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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 04:17

Ceci fait suite à "Une rivière de diamants" mis en ligne le 8 juin dernier.

PRENEZ ET MANGEZ EN TOUS.

ANNIVERSAIRE SOLSTICIAL. Il y a aujourd'hui 180 ans, le 21 juin 1837, au Japon, près de la ville d' Akehama, une baleine est venue s'échouer au pied d'une falaise sur laquelle avait été construit un monument funéraire pour les cétacés. Elle sauva ainsi la population lors d'un terrible épisode de famine qui durait depuis près de 5 ans. Les habitants lui attribuèrent un nomen sacrum bouddhiste à titre posthume (1). Dans leur esprit, elle s'était offerte à eux en oblation, comme l'avait fait le Bouddha avec une tigresse affamée qui ne pouvait plus nourrir ses petits.

La même année, le Japon indépendant expulsait de l'entrée de la baie de Tokyo le navire américain Morrison à coups de canon...

L'attribution d'un nomen sacrum était parfois attribué aux foetus des baleines enceintes capturées (contre les principes de base de la chasse). At the Kogan-ji Temple in Kaneko’s hometown, whale fetuses discovered inside slaughtered whales were buried in a special tomb. The temple also holds a remarkable nonhuman funerary register (kakocho) recording the spiritual names (kaimyo) given to whales caught by whaling crews in the 19th century.

http://www.greenshinto.com/wp/2013/04/10/whaling/

Comme nous l'avons déjà précisé (2), le comportement des japonais vis - à - vis des baleines depuis la fin de la deuxième guerre mondiale constitue donc une forme de "Falsification du Bien". Nous y reviendrons le 14 août prochain, date à laquelle nous mettrons en ligne "Isana". Il n'est, en effet, ni long ni difficile, pour la culture japonaise, d'établir, à l'avenir, un rapport aux cétacés comparable à celui entretenu avec les lucioles (3). Il s'agit, simplement, de retrouver un ancien chemin, englouti par le maelström du siècle dernier. Une Voie Lactée maritime...

Voir aussi : Samsara (le cycle de l'existence). Les six étapes du cycle, du volcan sous - marin aux nuages : six magnifiques cachalots...

http://isanayamadasamsara.strikingly.com/

LA LUCIOLE GEANTE DE MELVILLE : SENTIER LUMINEUX, COURANT ASCENDANT ET CONVERGENT.

Ceci fait suite à "Un dragon blanc au coeur du Monde", dans "Héros de la résistance", mis en ligne le 9 mai 2016.

"... une tache vivante blanche, pas plus grande qu'une belette, s'élevant avec une célérité merveilleuse". Herman Melville. MOBY DICK. Chapitre 133 ("La chasse - 1er jour").

"Insaisissable fantôme" (4), le roman MOBY DICK (comme "Les grandes portes d' écluse du monde des merveilles") ouvre des myriades d'itinéraires et dessine une infinité de sillages. En voici un.

La luciole géante de Melville est un itinéraire luminescent, tissé d'espace et de temps, provenant des profondeurs de la Terre, et à la fois courant abyssal et céleste. Récit du rêve (5), le roman se structure à partir d'un noyau central d'évènements et de personnages réels. Melville réorganise ces éléments, efface toute référence calendaire, et permet ainsi l'expansion du récit pour faire de celui - ci un mythe fondateur, un Troisième Testament (6) dont la conclusion est un Second Livre de L'Apocalypse. Le noyau incandescent se modifie, s'habille d'un manteau puis d'une écorce qui est aussi une écume, la belette devient un géant de plusieurs dizaines de mètres, connu aujourd'hui par des milliards d'êtres humains...

LE NOYAU.

"Appelez moi Ishmael." "Ishmael" , fils d'Abraham, doit fuir avec sa mère dans le désert et survit miraculeusement. Son nom signifie "Dieu entendra sa demande".  Melville entame son voyage à bord du baleinier Acushnet le 3 janvier 1841 après s'être inscrit à son bord quelques jours plus tôt, à la fin décembre 1840. Selon toute vraisemblance, c'est exactement un an plus tard qu' "Ishmael" effectue la même démarche avec le Pequod . En effet, il associe le début de son voyage et "une sanglante bataille en Afghanistan" (7). Celle - ci ne peut - être que la bataille de Gandamak, lors de la première guerre anglo - afghane (1839 - 1842), qui s'est déroulée du 6 au 13 janvier 1842, et où 16 000 anglais sont morts, soit la quasi totalité du corps expéditionnaire. William Brydon, assistant chirurgien, revient seul à Jalalabad, figurant par avance le destin d'Ishmael.

