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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 07:51

VENT MARIN. ESPRIT JAPONESIEN. 

1273 - 1284. LE PROTECTEUR. Le Japon préserve son indépendance. Dans la deuxième moitié du XIIIème siècle, Kubilaï Khan, petit fils de Gengis Khan et Empereur de Chine, décide d'envahir le Japon. Le projet prend forme au début des années 1270. L'agresseur s'appuie notamment sur une flotte sino - coréenne d'au moins 300 grands navires et 400 à 500 plus petits. 

Samouraïs à l'abordage de la flotte mongole, 1281

Par deux fois (1274 et 1281), la flotte des assaillants est en grande partie détruite par un typhon. Lors du deuxième épisode, les japonais salueront l'intervention du VENT DIVINKAMI KAZE .

Le typhon détruit la flotte mongole. Kikochi Yosa 1847

Trois ans plus tard, Kubilaï renonce définitivement à l'invasion du Japon.

EDO : LE SANCTUAIRE. Jusqu'au XIXème siècle, les cachalots prospèrent dans tout le Pacifique, sans interaction avec les activités humaines. La situation de ceux ci est comparable, à une échelle beaucoup plus vaste, à celle des tigres de Sibérie dans la Chine du Nord à partir de la moitié du XVIIème siècle ("Guerre et Paix", mis en ligne le 26 juillet 2015).   Par contre, à l'inverse de la situation dans l'Atlantique, leur organisation sociale et leur psychologie collective sont alors particulièrement déterminées par la pression prédatrices que leur impose les orques de cet océan.

http://www.livescience.com/19632-sperm-whales-clans-orcas.html

Ils établissent alors une structure sociale continue de l'Est à l'Ouest du Pacifique.

Dans les eaux nippones,  à partir de 1639, interdiction est faite aux navires étrangers d'accoster dans l'archipel. A partir de 1820 et la découverte du Japan Ground par les baleiniers américains, les eaux côtières et mers intérieures de l'archipel tendent à devenir un refuge pour les cachalots comparable à ce que fut la péninsule coréenne pour les tigres de Sibérie du début du XXème siècle ("L'amour est éternel" mis en ligne le 17 février 2015). Pendant 3 décennies, la population des cachalots sur l'ensemble du Pacifique est donc en déclin, alors que celle de l'archipel nippon tend à exploser. Et les eaux côtières nippones deviennent progressivement, à la fois, un sanctuaire pour les communautés materno -infantiles, et une base arrière pour les mâles combattants.  Obliger le Japon à ouvrir ses ports devient alors un impératif pour le gouvernement US et ses donneurs d'ordre des compagnies d'assurance de l'industrie baleinière.

LE PREMIER "PEARL HARBOR". De fait, la Première Guerre du Pacifique commence le 5 avril 1820, avec la découverte du "Japan Ground" par le baleinier Syren, qui établit le constat d'une profusion sidérante et totalement inédite, et se livre au massacre à grande échelle d'animaux stupéfaits et terrorisés, qui vivent la fin brutale de siècles de paix et de prospérité (le navire effectuera un retour triomphal à Londres le 21 avril 1822). Quelques mois plus tard, le 20 novembre, au large des Galapagos, le baleinier Essex est envoyé par le fond "avec un râle horrible" par un cachalot géant, à l'énorme tête ardoisée et balafrée... 

Le Japon fait l'objet d'une quête obsessionnelle du narrateur dans MOBY DICK (1851). Il est le trésor du Pacifique, une véritable "Poule aux oeufs d'or" pour l'heure inviolable. La quête d'Achab pour la capture de la baleine blanche, et celle, géopolitique, de la capture du Japon, sont les deux faces du même doublon d'or... Le grand cachalot blanc affectionne les eaux nippones, où il broya la jambe d'Achab, à une époque où Ishmaël pratiquait le métier d'enseignant sur le plancher des vaches...  Christopher Benfey. 2004. The great wave. Gilded age misfits, japanese eccentrics, and the opening of old Japan.  Random House Trade.

1820 - 1853 Le Japon perd son indépendance. 

En 1820, année de découverte du "Japan Ground",  l'Empire chinois, première puissance mondiale, commence à se désagréger.  La coïncidence de ces deux évènements aura des conséquences géopolitiques immenses jusqu'à nos jours et bien au delà (voir "Guerre et Paix" mis en ligne le 26 juillet 2015). 

