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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 05:31

LA VAGUE, L'ICEBERG ET LA BOSSE : renommées océaniques. Ceci est une trame très résumée et simplifiée de l'action des "baleines légendaires" dans la première moitié du XIXème siècle, et de la place de celles - ci dans les structures mentales de la civilisation américaine.

Si par la suite un pays de haute culture restaure le culte antique des dieux... et les réinstalle vivants dans le ciel...alors... le grand cachalot régnera. MOBY DICK, chapitre 79 "La Prairie".

Et l'Esprit entra en eux, et ils reprirent vie... : c'était une armée nombreuse, très nombreuse. Ezechiel, 37.

Quant aux êtres du Rêve, ils ne peuvent être assimilés à de classiques héros mythiques puisque leur élan ordonnateur, en partie solidifié dans tel ou tel trait du paysage, s'est néanmoins poursuivi sans interruption après qu'ils eurent abandonné la surface de la Terre. Ph. Descola. Par delà Nature et Culture. Gallimard 2005.

Les évènements dont il est question ici ont scellé le destin de l'Ere Moderne, et bouleversé à tout jamais nos représentations.

PACIFIQUE, CORPS ET ÂME. Il charrie les eaux du milieu du Monde, l'Océan Indien et l'Atlantique n'étant que ses bras... Ainsi, ce mystérieux et divin Pacifique est la ceinture de ce vaste monde tout entier ; il fait de toutes les baies une baie ; il semble le coeur de la terre battant les marées. MOBY DICK, chapitre111 "Le Pacifique".

LA PREMIERE GUERRE DU PACIFIQUE (1820 - 1859?). Pendant quatre décennies, des communautés de cachalots résistèrent victorieusement à leurs agresseurs / exterminateurs, les chasseurs baleiniers (voir "Héros de la Résistance" mis en ligne sur ce blog le 9 Mai 2016). Des animaux doux, précautionneux et friands de contacts interspécifiques :

http://www.bbc.com/earth/story/20161206-the-people-who-dive-with-whales-that-could-eat-them-alive

http://rsos.royalsocietypublishing.org/content/3/1/150372

modifièrent alors radicalement leurs habitudes et forcèrent leur tempérament pour développer une organisation guerrière d'une intelligence à couper le souffle. Sur des milliers de kilomètres, de la côte orientale de l'Amérique latine aux confins de l'Océan Indien, ils constituèrent une gigantesque armée, dirigée par des officiers - instructeurs aux capacités défiant l'imagination. Ce Corps de Bataille fonctionna comme un superorganisme, souple, résilient, et d'une époustouflante efficacité. 

 

LA PREHISTOIRE DE LA PREMIERE GUERRE DU PACIFIQUE : le triplet Timor Jack / New - Zealand Tom / Mocha Dick.

A toi, regretté tonton, saluts et respects! A toi, regretté papa, saluts et respects! A vous, deux émérites maîtres chasseurs à jamais disparus! Votre neveu et fils sollicite encore, encore, votre protection, vos bénédictions. Ahmadou Kourouma. 1998. En attendant le vote des bêtes sauvages. Editions du Seuil.

Trois grands cachalots mâles furent célèbres parmi les baleiniers dès les années 1800.

Timor Jack (Timor Tom, Timor Tim). Né à une époque indéterminée antérieure à 1750. Il fut confronté, au cours du XVIIIème siècle, aux chasseurs de cachalots des petites îles de la Sonde orientale,  spécialistes de cette activité les plus anciens dans l'Histoire. Il leur imposa son offensive présence souveraine et ceux - ci firent de lui une divinité redoutée. Les multiples récits qui couraient sur son compte furent transmis par les pêcheurs locaux aux baleiniers anglais. Une armada anglo - indonésienne parvint éventuellement à l'abattre après un combat long, titanesque et d'une complexité inouïe où il fut à l'offensive quasiment jusqu'à la fin des opérations.  Thomas Beale relata, dans un ouvrage publié en 1839, certains détails de cet épisode : A large whale, called "Timor Jack" is the hero of many strange stories, such as of his destroying every boat which was sent out against him, until a contrivance was made by lashing a barrel to the end of the harpoon with which he was struck, and whilst his attention was directed and divided amongst several boats, means were found of giving him his death wound. Le grand cachalot indonésien affronta probablement les baleiniers anglais dès le début des années 1800. Ceux ci étaient en effet nombreux dans la région dès cette époque, comme l'indique Beale : "In 1803, many vessels were ploughing the China Seas about the Molucca Islands in search of the sperm whale, and with the same encouraging results. Molluca Islands. – Off the north point of Moratay, and off the east and west sides of Gillalo, and also off the adjacent isles. Bouton. – Off the east side, and in the straits. Timor. – In the straits of Timor; off the south side of Omby; off the south side of Panton, and off the south side of the adjacent islands as far as Sandle-wood Island, to Java Head; and off the shore in latitude 12° to 16°, and longitude from 112° to 120°." Mais nous ignorons la date de sa mise à mort, si toutefois celle - ci s'est effectivement produite...  Sa personnalité et ses exploits ont particulièrement marqué les baleiniers dans l'esprit desquels il resta célèbre pendant des générations (Davis 1874. Nimrod of the sea or the american Whaleman, Harper and Brothers).