Pensées sauvages. Le rêve d'Ishmael met en lumière le personnage principal réel du roman : l'armée des cachalots combattants de la première guerre du Pacifique (8, 9), dont il fait un véritable "régiment immortel" et une Voie Lactée marine : "Et parmi toutes les pensées sauvages qui m'incitaient à ma détermination, au tréfonds de moi flottaient par paire d'interminables processions de baleines, et au beau milieu de toutes, un grand fantôme encapuchonné, comme une montagne neigeuse dans l'air."

Coup de torchon. En octobre 1842, près des côtes japonaises, le cachalot "Mocha Dick" met en déroute trois navires baleiniers (2, 8, 9), infligeant ainsi à l'industrie baleinière sa plus grande et plus vertigineuse défaite de la première guerre du Pacifique. C'est à ce moment que Melville place l'épisode du Typhon, dans le même secteur (chapitre 119 : "Les bougies"). L'évènement n'est connu que quelques mois plus tard, et, en mars 1843, Melville, après 7 mois de chasse au cachalot totalement improductive et vaine dans les mers du Sud à bord du baleinier Charles & Henry, renonce à la campagne à venir de celui - ci dans les eaux japonaises et se fait débarquer à Honolulu... 

L'ombre et la proie. La victoire de Mocha Dick est  totalement occultée, aux yeux du grand public américain, par l'épisode de "la mutinerie du Somers" qui trouvera son point d'orgue le 1er décembre 1842. Seule mutinerie dans l'histoire de la marine de guerre américaine (qui n'en fut pas une puisqu'elle fut découverte alors qu'elle n'était qu'en préparation), elle fut une véritable affaire d'Etat, impliquant notamment le fils du Secrétaire d'Etat à la guerre, éxécuté avec deux autres officiers le 1er décembre 1842. C'est l'affaire qui fera le plus de bruit aux Etats - Unis jusqu'à l'assassinat de Lincoln, et impliquera directement, dans de grandes controverses une grande partie du monde politique et culturel.  Le Somers avait été construit sous la supervision de Matthew Perry (qui imposerait au Japon l'ouverture de ses ports en 1853 (2)), il était dirigé par son beau - frère, et deux de ses enfants étaient à son bord, de même qu'un cousin de Melville du côté maternel... Melville fait intervenir la destruction du Pequod et de son équipage par le cachalot blanc au large des îles Gilbert à la fin décembre 1842 (l'animal avait brisé la jambe d'Achab dans les eaux japonaises 2 ans auparavant, fin décembre 1840)... Le roman, publié en octobre 1851 en Angleterre, et en Novembre aux Etats - Unis, est un échec complet ("Quand bien même j'écrirais les Evangiles, je finirais dans le ruisseau" confie l'auteur à son ami Nathaniel Hawthorne). En 1853, l'entrepôt de son éditeur américain est détruit dans un incendie, ainsi que la totalité des livres. La demande étant insuffisante, aucun d'entre eux ne sera réimprimé du vivant de Melville. L'année suivante, Matthew Perry, de retour du Japon, propose à Hawthorne la rédaction de son exploit géopolitique. Celui - ci décline et propose Melville "le mieux à même de traiter de ces choses". Perry refuse immédiatement, tenant Melville en piètre estime (10).

"Moby Dick" : un Nom pour l'Amérique antebellum. Melville demande à son éditeur anglais de changer le titre prévu par ce dernier : "La Baleine". Il insiste sur le fait que ce cachalot particukier est le véritable héros du récit. Ceci n'a rien d'anecdotique car dans l'esprit de l'auteur, il s'agit de se démarquer explicitement de la culture littéraire européenne et de construire une littérature américaine indépendante, reposant sur une démarche et un système de pensée différents (11). MOBY DICK n'est pas seulement et pas tant un cognomen qu'un cri de guerre et d'émancipation.

 

LE COURANT ASCENDANT. 

