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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 10:06

LE TIGRE DEBOUT. APPRENDRE DES AUTRES, COMPTER SUR SES PROPRES FORCES.

A l'occasion de l'adoption du tigre de l'Amour comme mascotte officielle de la Fédération Internationale de Sambo (sport de combat pratiqué dans 105 pays aujourd'hui et dont l'audience ne cesse de s'élargir), qui induit une implication active des représentants de ce sport dans la promotion, la préservation et le renforcement des populations sauvages de l'animal : voir le détail sur la page :

http://programmes.putin.kremlin.ru/en/tiger/news/25078

on constate par cet exemple comment s'illustrent une nouvelle fois les surprises des transferts culturels issus des chaos de l'Histoire. Voici le parcours singulier de Vassily Oshchepkov, né sur l'île de Sakhaline en 1892 devenue japonaise après la défaite des russes contre les japonais en 1905, qui, après une initiation dans des conditions particulièrement dures et humiliantes auprès du Grand Maître japonais Jigoro Kano (celui -ci, pourtant d'ordinaire avare de compliments, lui dit, à l'issue de sa formation : "L'ours russe a su suivre son propre chemin"), réorienta et enrichit le judo sous la forme du sambo qui devint un élément constitutif de l'identité nationale russe, et périt dans les purges staliniennes de 1937, accusé "d'espionnage à la solde du Japon". Il semblerait qu'en définitive, il n'ait pas lutté ni souffert en vain. A l'instar de l'explorateur Vladimir Arseniev, du naturaliste Lev Kaplanov, de l'ours Kesagake (Hokkaïdo décembre 1915), et du tigre de Sobolonye (Primorye décembre 1997). Le chemin de l'ours mène toujours au tigre.

La suite détaillée est extraite de la page Wikipedia concernant le Sambo.

L'histoire débute à la fin de la Guerre russo-japonaise de 1905, avec un russe nommé Vassily Sergueïevitch Oshchepkov (1892-1937). Après la défaite de la Russie, l'Île de Sakhaline était devenue un territoire Japonais. Vassily Oshchepkov est né à la fin décembre 1892 dans le village d'Alexandrovsky, sur l'Île Sakhaline, dans un centre pénitentiaire pour femmes. Maria Oshchepkova, sa mère, était une paysanne veuve. Dès ses premières années, l'enfant est marqué à vif: c'est un enfant de naissance illégitime et est fils d'une prisonnière. Il semble que le jeune Vasaya Oshchepkov est destiné à un destin tragique. Vassily Oshchepkov perdit sa mère à l'âge de 11 ans, mais quelques années plus tard, son avenir devint plus prometteur lorsqu'il rencontra un homme noble et exceptionnel; l'Archevêque Nicolai de l'Église Chrétienne Orthodoxe Russe. Sans avoir tous les fonds nécessaires, l'Archevêque Nicolai réussit à fonder quelques écoles au Japon. Dans l'une d'elle, le Séminaire spirituel de Kyoto, Vassily Oshchepkov a pu faire son entrée en 1907 à l'âge de 14 ans grâce à un bienfaiteur inconnu, probablement l'Archevêque Nicolai. Au Séminaire, Vassily Oshchepkov reçu une très bonne éducation, lui permettant de renouer ainsi avec les anciennes traditions russes. Enfin la bonne fortune lui souriait; orphelin, de naissance illégitime, fils d'une prisonnière, il avait la possibilité d'être initié à la prêtrise… mais Vassily avait d'autres intérêts. Parce que l'archevêque était un homme large d'esprit, il donnait la possibilité aux jeunes d'étudier au séminaire le Judo: sorte de lutte Japonaise crée 25 ans auparavant, par Jigoro Kano. Vassily y porta un intérêt très marqué. Élève habile et adroit, il étudia rapidement les techniques de cette forme de lutte japonaise. Son professeur qui l'appréciait bien, lui rendit une importante faveur. Une fois par année avait lieu les sélections des meilleurs élèves pour pouvoir aller étudier le Judo au fameux Kodokan (École de Jigoro Kano, fondateur du Judo). Son professeur, sous le plus grand secret, lui révéla le principe peu usuel pour la réussite de cette sélection.

Le jour fatidique arriva. Plusieurs jeunes étaient réunis, agenouillés sur les tatamis de pailles. Le créateur du Judo, Jigoro Kano, commença son discours devant l'assemblée. Le discours à tendance moralisateur fut vraiment très long et franchement ennuyant. Avec tout le respect qui devait être accordé à l'orateur, il était vraiment difficile pour de jeunes gens de rester en place et de ne pas se retourner et regarder ailleurs. Mais Vassily Oshchepkov savait, les instructeurs du Kodokan les surveillaient de près à l'arrière. Chaque mouvement d'inattention, chaque manque de concentration étaient considérés comme un manque de respect envers le Grand Maître et son Judo. Vassily n'avait pas une grande expérience dans le maintien de la position agenouillée japonaise, le seiza. Il avait des crampes, la sensation que des aiguilles lui transperçaient les jambes. Il aurait bien voulu les étirer un peu ou simplement les bouger, mais il resta en seiza sans bouger. Il savait qu'il devait rester immobile et concentré sur les propos de Jigoro Kano pour être sélectionné. Quand finalement, une personne finie par venir le voir pour lui annoncer qu'il était admis au Kodokan, il ne put même pas se lever. Il roula simplement sur le côté pour pouvoir détendre ses jambes.

