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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 05:05
MORT D'UN HOMME DESESPERE
Il y aurait eu un demi - siècle l'an dernier, le naturaliste Nicolas Baïkov mourait  à l'âge de 86 ans en Australie, où il s'était retiré 2 ans plus tôt, en 1956. Peu connu du grand public, c'est pourtant lui qui a introduit le tigre russe dans l'imaginaire européen moderne. Ethnographe et officier de l'armée impériale, il explora la Mandchourie orientale entre 1902 et 1916, et participa à la première guerre mondiale en Europe.
Puis, depuis son lieu d'exil, Harbin, où il s'était installé en 1922, il publia de nombreux ouvrages sur ses voyages et découvertes, dans lesquels le sentiment de liberté, de force et de grandeur exprimée par la Nature et ses habitants dans les régions qu'il explora est déterminant (la forêt y est appelée "Chou - Hai" qui signifie "l'Océan sylvestre").
Ses ouvrages les plus célèbres, après une première publication en France en 1938, ont été réédités chez Payot à l'initiative de Michel Jan en 2002 et 2004.
Dans le cadre de sa mission au sein d'une unité de protection du chemin de fer extrême oriental, Baïkov a chassé et tué de nombreux tigres. Mais ces animaux le fascinaient par ailleurs, et il donna la parole à l'un d'entre eux dont il fit le personnage principal de sa nouvelle "Le Grand Van".
Dans cette histoire, l'auteur y exprime la nostalgie d'un monde détruit ou en voie de l'être, et où transparaît le remords d'un agent de cette destruction.

COMPREHENSION DE LA SACRALITE DE L'ANIMAL
Baïkov montre aussi ce que fut la dimension réelle du drame écologique et social qui s'est joué en Mandchourie entre 1880 et 1930 : les bouleversements provoqués par l'avancée du chemin de fer modifièrent le comportement des grands animaux : attitude résolument offensive et augmentation considérable des conflits directs et sanglants à l'encontre des envahisseurs, fuite dans des zones refuge en Corée.
Dans cette pénisule, la densité de ces animaux devint très importante. Le contraste entre la dévastation écologique de la Mandchourie et la grande richesse faunistique de la Corée est souligné aussi bien par des voyageurs occidentaux en extrême - orient que par le célèbre guide autochtone Dersou Ouzala.
Les "nuits des fauves" décrites par Baïkov en Mandchourie, pendant lesquelles les tigres pouvaient parfois entrer dans les maisons et dévorer leurs habitants s'intensifièrent alors considérablement dans la péninsule coréenne.
De nombreux voyageurs témoignent de la présence à la fois régulière et ostentatoire de tigres et de léopards à Seoul. Ces animaux n'éprouvaient pas la moindre crainte de l'homme.

L'ethnologue Baïkov rend également compte des croyances des populations locales concernant le tigre, et de leur attitude à son égard.
Cette "culture du Tigre" concerne la Mandchourie russe et chinoise, et, plus encore, la Corée.
Fondamentalement, l'animal est perçu comme l'incarnation de l'Esprit de la Montagne.
Les indigènes de la taïga érigent en l'honneur du fauve de petits temples, avec des inscriptions pour implorer sa grâce et son indulgence, des images du tigre sur du papier fin, des cierges aromatiques...
De véritables sacrifices humains sont offerts à l'animal (la victime, un voleur par exemple, est ennivrée, attachée à un arbre à un point de passage régulier du grand félin, puis dévorée vivante).
L'âme d'un grand homme vient un jour habiter le corps du Grand Van, puis, à la mort de ce dernier au sommet d'un mont sacré, passe dans une fleur de lotus.
En Corée, les voyageurs ont souvent décrit avec admiration ces "montagnes de diamant" où "le tigre règne en maître", "les grands tigres à fourrure, l'honneur de la faune coréenne".
Dans "le Grand Van", le dépositaire de cette culture est un trappeur chinois, Toun - Lin.
De plus en plus inquiet devant les bouleversements imposés par la modernité déferlante, le vieil homme constate la mort, inexpliquée, du  grand serpent qui vivait depuis toujours dans sa cabane, à ses côtés.
Dans un pays bouleversé, recru de chagrin, il décide alors de s'offrir en sacrifice au Grand Van, remède radical face à l'ampleur du mal.
Mais l'animal, qui s'était déchaîné contre les chasseurs russes depuis des mois, a finalement été abattu avant l'arrivée du vieil homme sur les lieux. Celui - ci lui consacre alors une veillée funèbre, pendant laquelle il le supplie de revenir à la Vie...
Comme toute divinité, l'animal sacré "entre en dormition" : "Son corps se serait pétrifié, formant un tout avec la saillie d'un rocher de granit et dominant les ondes figées de toutes ces crêtes montagneuses".
Cette description évoque irrésistiblement un mont situé beaucoup plus à l'Ouest, près du village d'Ivolga, en Bouriatie. Celui - ci ressemble à la gueule ouverte d'un tigre. Il était autrefois un haut lieu de rites et de sacrifices chamaniques (des centaines d'animaux étaient parfois offerts à l'Esprit de la Montagne). Centre officiel du bouddhisme en Russie, le temple d'Ivolguinsky Datsan a été bâti en 1946 dans ses environs immédiats. D'imposantes statues colorées de "tigres gardiens" trônent à l'entrée de la pagode.

La vie et l'oeuvre de Nicolas Baïkov comme celle de Vlasimir Arseniev, auteur de Dersou Ouzala, résument de fait les malheurs et les déchirures des premières décennies du XXème siècle en Russie, où l'apocalypse écologique alla de pair (et il en est toujours ainsi) avec l'apocalypse politique et sociale.

Comme nous l'avons montré et décrit à maintes reprises sur ce blog, les conséquences dramatiques sur la Nature de l'arrivée de la "Civilisation" via la réalisation d'une ligne de chemin de fer transcontinentale ne concerna pas que la Sibérie, mais aussi l'Asie centrale, où les conséquences furent plus funestes encore, puisque la forêt alluviale fut détruite, contrairement à la taîga, et où les tigres ne purent survivre.

RECONSTRUIRE L'AVENIR
Nous savons aujourd'hui que tigre d'Asie centrale et tigre de Sibérie constituent une seule lignée génétique, dont le second ne représentait d'ailleurs, jusqu'au siècle dernier, qu'une fraction minoritaire, et dont la distribution s'étendit à plusieurs reprises jusqu'à l'Europe orientale au cours de la période historique.
Une politique résolue créant les conditions d'un redéploiement de la distribution de ces animaux contribuera de façon déterminante à réouvrir un avenir stable et solide pour les grands félins comme pour les communautés humaines vivant dans leur immédiate proximité (et bien plus encore, comme nous l'indiquons dans l'autre page publiée ce jour).
Elle sera, aussi, un hommage rendu à Nicolas Apollonovitch Baïkov, naturaliste européen qui a su ouvrir les yeux, mort désespéré à des milliers de kilomètres de son pays, que le siècle a broyé.
Sans doute lui devons nous celà. Et nous allons faire ce qu'il faut pour que N. Baïkov, comme Toun - Lin, comme le Grand Van, n'aient pas lutté ni souffert en vain.
Citons, en conclusion, les derniers mots de la Nouvelle:
"Mais il viendra un temps où le Grand Van se réveillera et fera retentir, à travers monts et forêts, sa voix puissante que vont répéter des échos sans fin. Le ciel et le terre en frémiront et commencera à éclore, en beauté imcomparable, la fleur sacrée du lotus".


A LIRE:
Arseniev (V). 2007. Dersou Ouzala. Petite Bibliothèque Payot.
Baïkov (N). 1938. Le Grand Van. La vie d'un tigre de Mandchourie. Payot.
Baïkov (N). 1938. Mes chasses dans la taïga de Mandchourie. Payot.
Baïkov (N). 2002. des tigres et des hommes. Payot.
Baïkov (N). 2004. Dans les collines de Mandchourie. Payot.
Berg (L). 1941. Les régions naturelles de l'URSS. Payot.
Colossimo (J.F). 2008. L'apocalypse russe. Fayard.
Heptner (V.G), & Sludskii (A.A). 1992. Mammals of the Soviet Union. Vol. II, part 2. Carnivora (hyaenas and cats). Brill eds.
Madec (L) et St Guilhern (C.E). 2006. Voyageurs au pays du matin calme. Omnibus eds.
Sennepin (A). 2008a. Un tigre européen oublié. Lettre de la SECAS 52, Janvier, 20 - 22.
Sennepin (A). 2008b. Etats - Unis, Europe, Russie et leurs grands félins captifs : la croisée des chemins. Lettre de la SECAS 55, octobre, 16 - 17.
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 05:05