1839 - 1842 : Première guerre de l'opium. L'Empire chinois, épuisé par une guerre civile où les morts se comptent par dizaines de millions (estimation prudente), subit le coup de grâce infligé par les Britanniques. Lors de cette période, paraît dans le Knickerbocker (1839), le récit fictif de la mort d'un grand cachalot blanc combattant ("Mocha Dick"), puis l'animal réel, bien vivant se déchaîne au large du Chili (Juillet et Août 1840), dans l'Atlantique Sud, au large des Falklands (Mai 1841), et au large du Japon (Octobre 1842, peut être le 18 de ce mois. L'évènement est alors peu médiatisé, l'attention s'étant focalisée sur la capture de la ville californienne de Monterey par la marine de guerre américaine les 19 et 20 octobre...). Lors du dernier épisode, il inflige, seul, la plus grande défaite que la flotte baleinière ait jamais subi dans son histoire (voir "Héros de la Résistance" mis en ligne le 9 mai 2016). A l'automne de l'année suivante, les rapports des baleiniers à Honolulu font le constat de prises quasi nulles sur le Japan Ground, dernière zone "productive" du Pacifique (De Février à Mai de la même année, le Charles & Henry, avec Herman Melville à son bord, n'avait pas capturé un seul cachalot entre la côte chilienne et Hawaï... ). Officiellement, l'espèce est en train de s'éteindre. Or,100 ans plus tard, la population est prospère, particulièrement au large du Japon... Anticipant sur son initiative, Mocha Dick avait peut - être conçu et organisé  la mise à l'abri de populations civiles dans des secteurs océaniques et dans une temporalité qui rendaient celles - ci inaccessibles aux baleiniers. "Tout l'espace paraissait se vider de vie au devant de notre proue". Moby Dick, chapitre 51 : "Le Jet Fantôme".  

Entre 1839 et  1844, Herman Melville, successivement à bord d'un navire marchand, de 3 navires baleiniers (deux américains, à bord desquels il chassera le cachalot dans les eaux japonaises dans le cas du premier, puis refusera dans le cas du second, et un australien) et d'un navire de guerre, ainsi que  lors de séjours dans différentes îles du Pacifique, prend connaissance de ces évènements. Dans le chapitre 44 de MOBY DICK, "La Carte Marine", il évoquera la présence périodique du cachalot blanc dans la Baie du Volcan, secteur côtier le plus septentrional du Japan Ground selon Beale, situé au sud - ouest de la grande île d'Hokkaido.

Dans les années qui suivent, les baleiniers américains délaissent les cachalots pour les baleines franches géantes du Pacifique Nord (voir "Reine des glaces, Matriarche du Monde" mis en ligne le 30 mai 2016). Tout comme l'ont fait les Britanniques avec l'opium, ils comptent alors utiliser l'archipel nippon pour optimiser le transport des baleines entre la mer Arctique et Hawaï. La notion de "poisson capturable", instituée par les baleiniers de Nouvelle - Angleterre au XVIIIème siècle, s'étend alors aux territoires étrangers, à l'initiative du président Millard Fillmore, à partir de 1850. Celui - ci est à l'origine de l'expédition de 1853 du Commodore Matthew Perry, dont les canonnières ("bateaux noirs") infligeront au Japon une entrée traumatique dans la Modernité, comme l'avaient subie les Chinois quelques années avant eux.  Voir aussi le rôle particulier du japonais "John Manjiro" dans "Drifting toward the South East", traduit par Junya Nagakuni et Jungi Kitadai. New Bedford 2003.

Manjiro Nahakama en 1875, 24 ans après son retour au Japon à bord d'un baleinier, simultanément à la sortie de MOBY DICK d'Herman Melville.

La canonnière du Commodore.

Les "bateaux noirs".

La même année, le "Golden Age" baleinier atteint son apogée en gains financiers (11 millions de dollars), et les entrepôts de Harper (éditeur américain de "Moby Dick) subissent un incendie dans lequel tous les exemplaires de l'ouvrage sont détruits. La demande n'étant pas suffisante, aucun d'entre eux ne sera réimprimé du vivant de Melville...