New - Zealand Tom (NZ Jack, New England (sic!)Tom). Né à une époque indéterminée avant 1750, comme Timor Jack. Il appartenait au groupe géographique (bassin de Tasman) au sein duquel ont vécu, en grand nombre jusqu'au début du XXème siècle, les plus grands cachalots mâles de tous les temps. Comme Timor Jack avec les indonésiens, il était avec les maoris, qui, eux, ne chassaient pas les cachalots, sûr de lui et dominateur. Selon Beale, alors que les baleiniers anglais furent envoyés dans la région dès 1802, c'est en 1804 que le grand cachalot affronta pour la première fois une flotte anglaise (Navire Amiral Adonis).  Après qu'il ait détruit neuf baleinières, l'armada renonça au combat et donna son nom à celui qui était son vainqueur. Bien après cet épisode, il finit peut - être par être tué après avoir détruit des baleinières appartenant à de nombreux navires. Les harpons, vieux ou récents, qui truffaient son corps, ainsi que les lignes de chanvre recouvertes d'algues et de bernacles, ont frappé les observateurs. Voici ce qu'écrit Beale le concernant : In the year 1804, the ship "Adonis," being in company with several others, struck a large whale off the coast of New Zealand, which "stove" or destroyed nine boats before breakfast, and the chase consequently was necessarily giving up. After destroying boats belonging to many ships, this whale was at last captured, and many harpoons of the various ships that had from time to time been sent out against him were found sticking in his body. This whale was called "New Zealand Tom," and the tradition is carefully preserved by whalers. Comme pour Timor Tom, nous ignorons la date exacte de sa mise à mort, si toutefois celle - ci a effectivement eu lieu.

Il fut peut être une sorte de mentor pour Mocha Dick, qui, beaucoup plus jeune, fut aperçu et pourchassé près de l'île Mocha avant l'an 1810, et peut être même plus tôt - les avis divergent quant à la date de sa découverte - . En effet, Hal Whitehead a démontré - dans un documentaire de Jürgen Stumpfhaus 2014 consacré aux cachalots combattants du Pacifique -  qu'un vaste et unique "clan linguistique" allait du bassin de Tasman aux côtes d'Amérique du Sud . Et la victoire de 1804 du vieux guerrier face à une armada au large de la Nouvelle Zélande préfigure celle de Mocha Dick d'octobre 1842 au Nord - Ouest du Japon...     

NZ Tom. Peinture de Kathleen Piercefield.

QUATRE SIECLES AVANT NEW ZEALAND JACK : LE CACHALOT A LA TÊTE DE SON ARMEE DANS LA MYTHOLOGIE MAORIE. A taniwha from the folklore of the native people of New – Zealand, the Tautira – Kauika was a fairy animal, a sperm whale said to accompany the hero « Takitimu » (both sacred canoe and captain in his voyage from western Pacific to the island Aotearoa. Tautara – Kauika was the chief of all the whales (of all species?) in the oceans and commanded a large army of them. Sources : Cowan, Tales of the maori, 33 – 34 ; Orbell, Concise encyclopedia of maori myth and legend, 195. In : Teresa Bane. 2015. Encyclopedia of beasts and monsters in myth, legend and folklore. Mc farland and Company publishers, Jefferson, North Carolina.

Mocha Dick. Océan de Bonté et Fournaise d'Amour. Peut être né aux environs de 1775, ou avant cette date. Confronté aux baleiniers américains à la même époque que Timor Jack et NZ Tom le sont avec les anglais, il témoigna, tout au contraire de ses aînés du Pacifique occidental, de beaucoup de timidité et de complaisance (un comportement tout à fait habituel chez cet espèce). Il chercha à composer et négocier avec ses agresseurs, dont il ne comprenait ni le comportement ni les buts. Il faillit donc mourir à la même époque que ses glorieux aînés, sans combat,  car les aspects anomaliques de sa personnalité (couleur singulière, souffle hétérodoxe, présence massive de parasites externes), avait sans doute, pour ses agresseurs, un effet magnétique d'attraction. Ayant survécu par miracle aux années 1800,  il  participa à la Première Guerre du Pacifique sensu stricto, dont il fut l'organisateur principal (voir par exemple "Héros de la Résistance" mis en ligne le 9 mai 2016). Question ouverte : au cours de ce demi siècle, y a t-il eu un seul, deux, ou plusieurs "Mocha Dick"? Le cétacé a eu, en tout état de cause, "de multiples vies". On peut discerner au moins 4 temps et 4 attitudes dans son parcours :   