UN LEVAIN POUR L'OPINION PUBLIQUE
En janvier dernier, dans l'Altaï russe, s"écrasait un hélicoptère affrété par de hauts fonctionnaires qui s'étaient organisé une partie de chasse. Sur le lieu de l'accident, les sauveteurs retrouvèrent les cadavres de bouquetins au milieu des chasseurs morts ou blessés, animaux figurant dans le Livre Rouge des espèces menacées. Le parquet se contenta d'ouvrir une enquête sur les causes de l'accident. Il fut cependant impossible d'étouffer l'affaire. Manifestations, meetings, réunions et publications, tout d'abord dans le Haut Altaï, puis à Moscou, se succédèrent. L'un des acteurs de cette tragique partie de chasse, vice - premier ministre de la République de l'Altaï, fut contraint de démissionner. Cependant, il n'était toujours pas question d'une mise en accusation pour braconnage, et la presse de l'Altaï, contrôlée par les autorités locales, répliquait aux manifestations par des articles infamants contre leurs organisateurs, écologistes et personnalités publiques, qu'ils s'obstinaient à présenter comme voulant fomenter une "révolution orange" régionale, les associant aux mouvements politiques de l'opposition libérale. Celà n'aboutit à rien. En effet, ce lien n'existait pas. Et, au contraire, la plupart des gens révoltés par ce massacre d'animaux protégés n'éprouvait aucune sympathie pour les libéraux. Les protestations n'ont pas cessé, et elles ont finalement abouti. Le 4 Mai, le service fédéral de protection de la nature a demandé au parquet d'ouvrir une enquête. Celui - ci a immédiatement donné son accord et le soir même, les journaux annonçaient la nouvelle. Tiré d'un article de Boris Kagarlitski, dans VZGLIAD, Moscou. Extraits en langue française dans "Courrier International" 968 (20 / 27 mai 2009), page 22.
Lire aussi le roman de Tchingiz Aïtmatov. Le léopard des neiges. 2008. Editions Le temps des cerises, où se trouvent inextricablement liés les destins de 3 personnages, deux êtres humains  fous d'amour l'un pour l'autre et un grand félin sauvage.

UNE CONQUETE DE LA DIGNITE
Varlam Chalamov, dans ses "récits de la Kolyma", témoignage de ses années de captivité dans le pire camp de concentration de la période stalinienne, montre, dans une histoire aussi courte que bouleversante, comment des détenus trouvent la force de se révolter contre un chef de groupe oérationnel  et de provoquer la mort de celui - ci, à travers l'exemple d'une chienne "souriante" au comportement exemplaire sur tous les plans.
Varlam Chalamov. L'homme transi. Kolyma III. 1982. Editions François Maspéro. Collection Actes et mémoires du peuple. "La chienne Tamara" pages 32 - 38.

Au Japon, la consommation de viande de baleine a commencé à se répandre à partir de 1900, après l'introduction de la méthode de chasse norvégienne consistant à tirer des harpons avec un canon. Mais ce système ne faisait pas l'unanimité. En 1911, à Hachinohe, dans le Nord, où les cétacés étaient vénérés comme des dieux, près d'un millier de pêcheurs se sont révoltés contre une compagnie baleinière, un incident qui a fait plusieurs morts et de nombreux blessés. des mouvements de protestation ont également  observés dans d'autres lieux. Article de Yasukazu Akada et Seiichiro Utano dans Asahi Shimbun. Traduction en langue française publiée par "Courrier International  912 (24 / 29 Avril 2008), page 24.

LA SEPARATION : UNE CATASTROPHE HUMANITAIRE
Les exemples qui précèdent illustrent à quel point l'animal est indispensable à des hommes qui aspirent à rester vraiment humains. Or, la mise en place des grandes organisations politico - religieuses axées sur un durcissement vertigineux de la sédentarisation, lors de la période proto - historique, bien loin de marquer la "Victoire de l'Homme sur la Nature" a combiné, de fait, l'anéantissement de celle là et l'asservissement de celui - ci.
Claude Lévy Strauss a pu ainsi écrire, à bon droit: "Quand l'homme occidental a séparé radicalement l'Humanité de l'Animalité, il a fait entrer le Monde dans un cycle maudit".
Nous savons aujourd'hui, de plus, que le développement de l'agriculture et des cités a été synonyme de maladies et de vie plus courte. Des archéologues ont constaté un déclin général de la santé de l'homme sur tout le continent européen et autour du bassin méditerranéen au cours des trois mille dernières années. Alors que les civilisations grecque et romaine étaient en pleine expansion, il y eut diminution de la taille des individus et une augmentation de la lèpre et de la tuberculose (ainsi que des caries dentaires) . Au Moyen - Âge, la situation s'était encore dégradée (rachitisme, scorbut, infections osseuses), et la baisse de la taille s'était poursuivie par rapport à l'Antiquité. Article de Ann Gibbons dans Science. Extraits en version française publiés dans "Courrier International 969 (28 mai / 3 Juin 2009), page 56.

RETABLIR UN CERCLE VERTUEUX
Il est plus que temps de briser le "cycle maudit" décrit par Levy - Strauss, et d'entrer dans un nouveau cercle, vertueux, enchanté et rédempteur, où Dionysos l'emporte sur Prométhée, et Orphée sur Héraklès.
Lire : Maria Daraki. Dionysos et la Déesse Terre. 1994. Champs Flammarion.
Jean - Claude Génot. La Nature malade de la gestion. 2008. Sang de la terre.
François Flahaut. Le crépuscule de Prométhée. 2008. Mille et une Nuits.
Comme le chevalier transsylvain Dragos à la poursuite de l'aurochs qui l'emmena jusqu'en Moldavie où il fonda son Royaume en 1361, je recherche le tigre d'Europe depuis maintenant deux ans.
Je sais aujourd'hui que les forêts européennes post glaciaires étaient plus accueillantes pour des tigres que pour des lions, que la reconstruction de l'ensemble de la mosaïque écologique est un préalable indispensable  au retour de tels animaux qui ne résisteraient pas à la compétition des loups dans tout autre cas de figure.
Je sais (grâce à Vladimir Heptner) qui était la "bête féroce" qui attaqua le prince de Kiev Vladimir Monomaque pendant l'une de ses chasses entre Turov et Chernigov vers la fin du XIème siècle, et bien sûr, qui furent les "bêtes inconnues de l'Irtych" observées dans les années 1850, dont les populations de Sibérie occidentale ignoraient même le nom.
Mais il existe un lien plus fort à recréer  entre une Humanité libérée et une Nature ressuscitée, la résurrection de l'une et la libération de l'autre se renforçant réciproquement.

"Il avançait à travers l'Alba, soucieux, assombri...Il s'arrêta ensuite, quand il constata son incertitude et son embarras. Comme il était là, il aperçut une bête terrible, énorme, pareille à un lion, qui venait dans sa direction. Elle le contempla mais ne lui fit aucun mal. Prenait-il un chemin, la bête filait devant lui et lui offrait son flanc. Il s'élança, finalememt, et se retrouva sur son cou. Il ne chercha pas à la guider mais suivit la direction qu'il lui plut d'emprunter. Ils cheminèrent quatre jours de cette façon, jusqu'à ce qu'ils découvrent une contrée habitée... Cûchulainn alors sauta à terre et la bête s'éloigna tandis qu'il la bénissait..."
Epopée de Cûchulainn, héros irlandais, dans Alain Deniel "Le chien du forgeron" 1991, éditions Jean Picollec.
Lire aussi: Laurent Gaudé. Le tigre bleu de l'Euphrate. 2002. Editions Actes Sud.

Et voici le témoignage du Professeur Pedro Joao Galhano - Alves, auteur de la thèse "Vivre en biodiversité totale" (publiée en 2000), et qui travailla sur les relations entre communautés humaines et grands prédateurs sauvages: loups au Portugal, tigres en Inde, et, plus récemment, lions au Niger.
Concernant son expérience dans la vallée de Sariska, au Rajasthan, entre 1994 et 1997,il m'envoya cette communication personnelle le 7 Avril 2008 :
"Les tigres ont différentes cultures... Ceux qui habitaient Sariska nous connaissaient bien, et saluaient lorsque les bergers passaient (ils disaient Ghroufff)".



 
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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 08:48
POUR UN REDEPLOIEMENT DES TIGRES AU SEIN DE L'ESPACE D'INFLUENCE RUSSE

Depuis le 10 Avril, j'ai envoyé à un certain nombre de personnes susceptibles d'être intéressées, en France et en Russie, la version russe d'un texte de ma composition, qui promeut le redéploiement de tigres dans des régions méridionales et occidentales  de l'espace d'influence russe, intitulé "L'avenir du tigre est en Russie".
Mme Martine Massot, responsable du site Tigrissima, avait obligeamment hébergé la conclusion de la version française sur son blog.
 Parmi les personnes contactées, j'ai notamment envoyé l'information à M. Alexandre Douguine, Président du Mouvement Eurasia, les professeurs Evgueny (Zenya) Kashkarov, de l'Université de Barnaul dans l'Altaï occidental, qui a étudié notamment les migrations des tigres, léopards et onces sur l'espace russe au cours des cent dernières années, et Sergueï Zimov, climatologue qui travaille à la reconstruction d'une steppe à mammouths en Yakoutie, ainsi que l'association russe Phoenix, qui travaille à la sauvegarde des tigres et des léopards de l'Amour dans la région extrême - orientale du Primorye.
D'ici le début de l'été, le Professeur Verescagine devrait me proposer la publication du texte dans une revue russe.
J'adresse ici mes remerciements les plus vifs à M René Cagnat, qui fut beaucoup plus qu'un simple traducteur, et qui continue d'ailleurs à oeuvrer à l'heure actuelle à la diffusion de ce texte via les universités de St Petersbourg et Bichkek, notamment.
Je remercie aussi très chaleureusement toutes celles et ceux qui m'ont aidé financièrement dans cette entreprise. Je citerai simplement, parmi elles, Mme Marie - Claude Terrasson, épouse du regretté François Terrasson (auteur, notamment, de l'ouvrage "La peur de la Nature", livre clé pour la compréhension du divorce Homme-Nature en Occident), et M. Armand Farraci, écrivain, auteur de "L'Adieu au tigre".
J'y adjoins une mention toute spéciale à Mme Martine Massot (site Tigrissima) qui, par ses efforts et son entregent, a réuni des contributions plus que fort importantes.