A ceci s'ajoute une controverse personnelle entre Perry et Melville, qui devient explicite l'année suivante (1854) : On his return journey from Japan to the United States in 1854, Commodore Matthew Perry visited Nathaniel Hawthorne in Liverpool to invite him to edit the official United States government account of the expedition of “black ships” that opened Japan to the West. In declining the offer, Hawthorne recommended Herman Melville for the job, a suggestion Perry quickly dismissed... In mentioning Melville, Hawthorne touched a nerve in Perry. What’s going on here? Melville and Perry’s very different but parallel lives overlapped at several points including family involvement in the 1842 Somers mutiny, a shared interest in naval discipline, and a deep concern with Western influence in the Pacific. The Somers mutiny, famous as a source for Billy Budd, is worth briefly reviewing for the light it throws on the complex Melville-Perry relationship. Dorsey Kleitz. "Herman Melville, Matthew Perry and the narrative of the expedition of an american squadron to the China seas and Japan." Leviathan 8 (3), octobre 2006, 25 - 32. 

La même année, la ville de Taiji, qui pratique la chasse à la baleine depuis le début du XVIIème siècle, est détruite par un tremblement de terre et le tsunami qu'il provoque.

https://glendalecommunitycollege.wordpress.com/2012/07/17/taiji-town-whale-town/

Le Japon entre alors dans une crise majeure qui détruit le modèle Edo dans sa structure politique et culturelle. Les conséquences en sont cataclysmiques, jusqu'à nos jours ("Guerre et Paix" mis en ligne le 26 juillet 2015, "Soleil Levant" mis en ligne le 20 mars 2016).

L'industrie traditionnelle de Taiji est définitivement mise à mal le 24 décembre 1878, lors de la plus grande catastrophe humaine dans l'histoire de cette activité ("Guerre et Paix" mis en ligne le 26 juillet 2015).

 Mocha Dick, dont les siens avaient pu s'abriter dans les eaux nippones, n'aura donc pas pu, en retour, protéger le sanctuaire de sa communauté. Authentique Taifu ("Grand Vent") de l'Automne, avatar du Kami Kaze du XVIIIème siècle, il se confronta victorieusement aux nouveaux Mongols mais ne parvint pas à pérenniser ce miracle... 

1842 - 1851 : MOBY DICK, l'oeil du typhon.

Le roman d'Herman Melville paraît dans son édition anglaise le 18 octobre 1851, neuf ans (peut - être jour pour jour) après la stupéfiante victoire de Mocha Dick près des côtes japonaises, et deux mois après la destruction du navire baleinier Ann Alexander par un grand cachalot de couleur sombre au large des Galapagos.  A propos de ce dernier, Melville se demanda si la rédaction de son livre n'avait pas provoqué l'attaque du grand animal (voir  : "Approche magico - religieuse" dans "L'Amour est éternel" mis en ligne le 17 février 2015, et "Les paupières de l'Aurore" mis en ligne le 16 juin 2016).

Voici simplement, ici, quelques extraits du roman qui mettent en lumière l'influence sur l'auteur de la bataille d'octobre 1842 (la trame complète du processus littéraire qui inscrit celle - ci comme point nodal du roman sera établie dans "La résurrection des lucioles géantes" qui sera mis en ligne le 21 juin prochain).

1. Chapitre 118.  "Or, dans cette mer du Japon, les jours d'été sont comme des inondations de splendeurs. Le soleil japonais vif, jamais voilé, semble le point focal flamboyant de l'immense miroir marin de verre. Le ciel paraît de laque ; l'horizon flotte ; et cette nudité de radieux ininterrompu est comme les splendeurs insupportables du trône de dieu."

2. Chapitre 116. "... dans une mer charmante de coucher de soleil et dans le ciel, soleil et cachalots moururent tranquillement ensemble...Car cet étrange spectacke qu'on observe chez tous les cachalots mourants, qui tournent la tête vers le soleil pour trépasser... faisait ressentir à Achab un émerveillement inconnu jusqu'alors...Et ta baleine tournant sa tête vers le soleil pour mourir, et qui s'est ensuite retournée, m'a donné une leçon salutaire." Hokushei Riyu avait éprouvé les mêmes interrogations métaphysiques 11 ans plus tôt face à ce phénomène.

Une des centaines d'illustrations réalisées par Matt Kish sur le roman MOBY DICK.

Dans le chapitre 119, l'équipage du Pequod subit les assauts d'un typhon au large du Japon, dont il ne réchappe que par miracle. La tempête y est comparée à une baleine en pleine assaut. Elle vient de l'Est, "la route même qu"Achab veut prendre pour pourchasser Moby Dick... les flammes blanches ne font qu'illuminer le chemin jusqu'à la baleine blanche". Comme Prospero dans "La tempête" de William Shakespeare ou Fujimoto dans "Ponyo sur la falaise" de Miyazaki, Moby Dick est - il un magicien atmosphérique, maître du typhon qu'il envoie en service commandé, comme le ferait Poséidon pour Triton? De plus, l'introduction du chapitre induirait -il chez Melville des dons de prophète? "C'est aussi dans ces mers japonaises resplendissantes que le marin trouve la pire des tempêtes, le typhon. Il éclate parfois d'un ciel sans nuage, comme une bombe sur une ville éblouie et endormie."...