Moteurs catalytiques. L'organisme abyssal bioluminescent remonte progressivement à la surface jusqu'à sa destination de luciole céleste, à travers une série de chapitres qui se font écho et sporulent leurs lumières, de Morquan au Typhon (2). Il s'agit notamment, à mon sens, de "La déclaration sous serment" (ch. 45), "Le jet fantôme" (ch. 51), "Funérailles" & "Le Sphinx" (chs. 69 & 70), "le Pequod rencontre le Jungfrau" (ch. 81), "La grande Armada" (ch. 87), "Les Bougies" (ch.119). Chacun prend sa force en s'alimentant des autres, dans une dynamique comparable à celle d'une vague de tsunami (2), jusqu'au dénouement apocalyptique (ch. 135). Ils s'allument comme autant d'organelles du géant, et de phares pour le lecteur. Prenez et mangez en tous, la Bête se restaure, se renforce et s'enrichit à mesure que nous la dévorons.

"La déclaration sous serment" : MORQUAN. Largement évoquée antérieurement (2, 8), cette "baleine légendaire" japonaise est peut - être morte au combat en 1828 (12), comme deux décennies auparavant, ses prédécesseurs Timor Tom dans le triangle de Corail (8,9) et New Zealand Jack dans la mer de Tasman (8). Morquan est un vocable que seul Melville emploie. Il est simplement la masculinisation de "Morgane", célèbre fée de la mythologie celtique, qui peut déclencher les tempêtes et règne sur son domaine aidée de ses 9 soeurs. Avatar de la "Morrigane" irlandaise : la Grande Reine, et peut - être  de "La Grande Déesse", beaucoup plus ancienne encore, et dont  Serge Cassen a montré qu'il s'agissait d'un cachalot souffleur (13), peut être même a t-elle une dimension séphirotique... Effet de souffle. Son jet qui forme une croix blanche évoque le caractère anomalique de celui de Mocha Dick (2). Mais il  fait aussi écho au "Jet Fantôme" de la nuit (ch. 51), à la fois Voie Lactée, Geyser*, Voile et Linceul, qui attire ses poursuivants vers leur perte inéluctable. La croix blanche répond aux trois mâts incandescents (ch. 119), qui se révèleront en croix de crucifixion d'un nouveau Golgotha (ch. 135). "L'aérienne Morgane" resurgit lors de cette révélation, fantôme planant au dessus du Pequod, que celui - ci a lui même sécrété.

Le "Leviathan des nuages", vu par Matt Kish.

 Fata Morgana est donc aussi "Le Météore de la Guerre" qu'évoquera Melville en 1866 dans son poème "The Portent" ("Le sinistre présage"), consacré à la destruction de la vallée de la Shenandoah par les armées nordistes. A l'issue de cette opération, un navire sudiste baptisé, pour l'occasion, du nom de cette vallée, se lança à la poursuite des baleiniers yankee dans un périple similaire à celui du Pequod, et qui s'acheva par la destruction de la flotte baleinière nordiste dans le détroit de Bering en Juin 1865, deux mois et demi après l'arrêt officiel des hostilités (14). Le "Shenandoah" n'abaissa les couleurs confédérées qu'auprès d'un navire anglais au début du mois de novembre 1865.  

