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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 08:52

PROSPECTIVE POUR LES TIGRES DANS LE PAYS - TIGRE

 

AXES DE STRUCTURATION

La Corée est le pays ou la culture du tigre a été la plus dense. Les Coréens représentent volontiers la péninsule en forme de tigre. L'influence de cette culture où tigre, dragon et montagne sont liés, a été considérable, depuis des milliers d'années, au Japon d'une part, en Mandchourie d'autre part.

La présence régulière du tigre dans la péninsule, intégrée à la vie et au regard des populations remonte à la préhistoire (voir Sangmog Lee. 2011. Chasseurs de baleines. La frise de Bangudae, Corée du Sud. Editions Errance).


Dangun, le fondateur mythique du pays, est le fils d'une ourse devenue femme. Selon la légende, ourse et tigresse désirant devenir humaines durent absorber vingt gousses d'ail et un bouquet d'armoise puis se retirer pendant cent jours dans une caverne. Au vingtième jour, la tigresse renonça.

Le fils de l'Ours choisit Pyong Yang comme capitale.

Après un très long règne, il se désincarne en Dieu de la Montagne.

C'est exactement le même processus que décrit Nicolas Baïkov à propos d'un tigre géant ("Le Grand Van. Histoire d'un tigre de Mandchourie". Editions Payot. 1938). Celui ci va mourir dans le cratère d'un volcan sur une montagne sacrée en Corée septentrionale, qui est son pays natal. Son fils, personnage principal de l'ouvrage, passe d'ailleurs plus de dix ans dans ce pays.


Les Yemaek, qui vivaient sur le cours supérieur du Yalou, sont considérés comme étant à l'origine de la Corée ancienne. Ils vouaient un culte au tigre.


De nombreux voyageurs européens du passé ont été frappés par la présence de léopards et de tigres dans les villes - notamment Séoul - et villages de Corée, ainsi que de l'amour que vouent les coréens à leurs montagnes ("Corée. Voyageurs au pays du matin calme. Eds Omnibus. Mars 2006. L. Madec et C. E. Saint - Guillern").

Dans les Montagnes de diamant, "le tigre règne en maître dans la montagne sainte" écrit Jean de Pange en 1904. 

En 1905, Jean de Nettancourt - Vaubecourt évoque "les grands tigres à fourrure, honneur de la faune coréenne".

Ces animaux géants, au volume comparable à celui d'un lion des cavernes, n'existent plus aujourd'hui, victimes de "la sélection par les trophées" (voir John Vaillant. 2011. Le tigre. Une histoire de survie dans la taïga. Eds Noir et Blanc). Or, ces individus imprimaient à l'écosystème des régles fonctionnelles que ne parviennent plus à assurer les fauves de moindre envergure d'aujourd'hui (voir le cas de la domination automatique sur les meutes de loups rouges dans "Le Grand Van" cité plus haut). Au début du siècle dernier, Nicolas Baïkov et son équipe abattirent un "Grand Van" de 325 kgs... ("Mes chasses dans la taïga de Mandchourie", eds Payot, 1938).

Le régne du tigre en Mandchourie et en Corée est marqué aussi par des périodes de terreur. A la mi janvier, c'est "la semaine noire", ponctuée par "les nuits des fauves" où les mâles surexcités pénètrent parfois dans les huttes et dévorent leurs habitants. 18 victimes sont répertoriées dans un village mandchou frontalier de la Corée en 1891 (X. de Planhol 2004. Le paysage animal. Eds Fayard).

La situation devient hors de contrôle dans la péninsule à partir de 1904. Les occupants japonais confisquent les armes. Les conflits dramatiques hommes - tigres se multiplient. Les habitants terrifiés évoquent les exploits sanglants de monstres improbables, comme sur l'île de Chin Do, à l'extrême Sud - Ouest de la péninsule. Les coréens font peut être même brûler leurs forêts pour en finir avec les terribles véhicules de la peur... (voir article web "When tigers stalk Korea").

A partir de cette époque, il ne reste officiellement plus que quelques représentants de l'espèce faisant la navette dans les zones frontalières coréo - mandchoues.

 

PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE

Depuis quelques années, on évoque parfois la présence possible de l'animal dans la fameuse DMZ, ligne de démarcation de 249km de long et de 4 km de large entre les deux Corées, riche en biodiversité et possible point de départ pour une réconciliation par le haut (voir Alan Weisman. 2007; "Homo disparitus". Eds Flammarion).

Les commentaires actuels liés à la succession de Kim Il Jun en Corée du Nord ne rendent donc compte en aucune façon de l'architecture intime de l'histoire et des perspectives de la péninsule.

Toute réunification au sens plein du mot est impossible pour les décennies à venir. Même si le régime nord - coréen venait à s'effondrer (hypothèse fort improbable) les coréens du Sud ne pourraient en aucun cas absorber économiquement et humainement le Nord de la péninsule. La situation est en effet très différente de celle de l'Allemagne avant 1989. Le hyatus sociologique en Corée entre Sud et Nord est infiniment plus important qu'entre Ouest et Est en Allemagne. De plus, la population de la RDA représentait le 10ème de celle de la RFA, celle de la Corée du Nord représente la moitié de celle de le Corée du Sud, et ce sur un territoire plus vaste (120 000km2 au Nord pour moins de 100 000 km2 au Sud). Les voisins sont opposés à cette perspective, particulièrement les Japonais, qui ne souhaitent en aucune façon, pour des raisons historiques, être confrontés à la montée en cohérence et puissance d'une Corée unie, et les Chinois, pour lesquels le Nord constitue un glacis de sécurité et un allié sûr. Les Russes, jusqu'à présent, acceptent sans réserve le statu quo.

 

La pacification de la région sur des bases réalistes passe donc, dans les années à venir, par une réorientation progressive des activités au bénéfice de la population, en rapport direct avec sa culture profonde, avec l'appui synergique des puissances voisines (et peut être à l'initiative de certaines d'entre elles), sur les 120 000km2 de la partie septentrionale de la Corée.

C'est aussi la condition sine qua non pour la réapparition, dans la région, d'ici à quelques générations, de tigres géants tels qu'ils existaient jusqu'au début du siècle dernier.




 



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