Fin du chapitre 134 / début du chapitre 135 ( le dénouement où tous périront, à l'exception d'un seul) : "... il s'assit en plein est dans l'attente du soleil levant...Le matin du troisième jour eut une aube belle et fraîche"... 

Abe Tomoji réalisa la première traduction de MOBY DICK en japonais en 1951.

Voir aussi : 

1. Christopher Benfey. 2005. Herman Melville and John Manjiro. Toward a wave theory of the Pacific. Common-Place 5(2). 

2. LEVIATHAN, a journal of Melville studies. Special Issue, 8 (3), 3 - 89, October 2006. Melville and Japan, guest editor A. Robert Lee

3.Eric Rangno. 2008 (Mars). Melville's Japan and the "Market Place" religion of terror. Nineteenth century literature. 62 (4), 465 - 492. 

4. 10th international Melville Society conference, in collaboration with Melville Society of Japan. "Melville in a global context". 25 / 29 June 2015, Tokyo.

http://melvillesociety.org/conferences/international-melville-conference/10th-international-melville-conference-tokyo-2015

Détails sur : 

https://dickinsonandmobydick.wordpress.com/2015/07/11/melville-society-of-japan-hosts-international-conference/

Voir les articles de compte rendu sur LEVIATHAN 18 (1), Mars 2016

http://muse.jhu.edu/issue/33432 (Section "Keynote adresses").

5. Tracking the Literature of Tropical Weather

Part of the series Literatures, Cultures, and the Environment pp 45-65

Sascha Morrell, 10 january 2017

Pacific Revolt : The typhoon, Japan and american imperialism in Melville's Moby Dick.

In Herman Melville’s Moby Dick, the American whaler the Pequod encounters a fierce typhoon in Japanese waters. Melville’s novel contains many sublime descriptions of various natural phenomena, yet the typhoon’s force is registered less through direct description than through its effects on the structure of the text and its pivotal role in the plot. Melville is seemingly more interested in the typhoon’s symbolic potential than its concrete actuality. This chapter argues that the location of the typhoon sequence in “the heart of the Japanese cruising ground” makes it legible as a symbol of both political and natural resistance to the USA’s imperial ambitions in the Pacific. In this respect, it bears comparison with another of the novel’s multivalent symbols—the white whale.

CENT ANS PLUS TARD, LA VENGEANCE DE STORMALONG.  Alfred Bulltop Stormalong est un personnage du folklore de Nantucket. C'est un géant, chasseur de baleines, tueur de calmars géants, dévoreur de requins... Il est le maître de la mer et de ses habitants. La tradition le fait mourir au début des années 1830.

Dans l'imaginaire local, il procède vraisemblablement de Moshup, géant Wampanoag (communauté locale de baleiniers traditionnels présente à Martha's Vineyard avant l'arrivée des européens) aux capacités comparables, et qui peut, comme ses proches, se métamorphoser en cétacé.

 En 1942, cent ans après le triomphe de Mocha Dick et quelques mois après la destruction, à Hawaï, d'une grande partie de la flotte de guerre états - unienne par les japonais lors de l'opération "Tigre" (Tora), le vieux Stormalong reprend du service pour l'édification des jeunes gens et le moral des troupes. Il tue le grand cachalot blanc invaincu...

L'année suivante (1943), le film américain de propagande "Why we fight" illustre la Bataille d'Angleterre à travers une animation ou le cachalot nazi continental se prépare à engloutir la Grande Bretagne / Jonas...

 http://atlanticsentinel.com/2016/06/how-the-nazis-planned-to-invade-great-britain/

En 1941, quelques mois avant Pearl Harbor,  le Japon avait publié un ouvrage de Marukawa Hisatoshi, destiné à l'édification des jeunes gens, et à la tonalité singulière. Il s'agit de "Carnet de bord d'un Navire Baleinier", destiné à expliquer (et donc promouvoir) le métier aux écoliers. Il raconte l'histoire d'un jeune harponneur qui a commencé à exercer à 13 ans. Il est maintenant marié et a un fils. Un jour, son navire arrive à proximité d'un mâle, d'une femelle et de son petit. Son capitaine lui demande de tuer le baleineau, ce qu'il fait. Il constate ensuite que sa mère se rend à ses côtés, l'inondant et le recouvrant de son lait. Le harponneur pense alors à sa femme et à son bébé nouveau - né. Son capitaine lui ordonne de tuer la femelle. Il prie, et obéit. Peu après cet incident, il change de métier...  