Les années 1800 : l'enthousiasme et la naïveté de la jeunesse débordante d'énergie et de joie. Les années 1810 : la peur, le soulagement, la déception, l'amertume et la colère. Les années 1820 et 1830 : la détermination implacable du combattant  et organisateur de l'armée. Les années 40 et 50 : la résolution d'en finir avec l'ennemi à l'échelle de l'océan mondial. 

 

L'ARMEE DE MOCHA DICK : LE PLUS GRAND CORPS DE BATAILLE DE TOUS LES TEMPS.

Après ma Résurrection, vous connaîtrez que je suis dans mon Père, Dieu comme lui, tout - puissant comme lui, une même substance avec lui ; et que je suis en vous par ma grâce et, par le secours que je vous donne, comme vous êtes en moi par la foi et l'obéissance que vous me rendez. Vous comprendrez alors que je ne vous ai point abandonnés, et que je n'ai jamais été séparé de vous ; et que comme vous êtes mes membres, je suis aussi votre chef ; que je vous anime et vous soutiens. Evangile selon St Jean, Chapitre 14, Psaume 20.

PACIFIC NEWT, miroir marin de CETUS. Une constellation marine, des officiers stellaires.

Mais la Vérité toute nue ne peut être affrontée que par des Géants - Salamandres. MOBY DICK, chapitre 76 "Le Bélier".

L'Armée des cachalots combattants n'est connue qu'à travers l'évocation par leurs ennemis de quelques uns de ses officiers instructeurs. Personne n'a, fut - ce une pâle idée, de ce qu'étaient véritablement leur taille, leur volume, leur espérance de vie, leurs aptitudes à la plongée et à la vie sous - marine, leurs migrations, etc... Ils étaient autres que les cachalots actuels, leurs moeurs étaient différents et ils évoluaient dans un environnement qui défie la pauvre imagination des hommes d'aujourd'hui. 

Du moins, chez leurs congénères actuels, la complexité du comportement individuel et social est de plus en plus admise (à défaut d'être comprise, les plus lucides sachant que ce ne pourra jamais être le cas, et de très loin) et observée, aussi bien, en France, par le génial François Sarano, qui s'immerge dans leurs communautés comme autrefois les anthropologues le faisaient dans les sociétés traditionnelles, ainsi que le bio - acousticien Hervé Glotin, qu'aux Etats - Unis, Hal Whitehead et Shane Gero, particulièrement attentifs à la question de la diversité des cultures :

http://www.nytimes.com/2016/10/09/opinion/sunday/the-lost-cultures-of-whales.html?_r=0 

Les spécialistes David Carrier et Richard Bevan ont été explicites quant aux processus de cristallisation de leur résistance à vaste échelle  (que l'on retrouvera plus tard, par exemple, chez les tigres du Hunan voués à l'extermination entre 1952 et 1963, "Une épineuse question II. Tigrologues et tigriers" mis en ligne le 8 octobre 2016).

Dr. David Carrier, a biologist at the University of Utah and an expert on the “biomechanics of aggressive behavior,” has reevaluated accounts of sperm whale hostility and seen biological credence in this trend towards aggression over time. The whales could have adapted their head as a weapon in a changing world. Before 1788, humans did not hunt Pacific sperm whales in any great capacity, but within decades, there were upwards of 600 ships plying the south sea waters at any one time in pursuit of the leviathans. It is not beyond the realm of possibility that these sperm whales learned and adapted to this changing situation, sometimes resorting to aggression. This seems especially likely because of the highly advanced nature of sperm whales as a species. They possess the largest brains in the world. The cerebral cortex of the sperm whale, for instance, is more developed than our own. Moreover, sperm whale social and kinship structures—also highly sophisticated—imply an extremely advanced capacity for memory and emotions. They have been observed in nature exhibiting signs of love, grief, and mourning. These creatures, with memories and emotional trauma from previous whaling attacks, could very likely have begun to react to human encroachment through heightened aggression, at least in some cases. Remembering wooden ships as the harbingers of past trauma and grief to a kinship group “could well have been the trigger for the whale that rammed the Essex,” says Dr. Richard Bevan, a zoologist at Newcastle University. Taken with the account of the Ann Alexander and others, it becomes possible to take this growing trend in the history seriously for what it is: something in the natural world reacting, and adapting, to humans on its own terms.