Il s'agit maintenant de mettre en place une association suffisamment robuste capable d'initier et d'accompagner un tel projet, et ce sera un travail prioritaire des tout prochains mois.

Le montage d'un film sur la mer d'Aral, montrant le lien fort entre ce milieu et le tigre qui y vivait, illustrant la protection réciproque qu'ils s'offraient l'un à l'autre, devrait en être la première initiative phare.
Plus près de nous, le lynx pardelle protège autant la forêt de chênes - lièges portugaise, confrontée à la compétition de l'industrie du plastique, que celle - ci ne l'abrite, entraînant les portugais à relâcher des lynx dans cette forêt à partir d'un centre de reproduction qu'ils ont ouvert à proximité.

Comme je l'avais indiqué dans les pages précédentes publiées ce mois - ci, les dernières découvertes scientifiques sur l'unicité génétique des tigres russes, et les initiatives prochaines de réimplantation de léopards en Transcaucasie sont des signes qui expriment peut - être un certain mûrissement des esprits concernant la question cruciale des relations entre communautés humaines et animaux sauvages (voir notamment à ce sujet mon article "En attendant le vote des bêtes sauvages" en ligne sur le site de la Fédération Allier Nature).
Leur résurrection sera la première étape de notre Rédemption en tant qu'êtres humains.

Un premier noyau familial d'ours va commencer une recolonisation progressive de l'espace suisse d'ici juin ou juillet prochain, avec, cette fois - ci (enfin) l'approbation d'une écrasante majorité de la population.
"Malgré les blessures", l'Avenir s'ouvre à nouveau.

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 08:01
RECONSTRUIRE DES MILIEUX NATURELS ACCUEILLANTS POUR DES GRANDS ANIMAUX SAUVAGES
Le succès d'une réinstallation de tigres dans des zones ripuaires d'Asie centrale passe par la reconstitution de vastes bosquets de tugaï, mosaïque de végétation unique en son genre détruite à 99% avant 1970 pour la transformer en champ de coton. Ces véritables forêts de roseaux comptaient notamment des saules, des ormes, des frênes, des peupliers d'au moins deux sortes, des arbustes comme l'osier, un type d'olivier et diverses espèces de tamaris, des plantes grimpantes dont une clématite à la tige de la grosseur du bras, plusieurs sortes de roseaux dont certains atteignaient 6 à 8 mètres de hauteur, des graminées géantes hautes de 3 mètres... L'ensemble s'étendait souvent sur des dizaines de kilomètres, et constituait un paradis pour une faune variée, dont des tigres, des cerfs et des sangliers. Dans les vallées des rivières, le tamaris formait par endroits des fourrés si denses qu'ils en étaient impénétrables pour les hommes et les chiens. Le long de certaines rivières, on rencontrait de véritables prairies d'une graminée d'un mètre et demi de hauteur et qui formait des mottes. Les fleuves abritaient une très grande variété de poissons d'origines biogéographiques différentes: plusieurs sortes de carpes, deux sortes d'esturgeons, brême, brochet, barbeau, sandre, silure, chabot, et même saumon...
Aujourd'hui, ce type de milieu n'existe plus guère à une échelle significative que dans la réserve naturelle de Badaï Tougaï en Ouzbekistan. C'est une roselière s'étirant sur la rive Est de l'Amou - Daria, à 60 kms au Nord d'Ourgentch. Sa faune actuelle comprend des chats du désert, des chacals, des sangliers, des renards et des blaireaux. Le cerf de Boukhara a été introduit assez récemment.

Les réintroductions d'espèces ont des modalités différentes suivant la nécessité ou non de reconstruire le milieu qui lui et favorable, ou  l'espèce elle - même...

QUAND LE MILIEU EXISTE DEJA
On réimplante aujourd'hui en Normandie des élans capables de manger l'herbe inondée des marais. Et le bison européen , sauvé in extremis, est petit à petit réintroduit en Pologne et dans les Carpathes.
Au Villaret, en Lozère, sur le Causse Méjean, une petite association a par ailleurs entrepris de repeupler la Mongolie en chevaux de Przewalski. Sur le causse désertique battu par les vents, une soixantaine de ces chevaux (issus de 13 animaux capturés au début du XXème siècle et maintenus dans des zoos) ont, depuis 1993, réappris l'état sauvage, la concurrence des mâles recréant des comportements sociaux propres et des familles naturellement constituées. En 2004, douze d'entre eux ont été acheminés dans une zone reculée de Mongolie, puis dix autres l'année suivante...

QUAND IL FAUT "RECONSTRUIRE" L'ANIMAL
En Afrique du Sud, le quagga, mi - zèbre mi - cheval, rayé sur la moitié du corps, officiellement disparu depuis la deuxième moitié du 19ème siècle, est en train de renaïtre de ses cendres. A partir de l'analyse génétique de ses tissus, un taxidermiste a prouvé qu'il s'agissait d'une simple sous - espèce de zèbre (et non pas une espèce à part entière). A partir de ce constat, il a cherché des zèbres aux caractéristiques approchantes et sur quatre générations, en sélectionnant les descendants, il a réussi a recréer un animal dont on croyait le dernier représentant éteint au zoo d'Amsterdam en 1883.

QUAND IL FAUT "RECONSTRUIRE" LES DEUX : LA STEPPE A MAMMOUTHS
Des projets audacieux et bien avancés visent à recréer à la fois l'animal lui - même et son écosystème.
Aujourd'hui, l'hypothèse de la reconstitution du mammouth à fourrure se pose très sérieusement.. Certains spécialistes considèrent que, si on s'en donne les moyens, on saura le faire d'ici 5 à 10 ans.
L'état de conservation de l'ADN de cet animal est encourageant. "Les os de mammouths à Kathanga (Sibérie), ce n'est ni plus ni moins des os de boucherie qui sont restés un peu longtemps au congélateur", explique le paléogénéticien Régis Debruyne. Il précise: "Quand je perce l'os pour prélever de l'ADN, j'ai de la graisse plein les mains. C'est tellement bien conservé qu'on pourrait en faire de l'os à moelle."
A la Penn State University, Stephan Schuster, qui a le premier annoncé en Novembre dernier avoir complété le décryptage du génome du mammouth, cherche à lever aujourd'hui 10 milliards de dollars pour entrer dans la phase de clonage. La semaine dernière, le paléogénéticien a réuni la vingtaine de scientifiques internationaux qui participent à ses recherches pour deux jours de discussions conclus par une rencontre avec les sponsors et la très riche National Science Foundation, qui, aux Etats - Unis, centralise tous les financements de programmes scientifiques...
Des travaux comparables sont menés au Japon.
Les scientifiques sont, d'autre part, unanimes à considérer que l'Homme de Neandertal serait encore plus simple à reconstituer que le mammouth, et que si le grand animal revit demain, l'être humain le fera après demain...

JOSH DONLAN : REFAIRE DE L'AMERIQUE UN PLEISTOCENE VIVANT
Depuis l'Utah où il travaille, l'écologiste Josh Donlan est un des animateurs les plus enthousiastes de la "Pleistocene Rewilding", une branche de la biologie de la conservation qui cherche à réintroduire en Amérique du Nord des espèces disparues à la fin de la dernière période glaciaire. il explique: "Il ne s'agit pas là de curiosité scientifique mais de réintroduction écologique. Partout où l'homme est apparu, les grands mammifères ont peu à peu été exterminés. Toutes les études nous montrent qu'ils avaient un rôle essentiel dans la dynamique des écosystèmes. Le mammouth peuplait l'Amérique autrefois. Si on peut le réintroduire, pourquoi ne pas le faire?"
Donlan et son équipe envisagent la reconstitution du spectre floro - faunistique complet, et parmi les grands prédateurs, la présence de clans de lions est programmée.

Le Pleistocene Rewilding concerne aussi l'Europe, avec, à sa tête, Jens Christian Svenning, de l'Université Aarhus, en Hollande. Pour l'heure, les espèces concernées sont parmi d'autres le lion asiatique (qui était présent en Hongrie), le léopard (présent en Grèce), la hyène striée, le dhôle (loup rouge), et l'hippopotame...