"Le jet fantôme", ou l'effet chaudron. "Eclairé par la lune, il paraissait céleste, et semblait quelque dieu empanaché et étincelant surgissant de la mer." A la lumière lunaire ou stellaire selon les cas, le jet mystérieux "paraissait nous attirer toujours plus loin." "Pendant un moment, il régna, aussi, une sorte de crainte accompagnant cette apparition fugitive, comme si perfidement elle nous faisait signe de continuer, afin que le monstre tournât autour de nous et enfin nous abimât dans les mers les plus reculées et les plus désolées." Ceci est typique de "l'effet chaudron", manoeuvre d'enveloppement après avoir attiré l'ennemi, y compris par une force très inférieure en nombre et en moyens, mais regorgeant de vitalité, d'intelligence, de courage et d'imagination. Ainsi agirent avec plein succès le coréen Yi Sun - sin contre la flotte japonaise de 1592 à 1598, Mocha Dick contre l'armada baleinière en octobre 1842, des unités de 2 ou 3 combattants soviétiques dans les ruines de Stalingrad en 1943... Vertige...  "Pendant des jours et des jours nous continuâmes à naviguer sur des mers si doucement fatigantes et désertes que tout l'espace, par contraste avec notre course de vengeance, paraissait se vider de vie au - devant de notre proue." Melville connaît la même situation lors de l'hiver 42 - 43 dans les mers du Sud, à bord du Charles & Henry en route vers le Japan Ground... Nuit et brouillard, les kodamas. "... le Pequod aux dents d'ivoire s'inclina devant la tempête, et déchira les vagues noires en sa folie, jusqu'à ce que, comme des averses de copeaux d'argent, les flocons d'écume s'envolassent au - dessus des bastingages". "Toute cette absence de vie"... ou plutôt une vie grouillante élusive? (15). Ignorance, aveuglement. Des oiseaux de mer se posent alors sur les haubans du navire, "et en dépit de nos clameurs, ils s'accrochaient longtemps au chanvre, comme s'ils croyaient que notre navire était inhabité et dérivait, lieu de désolation, et par conséquent perchoir idéal pour des heimatlos comme eux." Il apparaît que les oiseaux et l'équipage du Pequod évoluent dans des univers parallèles. Le Pequod est déjà détruit, et son équipage est déjà mort. Les oiseaux se comportent à l'égard du bateau comme vis à vis d'un cachalot dépecé : 

"Funérailles" & "Le Sphinx". "Le corps blanc décortiqué du cachalot décapité luit comme un sépulcre de marbre... oiseaux braillards, dont les becs sont autant de poignards infligeant des insultes au cachalot... Le vaste fantôme blanc décapité s'éloigne de plus en plus du bateau et pour chaque mètre qui en flotte, il semble qu'il y ait des mètres carrés de requins et des mètres cubes d'oiseaux, faisant un bruit de mort."  Et Fata Morgana est déjà là, bien avant de planer sur le Pequod : "Et ce n'est pas la fin. Profané comme il est, ce corps, un fantôme lui survit et plane au - dessus de lui pour effrayer." Ceci s'articule pleinement avec le calvaire du "Vieil Adam" ("Le Pequod rencontre le Jungfrau", ch.81). Et pourtant, dans ce royaume où il y a quelque chose de pourri, Achab est convaincu que "cette tête sur laquelle luit maintenant ce soleil là - haut, s'est déplacée parmi les fondations de ce monde" et qu'elle en a "assez vu pour faire éclater les planètes et faire d'Abraham un incroyant"... Lecture "impossible". Auparavant, Ishmael était déjà resté interdit devant la peau du cachalot recouverte de véritables hiéroglyphes. prenant comme comparaison les monuments des mount builders du Mississippi, il rendait les armes : "Comme pour ces rocs mystérieux, aussi, le cachalot porteur de ces marques reste indéchiffrable ("La couverture", ch. 68).

"Le Pequod rencontre le Jungfrau". Une lune de Midi dans les ténèbres glaciales. Nous avons déjà largement évoqué la mise à mort ignominieuse du vieux cachalot, ses conséquences et ses prolongements (8). Nous indiquons simplement ici sa puissante connection avec le paragraphe précédent, et la présence d'une lune bleue énigmatique : "Comme les trois baleinières restaient là sur [la mer] ondulant faiblement, regardant [et] sa lune éternellement bleue, et comme pas un seul grognement ou cri d'aucune sorte, pas même une ride ou une bulle ne montait des profondeurs, [quel terrien aurait pensé que sous tout ce calme et cette placidité, le plus grand monstre des mers se tordait et se débattait mortellement ?] Mère - Océan éplorée ? Tombe et Matrice de l'Âme ? Déesse de la Vengeance ?

La lune bleue automnale de Sakai Hoitsu (1761 - 1828).

"La grande Armada". Ayant pour cadre le Triangle de Corail (9), peut être le "Et qui pouvait dire si, dans cette foule, Moby Dick lui - même ne nageait pas pour l'instant, comme l'éléphant blanc adoré à la procession du sacre des siamois !" fait - il aussi allusion aussi bien au fantôme de Timor Tom  qu'à Mocha Dick en route pour le Japon...

