième siècle, officiellement en 27 ans (voir "Un tigre peut féconder l'Océan", publié sur ce blog le 21 avril dernier). Jean Pierre Sylvestre, comme Fabrice Genevois (Le crépuscule des vaches de mer, eds. Le Guetteur, 2012), présentent ces animaux comme en déclin dès avant leur massacre par les colons russes, avec une probable disparition à moyen terme même si ce drame n'était pas survenu. Or, en 3000 ans, les chasseurs aléoutes n'avaient altéré ni les populations de loutres de mer ni celles de rhytines, ce qui maintenaient l'équilibre avec les oursins et les algues géantes Laminaria constituant les forêts marines abritant les unes et les autres (constat établi par Alexandre Bourdine et son équipe en 2012). Genevois et Sylvestre mésestiment l'amplitude de la distribution des rhytines dans les îles Aléoutiennes à l'époque de l'expédition Bering, ainsi que leur survie tardive dans la zone, pourtant mises en lumière par les travaux de Domning, Thomasson et Corbett en 2007 "Steller's sea Cow in Aleutian Islands" (ces animaux avaient même habité les eaux alaskiennes - île St Lawrence -, jusqu'au Moyen - Âge au moins (travaux de Crerar et son équipe, publiés le 26 novembre 2014 dans Biological Letters : "Rewriting the history of an extinction. Was a population of Steller's sea cows (Hydrodamalis gigas) at St Lawrence island also driven to extinction?")). De plus, leurs assertions sur la survie "tardive" des Rhytines sur les îles Bering et du Cuivre dûe soi - disant à leur totale absence de contact avec les Aléoutes sont clairement invalidées par Domning et son équipe, tout comme par Savinietsky et la sienne, 3 ans plus tôt. Qui plus est, ces mêmes travaux renforcent explicitement l'hypothèse émise par Domning, en 1972, du rôle originel des rhytines dans l'acquisition d'un savoir faire pour la chasse baleinière des Aléoutes comme d'autres populations plus septentrionales, avec toute l'implication culturelle et magico -religieuse que celà implique entre chasseurs et proies, comme l'a montré Jean Malaurie dans "L'Allée des Baleines" en 2001). Ces aspects cruciaux sont totalement ignorés de Genevois et de Sylvestre. En tout état de cause, ces animaux géants sont massacrés à partir de 1741 dans des proportions croissantes, leurs corps étant majoritairement perdus en mer. En 1755, l'ingénieur des mines Petr Yakolev demande un oukase pour leur protection mais n'est hélas pas écouté par la tsarine Elizabeth 1ère. Lors de l'hiver 1767 – 1768, l'explorateur Martin Sauer enregistre officiellement le dernier animal, tué par un certain Popoff. Genevoix parle de 1747 comme l'année de plus grande destruction (250 individus tués). Et Stejneger, en 1887, avait estimé la population de rhytines juste avant l'arrivée des russes à 1500 individus. Ceci est tout simplement impossible, et la dynamique des populations de ces animaux a été sérieusement sous - évaluée. Turvey et Riley, en 2006, ont mis en lumière les éléments suivants, à la lecture du travail de Stejneger. 250 rhytines ont bien été abattues en 1747, mais elles ont été environ 530 dans ce cas en 1754 (d'où l'appel angoissé de Yakolev l'année suivante), et encore quasiment 300 en 1762. Qui plus est, l'auteur souligne qu'il s'agit de répertoires tout à fait partiels ("very defective historical data"). Les pertes réelles étaient donc encore nettement supérieures. Sources : Turvey (S.T), Risley (C.L). 2006. Modelling the extinction of Steller's sea cow. Biology letters, 22 mars 2006 2 (1), 91 - 97. Et Stejneger (L). 1887. How the great northern sea cow (Rytina) became exterminated. Am. Nat., volume 21, 1047 - 1054. D'ailleurs, Sylvestre constate que désormais, les scientifiques, prudemment, refusent de se prononcer dans un sens ou l'autre quant à la survie actuelle des rhytines. Dans ce contexte, il paraît urgent, pour lui assurer une protection effective et un avenir solide, de découvrir "les ressorts cachés" du requin pélerin, qui semble particulièrement menacé à brève échéance.

Voir aussi, sur le DUGONG, animal proche de la rhytine :

1. L'industrie dugonguière australienne (1847 - 1969) : Read (M) Sobtzick (S). 2013. A review of the population dynamics of dugongs in Southern Queensland 1830 - 2012. 33 pages. Department of Environment and Heritage Protection. State of Queensland.

2. Conséquences destructrices du "sanglot de l'Homme Blanc". Chasse aborigène entre Australie et Nouvelle - Guinée au XXIème siècle : Heinsohn (R), Lacy (R.C), Lindenmayer (D.B), Marsh (H), Kwan (D), Lawler (I.R). 2004. Unsustainable harvest of Dugongs in Torres Strait and Cape York (Australia) waters : two case studies using population viability analysis. Animal Conservation 7, 417 - 425 (Zoological Society of London).

Dans l'Océan Indien, jusqu'à la fin des années 60 et au début des années 70, il existait encore des troupeaux de 500 animaux près des côtes de Somalie et du Kenya...

RESULTATS INCERTAINS, APPROCHE EVOLUTIVE. La distribution spatiale des populations, particulièrement mouvante, exige de toute manière un suivi particulier. Aujourd'hui, le chat des roseaux, présent du Vietnam à l'Egypte est peut être déjà en Europe. Des observations en plusieurs endroits des côtes occidentales turques, en contradiction avec les cartes de distribution établies (CatsNews 61, p 11) montrent qu'il pourra atteindre sans grande difficulté l'île grecque de Samos, ou peut être même qu'il y est déjà installé. Même constat pour le chacal doré en Franche Comté (au moins un individu présent dans le canton de Vaud voisin en 2011), et même le porc - épic dans le Var (significativement présent dans les zones frontalières d'Italie du Nord - Ouest).

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