SERGUEÏ ZIMOV : LES ANIMAUX GEANTS COMME BOUCLIERS FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Sergueï Afanassievich Zimov travaille à la station scientifique Cherskii (République de Sakha, Yakoutie).
Depuis 1989, il aménage un premier cercle territorial, le "Pleistocene Park", de 160 km2, pour initier une steppe à mammouths. Lors des premières années, le travail a été dégrossi par des rennes et des élans. Dès les beaux jours 2009, lui et son équipe attendent l'arrivée de boeufs musqués.
Sergueï a une théorie : la végétation d'un lieu est déterminée par les animaux qui la peuplent, et non le contraire. Grâce aux rennes et élans hier, les boeufs musqués aujourd'hui, les mammouths et les rhinocéros laineux demain, la steppe qui protégeait le permafrost sera reconstituée.
Ainsi, Zimov espère t-il réenclencher un cercle vertueux où cette terre nourrira à son tour les nombreuses espèces qui la fertiliseront.
J'avais indiqué les choses dans les mêmes termes, le 17 février dernier, sur le présent blog (page: "Grands félins contre changement climatique"). D'ailleurs, S. Zimov a programmé la présence de tigres pour équilibrer sa "recette écologique".

LE TIGRE DES ROSELIERES ET LE RHINOCEROS A FOURRURE
En Asie centrale, le tigre, à l'abri des rideaux de phragmites de huit mètres de hauteur, côtoya (peut - être jusqu'au 15ème siècle) un ou plusieurs descendants du rhinocéros laineux (Planhol 2004 - voir article précédent - page 762), jusqu'à la fin du 19ème siècle des lions, ainsi que  des esturgeons de 8 mètres et d'une tonne et demie, et jusqu'aux années 40, une mosaïque de 16 mammifères prédateurs de plus de 10kgs, ce qui est unique au monde, continent africain inclus.
Comme l'a indiqué Planhol (2004, p 826), cette région est riche de promesses pour l'avenir.
Oui, riche, décidément.
Car l'extinction n'est pas irréversible.
Le Phoenix, lui, est éternel.
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 07:59
AU COEUR DES TENEBRES
A partir de la deuxième moitié du 19ème siècle , l'Eurasie est entrée dans un cercle maudit. Saisi d'une folie suicidaire, le continent s'est infligé continûment d'affreuses blessures qui ont failli lui coûter la vie.
 Les outrages infligés à la Nature Sauvage ont coïncidé  avec l'asservissement des êtres humains à des "impératifs" antinomiques de leurs nécessités sociales vitales, puis leur avilissement et leur dégénerescence en une plèbe consumériste, incarnation la plus ostentatoire de la barbarie.

DETRUIRE LA BEAUTE
Une destruction  efficace et durable de "l'adversaire" passe toujours, dans les pratiques politico religieuses  des hommes, aussi loin que l'on remonte dans l'Histoire, par la profanation de ce qu'il est le plus sacré à ses yeux. Détruire la Nature revient à stériliser la matrice la plus apte à secréter de l'Humain dans le sens qualitatif du terme et s'interdire toute possibilité de rédemption ultérieure.
En détruisant les tigres, les hommes profanaient la BEAUTE elle - même, comme entité idéelle indispensable à leur survie spirituelle et morale. Ils se sont condamnés eux - mêmes au désespoir.

LA MORT INDUSTRIELLE
De 1875 à 1945, le massacre programmé et systématique des tigres sur la totalité de leur aire de distribution est conduit en lien avec la destruction des cultures traditionnelles asiatiques et le suicide de la civilisation européenne.
En Corée, on détruit les tigres à la dynamite. En Asie centrale, on les éventre à la baïonnette.
En extrême orient russe, l'avancée du transsibérien sonne le glas des grands félins. Le naturaliste Nicolas Baïkov est convaincu d'assister à leur extinction définitive.
En Inde, les anglais présentent l'extermination des grands fauves comme une opération militaro humanitaire: il s'agit de libérer un peuple de la tyrannie d'un prédateur assoiffé de sang. Si nous n'étions pas là, disent -ils, les tigres seraient les maîtres de la Terre.
A l'inverse, en Asie centrale, l'objectif proclamé est uniquement économique : détruire le "tigre des roselières" (voir le paragraphe qui lui est consacré sur la page publiée le 28 mars) n'est qu'un préalable à l'incendie des roselières elles - mêmes (à partir des années 30, coïncidant avec la mort d'1,5 million de kazaks détruits par une famine artificielle) puis leur transformation en champs de coton, processus qui débouchera sur la fin de la civilisation pastorale, la mort de la Mer d'Aral et la chute des populations riveraines dans la misère et le désespoir. On s'attaque à un animal discret, élusif, qui n'a en aucune façon la dimension sacrale de ses congénères d'Asie orientale ou méridionale: il n'attaque ni l'homme ni son bétail, ne feule pas, son pelage est terne et les contrastes y sont peu ou pas marqués. Dès le début du XXème siècle, certains chasseurs mandatés par l'armée du Tsar peuvent s'enorgueillir de posséder des dizaines de dépouilles chacun. Pour les mêmes motifs, les léopards de la région subissent un sort semblable,  ainsi que les loups en Chine occidentale. Comme en Sibérie, le chemin de fer est la voie royale assurant la mort misérable des uns et le malheur des autres : transcaspien (arrivée à Tachkent en 1898), transaralien (1906), ligne Türkab, qui relie l'Asie centrale à la Sibérie (1930). On arase ainsi, notamment, une mosaïque de grands prédateurs unique au monde : 7 félins (tigre, léopard, guépard, once, lynx, caracal et même lion), 5 canidés (loup gris, loup rouge (dhole), chacal, renard roux, renard corsac), 3 mustélidés (blaireau, glouton, ratel), 2 ours (ours brun et ours à collier) et 1 hyène (hyène rayée).
Qui plus est, on plaçait sous le vocable "tigre de la Caspienne" des animaux à l'apparence et au comportement fort différents, vivant aussi bien dans les montagnes du Caucase, que dans les steppes, roselières et montagnes d'Asie centrale, les plateaux de Sibérie occidentale et les forêts subtropicales de Chine centrale. En 2003, cet animal est officiellement classé dans la liste des espèces "éteintes" par l'UICN.


REMONTER VERS LA LUMIERE
En 1988, 18 intellectuels ouzbeks créent le mouvement nationaliste Birlik: "Préservation des richesses naturelles, matérielles et spirituelles".
En 2004 (4 Août), le journal turc Turkish Daily News présente comme possible la survie de tigres en  Turquie orientale, dans les  zones de combat avec le PKK. Ces rumeurs courent toujours à l'heure actuelle (Arash Ghoddousi, communication personnelle).
La même année, le géographe Xavier de Planhol, dans son ouvrage encyclopédique "Le paysage animal", précise (page 826) que "L'Asie centrale, y compris dans les secteurs de domination chinoise, est pour la grande faune un espace potentiellement très prometteur".
En Août 2007, j'ai publié mon site "4 continents pour les tigres", avec une page consacrée à la nécessaire "résurrection des tigres occidentaux".
En 2008, Janvier : publication dans la Lettre de la SECAS (association du Jardin des plantes liée au Museum d'Histoire Naturelle) de mon article : "Un tigre européen oublié".
Novembre : Publication dans la même revue, de mon article : "Europe, Russie, Etats - Unis et leurs grands félins captifs: la croisée des chemins".
Décembre: publication sur mon site d'un important document PDF "Europe et grands félins".
En 2009, 11 Janvier : ouverture du présent blog.
14 Janvier : publication sur le site PlosOne d'un travail essentiel d'une équipe de l'université d'Oxford, montrant que tigre de Sibérie et de la Caspienne appartiennent à la même lignée génétique. Les tigres de Sibérie actuels sont en fait des tigres de la Caspienne qui ont essaimé vers l'Est au cours de la période historique. Certains des membres de l'équipe expriment dans la presse leur enthousiasme sur les perspectives ouvertes par une telle découverte deux semaines plus tard (Daily Science du 2 Février, détail sur ce blog, page du 18 mars).
20 mars : René Cagnat, Ambassadeur de France au Kyrgyzstan, m'apprend que le Président Turkmène, Gourbangouly Berdimouhammedov, a promis à Vladimir Poutine le cadeau de 2 paires de léopards, en vue de la réintroduction de l'espèce dans le Caucase (information confirmée par les russes) .
Hier 4 Avril, une amie russe m'a informé que lors d'une émission sur Radio Rossya du 28 février dernier, un chasseur Udeghe s'était spontanément exprimé sur les tigres, la protection et le culte qui leur était rendu par son peuple. La situation générale des tigres dans la région - qui est devenue de facto une terre de colonisation chinoise - est catastrophique (celle des léopards de l'Amour est encore pire malgré des efforts locaux méritoires de sensibilisation) . Mais en zone Udeghe, et bien que le chasseur préfère dire à ses interlocuteurs que les tigres sont en voie d'extinction, il indiqua incidemment à son interlocutrice que leur nombre était en forte augmentation, en lien avec la prolifération des sangliers en ce début d'année...