Comme les baleiniers japonais du XVIIème siècle organisaient leur flotte en "corps de bataille - salamandre" (voir "Une révolution bleue" mis en ligne le 13 février dernier), l'armée cétacéenne se constitua en un Triton Marin (PACIFIC NEWT) d'une étendue transpacifique de plusieurs milliers de kilomètres. Les officiers étaient généralement blancs, ou tâchetés et marquetés de façon singulière. La fréquence de la blancheur est liée à un pool génétique particulier (voir le détail dans "Héros de la Résistance" du 9 mai 2016 - exemple des hippopotames blancs des chutes du Zambèze - , ou celui des orques blanches du Pacifique Nord, dans "Ondulation chromatique" mis en ligne le 11 septembre 2016). Les cachalots blancs n'ont jamais été extrêmement rares. Certains spécialistes pensent qu'ils se comptent encore aujourd'hui par dizaines, voire par centaines, et ils sont assez fréquemment observés dans tous les océans, et même la méditerranée il y a deux ans à peine. De plus, cette couleur  induisait éventuellement un gigantisme, donnant ainsi aux officiers une dimension charismatique liée à leur VOLUME : dans l'Atlantique, un cachalot blanc des Açores tué en 1902 mesurait 27m de long, et un très vieux mâle tué au large du Brésil en 1859 était aussi grand qu'une baleine bleue de belle taille (33,50m)...

Nous ne pouvons mentionner ici que quelques - uns d'entre eux (ou du moins quelques - uns des sobriquets qui leur furent attribués) : Old Tom, cachalot blanc évoqué par Ralph Waldo Emerson dans ses carnets publiés en 1834 : connu des marins depuis de nombreuses années, l'animal aurait finalement été tué au large de l'Amérique du Sud... Païta Tom, connu de la côte Nord du Pérou, Fighting Joe "Joe le combattant" (Polynésie orientale), Ugly Jimmy "Jimmy le Hideux" (Polynésie occidentale, peut être appelé aussi Ugly Jack et Ugly Tom), Shy Jack "Jack le timide" (NE de l'Australie), Spotted Bob "Bob le tâcheté", aux quatre grandes tâches blanches, deux de chaque côté de la tête (peut - être appelé aussi Spotted Tom, Pacifique du Sud - Ouest)... Deux d'entre eux, cités dans MOBY DICK, auraient été répertoriés (selon Jürgen Stumpfhaus en 2014) en 1820 au large du Chili pour le premier : Don Miguel, en 1828 au large du Japon pour le second : Morquan...

Ces quelques sobriquets indiquent simplement la pauvreté de nos informations, derrière laquelle se dissimule une réalité plus complexe et plus charnue : si certains individus avaient plusieurs "noms", d'autres dénominations ont pu être utilisées, à différentes époques, pour des individus différents, prenant dans ce cas une signification dynastique. De plus, n'ont été répertoriées dans des sources écrites que certaines des plus célèbres de ces dénominations, ne rendant qu'une vague idée de la culture orale des baleiniers d'une part,  et de la réalité effective à laquelle ils étaient confrontés d'autre part, concernant des individus beaucoup plus nombreux et variés que ce que relatent les bribes d'information des sources écrites... La profusion des cachalots au large du Japon, par exemple, était telle que cela laisse présager que "Morquan" fut plus un nom générique qu'individuel, un "triton dans le triton"...

La Profusion, illustrée par Matt Kish. Un aperçu du "Japan Ground" jusqu'au début des années 1820?

 Enfin, de nombreux cachalots combattants, officiers - instructeurs présumés, ne se voyaient affublés d'aucun nom propre, malgré le caractère particulièrement retentissant de leurs exploits, comme le naufrageur de l'Essex en 1820 ou celui de l'Ann Alexander en 1851, parmi beaucoup d'autres... Et dans l'Atlantique, où le conflit s'étendit à partir de 1841, les guerriers victorieux, tout aussi efficients que ceux du Pacifique, ne bénéficièrent jamais d'un nom propre. Au cours de la période 1820 - 1851, les officiers - instructeurs se comptèrent assurément par dizaines, et probablement par centaines.

Ces personnalités fortes étaient la plupart du temps évitées par les baleiniers, qui en avaient peur et préféraient échapper au pire, notamment après le naufrage de l'Essex en 1820, mais aussi l'attaque subie par l'USS Peacock en 1827. Elles finirent néanmoins par subir une politique d'assassinats ciblés initiée par "le Haut Etat Major" de l'industrie baleinière, et les plus connus périrent tous, à l'exception du plus célèbre d'entre eux, qui fut aussi leur instructeur, mentor, chef, et ami :  MOCHA DICK. Les assureurs des navires s'étaient fort bien accommodés de la frilosité des équipages, formule prudentielle économique pour eux. Mais dans un deuxième temps, les pertes réelles, matérielles et humaines atteignirent des proportions monstrueuses, comme l'a magifiquement illustré Herman Melville (MOBY DICK, chapitre 45, "La déclaration sous serment). Les cachalots étaient tout simplement en train de gagner la Guerre du Pacifique. 