LE VIOL ULTIME DE GRAN MAMARE.

Le Japon perd pied. Le pays capitule le 8 septembre 1945, non principalement en raison des bombardements atomiques, mais plus encore du fait de la menace d'invasion d'Hokkaïdo, la grande île du Nord, par la Russie. Il entre alors dans un processus d'autodestruction culturelle. Menacés d'une famine aux conséquences potentielles plus graves que la guerre elle - même, les Japonais entérinent le choix du Proconsul Mc Arthur d'une politique baleinière à tout va. Entre 1949 et 1979, ils tuent clandestinement 100 000 cachalots dans les zones abritées de leurs côtes où l'espèce avait recouvré sa prospérité depuis la deuxième moitié du XIXème siècle (voir les travaux de Philip Clapham publiés en 2015 et 2016 sur ce sujet).

https://phys.org/news/2016-09-japan-falsified-lengths-sperm-whales.html

Ils parviennent à capturer un cachalot blanc de 11m près des côtes de l'archipel le 19 avril 1957. Voir pour le détail et les illustrations : The scientific reports of the whale research institute, 13, september 1958, Tokyo. Osumi (S) Kimura. A descendant of Moby Dick or the white sperm whale, 207 – 210, photographies incluses.

http://www.icrwhale.org/pdf/SC013207-209.pdf

En 1962, le peuple japonais consomme 226 000 tonnes de viande de cétacé.

http://www.nytimes.com/2007/03/14/world/asia/14whaling.html

Au cours des années 60, un sous marin nucléaire américain qui reproduira symboliquement l'action du Commodore Perry  plus d'un siècle auparavant, sera attaqué par un cachalot, et endommagé par celui - ci, bien que sa coque fût en titane... 

American nuclear submarine "Seadragon" was attacked in 1960's and it resulted in dent in left side of the hull and teared off propeller, just to remind you people submarines have hulls made of titanium.

http://www.unexplained-mysteries.com/forum/topic/42853-sperm-whale-versus-any-living-thing/

 In the fall of 1966 and early 1967, SEADRAGON became the first SSN to visit Yokosuka, Japan. She was the first nuclear powered vessel the Japanese government permitted to enter her home waters. This achievement has since often been compared with Commodore PERRY's first expedition to Japan in 1853 as an achievement in international diplomacy.

Au début des années 80, la taille des cachalots est inférieure de 4m à ce qu'elle était en 1905.

Christopher F. Clements, Julia L. Blanchard, Kirsty L. Nash, Mark A. Hindell, Arpat Ozgul. Body size shifts and early warning signals precede the historic collapse of whale stocksNature Ecology & Evolution, 2017; 1 (7)

Depuis 2011, à la suite de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daishi, les déchets radioactifs se sont disséminés à ce jour sur plus d'un tiers de la superficie du Pacifique (soit environ 60 millions de km2). 

Voilà ce qu'écrivait à ce sujet Philip Hoare dans le Guardian le 16 Mars 2011 :

https://www.theguardian.com/commentisfree/2011/mar/16/japan-tsunami-whales-nuclear

The Guardian.16 mars 2011.

Philip Hoare.

On Japan, whales and the nuclear age.

Within hours of the Japanese tsunami, as we watched ships stranded in streets like beached whales, outrageous posts were appearing on the internet suggesting that the tragedy was a revenge for that nation's continuing whale hunt. Some even fantasised that the terrible wave had been caused by the whales themselves. A persistent web hoax proposed that the tsunami had launched a whale into a building.

What happened last Friday, deep beneath the surface of the Pacific, was invisible to us; as invisible as the radiation that is now drifting southwards from Fukushima reactors. But others conclude, as they did in the aftermath of the 2004 tsunami, that whales and dolphins – cetaceans – acted as advance warnings of what was to come. Forty-eight hours before the Christchurch earthquake, for instance, more than 100 pilot whales were stranded on New Zealand's South Island. Then on 4 March, 50 melon-headed whales washed up on the eastern Kashima shore of Japan.

There is no scientific basis for such theories – although whales, like birds, probably do use the Earth's electromagnetic field for navigation, and such abrupt alterations in it may well cause them to strand. (Indeed, the Maori who first colonised New Zealand probably followed migrating whales there from Polynesia, who themselves were following electromagnetic lines).