Nicolas Baïkov est mort desespéré, et pourtant le tigre de Sibérie est toujours vivant, ce qui signifie que le tigre de la Caspienne l'est également.
L'Eurasie peut guérir de son vide intérieur. Nous allons, très bientôt, lui proposer une thérapie qui a fait ses preuves.
une thérapie par LA BEAUTE.
 


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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 13:17
En Août 2007, j'avais rédigé, dans le cadre de la publication de mon site "4 continents pour les tigres" une page dévolue aux Etats - Unis, ses 10 000 tigres captifs, ses grands espaces et les potentialités induites pour l'avenir.
En Avril 2008, j'avais précisé la question sur une page consacrée également à la Russie et la communauté européenne, et  les perspectives d'avenir des  dizaines de milliers de grands félins captifs sur leurs territoires respectifs.
Ceci avait  également donné lieu  à la publication d'un article dans la lettre de la SECAS (association du Jardin des Plantes liée au Museum d'Histoire Naturelle de Paris) en Novembre 2008.
Le 7 février dernier, sur ce blog (page: "tigre et bison"), j'avais souligné le dynamisme américain à travers la spectaculaire réexpansion des bisons,  réparatrice d'ecosystèmes complexes, générateurs à la fois de paysages magnifiques et  d'un imaginaire collectif épanouissant, socialement rédempteur.
Aujourd'hui, il me paraît utile de rappeler ou de préciser, après l'annonce par le gouvernement Obama d'une nouvelle orientation en matière de politique environnementale, le rôle particulier de RECONSTRUCTEUR PRIORITAIRE que peut jouer un loup ou un tigre sur ces plans indissociables que sont l'écologique et l'humain, à travers les exemples, pour les premiers, du parc de Yellowstone aux USA et de la steppe Olon Bulag, en Mongolie chinoise, et pour les seconds, de certaines zones ripuaires d'Asie centrale.

LES USA CHOISISSENT LA PROTECTION DE GRANDS ESPACES NATURELS
(Source: Agence Reuters)
Le Congrès américain a donné mercredi 25 mars 2009 son accord final à un ensemble de lois de protection de l'environnement, salué par les associations écologistes comme l'un des plus importants de l'histoire du pays.
Ces 160 lois accordent notamment un statut privilégié à plus de 800 000 hectares de parcs, rivières, déserts ou forêts répartis dans neuf états, qui ne bénéficiaient d'aucune protection légale jusqu'alors. L'exploitation du gaz naturel et du pétrôle, entre autres ressources, y sera interdite.
La mesure, approuvée une semaine auparavant par le Sénat, a été votée mercredi à la Chambre des Représentants par 285 voix pour et 140 contre, au terme d'une bataille législative de plusieurs années.
Le Président Obama devrait promulguer rapidement cette loi.
"Je n'ai pas souvenir d'une autre loi qui ait fait davantage pour les zones sauvages et les sites historiques" a indiqué le sénateur démocrate Jeff Bingaman, Président de la Commission de l'Energie et des Ressources Naturelles.
Les adversaires de la loi, républicains pour la plupart, lui reprochent d'empêcher l'accès à des gisements d'hydrocarbures.
Les 800 000 hectares concernés se situent dans les Etats de Californie, Idaho, Utah, Colorado, Oregon, Virginie, Virginie Occidentale, Nouveau - Mexique et Michigan.
Qui plus est, les nouvelles lois étendent le statut de protection dont bénéficiaient déjà plus de 10 millions d'hectares de zones historiques ou de paysages spectaculaires, comme le Canyon des Anciens dans le Colorado ou celui du Rocher Rouge près de Las Vegas.
"Les générations futures regarderont ce jour comme une étape primordiale dans l'histoire américaine de la protection de l'environnement" s'est réjoui William Meadows, Président de la Widerness Society.

ET MAINTENANT, PLACE AUX REPARATEURS!
La décision des autorités américaines est d'autant plus importante que les zones mises à l'abri des activités humaines les plus destructrices connaissent rapidement un renouveau floristique, faunistique et paysager phénoménal, avec un grand prédateur comme catalyseur du cercle vertueux.

LES LOUPS DE YELOWSTONE. A la fin du 19ème siècle, les américains fondent la première réserve naturelle du monde moderne. Au début du 20ème siècle, les éleveurs y font exterminer les loups jusqu'au dernier. L'état du parc se dégrade alors, malgré la protection législative dont il fait l'objet: raréfaction des arbres, érosion des berges des rivières, raréfaction des poissons, disparition des oiseaux. AUCUN ARBRE NE POUSSE ENTRE 1930 ET 1990. Sans nourriture, de nombreux castors migrent.
En 1995, les autorités réintroduisent à Yellowstone une trentaine de loups préalablement capturés au Canada. On en compte aujourd'hui près de 200. Chacune des 16 meutes tue en moyenne un wapiti par semaine. En 2004, la population de wapitis est réduite de moitié. Du coup, les peupliers, qui disparaissaient à force d'être broutés par les herbivores, recommencent à croître. En s'élevant, ils attirent des oiseaux chanteurs qui avaient disparu. Les castors qui étaient restés se multiplient et recommencent à construire des digues. Sur les étangs artificiels qui résultent d'une telle activité, apparaissent des plantes qui attirent aussi bien les ours que les canards. Les troncs renversés favorisent les frayères des poissons, dont le nombre augmente. Le reboisement naturel stabilise aussi les berges des rivières et arrête leur érosion. L'ombre des arbres refroidit les eaux, les rendant favorables aux truites et à leurs prédateurs. Dans le même temps, la présence des loups provoque un effondrement de la population de coyotes (90% de pertes). La raréfaction considérable de ceux - ci entraîne la multiplication des petits rongeurs, dont se nourissent alors les rapaces, diurnes et nocturnes. Les carcasses abandonnées par les loups attirent des grizzlis, des pies, des corbeaux, des insectes, attirant eux - mêmes des oiseaux insectivores.
En une seule génération, grâce au loup, le parc de Yellowstone aura retrouvé son lustre d'antan.
Quant aux éleveurs, pourtant comblés par des pâtures naturelles d'une richesse jamais vue depuis un siècle, et débarassés des coyotes, ils continuent à demander l'élimination du grand prédateur...

Pour plus de détails :
 Articles de :
Jim Robbins dans "Pour la Science 323, Septembre 2004.
D.Smith. Avril 2003. Yellowstone after wolves. BioSciences 54 (4), 330 - 340.
Livre/Rapport de:
J. Halpenny. 2003. Yellowstone wolves in the wild. Riverland Publishing.
Un film sur le sujet a également été diffusé sur ARTE.

LE TOTEM DU LOUP.
Dans la steppe d'Olon Bulag, loups protecteurs de l'herbe et pasteurs mongols vivent en harmonie, jusqu'à la décision des autorités chinoises d'éradiquer les grands prédateurs, à l'époque de la révolution culturelle.
Jiang Rong évoque dans son roman (à forte connotation autobiographique) "Le totem du loup", publié en Chine en 2004 et vendu à plus de 20 millions d'exemplaires (version française 2007 chez Bourin Editeur) l'initiation d'un jeune étudiant chinois à la vie de la steppe. Il apprend que l'Empire de Gengis Khan put s'édifier parce que les pasteurs Mongols surent copier à la guerre les techniques de chasse des loups,  que les éleveurs ne sont guère plus (et se vivent comme tels) que des parasites secondaires des hordes de loups dominantes, au même titre que les renards ou les vautours noirs...
Les loups, dans un contexte climatique particulièrement difficiles, parviennent à maintenir dans la steppe une richesse floristique insoupçonnée, qui rappelle celle de l'Asie centrale à l'époque où le tigre y prospérait : roselières extrêmement denses, de conformations singulières, qui assurent des abris extrêmement protecteurs pour les grands carnivores, obstruant la course des chiens, rendant les perches à lasso inopérantes, et où les loups ont pu aménager de véritables labyrinthes. Certaines herbes finissent par former des haies cylindriques, apportant aux animaux à la fois protection et confort. Dans les marécages, poussent d'immenses étendues de pivoines sauvages blanches, à l'inflorescence gigantesque que l'on peut confondre de loin avec des cygnes! C'est l'incendie systématique de ces milieux particuliers qui détruira loups, pasteurs, et la steppe elle - même.
Les pasteurs soutiennent que tigres et léopards ne peuvent plus s'implanter dans la région parce que les loups sont devenus les maîtres incontestés de la steppe (ce qui est certainement exact). Ils disent aussi qu'autrefois, des tigres et des léopards vivaient dans la steppe, et qu'ils en ont été chassés par les loups. La vérité est ici,  de fait, assez différente. Les grands félins du Turkestan Chinois furent détruits par les hommes au cours du 19ème siècle, ce qui laissa le champ libre aux loups. En effet, on sait que les grands félins (puma aux Etats Unis, selon Marshall - Thomas, tigres en Asie centrale, selon Stroganov) sont (ou étaient) des protecteurs naturels des troupeaux des pasteurs: très prudents, ils ne s'attaquent pas à
ceux - ci ; par contre, leur présence limite indiscutablement le nombre et l'activité des loups.
Sans cesse pourchassés, les hordes de loups finissent par disparaître définitivement de la steppe Olon Bulag, et le louveteau que l'étudiant avait apprivoisé "tel un dragon d'or, chevauchait vent et neige, allait joyeusement vers Tengger - Le Ciel eternel, Divinité suprême des pasteurs Mongols- vers Sirius, vers l'espace infini où se regroupent les âmes de tous les loups de la steppe mongole morts au champ d'honneur."
Et la steppe devient un désert...