Dans les archives du Kodokan, on retrouve la trace de l'admission de Vassily Oshchepkov en date du 29 octobre 1911. Vassily étudia le Judo à temps plein avec Jigoro Kano. Même les spécialistes japonais pensaient que l'entraînement au Judo japonais était au-delà des forces d'un européen. L'entraînement ne se fit pas sans heurts. En ce temps-là, le système était sans pitié et cruel. Il ne faut pas oublier que quelques années auparavant, la Guerre russo-japonaise était en cours. Aussi, Vassily était choisi intentionnellement comme souffre-douleur par ses partenaires japonais. Il n'était pas un partenaire d'entraînement pour eux mais bien un véritable ennemi. Pas assez expérimenté, Vassily Oshchepkov était brutalement jeté sur le tatami, étranglé sans ménagement, il eut même le bras brisé. Malgré tout cela, comme le veut le respect, la courtoisie et la tradition du Judo, il remerciait ses partenaires pour cette leçon et les saluait humblement sans broncher, et ce, parfois même avec des côtes fracturées. Cet apprentissage à la dure lui sera très utile plus tard en URSS. Et bientôt, Vassily Oshchepkov devint un adversaire redoutable, même pour les plus expérimentés. Vassily ne termina pas simplement le cours de l'institut, mais commença à réclamer le degré de maître, la ceinture noire. Six mois plus tard, le 15 juin 1913, il obtint de Jigoro Kano sa ceinture noire 1er Dan. À cette époque, il était très difficile d'obtenir des grades de la part des maîtres japonais, spécialement pour un étranger et encore plus pour un ancien ennemi d’origine russe. Vassily Oshchepkov était le premier russe et un des quatre premiers Européens à obtenir un grade de ceinture noire de Judo. Grâce à son obstination et à sa persévérance, le jeune russe fut très honoré par de chauds éloges de la part du Grand Maître, Jigoro Kano, qui n'était pas habituellement très généreux dans ce genre de choses. Vassily Oshchepkov garda longtemps les mots de Kano en mémoire: "L'ours russe a su suivre son propre chemin". Et quelque temps plus tard, il recevra son 2e Dan le 4 octobre 1917.

En 1914, à son premier retour en Russie à Vladivostok, il ouvrit une école comportant une cinquantaine de membres et y enseigna le Judo. Il fut le pionnier du Judo en Russie. En ce temps là, la lutte japonaise était nouvelle même pour les états de l'ouest. Après avoir acquis les connaissances de bases relatives au Judo, les membres participèrent à une première compétition internationale Russie-Japon. Le 4 juillet 1917, les élèves de Vassily Oshchepkov ont affronté l'équipe du Collège Commerciale Otaru dirigé par Hidetoshi Tomabetsu. - Cet événement coïncidait à quelques mois près avec l'ouverture du premier club de Judo européen en 1918: le Budokwai de Londres, fondé par Gunji Koizumi. - Ainsi, la première compétition internationale de Judo n'a pas eu lieu à Paris, à Londres ou à New York, mais bien à Vladivostok en Russie. Parce qu'il connaissait le japonais et l'anglais en plus du russe, Vassily Oshchepkov trouva du travail comme traducteur dans l'armée russe. Quelques rumeurs circulent d'ailleurs à ce sujet: Vassily Oshchepkov était, à son insu, impliqué dans un plan à long terme des Services Secrets de l'Empire Russe. Ce plan consistait à construire un réseau d'agents capable d'intervenir dans le cas d'une crise politique de l'extrême-orient. Les capacités au combat de V.A. Oshchepkov ainsi que sa maîtrise de la langue japonaise ont été utilisées par l'Armée Rouge lors de son inévitable implication dans le service. En 1917, il soutient la Révolution d'octobre. Il est envoyé par les nouvelles autorités du pays au Japon et en Chine où il reste pour un certain temps.

A partir de 1921, V.A. Oshchepkov fut commandeur dans l'Armée Rouge et y effectuait un travail quelque peu étrange. Il annonçait et vendait des films russes au Japon et en Chine. Cette occupation à la facette civile et commerciale n'était en fait qu'une couverture pour son travail au sein du Service de Renseignement. En ce temps-là, le Japon et la Chine étaient des ennemis de L'URSS et une bonne connaissance de ces pays ainsi que du langage local aida grandement Oshchepkov à faire son travail aux renseignements. En tant que maître d'arts martiaux, il eut la possibilité d'étudier le Wushu en Chine. Quand il revint à Vladivostok, il fit ce qu'il aimait le plus: il enseigna les arts martiaux à une nouvelle génération d'étudiants. Mais bientôt, V.A. Oshchepkov fut muté en 1925 à Novossibirsk où il fut enrôlé dans l'Armée Rouge à titre de traducteur militaire et détaché au quartier général du district de Sibérie. Vassily Oshchepkov était passé maître dans les difficiles langues orientales, même les plus grands spécialistes le consultaient régulièrement pour lui demander conseil. Mais la lutte, le Judo et l'autodéfense restait la partie principale de sa vie. Il développa, enseigna et propagea sa science du combat, de la lutte et de l'autodéfense dans les milieux militaires.

