Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:31

IMAGE ANIMALE : EVIDENCE POETICO - PSYCHOLOGIQUE,  SOTERIOLOGIE

SOCIO - HISTORIQUE

 

Demain, Dimanche 11 Mars, l'exposition "Bêtes off" ferme ses portes à la Conciergerie, après avoir attiré plus de 100 000 visiteurs. Le 21 (et jusqu'au 16 juillet), le Grand Palais prendra la relève en accueillant "Beauté animale", avec un ensemble d'oeuvres d'art digne des museums d'histoire naturelle (l'affiche de présentation figure une magnifique tête de lionne peinte de profil par Géricault.

 

42000 ans après les phoques représentés sur les grottes andalouses de Nerja, peut être est il temps de poser un regard réaliste sur le niveau réel de puissance et d'influence du phénomène sur la structuration des sociétés humaines et sur l'individu dans sa dimension la plus intime.


L’image animale est le produit spontané d’un regard religieux de l’Homme sur lui – même . Cette affirmation n’a rien d’une incantation, c’est un axiome. Elle est intimement liée au culte des ancêtres, le plus ancien de tous (hypothèse du culte des ours pour leurs morts – dans Michel Pastoureau « L’ours, un roi déchu », Le Seuil 2007 -) . L’animal Sauvage est perçu par les communautés humaines comme un ancêtre fondateur de leur société, c’est à dire leur divinité tutélaire. Les animaux sauvages sont les représentants du Monde des Dieux. Les créatures hybrides – de l’Homme – Lion européen de Hohlenstein – Stadel au Were – Jaguar méso – américain -,  sont des intermédiaires intercesseurs, qui circulent entre les deux « Mondes ».

L’image animale est donc ce qu’il y a de plus fondamental en l’Homme, ce qui le touche au plus profond, au plus intime, dans les aspects les plus importants de sa vie individuelle et collective.

De fait, rien, jamais, ne sera plus important pour l’Humanité.

 Elle est naturellement d’une importance cardinale pour la santé sociale, guérit de l’aveuglement et de la surdité, sécrète l’espoir. C’est une authentique rédemptrice. La vie en biodiversité totale (P.Galhano Alves) est une vie dans la beauté éprouvée et perçue en tant que telle.  Pour les communautés humaines comme les animaux sauvages riverains. Pedro m’avait expliqué (29 Avril 2009, communication personnelle) que les bergers rentrant leur troupeau le soir étaient salués par un « GROUUUUF » de leur voisin strié et lancéolé, présent un peu plus loin sur le sentier…

 

Quelques pistes illustratives :
Chauvet, Pech – Merle, Lascaux : bornes illustratives d’une péjoration progressive ?  Chauvet ( - 32 000) apparaît comme l’apothéose d’un passé inconnu. Vie en biodiversité totale, culte de l’ours(e ?) des cavernes, propriétaire des lieux (voir blog du 21 août « modernité prospective »). Pech – Merle (- 25 000) marque l’effacement des grands prédateurs dans la représentation. Nous sommes plus dans une logique de pasteurs que de chasseurs – cueilleurs . La dimension matricielle n’est plus illustrée par l’ours mais par le mammouth, régulièrement associé à la femme enceinte, dans une aire culturelle allant de l’Aquitaine à la Russie. (Michel Lorblanchet 2011).Lascaux (-17000) est dans une logique « protohistorique » : astralisation symbolique très forte, interdit solennel de l’inceste mère/fils (Jacques Picard 2003). Il y a 13000 ans environ, du Portugal à la Sibérie, apparaissent des figurations de femmes acéphales, réduites à quelques contours (Bosinski 2011 (voir blog du 4 décembre 2011).
Bangudae : gravures coréennes sur roche, il y a plus de 7000 ans. Des chasseurs de baleine illustrent minutieusement leurs activités et celle du  monde animal qui les environne. Retour à la vie en biodiversité totale. Cette chasse sera interdite au 6ème siècle de notre ère, sous l’influence bouddhiste (Sangmog Lee 2011). Analogie (ou homologie) apparente avec les mythes sahariens post néolithiques (J.L. Le Quellec 2004), puis ceux des  Inuits, Aléoutes, Aïnous, Goldes et Giliaks, et même ceux des empires méso Américains et andins (Christian Duverger 1999, Caterina Magni 2003).  Claude Levy Strauss expliquait que « quand l’Homme occidental a séparé radicalement l’Humanité de l’Animalité, il a fait entrer le Monde dans un cycle maudit ».

 