VOICI LES GRANDES LIGNES D'UN SCENARIO PLAUSIBLE, L'HISTOIRE RESTANT A ECRIRE...

LES TROIS EPOQUES DE LA GUERRE.

1820 - 1839.  Mocha Dick avait fui pendant les années 1800, puis avait bénéficié d'un répit entre 1812 et 1814 (arraisonnement des baleiniers américains lors du conflit avec les anglais). Depuis 1815, il se terrait à nouveau dans les fosses côtières du Chili et du Pérou. Sa peur et sa frustration se teintaient de colère et de rage impuissante. On peut alors envisager que le naufrage de l'Essex le 20 novembre 1820 a eu un rôle catalytique dans son attitude. Peut être même, ses aptitudes cérébrales et communicationnelles totalement hors - norme l'avaient dès la fin des années 1810 amené à considérer qu'une mise en péril des populations du "Japan Ground" (qui intervint au printemps 1820) serait une "dead line" absolue ("Une révolution bleue" mis en ligne le 13 février) et dans ce cas, il a pu être impliqué en tant que commanditaire dans l'affaire de l'Essex... Il n'était autrefois qu'un jeune freluquet pour Timor Jack et New Zealand Tom, mais c'était désormais lui, le vétéran chenu, au charisme phénoménal que renforcent les aspects anomaliques de sa physiologie, qui inspirait le respect et donnait courage à de jeunes et vaillants guerriers du Pacifique, qui à leur tour en inspirèrent d'autres.

 C'est au cours des années 20 que se déroulent la plupart (sans doute au moins les trois quarts) des 100 combats victorieux qui lui sont attribués par Samuel Lewis en mars 1830. Apparaissent simultanément, sur le théâtre des opérations, un "Don Miguel" (Galapagos Ground 1820), "Fighting Joe" (Offshore Ground 1824), "Shy Jack" (Pacifique central, 1826).  En 1827, l'USS Peacock est sérieusement endommagé par un agresseur dont on ne connait rien sinon l'espèce et un comportement résolu. 

"Morquan" fait parler de lui dans le Japan Ground en 1828 (ou à partir de cette date). "Timor Jack" (triangle de corail 1931) n'a à l'évidence rien à voir avec le vieux mâle sédentaire du tournant des deux siècles, cité plus haut. Ce combattant se rendait probablement au Japan Ground et fut intercepté à cet endroit... "Ugly Jim" (1833), "Spotted Bob" (1835), "NZ Tom" (sic!) (1837), sont tous en rapport avec la mer de Tasman (peut être le "Timor Jack" de 1931 l'était -il aussi).  Dans la deuxième moitié des années 30, plusieurs navires amiraux furent détruits ou fortement endommagés, par des assaillants NON DECRITS ET INNOMMES... (Voir le détail dans "Héros de la Résistance", mis en ligne le 9 mai 2016). Au cours des années 30, Mocha Dick intensifie probablement son activité d'organisateur et réduit celle d'intervenant direct.

1840 - 1851. 

La fureur du Héros 1840 - 1842.

Le Destin du Monde repose sur le Courage d'un seul Guerrier. Mononoke Hime, Hayao Miyazaki, 2 juillet 1997.

Mocha Dick n'est plus le sémillant et scintillant géant des années 1800 et 1810. Même sa blancheur est désormais toute relative, les épreuves ont tant et si bien lardé et machuré sa peau que sa "couleur" est désormais indistincte, seule sa balafre faciale immense permettant de le reconnaître à coup sûr...  