Lors d'un événement sportif spécial sur un lieu d'entraînement de l'Armée Rouge, il fit une démonstration de ses talents.. Les spectateurs regardèrent avec grands intérêt cet homme grand et robuste. Après un court moment, tous comprirent qu'il était « LE » grand maître. Il fut attaqué par plusieurs « ennemis » à mains nues, armés de vrais armes: sabres, mitraillettes, couteaux, revolvers. Ils ne jouaient pas, les baïonnettes, les couteaux, les sabres étaient bien aiguisés, même les armes étaient chargées. Les balles avaient cependant été retirées des cartouches. Les attaques étaient bien réelles. Les spectateurs placés derrière Oshchepkov étaient capables de dire s'il avait bien réussi à désarmer l'agresseur avant qu'il n'ait eu le temps de tirer. On pouvait très bien voir le feu sortir du canon des armes et savoir si Oshchepkov avait eu le temps d'éviter une balle potentielle. La démonstration était vraie, il désarma les assaillants armés de lames, les mitraillettes et les revolvers se retrouvaient dans ses mains avant que « l'ennemi » n'ait pu tirer ...

Vassily Oshchepkovn'était pas le genre d'étudiant timide qui suivait aveuglément les maîtres japonais, copiant leurs moindres mouvements sans jamais avoir même l'idée de remettre en question les concepts du Judo établis par Jigoro Kano. Il ne se limita donc pas qu'aux choses provenant exclusivement du Japon. Il essaya de créer un système nouveau et efficient de lutte et d'autodéfense, un système plus efficace que tous les autres. Le développement de ce système de combat s'effectua de manière totalement indépendante, sans contact avec les autres écoles de Judo. Il repensa tout le Judo du Kodokan pour les besoins de la réalité Russe, un peu comme Mikinosuke Kawaishi (pionnier du Judo Français) le fera en France quelque temps plus tard. Bien que cela semble étrange, Vassily Oshchepkov disait que même les japonais n’avaient pas une bonne méthode pour enseigner le Judo. Chaque professeur n'enseignait que sur les bases de sa propre expérience et sur ses habiletés personnelles. Les professeurs japonais niaient la nécessité d'avoir recours à des exercices spécifiques et les ignoraient. Avec l'aide de Viktor Spiridonov, il apportera une approche bien différente de l'approche japonaise à ce nouveau système et sera l'ingénieur d'un système de combat non orthodoxe. V.A. Spiridonov avait été un investigateur pour le Dynamo (NKVD) sur différents systèmes de combat. Il avait voyagé en Mongolie, en Chine et en Inde pour observer les différents styles locaux d'arts martiaux. Alors que chez les japonais on perfectionnait le concept d'arts martiaux, où le raffinement techniques peut mener au développement personnel et à l'illumination spirituelle, les Russes eux perfectionnaient le concept de combat de survie. Ils ne s'entraînaient pas pour parfaire leurs techniques mais bien pour devenir compétents avec leurs techniques dans toutes les situations possibles. Cette attitude fut cruciale pour l'évolution et à la création de ce qui allait devenir le Sambo. Les Japonais diront eux-mêmes plus tard que les techniques au sol du Sambo sont plus développées que celles du Judo, et qu'étudier le Sambo rendrait leur méthode de combat (le Judo) plus riche. C'est d'ailleurs au Japon que sera créé la première fédération de Sambo hors URSS.

Parce qu'Oshchepkov n'avait jamais voulu renier ses racines martiales relatives au Judo, ni l'emploi et l'utilisation du mot Judo ainsi que ses relations avec ses maîtres japonais, un décret de conspiration fut déposé contre lui le 29 septembre 1937. Bien qu'il avait été mandaté par le passé, pour servir d'agent pour les services de renseignements et pour entretenir des relations avec le Japon et la Chine, c'est paradoxalement pour ces mêmes raisons qu'il fût mis aux arrêts dans la nuit du 1er octobre 1937. Il fut arrêté par la police secrète et faussement accusé d'être un espion à la solde des Japonais. Dix jours plus tard, il fut victime d’une exécution sommaire lors de son incarcération dans un Goulag de Sibérie, d'une balle dans la tête tirée à bout portant. C'est dans ces circonstances obscures que Vassily Sergueïevitch Oshchepkov décéda à l'âge de 44 ans. Anatoly Kharlampiev se distança lui-même de son allégeance envers son ancien professeur et s'autoproclama l'unique créateur et inventeur de ce système de combat basé uniquement sur les anciennes formes de luttes slaves. C'est dans le but de se rattacher à un système typiquement d'origine russe, propagande oblige, et de supprimer toutes traces d'influences extérieures que ce système de combat prit officiellement le nom de "Sambo" le 16 novembre 1938.

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