LE PARADIS ECOLOGIQUE DES ROSELIERES DU TIGRE
Tout comme celle des loups en Chine occidentale, la disparition des tigres en Asie centrale a eu des conséquences cataclysmiques. La destruction de la mer d'Aral, par exemple,  est une conséquence directe de leur massacre programmé.
Celui - ci était en effet lié au détricotage complet d'un milieu d'une richesse prodigieuse, qui a subi un processus inverse à celui dont bénéficie Yellowstone depuis 1995.
Des descriptions détaillées et précises, MAIS HALLUCINANTES, de ce que fut historiquement l'univers floristique et faunistique de ce tigre, de la Mer Noire au Turkestan Chinois peuvent être établies à partir, notamment de la lecture des ouvrages suivants :
Leo Berg. 1941.Les régions naturelles de l'URSS. Eds Payot.
F.Harper. 1945. Extinct and vanishing animals of the old world. Ocean Mountains Studies. Carson City, Nevada.
V.G Heptner & A.A. Sludskii.1992. Mammals of the Soviet Union. Volume II, Part 2. Carnivora (Hyaenas and Cats). Brill eds.
Planhol (X). 2004. Le paysage animal . L'homme et la grande faune. Une zoogéographie historique.Eds Fayard (voir notamment les chapitres "Le domaine russe", 760 et suivantes, Asie Centrale, 821 et suivantes).
H. Beaumont. Asie centrale. 2008. Le guide des civilisations de la route de la soie. Editions Marcus.

Je me bornerai ici à quelques exemples ponctuels. Un animal discret (il ne feulait pas), au pelage terne et aux nuances peu contrastées, qui n'attaquait pas l'homme ni son bétail (du moins avant l'incendie des roselières), assurait (comme le font les loups à Yellowstone depuis 1995) à la steppe une richesse végétative suffisante pour que des animaux a priori plus à l'aise dans des milieux fort différents y trouvent leur compte: ce fut le cas notamment de l'ours, des castors, de l'élan et du glouton.
Il pouvait vivre continûment à proximité immédiate des zones d'activité agricoles et pastorales sans que celà pose le moindre problème à quiconque.
Protégé par un milieu qu'il protégeait lui - même, le tigre des roselières a permis, notamment dans le delta de l'Amou - Daria, la mise en place d'une mosaïque écologique de prédateurs d'une richesse unique au monde, comptant (de façon permanente ou ponctuelle) parmi les plus volumineux d'entre eux, 7 grands félins, 4 grands et moyens canidés, une hyène, deux ours, 3 grands mustelidés, soit 17 mammifères appartenant à la mégafaune carnivore....
Sans fournir pour l'heure de plus amples informations, anciennes ou très récentes (je préciserai les choses lors d'une prochaine publication d'ici à quelques jours), je pense qu'il est d'ores et déjà clair que
l'Asie centrale a un impérieux besoin de ses tigres, comme Yellowstone de ses loups et la grande plaine de ses bisons.



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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 09:12
UNE INDONESIE INTERESSANTE,  EN VOIE D'EXTINCTION
J'avais décrit ici même, le 4 mars dernier, sur la page "L'Ombre et la Proie", la situation cataclysmique actuelle des tigres indonésiens, et l'état réel de leurs relations avec les communautés humaines, qui s'apparentait à une tentative de résistance desespérée et frontale face à une guerre d'exterminationpar les innombrables colons qui dévastaient leur territoire. Il existe (encore) une Indonésie différente, où le respect du fauve a (encore) du sens.
Même si ceci relève désormais de l'anecdotique, tant l'heure est prioritairement au bruit et à la fureur, c'est - à - dire à la BARBARIE, le phénomène social décrit ci - après a un immense mérite : celui d'être toujours vivant.

Depuis des siècles, un petit village de la province de Jambi organise des cérémonies religieuses très mystiques en l'honneur des tigres de Sumatra (source : Tempo - hebdomadaire indonésien -).
Information grâcieusement transmise le 25 mars par M. René Cagnat, auteur de "La Rumeur des Steppes" (1991), ambassadeur de France en Kirghizie, à qui j'adresse mes remerciements les plus vifs.

LA MONTAGNE RADIEUSE D'UNE CREATURE D'ELECTION
"O toi noble ancêtre, guide de la montagne radieuse, gardien de la forêt vierge, nous convoquons pour toi les chefs de guerre, l'arpent de terre, le bois parasol, ô notre aïeul, viens vite, nous voulons te couvrir d'étrennes". Tel est le mantra du tigre. Dans le village de Pulau Tengah, situé sur les berges du lac Kerinci, dans la province de Jambi (Sumatra), la cérémonbie funéraire pour les tigres est une tradition unique. Depuis des générations, les habitants de ce village vouent un immense respect à ces fauves. Ils leur attribuent divers noms, Inyak, Ninek ou Tuo, qui revêtent tous la même signification : créature d'élection. Le lien spirituel extrêmement fort entre cette communauté et l'animal établit que le tigre aide les villageois perdus dans la jungle à retrouver leur chemin. Jamais aucun habitant de l'île n'en a chassé. On raconte même que si un durian (fruit du sud - est asiatique) roule à terre, on laisse le tigre prendre sa part en premier (l'animal peut effectivement parfois en consommer).

TRANSE MYSTIQUE
Les dernières cérémonies de funérailles se sont déroulées il y a cinq ans. L'extinction du tigre entraîne celle de cette expression culturelle elle - même. Depuis les années 70, un centre d'enseignement du rituel a été ouvert pour les jeunes. La cérémonie a pour objectif de divertir l'esprit du tigre mort pour qu'il soit en paix. Le cadavre de l'animal sacré est recouvert d'un drap blanc et transporté sur un palanquin jusqu'à la maison du droit coutumier. Une sorte de trône est dressé là, on y dépose le tigre sur ses quatre pattes comme s'il était encore vivant. On bat alors le terawak, un instrument creusé dans une coque de noix de coco, pour appeler l'esprit du défunt. Le terawak est posé sur le sol, car le fauve, dit - on, perçoit les vibrations de la terre. Puis on ôte le voile blanc qui recouvre sa gueule et on place à côté de lui, un à un, tous les objets de ses étrennes. Ainsi, les crocs perdus sont remplacés par des poignards, les griffes par une épée, la queue par une lance, le feulement par le son d'un gong, la pupille de ses yeux par le coeur d'un bambou géant, sa peau par une étoffe de couleur. La dépouille est ensuite portée en procession à travers le village. Beaucoup de participants entrent alors en transe. Certains crient, feulent, grattent la terre. Nombreux sont ceux qui s'effondrent sans connaissance.
La cérémonie terminée, le tigre est enterré à l'orée du village.
En 2005, lors du festival du lac Kerinci, les habitants ont effectué, pour les touristes, une démontration cérémonielle en portant une marionnette de tigre en procession. Il y avait là des milliers de spectateurs. Lorsque le chef du droit coutumier a invoqué l'esprit de l'animal, le jeune qui manipulait la marionnette est entré en transe.  Une partie des spectateurs s'est trouvée aussi possédée, certains se sont même mis à se battre. Depuis ce jour, le rituel n'est plus réalisé en public.
Il n'est organisé que dans le village de Pulau Tengah.
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 09:28
EFFONDREMENT INDIEN, EVEIL EUROPEEN

Tigres indiens: la course à la mort

Le scepticisme qui avait marqué l'annonce, à la fin 2007 et au cours des premiers mois de 2008,  par le gouvernement indien, de mesures vigoureuses pour sauver les tigres sauvages sur son territoire s'avère malheureusement pertinent. La philosophie générale qui en émanait était de toute façon contestable (séparer radicalement les animaux sauvages des communautés humaines). Les choix des modalités d'application s'avèrent, en outre, souvent incohérents et parfois carrément absurdes. Le braconnage redouble d'intensité (le malheur des tigres étant aussi celui des léopards, gavials, rhinocéros, lions...). Toutes infos accessibles sur le site de Nirmal Gosh: Indian jungles.com.
De ce point de vue, l'article d'Armand Farraci "L'Inde sans tigres?", publié en 2007, était dramatiquement prémonitoire (à lire ou relire sur le blog de Martine Massot - Tigrissima -).