"Les bougies". Déjà évoqué (2, 8), l'épisode du Typhon se déroule au même moment, et dans le même secteur, que la victoire de Mocha Dick face à 3 navires baleiniers. Moby Dick y est le maître des tempêtes, comme Morgan.Le Pequod et tout son équipage se trouvent plongés dans un drap mortuaire, qui suit le jet fantôme et annonce le Grand Linceul de la mer du chapitre 135. les "bougies" sont, en fait, les 3 mâts du Pequod, faits de Pin noir du Japon (16). Ils en avaient remplacés d'autres, lors d'un premier démâtage. Foudroyés, ils s'allument comme des bougies. Voilà ce qu'en dit Stubb, le second : "je crois que la flamme à la tête des mâts que nous avons vu était de bon augure, car ces mâts sont enracinés dans une cale qui va être remplie jusqu'à ras bord de spermaceti, vous voyez ; et ainsi, tout ce spermacéti remontera dans les mâts comme la sève dans un arbre. Oui, nos 3 mâts seront comme 3 bougies de spermacéti, c'est le bon présage que nous avons vu." Stubb ne tardera pas à déchanter, et même à comprendre à quelle armée véritable d'assaillants lui et ses collègues ont à faire. Mais cette illusion folle est aussi celle du Japon d'après la seconde guerre mondiale, cachalot mort qui se veut un Pequod sublimé (2)... Mais il existe des courants de résurrection ("Isana", qui sera mis en ligne le 14 août).

"La chasse. Troisième jour." La Révélation. "Il s'assit en plein Est, dans l'attente du Soleil levant... Le matin du 3ème jour eut une aube belle et fraiche." 

Le troisième jour, vu par Thanasis Christodoulou. 

Le chapitre 135 peut être compris comme le second livre de l'Apocalypse. Melville, le voyageur (à travers son cognomen transparent "Ishmaël") arrive au bout de son voyage initiatique, tombe et matrice. Le Pacifique, où il a voyagé pendant cinq ans (1839 - 1844)(2, 19)  a été pour lui comme le ventre de la baleine pour Jonas, où son âme a littéralement été cuisinée, une chrysalide à l'abri de laquelle il a pu se rapprocher successivement de Pantagruel, Gulliver et Micromegas... Et le récit qu'il porte désormais exprime son accession au stade d'imago.  Stubb, au désespoir, qui voit sa mort imminente, comprend. "Regardez, Soleil, Lune et étoiles. Je vous déclare assassins du meilleur garçon qui ait jamais rendu l'âme." Et ne riez pas, hommes de peu de foi. Car, depuis le jet lumineux, les astres ont, de fait, été systématiquement les alliés du cachalot blanc (5). Le navire de la modernité est précipité dans l'abîme.  "Bientôt indistinctement et ahuris ils virent son fantôme longitudinal qui s'évanouissait, comme l'aérienne fée Morgane; rien que le haut des mâts dépassant l'eau, tandis que maintenus par engouement, fidélité, destinée, à leurs perchoirs autrefois élevés, les harponneurs païens continuaient à monter une garde qui s'enfonçait dans l'océan." Les pins noirs du Japon, après avoir été les bougies suceuses de la sève du Monde, deviennent les croix d'un nouveau Golgotha, qui clôt les grandes portes d'écluse du Monde Moderne (16).

"Dieu entendra sa demande". Melville est (re) "venu dans le Monde pour rendre témoignage à la Vérité" (St Jean, XVIII, 37) (17). Il n'a pas "réhabilité"  la victoire de Mocha Dick, exploit titanesque mais belette informationnelle. Il l'a littéralement  évhémérisée,  érigée en mythe fondateur pour l'Humanité des prochains siècles, universellement connu.  Le "Grand Linceul de la Mer" ( comme le savent intimement certains, comme le merveilleux François Sarano), recouvre " un creuset d'or liquide débordant de Lumière".

ET THUCYDIDE PRECEDA HOMERE. Il ne pouvait y avoir de chroniqueur humain de la première guerre du Pacifique. Les baleiniers n'en perçurent que des effets de surface et ne la reconnurent (ni même ne l'imaginèrent) jamais comme telle. Si toutefois une expression proche de celle - ci a jamais été émise, elle n'a pu l'être que par un Thucydide des cachalots. Melville  fut un Homère (qui écrivit "L'Iliade" 500 ans après la guerre de Troie) de la simultanéité. L'Odyssée du Pequod révèle l'Iliade (qui évoque seulement les derniers mois d'un conflit long d'une décennie) de la Guerre du Pacifique   

Les Grandes Portes d'Ecluse du Monde des Merveilles s'ouvrent devant nous.