And now, the insidious evil of contamination, in an island nation on which its manmade version was first visited. The Pacific has ever been the nuclear arena – one metaphorically haunted by the hunted whales – and artists and writers have long seen the whale, whether real or allegorical, as an augury of disaster. In the late 1940s and early 50s, the American artist Gilbert Wilson became obsessed with Herman Melville's novel, Moby-Dick. In 1952, Wilson wrote in the Bulletin of the Atomic Scientists that the "White Whale" had become – a century after Moby-Dick's publication – an augury of atomic conflict, and Captain Ahab's "insane pursuit of Moby-Dick into the Sea of Japan" analogous to America's "atrocious nuclear experiments and explosions in the same area".

Similarly, in his critical work, The Trying-Out of Moby-Dick, published in 1949, the literary critic Howard P Vincent considered that Moby-Dick, the mythical animal, was "ubiquitous in time and place. Yesterday he sank the Pequod; within the past two years he has breached five times; from a New Mexico desert, over Hiroshima and Nagasaki, and most recently, at Bikini atoll." Meanwhile, nuclear submarines – lubricated with sperm whale oil (since it does not freeze in extreme temperatures) – were moving in those same Pacific depths, their very shapes designed to replicate those of hydrodynamic whales.

The Pacific, which covers one third of the Earth, is the great unknown; even now, the last ocean to be explored. 

That yawning, freighted space between Japan and America seems so blank and so full of potential at the same time. From the bland two dimensions of the atlas, this expanse of blue appears entirely empty. Yet it is filled with life: with 25,000 islands, and "ultra-societies" of vast pods of sperm whales that associate in "nations" of their own, communicating in discreet dialects of clicks, uninterpreted by humans. What kind of disasters did they suffer during that terrible seismic shift last Friday? Like the thousands of animals that died in the oil spill in the Gulf of Mexico, their fate is unknown to us, as we understandably focus on the human suffering in Japan. But I would contend that all these things do have a deeper connection, for all of those tasteless internet claims. As Nietzsche wrote in Beyond Good and Evil: "He who fights with monsters should be careful lest he thereby become a monster. And if thou gaze long into an abyss, the abyss will also gaze into thee."

Et citons aussi la remarquable vision de Karen Tei Yamashita, qui voit un avatar de  la crucifixion dans les trois harponneurs du Pequod accrochés aux mâts en pin noir du Japon avant l'engloutissement de tous : I am drawn to the last scene of the three harpooners aloft on the three masts of the Pequod as it sinks to its doom. Significantly, the masts of the Pequod are masts hewn from Japanese pine, replaced during the Pequod’s previous voyage to Japan. The three harpooners, aboriginals of three continents, are raised as if on three crosses at sea. The religiosity and biblical symbolism are strange, and yet I think obvious, with Tashtego, the American Indian, on the middle mast, a post reserved for Jesus. Tashtego dies heroically nailing the Pequod’s flag into the body of a sky-hawk, which is, I also imagine, the hybrid sign of the American eagle and ancient Noah’s dove and sign of land—the last vestige, the last hurrah, of the ship to finally disappear into the sea. And what does this mean? If it is about the tragedy of manifest destiny played out in the Pacific and, significantly, in the seas of Japan, it is a narrative that will continue to haunt these seas.

A partir des années 1860, le Japon moderne s'est donc successivement suicidé trois fois en intégrant les méthodes et la psychologie de son agresseur. D'abord en détruisant la richesse de son territoire ("Soleil Levant", mis en ligne le 20 mars 2016) et celui de la Corée ("L'Amour est éternel" mis en ligne le 17 février 2015), puis par un contre impérialisme sur l'ensemble du Pacifique (Guerre et Paix, mis en ligne le 26 juillet 2015), enfin par l'extermination de la grande faune marine et l'endogénisation de l'industrie nucléaire dans sa pire expression. Comme le pressent Melville, le pays est comme un cachalot mort qui s'imagine en Pequod sublimé ("La résurrection des lucioles géantes" à venir le 21 juin prochain).

Voir, en lien direct avec ce sujet, l'interprétation de Yukiko Oshima en 2013, dans The Japanese Journal of American studies 24. "Herman Melville's "Pequot trilogy": the Pequot war in Moby Dick, Israël Potter and Clarel."  An easily detectable analogy here is that Ahab, the leader of the wild crew, is the leader of a pack of wolves who are to chase Moby Dick, a “bison,” for the ocean is often compared to the prairie by Melville. Because of the namesake of the Pequod, and because of Ahab’s eloquent demand for fair play, the “ghosts” of the Pequot choose Ahab as a target of their possession to make him lead the crew into again fighting an impossible fight against whiteness par excellence, the giant white whale. 