Europe: réouverture d'un "cold case"
Dans le même temps, la communauté scientifique se penche à nouveau sur le cas du tigre eurasien, et, cette fois - ci, dans un nouvel état d'esprit. Depuis la mise en ligne, le 14 Janvier dernier,  d'une étude de l'équipe du Conservation Research Unit de l'Université d'Oxford montrant que cet animal et le tigre de Sibérie ne représentent en fait qu'une seule lignée génétique, sa réintroduction dans des zones de son aire de distribution historique est, pour la première fois, en projet. Le Directeur du Département concerné, David Mc Donald, qui a directement participé aux recherches, est particulièrement enthousiaste, percevant l'importance d'une telle initiative pour l'avenir (lire dans Daily Science mis en ligne le 2 février). Le dr Ali Aghili, de la  Persian Leopard Conservation Society, a commencé à évaluer la faisabilité d'un tel projet dans une zone du nord - est de l'Iran.
Une telle étude pourrait même redonner sa chance, aussi, au tigre de Chine du Sud, comme l'a expliqué l'un des membres de l'équipe, Noggy Yamaguchi. Celui ci est un ami de la courageuse Li Quan, qui réalise depuis 2003 une implantation réussie de ces animaux en Afrique du Sud (voir son site "Save China's tigers.org").

De plus, aujourd'hui, en mer d'Aral, patrie des derniers tigres d'Asie centrale avant leur extinction, des agronomes ouzbeks, constatant l'impossibilité de remettre en eau la plus grande partie de ce qui fut jusqu'en 1960 la quatrième plus grande étendue d'eau salée intérieure du monde, et la salinisation consécutive, chaque année, de superficies considérables, ont opté pour le boisement des fonds asséchés par de robustes arbustes locaux tels que le saxaoul, le kandym et le tcherkez, dont les bosquets constituaient autrefois un paradis pour les tigres et les sangliers notamment. Dès 2007, au Kazakhstan voisin, 15 millions de pieds de Saxaoul avaient déjà été plantés... (Pavel Kravets dans Ferghana.ru - Moscou - à lire dans Courrier International 958,12 - 18 mars 2009, page 53).

Force et discrétion
Comme celà a pu se vérifier bien des fois par le passé, l'offre de conditions minimales de réinstallation seront suffisantes pour assurer le succès de l'opération, puis sa pérennité si celles - ci sont durablement maintenues. Rappelons simplement que l'arrivée actuelle de loups dans le Massif Central a pu s'effectuer par la traversée du Rhône. Or, la vallée de celui - ci est pour le moins inhostitâlière pour un animal sauvage, avec ses autoroutes, ses lignes de chemin de fer, sa forte densité de population,la largeur du fleuve lui - même, sans parler du trop célèbre "couloir chimique".Or, comme l'explique Daniel Véjux, spécialiste de l'animal,un loup peut parcourir 60 kilornètres en une nuit. Il peut traverser un fleuve à la nage et circuler dans les zones urbaines sans se faire remarquer ou passer pour un chien.
De même, au 19ème siècle (fait relaté par Atkinson en 1858), des tigres fuyant une terrible sécheresse qui s'était abattue sur la steppe kirghize, leur lieu de vie habituel, traversèrent l'Irtych pour rejoindre les Monts Altaï. 5 d'entre eux (c'est - à - dire probablement tous), finirent par être abattus. Les paysans de Sibérie occidentale restèrent circonspects devant cette bête inconnue si étonnante à tous égards. Quand le naturaliste leur dit comment elle s'appelait, il s'avéra qu'ils ignoraient même son nom. L'analyse stomacale montra que le bol alimentaire était exclusivement constitué d'une grande quantité de criquets et de graines sèches...



Convergences et synergies
En excluant les tigres de Sibérie, les tigres présents historiquement du bassin du Danube au Turkestan Chinois  (on en catégorisa jusqu'à 3 sous - espèces distinctes et une variété géographique) ne constituent qu'une seule lignée génétique. De même, les cultures de l'Europe à l'Inde du Nord ont les mêmes racines (Alexandre, Gengis Khan, Timur furent des eurasiens dans le plein sens culturel du terme). On sait aujourd'hui que ces racines sont pastorales, bien plus que sédentaires et horticoles. La domestication du cheval a été en effet l'un des évènements les plus déterminants de l'Eurasie protohistorique pour son histoire ultérieure. Selon une équipe internationale de chercheurs menée par l'archéozoologue Alan Outram (de l'Université anglaise d'Exeter), l'exploitation de cet animal remonte au moins au IVème millénaire avant notre ère à la fois dans le nord du Kazakhstan et sur le territoire actuel de l'Ukraine. Ceci a aussi déterminé l'acquisition de lactase permettant la digestion du lait chez les adultes dans les populations concernées. Or, si de nombreuses communautés asiatiques en sont dépourvues, elle est majoritairement présente en Europe du Nord, et à parité en Europe du Sud ( publié dans "Science" du 6 mars).
Par ailleurs, les deux cités dont l'influence sur l'Eurasie a été historiquement la plus forte, Rome et Samarkand, sont fondées à la même époque (700 avant notre ère). Les légendes liées à leurs naissances respectives évoquent le lien fondamental avec un grand prédateur. Si  Rome est fondée par deux jumeaux élevés par une louve, Samarkand voit le jour grâce à un léopard femelle venu de Pendjikent (actuel Tadjikistan) qui indique le lieu adéquat aux futurs fondateurs de la ville.



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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:50
 NEGATION
Notre civilisation semble pour le moment incapable de se définir autrement qu 'en lien exclusif avec  les sociétés sédentaires présentes sur son sol depuis un lointain passé.
Pourtant, comme je l'ai montré dans le document "Europe et grands félins" (téléchargeable à partir de mon site "4 continents pour les tigres"), elle est tout aussi redevable, pour sa constitution et son devenir, aux sociétés nomades, que celles ci fussent composées de chasseurs-cueilleurs - dont les roms sont aujourd'hui les derniers représentants socialement visibles -, d'éleveurs comme les samis des régions arctiques, et bien plus encore, de pasteurs des steppes: il y a, de fait, 3 sources principales qui ont irrigué et fait grandir la civilisation européenne.
Malheureusement, une tendance anthropologique lourde motive (chez de nombreux peuples sinon tous) un refus psychologique allant jusqu'au déni pur et simple de l'apport culturel et social de sociétés avec lesquelles les rapports passés furent surtout conflictuels.
Il est de ce point de vue tout à fait symptomatique que"l'oubli", dans les revues scientifiques consacrées à la grande faune européenne, du tigre, du lion, du léopard, du guépard et de la hyène striée comme membres à part entière de la Communauté historique des Prédateurs européens, correspond à une présence spatio - temporelle de ceux - ci coïncidant en quasi totalité - en tout cas depuis l'époque médiévale - avec celle de la civilisation des steppes (communication personnelle d'E.C. Dos Santos).

REDYNAMISATION
Or, depuis 1000ans, c'est toujours à partir d'une influence de la civilisation nomade que les cultures eurasiennes du tigre ont été redynamisées.
Les sociétés pastorales de l'Eurasie médiévale, quelles que soient leur "religion" ou "idéologie" officielle, étaient restées fondamentalement fidèles à celles des Scythes de l'Antiquité, qui placent l'animal sauvage comme l'élément le plus important pour la bonne marche du monde  (voir là dessus les travaux de Iaroslav Lebedynsky et ceux de Véronique Schiltz, notamment).
L'Asie centrale fut donc d'abord une matrice de la diversité biologique, mais aussi, ensuite, de la diversité culturelle.
Les cultures antiques du tigre en Europe, véhiculées d'abord par le mythe de Dionysos puis par l'action politique d'Alexandre, furent revivifiées du 14ème au 19ème siècles par la culture ottomane.

La "culture russe du tigre" est née en Asie centrale, dans ce qui fut appelé par les autorités tsaristes "le Turkestan russe".

La "culture chinoise du tigre", qui irradiait d'une force à nulle autre pareille de la préhistoire aux temps médiévaux, avait singulièrement perdu de sa vigueur depuis des siècles quand l'acquisition, au XVIIIème siècle, du "Turkestan chinois" (région immense au Nord - Ouest de l'actuelle république populaire) lui a donné, incontestablement, une deuxième jeunesse.

La "culture indienne du tigre" n'avait aucun caractère officiel avant l'invasion du pays, aux environs de l'an 1000, par des cavaliers turcs et afghans. Ce sont eux qui ont fait culturellement de l'Inde le pays du tigre.
Auparavant, sous l'influence des anciens Perses, ce pays avait le lion comme animal référent.
D'ailleurs, l'influence du bouddhisme d'origine indienne en Asie du Sud (Péninsule indochinoise, Chine méridionale, Indonésie) avait entraîné une importation massive de lions "symboliques" que l'on trouve encore aujourd'hui dans toute l'architecture monumentale politrico - religieuse de cette zone.
Au 19ème siècle, la propagande anglaise magnifiait le combat du lion britannique contre le tigre indien (Tippu Sultan, dont le tigre était l'emblême). Les "tigres" indiens combattus par les "lions" anglais furent toujours musulmans, et  turco - afghans ...
D'une façon générale, les Etats sédentaires adoptent volontiers le lion comme référent, en tant que majestueux animal social régnant sur un espace délimité.
Les nomades, quant à eux, voient le tigre des steppes comme un solitaire errant, qui suit les troupeaux, à leur propre image.