Le Général en Chef voit les rangs de son armée se clairsemer. Les contours de la Grande Constellation Marine deviennent dangereusement floues. Entre Juillet 1840 et Octobre 1842, il réorganise son équipe avec de nouveaux partenaires dans les zones laissées sans protection depuis la mort des officiers chargés de celle - ci. Pour assurer le succès de cette entreprise titanesque et improbable à l'échelle d'un seul individu, il mène une offensive de diversion AU DELA des limites géographiques qu'il assigne à son organisation : il nettoie la côte chilienne du Nord au Sud en Juillet - Août 1840. En Mai 1841, il va au devant, dans l'Atlantique Sud, du navire John Day, dont le capitaine Rodgers, a été mandaté quelques semaines auparavant pour l'assassiner ; il met en déroute son adversaire. Il traverse alors tout l'Océan d'Est en Ouest où il nomme et forme à chaque étape de nouveaux missi dominici. En Octobre 1842, après avoir pris vraisemblablement soin de mettre à l'abri les groupes constitués de femelles et de leurs petits ainsi que de mâles non combattants (voir "Une révolution bleue" mise en ligne il y a 9 jours),  il frappe au Nord, au large du Japon, mettant en déroute une large armada qui devait en finir avec lui, infligeant ainsi à la flotte baleinière américaine la plus grande humiliation de son Histoire. Il ne se rend pas à Béring (en dépit des assertions du Knickerbocker de mars 1849 - dans "Héros de la Résistance", 9 Mai 2016, lecteur trop rapide du "Honolulu Friend" impliquant logiquement une baleine franche boréale)  mais effectue le trajet retour (du Japon au Chili) qui est aussi une tournée d'inspection et de solidification du remaillage militaro - politique réalisé à l'aller. C'est "ce Mocha Dick là", beaucoup plus que celui des années 20 décrit par Lewis début 1830 puis, à partir de son témoignage, narré par Reynolds dans un récit fictif, qui fut à l'origine du MOBY DICK de Melville. 

Au cours des mois et années suivantes, il étend cette politique à l'Atlantique. C'est à cette période qu'un grand incendie ruine définitivement Nantucket (Juillet 1846), et que l'industrie baleinière commence à délaisser le cachalot pour la baleine franche boréale géante du Pacifique Nord ("Reine des glaces. Matriarche du Monde", mis en ligne le 30 mai 2016).  Au large des côtes sud - américaines : à l'automne 1848, après un combat homérique de deux jours (où par ailleurs, des hommes s'accrochent à la bosse dorsale du vainqueur, et sont ensuite récupérés sains et saufs par le navire) le baleinier Nimrod du capitaine Huntting est mis en déroute par un cachalot combattant dans le Rio de la Plata, et doit rentrer pour réparation à Buenos Aires, où tout son équipage déserte sous son oeil bienveillant et compréhensif. Et en 1850, au large du Brésil, l'équipage du  Parker Cook parvient à tuer son assaillant après être passé à un cheveu du naufrage, puis se rend aux Açores pour réparations dans un voyage traumatique de deux semaines! La même année, dans le même secteur, le navire Pocahontas est en partie détruit et parvient à se rendre, lui aussi, aux Açores... Mocha Dick voulait - il continuer plus au Nord, pour frapper New Bedford, Mystic et toute la Nouvelle Angleterre?

1851. Le 20 août, dans le Pacifique (même secteur que celui du naufrage de l'Essex 31 ans plus tôt), un grand cachalot détruit le navire Ann Alexander d'une façon qui évoque un véritable attentat - suicide ( le témoignage du capitaine John Deblois, puis les restes de l'animal achevé en janvier 1852 par l'équipage du Rebecca Sims, en font foi). Le 18 Octobre, paraît l'édition anglaise de MOBY DICK, suivi de l'édition américaine, le 14 novembre. S'interrogeant sur le naufrage de l'Ann Alexander, Melville s'inquiète du lien entre la rédaction de son ouvrage et "la venue du monstre", reconnaissant à ce dernier - avec son habituel sens de l'humour - un "style" remarquable : "court, concis et très au point"...

1852 - 1859?

Le conflit se poursuit au cours des années 1850.

Sailors claimed that he (Mocha Dick) wrecked whaleboats and killed whalers into the late 1850s, when he was finally killed by the crew of a Swedish whaling ship.

https://www.thoughtco.com/was-moby-dick-a-real-whale-1774069

Un cachalot coulera un  navire anglais, le "Crusader", en octobre 1852 au large du Japon, 10 ans après le triomphe de Mocha Dick dans la même zone... Le "Waterloo", de même nationalité, est coulé en 1855 dans le Pacifique Nord (mais peut - être est ce l'oeuvre, dans ce cas, d'une baleine franche boréale...). Un navire marchand, le "Cuban", est gravement endommagé en 1857, de même que, en 1859, le Herald of the Morning au Cap Horn ainsi que l'"Emerald" dirigé par le capitaine Pierce, qui vient à bout de son adversaire après une bataille homérique et des pertes matérielles considérables... A la fin des années 1850, l'industrie cachalotière est exsangue. Celle de la Baleine Franche sera sérieusement mise à mal en Juin 1865, un navire confédéré, le Shenandoah, ayant poursuivi la guerre des mois après la signature de la paix ("Les paupières de l'Aurore" mis en ligne le 16 juin 2016). 