Prisonnière d'un processus social classique, la proie s'affiche ostensiblement comme plus prédatrice que son prédateur initial. Refermer cette blessure ne peut être entrepris avec succès par une culture seule. Elle nécessite coopération et imagination, mais les chemins vers la guérison existent (voir le détail dans "Isana", qui sera mis en ligne le 14 août prochain). 

MORQUAN, LA GRANDE VAGUE.

A partir du XVIIème siècle, les villages côtiers du centre - ouest et du sud - ouest du Japon pratiquent une chasse baleinière à grande échelle. Celle - ci utilise des codes et une stratégie guerrière. Au large de l'île d'Ogawa - Jima (Nord - Ouest de l'île de Kyu Shiu), l'offensive des navires, lors des "guerres baleinières"(1667) est organisée en "corps de bataille salamandre" contre "la blanchaille" (le menu fretin). La flotte prédatrice, telle une salamandre géante du Japon, se saisit ainsi des baleines - proies, assimilées à de minuscules poissons blancs. Hoshutei Riyu réetudie le document en 1840, auquel il ajoute des commentaires. Vers la fin de son livre, il constate que les baleines mourantes se tournent vers l'Ouest, le paradis bouddhiste, et s'interroge douloureusement sur la situation imposée à de telles créatures, sans une once de pitié.  

 Voir aussi "La nageoire ou la patte" mis en ligne le 29 octobre 2016.

En 1828 (du moins d'après Jurgen Stümpfhaus dans son documentaire de l'année 2014 "Der Aufstand der Wale" consacré aux cachalots combattants du Pacifique) un grand cachalot met à mal plusieurs baleinières au large du Japon. Les baleiniers américains le nomment respectueusement Morquan, roi du Japon, et s'efforcent de l'éviter.

Le patronyme "Morquan" n'existe pas en tant que tel. Melville masculinise Morgan ("La Fée"), qui découle elle même de Morrigane ("La Grande Reine"). 

MORQUAN ou JAPAN NEWT? Du fait de la profusion sidérante des populations du "Japan Ground", celles ci abritaient probablement plusieurs "fantômes encapuchonnés" de l'acabit d'un Timor Jack ou d'un New Zealand Tom. Après 30 ans d'agression contre le Sud Est du Pacifique, la mise en péril de la substance biologique du noyau principal, à partir du printemps 1820 fut - elle le déclencheur de la Guerre ? 

Comme Mocha Dick, Morquan a un souffle anomalique. Le sien figure parfois une croix blanche. Melville l'apparente peut être discrètement au typhon en évoquant les éclairs "flammes blanches" censés indiquer l'itinéraire vers la baleine de même couleur... Dans le chapitre "La Chapelle" , l'auteur évoque les plaques en mémoire de certains baleiniers morts en mer. Il y mentionne notamment le capitaine Ezechiel Hardy, tué par un cachalot à l'avant de son bateau sur la côte du Japon le 3 août 1833. Hardy a t-il eu l'imprudence et la témérité de se confronter à Morquan? 

En 1830, Hokusaï présente son estampe " La Grande Vague de Kanagawa", la première de sa "révolution bleue" (avec le recours massif au bleu de Berlin).

Selon Alain Jaubert, qui consacra une étude de 29mn sue cette oeuvre en 1999 sur la 7 / ARTE, celle - ci est comme une menace suspendue : les 30 hommes prisonniers du typhon n'en réchapperont probablement pas. Leurs têtes évoquent des crânes décarnisés. La Vague est une main destructrice aux griffes d'écume. Comme pour celle, comparée à une panthère, qui cherche à précipiter Jonas dans les flots (Moby Dick, chapitre "Le Sermon"), les courbes d'écume de la Grande Vague engendrent d'autres courbes qui se divisent à leur tour en sous - vagues répétant l'image de la vague mère. Cette décomposition en fractale peut être considérée comme une illustration de l'infini. De même, Morquan en action représente l'ensemble de l'armée des cachalots combattants (MOBY DICK, chapitre "La déclaration sous serment"). Vague monstrueuse et fantomatique au squelette blanchâtre, la Grande Vague d'Hokusaï évoque la Bake Kujira nippone, cétacé fantôme dont l'apparition provoque les naufrages et autres calamités.

