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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 07:25

Ce qui se conçoit bien s'énonce aisément. LA ZONE D'EXCLUSION DE TCHERNOBYL, PARADIS DES ANIMAUX RARES.

Le territoire de Tchernobyl est aujourd'hui un endroit unique dont la majeure partie est recouverte par une dense végétation et est peuplée par des centaines d'espèces animales — dont certaines figurent sur la Liste rouge mondiale des espèces menacées.

La dense végétation et les marais de la zone d'exclusion sont devenus le foyer d'oiseaux en voie de disparition comme la cigogne noire, le pygargue à queue blanche et le hibou grand-duc. Leur population se réduit rapidement et on ne compte plus aujourd'hui que quelques dizaines de milliers de spécimens de ces oiseaux dans le monde, dont des centaines vivent en Ukraine. Des loutres, des blaireaux et de lynx ont trouvé refuge dans les forêts et les fleuves de Tchernobyl, loin des hommes. L'absence d'ingérence humaine dans leur vie laisse espérer que plusieurs espèces animales rares survivront et même foisonneront.

 

La forêt de pins située à proximité de la centrale a absorbé la plus grande partie des radiations en 1986. La majeure partie des arbres ( des pins de différents âges  ) a péri à cause des fortes doses de radiation, les autres ont pris une teinte rouge, ce qui leur vaut aujourd'hui le surnom de «  forêt rousse  » ( ou forêt rouge  ). La végétation s'est progressivement rétablie depuis l'accident mais les arbres ont accumulé d'importantes doses de radiation, ce qui rend périlleux un long séjour des hommes dans la zone. Cependant, les animaux sauvages reviennent peu à peu à cet endroit.

Selon les spécialistes, le rétablissement de la faune sur le territoire touché par la catastrophe nucléaire a commencé immédiatement après l'évacuation des hommes. Denis Vichnevski, chef du groupe de suivi radio-écologique de l'entreprise public Ecocentre, a déclaré que les animaux étaient revenus sur le territoire abandonné par les hommes dès 1986.

«  Les spécialistes et les géologues ont noté que le retour des espèces et la reconfiguration des écosystèmes n'avaient pris que cinq ans. Cinq ans après l'accident sur ce territoire s'est produit ce qu'on pourrait appeler un "redémarrage de l'environnement vivant"  », constate Denis Vichnevski.

D'après lui, le nombre de rongeurs a augmenté dans la zone d'exclusion durant les premières années qui ont suivi l'accident. «  Les humains avaient semé avant l'accident. Après la catastrophe et l'évacuation de la population, tout est resté sur place. C'est pourquoi des rongeurs sont venus se nourrir. Cela a entraîné une hausse considérable de leur population  », ajoute l'expert.

Aujourd'hui près de 400 espèces d'animaux vertébrés vivent dans la zone de Tchernobyl et on y compte environ 4 000 plantes. Il n'est donc pas rare de rencontrer dans ces forêts des élans, des cerfs, des sangliers, des chevreuils, des loups, des lynx et même des ours bruns qui avaient quitté la région depuis plus de 100 ans. Les ours vivent essentiellement en Biélorussie mais ils se déplacent souvent en Ukraine et leur installation dans la réserve n'est qu'une question de temps. Sur le territoire de la réserve naturelle radio-écologique récemment créée par les autorités vivent, entre autres, des animaux inscrits sur la Liste rouge. Internet déborde de photos prises par les caméras cachées installées dans les forêts de Tchernobyl, qui ont permis de constater l'apparition à cet endroit d'animaux en voie d'extinction.

«  Dans la zone d'exclusion vivent 19 espèces d'animaux rares, notamment le hibou grand-duc, le pygargue à queue blanche, la cigogne noire et de nombreux oiseaux des marais. Parmi les mammifères on peut citer les lynx, les blaireaux et les loutres  », note Denis Vichnevski. Dans l'ensemble, selon lui, pratiquement toutes les espèces caractéristiques des forêts de la Polésie vivent sur ce territoire.

En dépit de ces conditions favorables, la radiation a tout de même un impact négatif sur la faune et la flore. Il reste toutefois difficile pour les chercheurs d'identifier, de capturer et d'examiner un animal présentant des anomalies génétiques car la durée de vie des spécimens ayant muté est réduite.