Et à partir de 1859, le Pennsylvania oil rush, premier boom de production de pétrole aux USA (Nord Ouest de la Pennsylvanie) réoriente en profondeur l'industrie américaine.

Le Yi Sun - sin des cachalots. Mocha Dick est décédé à une date et en un lieu indéterminés, une fois sa tâche historique accomplie. Peut - être est - ce dans le courant des années 1850 ou 1860, dans le cimetière des baleines repéré par un mini sous - marin dans les années 2010 entre la côte chilienne et l'île Mocha (documentaire de Stumpfhaus déjà cité). Il fut, en quelque sorte, pour les cachalots du Pacifique ce qu'avait été pour les coréens l'amiral Yi Sun - sin deux siècles et demi auparavant... Il ne fut probablement ni le plus grand ni le plus fort des cachalots qui ont vécu au XIXème siècle. Mais il a changé le Destin du Monde, par l'alliance de son Courage phénoménal, de sa Détermination inouïe et de son Intelligence prodigieuse.  Il fut à la fois  mousse, matelot et capitaine de la Guerre Pacifico - Atlantique, dont le roman MOBY DICK fut le Point d'Orgue, le Pyramidion et le Sentier Lumineux.   

  En 1947, le baleinier russe "l'Enthousiaste" sera sérieusement endommagé par un cachalot de 17m au large des îles du Commandeur (Aléoutiennes occidentales, qui hébergeaient des milliers de rhytines de Steller au XVIIème siècle). En 1963, c'est le baleinier norvégien "Dureï" qui fut envoyé par le fond. Et à la même période (années 60) le sous - marin nucléaire américain SeaDragon, pourtant muni d'une coque en titane, subit à son tour d'importants dommages.

http://www.unexplained-mysteries.com/forum/topic/42853-sperm-whale-versus-any-living-thing/

  

 

 

 


 

 

LA PREMIERE GUERRE DU PACIFIQUE, THEME PRINCIPAL DE "MOBY DICK" D'HERMANN MELVILLE. Le Roman de Melville est l'iceberg sur lequel se brise le Titanic de la Modernité. il est le prolongement de la Hure et du Cerveau de Mocha Dick.

GUERRIERS IMMORTELS. Les 5 "baleines légendaires" évoquées par Melville sont les représentants symboliques du corps des officiers dans son entièreté. Au cours de ses années de voyages maritimes (du 1er juin 1839 au 14 octobre 1844) dont une partie à bord de 3 baleiniers (2 américains et un australien, du 3 janvier 1841 au 2 mai 1843), Melville a probablement recueilli une foultitude de récits sur le sujet dont il s'est inspiré à sa convenance, comme l'avait fait avant lui, à propos de Mocha Dick, Jeremiah Reynolds auprès du harponneur Samuel L. Lewis... Dans le Chapitre 45 "La Déclaration sous serment, l'auteur  rend un hommage vibrant et admiratif à 4 d'entre elles, "bénéficiant d'une renommée océanique de leur vivant et immortelles après leur mort" (toutes sauf Moby Dick) et rédige à leurs endroits d'authentiques épitaphes. Par ailleurs, l'humour et la dérision, toujours présents chez cet auteur "qui rit avant que d'être heureux", et dont on perçoit la présence sous - jacente dans ce chapitre comme dans beaucoup d'autres, raille discrètement  le côté "hableur" de ces aèdes des mers qu'étaient de nombreux baleiniers, et qui en faisaient souvent un peu trop (Qui furent, auprès de Melville, les Samuel Lewis de Don Miguel, Morquan, et de bien d'autres ?)

Sur la peinture de Kathleen Piercefield  ci - dessous, Moby Dick est au centre, gueule grande ouverte, Timor Jack, de couleur brune, est en haut à droite, et New Zealand Tom, en bleu profond, est en bas à droite. A gauche, on reconnaît Don Miguel "marqueté de hiéroglyphes comme une vieille tortue" et, au dessus de lui, Morquan, nippon énigmatique.

Délibérément, Melville choisit un binôme antérieur à la guerre (Timor Jack + New Zealand Tom) et un triplet de figures  à la fois masques et gigognes :

 Le Triplet Mocha Dick / Don Miguel / Morquan.

Moby Dick figure Mocha Dick par sa blancheur et sa balafre faciale géante mais aussi New Zealand Tom par sa bosse blanche,  Uggly Jimmy par sa mâchoire inférieure tordue, et sans doute plusieurs autres encore - il a les nageoires pectorales dentelées par diverses épreuves et accidents).