La silhouette de la Vague évoque un dragon géant (une salamandre?) Elle exprime la toute puissance inéluctable de la Nature, face à laquelle l'Homme n'est qu'un fétu.

NOMEN SACRUM. Le 21 Juin 1837, alors que la Grande Famine de l'Ere Tenpo sévit depuis quatre ans, une baleine vient s'échouer au pied d'une montagne où fut érigé, des siècles auparavant un monument votif en hommage à un cétacé décédé - il existe encore au moins une centaine de ces tombes - chapelles au Japon aujourd'hui -. L'évènement se situe à Akehama, cité de Seiyo, préfecture d'Ehime. Elle évite à la communauté de mourir de faim qui lui donne un nom bouddhiste à titre posthume, privilège ordinairement réservé aux grands seigneurs : "La Grande Baleine Emissaire de l'Univers qui apporte la Santé". La même année, le navire marchand américain Morrison apparaît sur les côtes de Shikoku. Il est repoussé par l'artillerie cotière.

Le 24 décembre 1878, des baleiniers côtiers japonais, qui savent fort bien qu'il ne faut pas donner la chasse à une femelle suitée, décident malgré tout de le faire, leurs familles ne mangeant plus à leur faim depuis longtemps. Partant à bord de nombreux petits bateaux, ils tuent la mère, mais sont dispersés par une tempête. Sur 258 intervenants, entre 111 et 130 périront noyés. Beaucoup d'autres, qui ont pu rejoindre des îlots ou des récifs çà et là, mettront jusqu'à trois mois pour rentrer chez eux. Le traumatisme collectif est immense. De nombreux survivants s'exilent, au Canada, aux Etats - Unis, au Mexique. L'endroit se transforme en ville fantôme. C'est la plus grande catastrophe humaine connue dans l'Histoire de la chasse à la Baleine depuis des milliers d'années.

En 2008, sort en salles le dessin animé de Hayao Miyazaki "Ponyo sur la falaise". Au fond de l'Océan, vit le sorcier Fujimoto. Grâce à l'"eau de vie", liquide qui renforce la prospérité et la vigueur de la faune marine, il espère un jour bouleverser les réalités écologiques présentes et voir la mer maltraitée par les hommes retrouver sa prééminence. Les vagues capturantes qu'il envoie sur la terre ferme sont composées de Yokaïs (Mononokes) marins sous formes de grands poissons et de baleines. 

En 2016, dans le cadre de son travail d'illustration des baleines légendaires évoquées dans MOBY DICK, voici comment Kathleen Piercefield a représenté Morquan:

La Grande Reine est l'annonciatrice, à travers son jet cruciforme et la Grande Vague de 1830, du Taifu Kami Kaze d'octobre 1842.

Morquan, Mocha Dick et les autres baleines légendaires (répertoriées ou non par la littérature) ont donné, avec leur mufle, leur courage, et le sacrifice de leur Vie, un coup fatal à l'Ere moderne (voir "Epopée salvatrice" mis en ligne le 18 janvier 2015, "Héros de la résistance" mis en ligne le 9 mai 2016) qui s'achève, comme toute grande période historique, dans le chaos. Comme l'ont bien compris les américains Hal Whitehead, Shane Gero, Richard Bevan, David Carrier, et les français François Sarano et Hervé Glotin, l'émergence d'un monde plus équilibré, épanouissant et apaisé implique que l'on s'occupe moins, désormais, du mufle des cachalots, et plus de leur cerveau... Ceux - ci peuvent même aider le Japon, qui les a tant aidés, puis tant détruits, à recouvrer son équilibre initial : POLITESSE & RECONCILIATION... ("Isana" à venir le 14 août). 

"Les requins indifférents passaient près de moi comme s'ils avaient la gueule cadenassée ; les faucons sauvages volaient le bec dans un fourreau." MOBY DICK. Epilogue.

 

JOUR DE LA TRANSFIGURATION. Le 6 Août 1945, les américains détruisaient Hiroshima lors du premier bombardement nucléaire de l'Histoire. 29 ans plus tard jour pour jour, mon frère Michel et moi même, alors âgés de 12 ans, fûmes invités par des amis d'un hameau voisin à voir le film "Moby Dick" de John Huston, diffusé pour la première fois à la télévision française ce soir là, dans le cadre de l'émission "Les Dossiers de l'Ecran". Ce fut pour nous une révélation et un point de départ. La Guerre du Pacifique continue aujourd'hui.

 

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