Courant convergent et partage des eaux : lucioles, baleines, et même au - delà (18) (et un grand merci à Pierre Olivier Combelles).

 

Dans une vallée perdue de la réserve du Kronotsky (Kamtchatka oriental), un troupeau tellurique souffle ses jets fantômes. Sur environ 90 individus, plus de 30 ont reçu un nom : parmi eux, "le géant", "le grand", "la forteresse", "le bastion", "le nacré", et même "le Saint Suaire"...

 

 

REFERENCES.

1. Bakekujira and Japan whales' cults. Zack Davisson, mai 2013.

https://hyakumonogatari.com/2013/05/10/bakekujira-and-japans-whale-cults/

2. Une révolution bleue. Mis en ligne le 13 février dernier.

http://europe-tigre.over-blog.com/2017/02/il-faut-tenter-de-vivre.html

3. Une rivière de diamants. Mis en ligne le 8 juin dernier.

http://europe-tigre.over-blog.com/2017/06/une-riviere-de-diamants.html

4. John Bryant, Mary K. Bercaw Edwards, Timothy Marr. Ungraspable phantom : essays on Moby Dick. 2006.

5. Emmanuel Lézy. La saison et la ligne, ou : Moby dick, une leçon de géographie métisse.

http://revel.unice.fr/cycnos/?id=1645

6. Zacharie Hutchins. Moby Dick as Third Testament : a novel "not come to destroy but to fulfill the Bible". Leviathan 13 (2), Juin 2011, 18 - 37.

7. Amirhossein Vafa. Call me Fedallah : reading a proleptic narrative in Moby Dick. Leviathan (16) 3, octobre 2014, 39 - 56.

8. Les vieux soldats ne meurent jamais. Mis en ligne le 22 février dernier.

http://europe-tigre.over-blog.com/2017/02/les-vieux-soldats-ne-meurent-jamais.html

9. Une arche, un sillage. Mis en ligne le 2 avril dernier.

http://europe-tigre.over-blog.com/2017/04/une-arche-un-sillage.html

10. Dorsey Kleitz. Herman Melville, Matthew Perry, and the narrative of the expedition of an american squadron to the China seas and Japan. Leviathan 8 (3), octobre 2006, 25 - 32.

11. Martina Pfeiler. Hunting Moby Dick : Melville in the global context of american studies classroom. Leviathan 15 (3), 2013, 81 - 89.

12. Jurgen Stumpfhaus. 2014. Der Aufstand der Wale. Film documentaire. VF : "La véritable histoire de Moby Dick" (la traduction littérale "L'insurrection des baleines" qui a pourtant le mérite de la clarté, n'a pas été reprise...).

13. Une culture européenne du cachalot. Mis en ligne le 16 juillet 2016.

http://europe-tigre.over-blog.com/2016/07/une-culture-europeenne-du-cachalot.html

14. Les paupières de l'Aurore. Mis en ligne le 16 juin 2016. 

http://europe-tigre.over-blog.com/2016/06/les-paupieres-de-l-aurore.html

15. Une rivière de diamants. Mis en ligne le 8 juin dernier.

http://europe-tigre.over-blog.com/2017/06/une-riviere-de-diamants.html

16. Karen Tei Yamashita. Call me Ishimaru. Leviathan 18 (1), mars 2016, 64 - 75.

17. Russie : enlumineurs réinclus. Mis en ligne le 5 avril 2015.

http://europe-tigre.over-blog.com/2015/04/russie-enlumineurs-reinclus.html

18. A la découverte de Laniakea avec Hélène Courtois.

http://pocombelles.over-blog.com/2017/06/la-tete-dans-les-etoiles-helene-courtois.html

19. Dr Wilson Lumpkin Heflin. 2004. Herman Melville whaling years. Edited by Mary K. Berkaw Edwards & Thomas Farel Heffernan. Vanderbill University Press, Nashville.

 

 

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