 

«  Pendant les cinq premières années qui ont suivi l'accident, les chercheurs se sont efforcés de retrouver des anomalies dans la zone d'exclusion, notamment dans le milieu animal. De telles recherches se poursuivent aujourd'hui mais à moindre ampleur. Ce travail est très onéreux et on manque d'argent  », explique Denis Vichnevski.

Il explique que des experts capturent encore périodiquement des animaux pour étudier les anomalies qu'ils présentent. «  Bien sûr, la radiation affecte la faune et la flore dans la zone d'exclusion. Nous découvrons de nombreuses anomalies génétiques. Mais on peut dire avec certitude que la radiation locale affecte peu le nombre et la population des animaux  », a déclaré l'expert.

Selon lui, l'anomalie la plus répandue est l'albinisme. «  Les spécialistes ont constaté des anomalies flagrantes au niveau de l'aspect extérieur. En particulier, on a connu des cas de capture de l'Amour-albinos dans le bassin de refroidissement des réacteurs de la centrale. J'ai vu personnellement plusieurs de ces spécimens (il s'agit de la carpe Amour (ou Amour blanc). A.S.). On constate également d'autres anomalies chez les animaux au niveau génétique  », explique-t-il.

Denis Vichnevski souligne que les chercheurs ukrainiens manquent de financement pour une étude plus approfondie de l'impact de la radiation sur la faune dans la zone d'exclusion. Cependant, les spécialistes d'autres pays organisent régulièrement de telles études.

Un groupe de chercheurs conjoint de l'université de Caroline du Sud ( USA  ) et de l'université nationale de Kiev Taras Chevtchenko travaille depuis peu dans la zone d'exclusion. Conjointement avec la compagnie Ecocentre, ils comptent analyser l'influence du rayonnement radioactif sur les différents niveaux d'organisation biologique ( moléculaire, cellulaire, tissu, organes  ) des populations des animaux les plus répandus. Les spécialistes espèrent que cela permettra de découvrir certaines particularités de fonctionnement des complexes de faune dans les communautés radioactives de la zone d'exclusion.

Fin mars 2017, l'Ukraine a créé la réserve biosphère radio-écologique de Tchernobyl, dont l'activité sera avant tout scientifique. De plus, il est prévu de créer dans cette zone un dépôt de stockage de combustible usagé des centrales ukrainiennes — actuellement exporté en Russie — ainsi que d'utiliser ce territoire pour y installer des centrales solaires.

30 ans après la catastrophe, l'infrastructure et les maisons abandonnées par les hommes dans la zone de Tchernobyl sont en désolation. La nature a pris le pouvoir dans la ville fantôme de Pripiat; où personne ne vit, et reprend peu à peu le dessus sur les avenues et dans les rues. Le stade municipal est reconnaissable uniquement grâce à ses tribunes: la pelouse s'est transformée en véritable forêt. La frontière entre l'homme et la nature s'est pratiquement effacée, ce qui permet aux animaux d'entrer sans crainte dans la ville, et même parfois de s'installer dans les bâtiments abandonnés. Les animaux sont également attirés par les arbres fruitiers dont ils se nourrissent.

«  Les dernières études indiquent que les animaux ont commencé à utiliser activement la zone d'exclusion abandonnée par l'homme, y compris l'infrastructure — c'est-à-dire les maisons abandonnées à Tchernobyl, à Pripiat et dans les villages des environs. Ils entrent volontiers dans les maisons et les anciennes fermes pour y passer la nuit. Les constructions abandonnées sont visitées par la plupart des grandes espèces animales, qui y marquent leur territoire. Chaque automne, les animaux visitent en nombre les villages abandonnés et leurs jardins pour y cueillir des pommes et des poires  », raconte Denis Vichnevski.

Selon Vladimir Heptner, des tigres européens ont vécu dans ce secteur au moins jusqu'au XIIème siècle.

Et aujourd'hui, des êtres humains ont choisi d'y rester.

Maria Semeniouk nourrit ses poules à Paryshiv, un village à l'intérieur de la zone d'exclusion, le 23 mars 2011.

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