Les récits des baleiniers restant en grande partie méconnus, la réalité historique de Don Miguel n'est pas formellement attestée en dehors de l'assertion de Melville (Kevin Hayes, auteur d'un excellent éclairage sur les baleines légendaires dans son "Melville Folk Roots" publié en 1999, ne tranche pas sur la question). Pour Melanie Maria Lorke (dans son "Liminal Semiotics : Boundary Phenomena in Romanticism" dont la version anglaise a été publiée en 2013), Mocha Dick / Moby Dick doit être compris, dans l'esprit de Melville (qui a fort bien pu, ce faisant, s'appuyer sur une dénomination réellement utilisée par les marins) comme une page blanche initiale face à laquelle Achab reste interdit et emprisonné dans son être, alors que Don Miguel figure un texte hiéroglyphique, qui est aussi une promesse de compréhension à venir. Nous constatons aussi que les initiales de Don Miguel sont celles de Moby Dick, mais aussi Mocha Dick, inversées, et que ce personnage est chilien, comme l'est Mocha Dick...   

Don Miguel (vu par Kathleen Piercefield).

Si Don Miguel est (aussi) un prolongement sémiotique de Mocha Dick, Morquan figure peut être un prédécesseur sémantique de la victoire du héros chilien dans les eaux nippones en 1842 ("Une Révolution Bleue" mis en ligne le 13 février).

Morquan (LA GRANDE VAGUE),  (vu par Kathleen Piercefield). 

Le Triplet Morquan / "Vieil Adam"/ Typhon. Avertisseurs, annonciateurs, révélateurs.

Morquan, avec sa croix blanche (dans le chapitre 45) annonce explicitement le prochain triomphe de Mocha Dick. Le Typhon (dans le chapitre 119) montre à l'équipage du Pequod toute la puissance mécanique et cérébrale de celui - ci ("Une Révolution bleue" mis en ligne le 13 février).

Après l'un et avant l'autre, le "Vieil Adam", grand mâle épuisé par les ans, manchot, aveugle avec disparition complète de la structure oculaire, recouvert de tâches jaunâtres, couvert d'abcès purulents dont l'un provoqué par une pointe de lance en pierre précolombienne, se fait massacrer (dans le chapitre 81), de la façon la plus barbare, cruelle et ignominieuse qui soit, pour un résultat nul. Il exprime toute la Cétacéanité souffrante, torturée par l'un des officiers de bord, Flask, qui prend un malin plaisir à faire éclater son abcès principal à coups de harpon,et ce  malgré les appels à la modération de Starbuck. De petite taille, gauche, "d'une bétise pénétrante" selon les mots de l'auteur, Flask bout d'une haine structurelle et principielle à l'endroit de tout cétacé... Finalement attaché au navire, le martyr sombre et commence à entraîner celui - ci avec lui. L'équipage doit rompre les liens et laisser s'enfoncer la proie.

Le tableau d'ensemble est celui du maelström nauséabond de la Bétise et de la Méchanceté triomphantes, déjà illustré dans un contexte voisin un siècle auparavant par Georg Wilhelm Steller à propos du massacre ignominieux des rhytines géantes...  

Le vieil Adam annonce aussi, étrangement, ce vieux mâle blanc cacochyme et agonisant, aussi grand qu'une baleine bleue, édenté et borgne, achevé sans combat * au large du Brésil 8 ans APRES la publication de l'ouvrage, que d'aucuns identifieront alors comme "Mocha Dick", alors que sa taille était de 60% supérieure à celui - ci, et qu'il appartenait vraisemblablement au "groupe azorien" (voir plus haut)...  

En 1962, le chilien Francisco Coloane évoquera, dans "El camino de la Ballena" un vieux mâle baleine bleue solitaire de 35 m de long, capturé inutilement par un baleinier dans l'Antarctique,  qui doit finalement renoncer à sa prise pour éviter de sombrer avec elle...

* Ou plutôt "libéré de son supplice" comme c'est le cas pour le rhinocéros à fourrure à la tête brûlée de la Bande Dessinée d'André Houot, publiée en 1988 aux Editions du Lombard  ("Un rocher sur la lande" mis en ligne le 27 février 2016).

Conclusion : C'étaient des personnes douces, complaisantes, souvent timides qui ont fait front avec Intelligence et Courage dans des circonstances terribles et imprévisibles. En tout Honneur et toute Gloire, pour les siècles des siècles. Car ce que l'on fait dans sa Vie résonne dans l'Eternité.

...et si le monde doit encore être submergé... alors la baleine éternelle survivra, et s'élevant sur la crête la plus haute de l'inondation équatoriale, elle crachera à la face du ciel son défi écumeux. MOBY DICK, chapitre 105 "La taille des baleines diminue - t - elle? L'espèce est - elle menacée d'extinction?"

Et quant à nous, pauvres pêcheurs, balayés par la Vague et disloqués par l'Iceberg, peut - être trouverons - nous là une Bosse secourable...

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