Le mustang révolutionnaire, ou le principe actif de la LIBERTE. L’Histoire eurasienne a connu un événement climatérique qui a déterminé son évolution géopolitique jusqu’à l’Ere moderne : la révolution du cheval. Elle est une lointaine héritière des cultures européennes préhistoriques du mammouth, qui fondent le Pastorat. Des sédentaires, et subissant donc un étroit contrôle social, vont s’affranchir de celui-ci PAR la symbiose avec un grand Animal libérateur : c’est l’émergence de la Civilisation Scythe (7ème siècle avant notre Ere) à l’ intimité unique avec l’Animal Sauvage (Véronique Schiltz 1994, Iaroslav Lebedynsky 2001 & 2011) et l’impact prodigieux des cavaliers  des steppes sur l’histoire eurasienne… Son avatar moderne le plus célèbre se déroule en Amérique du Nord à la fin du 17ème siècle : les mustangs « marrons », réensauvagés, viennent offrir aux agriculteurs des plaines leur culture de la Liberté : ainsi surgit la merveilleuse et trop brève (moins de deux siècles) civilisation du cheval. Il a suffi que des animaux  géants quasi dinosauriens apparaissent dans le paysage pour que la Vie sociale en soit spontanément et radicalement libéralisée…
Solidarité dans le malheur. Les indiens des plaines comprirent vite la logique de destruction des européens en voyant le comportement de ceux – ci à l’égard des meutes de loups. « Ce qui arrive aux loups va nous arriver… ». Les pasteurs Kazakhs, dont 90% des chevaux furent abattus par le Pouvoir Soviétique entre 1929 et 1931, moururent en masse (36% de la population disparut au cours de la seule année 1931). Dans lemême temps, les roselières immenses des forêts alluviales « tugaï » étaient incendiées pour céder la place à une monoculture industrielle intensive du coton , détruisant d’immenses hardes de sangliers (milliers d’individus) qui s’y abritaient et leurs prédateurs, tigres, léopards, hyènes striées, loups gris et rouges. En Novembre 1945, une immense migration se produisit d’Ouest en Est, de nombreux tigres quittant le delta de l’Amou Daria en même temps qu’un immense troupeau de sangliers, jusqu’au Syr Daria, 1000kms plus loin, accomplis en deux mois et demie. Les Kazakhs évoquèrent alors le « Djolbar » (« léopard voyageur »), marquant bien dans cette expression que ce qui les avait détruit frappait désormais un autre pasteur, quadrupède en l’occurrence. Le drame arriva à son terme dans les années 60, avecl’assèchement d’une partie de la Mer d’Aral consécutif à l’irrigation excessive pour la culture industrielle du coton, la remontée de toutes les substances toxiques issues des produits chimiques utilisées à doses massives pour cette activité et englouties jusqu’alors au fond des eaux , engendrant pour les riverains les taux de malformations et de mortalité infantile les plus élevés au monde.

 

Conseils littéraires (et cinématographique) pour intégrer la force de l’image animale . Je me limite volontairement ici à un très petit nombre d’exemples (et prend bien soin de ne pas élargir le champ des disciplines artistiques et architecturales la concernant ! – il y aurait déjà tant à dire sur les seules œuvres picturales de Rubens, et littéraires de Rosny – Aîné -).  Il faut revoir le dessin animé d’Hayao Miyazaki « Princesse Mononoke » (1997), qui est peut être, simplement, l’une des plus belles réalisations cinématographiques de tous les temps. Et il faut relire les essais suivants, qui fourmillent d’anecdotes stupéfiantes et roboratives.  « Le peuple léopard » d’Yves Christen (Editions Michalon 2000),  « Tombeau de l’Eléphant d’Asie », ouvrage collectif préfacé par Marcel Cohen (Editions Chandeigne 2002), et « L’ours, un roi déchu » du médiéviste Michel Pastoureau (Editions du Seuil 2007). 
Par ailleurs, c’est un véritable cachalot blanc, Mocha Dick,  dont l’Odyssée entre 1810 et 1839 inspira directement Hermann Melville pour sa célébrissime nouvelle de 1851 « Moby Dick ». Après des décennies de victoires, Mocha fut finalement tué par des baleiniers norvégiens alors qu’il portait secours à une femelle dévastée par la perte de son enfant, tué par seces mêmes baleiniers… En 1966, les riverains nommeront « Moby Dick » une baleine blanche (beluga) égarée dans le Rhin saturé de pollution chimique. Le passage de cette dernière devant le Parlement  fédéral à Bonn interrompit les travaux de ce dernier, les députés ayant quitté leur siège pour assister au spectacle à la fenêtre. Ils  mirent alors sur pied et votèrent un plan d’ensemble de dépollution du Rhin. Des œuvres littéraires majeures illustrent aussi à quel point un animal comme le tigre est le véritable pivot de l’ordre social dans les sociétés traditionnelles.

Dans « Le Livre de la Jungle » de Rudyard Kipling, Mowgli, après avoir tué et dépouillé le tigre Shere Kahn, est banni simultanément de ses deux communauté d’appartenance, le village des Hommes et la Meute des loups. Prisonnier d’une confusion violente de sentiments contradictoires, il bascule dans la folie. Dans « Le grand Van, Histoire d’un tigre de Mandchourie » de Nicolas Baïkov, le vieux trappeur Toun – Line, s’efforce, dans toute sa sagesse (et tout au contraire de Mowgli) de maintenir, fût ce au prix de sa Vie, le tigre géant au faîte de la hiérarchie, contre l’action des chasseurs russes et des ouvriers du chemin de fer. Ses efforts s’avèrent vains, rendant d’autant plus poignante la perception de l’effacement d’une clef de voûte civilisationnelle , du fait de la folie humaine.

 

MAIS AUJOURD'HUI L'HIVER S'ACHEVE. PAR UNE IMAGE PRINTANIERE. DERJAVA.

 

montana-tiger

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le retour du tigre en Europe: le blog d'Alain Sennepin
  • : Les tigres et autres grands félins sauvages ont vécu en Europe pendant la période historique.Leur retour prochain est une nécessité politique et civilisationnelle.
  • Contact

Recherche

Liens