Depuis les temps médiévaux, ce sont donc les cultures nomades originaires d'Asie centrale qui ont créé ou rajeuni les cultures du tigre des civilisations "sédentaires" eurasiennes.
A cet égard, le portail de la madrasa "Chir - Dor", située au sein du Registan de Samarkand, qui est actuellement le plus vaste complexe architectural à vocation religieuse au monde, constitue un véritable phare planté au coeur du continent eurasien et irradiant l'ensemble du continent.
Cette madrasa "aux lions" représente explicitement des tigres, elle est au coeur d'un ensemble monumental islamique, d'où tout élément figuratif devrait être banni...
Elle a une puissance emblématique potentielle comparable à celle du culte de Dionysos en Grèce, institutionnalisé par ceux - là même qui avaient détruit consciencieusement les bases concrètes pour son authentique épanouissement (voir "Europe et grands félins",Daraki 1994).

Il est surprenant de constater que les transferts ne furent pas seulement culturels mais aussi biologiques.
Comme se répondent les félins de Samarkand et les tigres gardiens de la pagode d'Ivolginsky Datsan (Bouriatie), les travaux de Carlos Driscoll (références dans "Europe et grands félins" ) ont montré que les tigres de Sibérie actuels sont issus de la migration récente vers l'Est d'une petite partie des tigres d'Asie centrale...


Et en tout état de cause, c'est dans les régions où les pasteurs  furent politiquement dominants que fut préservée une mosaïque inouïe de grands mammifères prédateurs terrestres -15 espèces différentes - phénomène sans équivalent au monde.





 IMPERATIF VITAL POUR L'AVENIR DE LA CIVILISATION EUROPEENNE
 Il ne reste plus aujourd'hui que 40 lynx des Balkans (contre une centaine il y a moins de 3 ans), animal pourtant emblématique de cette région (au moins chez les numismates officiels et les philatelistes) et plus largement de l'ensemble de l'Europe (il fut souvent le "léopard" des chansons de geste).
Plus rien n'est préservé quand une péninsule continentale sans boussole s'enfonce dans un désespoir d'autant plus profond qu'il est nourri par une extrême confusion des esprits et une perte complète des chemins menant à des valeurs éclairantes et porteuses d'espoir.
Notre civilisation moderne a produit une "monoculture" déshumanisante de laideur et de médiocrité, d'infantilisme et d'insignifiance. La réinsertion de la société contemporaine dans la nature - dans tous les sens du terme - est une urgente nécessité.
Car la vocation de la nature à produire de l'humain, au sens moral, s'altère au fur et à mesure que s'étend physiquement l'Empire de l'humanité.
Au contraire, la suprématie de la nature sauvage stimule la production d'un imaginaire capable de surclasser l'égocentrisme ambiant ; une mentalité imprégnée de nature sauvage est propice à la joie.
C'est bien pourquoi, si l'Europe peut beaucoup pour le Tigre, le Tigre peut aussi beaucoup pour l'Europe.
L'Europe doit vaincre ses "oublis" pathologiques et se réconcilier avec son "Turkestan intérieur", qui, comme celui des Russes, des Chinois, et des Indiens, fut, et peut redevenir, un TIGRISTAN.

POUR SAUVER SES LYNX...ET SES HOMMES.
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 09:17
INDONESIE: OCCUPATION ET RESISTANCE

( A partir d'une info transmise grâcieusement par Mme Martine MASSOT, responsable du site web TIGRISSIMA, hier 3 mars 2009, à qui j'adresse (une fois encore) mes remerciements les plus vifs).

UNE SITUATION DESESPEREE
La cohabitation ne fonctionne plus entre les habitants de l'île indonésienne de Sumatra et les tigres qui y vivent encore à l'état sauvage. Au fur et à mesure que les exploitations agricoles et les maisons empiètent sur leur territoire, les tigres réagissent à l'invasion.
 Ces animaux, estimés à 250 officiellement, contre un millier dans les années 70,  ne sont en réalité vraisemblablement plus qu'une cinquantaine tout au plus.
 Depuis plusieurs décennies, les tigres sont confrontés à une forte augmentation de la population humaine et une réduction concomitante, comme peau de chagrin, de leur milieu de vie. Leurs proies habituelles ont disparu ces dernières années. Tous les ans, 270 000 hectares de leur habitat sont transformés en plantations de palmiers à huile, premier jalon de l'industrie des agrocarburants. Ils sont traités comme "pestes agricoles" dans ces zones.
Qui plus est, les quelques dizaines de tigres sauvages encore en vie sur l'île n'appartiennent pas tous à la sous - espèce indonésienne. En effet, des tigres d'Asie du Sud Est (Panthera tigris corbetti) sont parvenus à s'implanter dans la région au cours des deux dernières décennies, parfois d'ailleurs artificiellement introduits en tant qu'animaux de parcs...
En Mars 2009, la dernière sous espèce de tigre distincte du groupe majoritaire et vivant à l'état sauvage court à une extinction imminente: sans changement drastique immédiat, l'animal n'en n'a plus que pour quelques mois.
 Dans des conditions analogues, dans le même pays, le tigre de Bornéo s'était éteint il y a plusieurs siècles, le tigre de Bali  dans les années 30, et le tigre de Java au début des années 80.

ILS NE PARTIRONT PAS SANS FAIRE DE VAGUES
Mus par la famine et le désespoir, les tigres agressent les occupants. Ces cinq dernières semaines, neuf personnes sont décédées des suites des attaques des grands félins. Il y a quelques jours, trois personnes sont mortes la même nuit. La semaine précédente, un tigre avait tué trois bûcherons.
Aujourd'hui, il règne une véritable psychose autour de ces plantations. A la tombée de la nuit, les villageois regagnent leur foyer et n'en ressortent pas avant la levée du jour. Même la prière obligatoire après le coucher du  soleil a été provisoirement interrompue.
Ceci n'a en fait rien d'étonnant, les mêmes causes impliquant les mêmes effets.
En effet, une telle situation évoque irrésistiblement les événements relatés dans le livre de John Patterson "L'ombre et la proie" où 2 lionnes "perturbèrent" l'édification d'un pont (dont Patterson était le maître d'oeuvre) sur la rivière Tsavo, au Kenya, en 1896 qui envahissait leur territoire. Elles tuèrent des dizaines d'ouvriers. L'histoire a été portée à l'écran en 1996: le film est esthétiquement (les lionnes réelles sont remplacées ici par deux mâles), et à bien des égards émotionnellement, superbe, mais fidèle à la vision humaniste et progressiste de Patterson dans sa bonne conscience la plus aveugle - conception dominante à l'époque -, elle est incapable de traduire la véritable nature de la situation.
Or, de telles phénomènes de résistance, provoqués par l'énergie du désespoir, ont été reportés fréquemment lors des bouleversements environnementaux induits par la conquête européenne sur tous les continents aux 19ème et 20ème siècles (notamment concernant les tigres lors de la construction de la voie transcaspienne jusqu'en 1906, du transsibérien jusqu'en 1904 et plus encore dans son tronçon additif de 1916...).
A Singapour, en 1819, les colons anglais firent s'étendre les plantations aux dépens de la forêt,
entraïnant une multiplication des attaques des tigres à l'encontre des paysans chinois durant les vingt années suivantes.
Dès lors, les dirigeants britanniques ordonnèrent une campagne d'estermination, établissant la chasse au tigre comme une oeuvre d'utilité publique, entraînant à cette occasion l'assassinat d'individus non striés et d'une teinte marron, qui étaient peut être les produits d'une hybridation naturelle lion/tigresse à Singapour...

En Janvier 2007, le magazine GEO ( N° 335) publiait (pages 40 - 45) la traduction d'un article de Charles Siebert intitulé "Pourquoi les éléphants deviennent délinquants" expliquant, dans des pages bouleversantes, les causes environnementales de l'ultra violence "perverse" chez les grands animaux sauvages, qui est devenu, comme par hasard, un phénomène général et planétaire, et dont prennent d'ailleurs absurdement prétexte certains idéologues pour prôner leur extermination définitive (voir les réflexions d'un Xavier de Planhol dans le magazine "L'Histoire" 338 (Janvier 2009) déjà évoqués sur ce blog, le  11 Janvier dernier).
Gay Bradshaw, auteur d'un essai intitulé "Elephant breakdown" ("Elephants en folie") paru dans "Nature" en 2005, a prouvé que les animaux souffrent aujourd'hui d'une sorte de stress chronique, une sorte de traumatisme qui touche l'espèce entière, un effondrement de leur culture. "Depuis longtemps, on sait que les grands animaux ont perdu la bataille qui les oppose à l'homme. Mais un animal à la sensibilité si développée ne quittera pas la scène sans faire de vagues." précise t-il.

C'EST TRES EXACTEMENT CE QUI SE PASSE AUJOURD'HUI POUR LES DERNIERS TIGRES INDONESIENS, DANS UNE REGION OU LES ELEPHANTS S'EN PRENNENT D'AILLEURS AUSSI AUX COLONS ET A LEURS IMPLANTATIONS.




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