Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 05:23

TIGRES EN IRAN: NATURE RESTAUREE OU GADGET DE PRESTIGE?

Un vif débat est en cours au sein de la Société de Conservation en Iran (Arash Ghoddousi, communication personnelle). Tout le monde est d'accord pour la réintroduction du tigre au Sud de la Caspienne, 50 ans après sa disparition. Mais les modalités du plan russo - iranien rendent aléatoires et douteuses, à l'évidence, la pérennité de leur présence à l'état sauvage dans la région.

Relâcher le couple dans les zones montagneuses du Tabaristan (arrière pays de la côte Sud de la Caspienne) n'a de sens que si les animaux peuvent y trouver des proies en quantité suffisante, ce qui est douteux. Or, rien ne semble avoir été prévu concernant le renforcement des effectifs des espèces proies.

Dans un second temps (après les 5 ans de suivi par des zootechniciens russes), il est fondamental que les animaux et leur descendance puissent partiellement essaimer jusqu'aux côtes du Mazanderan, dans un milieu accueillant tel que la forêt alluviale. Or, aucune initiative particulière ne semble concerner le renforcement et la préparation de ce qui fut le milieu historiquement préférentiel de l'animal, dimension pourtant essentielle de la viabilité à moyen terme de l'opération. Cantoner les animaux dans la zone montagneuse révèlerait le caractère essentiellement publicitaire d'un tel projet, loin des impératifs de reconstitution des milieux naturels.

Des choix fondamentaux sont à effectuer dans la politique touristique de l'Iran pour la côte Caspienne. Villégiature essentiellement artificialisée, ou intégrée à une Nature reconstruite, hébergeant à nouveau tigres et esturgeons libres?

 

L'arrivée des tigres russes en Iran doit avoir pour but leur enchassement futur dans la forêt alluviale côtière préalablement expansée et enrichie, faisant de celle - ci la première écaille de Renaissance du Dragon Vert eurasien. 

Repost 0
24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 09:32

 RECONSTITUTION DU TIGRE DE LA CASPIENNE A L'ETAT SAUVAGE:

 ARRIVEE D'UN COUPLE DE TIGRES SIBERIENS EN IRAN

 

Le plan russo - iranien de restauration du tigre de la Caspienne à partir de la souche sibérienne, officialisé au début de cette année (voir pages blog 26 février et 14 mars) est entré hier dans sa phase active et concrète.

 

Apr 23, 2010 20:48 Moscow Time

Two Siberian tigers from Russia were presented to Iran Friday. The animals will live in a nature reserve in north Iran. Iranians plan to restore tiger population and Siberian tiger is the closest to the species which got extinct in Iran because of poaching.
Russia got two Asian leopards in exchange. They are also endangered. The animals will live in Sochi Zoo. 
 L' agence officielle iranienne IRNA rappelle pour sa part que  cet échange avait été décidé en février à l'occasion d'une visite à Téhéran du ministre russe des Ressources naturelles Iouri Troutnev, et donne les précisions suivantes :

"L'Iran espère réintroduire le tigre de Sibérie dans les montagnes du Mazanderan, province bordant la Caspienne, d'où il a disparu il y a environ un demi-siècle.

"Afin de réintroduire l'espèce, deux tigres de Sibérie ont été importés de Russie, dont une femelle enceinte qui devrait donner naissance à un petit dans deux mois", a indiqué à IRNA Mohammad Javad Mohammadizadeh, responsable de l'organisation iranienne de l'environnement.

Les deux tigres vont rester en observation au zoo de Téhéran pendant un mois avant d'être transportés dans leur habitat définitif dans le Mazanderan, où ils seront surveillés par des zoologues russes pendant cinq ans, a-t-il ajouté."

 

Les iraniens ne parlent plus de "tigre de la Caspienne" mais de "tigre de Sibérie... disparu il y a environ un demi - siècle". Au moins dans la communauté scientifique, la notion d'unicité du tigre eurasien (terme sans doute plus approrié que "tigre de Sibérie"), sur laquelle j'avais beaucoup insisté auprès de mes amis du parc National Zov Tigra le 22 février dernier - blog du 24 février -, et qui est au coeur de l'initiative russo - iranienne présente,  tend donc à progresser aussi dans la terminologie.

 

Une coupe en or de l'époque Achéménide ("La Coupe d'Or d'Hyrcanie"), datant de la première moitié du premier millénaire av. J-C, et découverte à Kalardasht dans le Mazanderan, représente deux tigres eurasiens.

 

Gold_cup_kalardasht.jpg

 

 

 

Repost 0
22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 08:22

MANIFESTE POUR UNE RESURRECTION

"Pour la Russie c'est particulièrement douloureux. Des animaux comme le tigre de l'Oussouri, le plus grand et le plus beau tigre au monde, sont comme notre carte de visite."

Vladimir Poutine exprimant sa consternation face à la chute des effectifs des tigres sauvages dans l'extrême - orient russe, en 2008.

Par ailleurs, à titre symbolique, le gouvernement russe a exprimé le souhait que le tigre de l'Oussouri devienne la mascotte du Sommet de l'APEC (Coopération Economique Asie Pacifique) qui se tiendra à Vladivostok en 2012.

 

En cette année France - Russie, qui est aussi l'année du tigre, et avant la venue du Premier Ministre russe Vladimir Poutine à Paris le 12 Juin, puis la tenue du Sommet international sur la protection du tigre à Vladivostok du 9 au 12  Septembre, voici un mémoire démontrant les atouts spécifiques de la Russie pour assurer un avenir véritable, solide et de long terme au plus grand et plus beau félin sauvage.

 

 

 

 

L’AVENIR DU TIGRE EST EN RUSSIE

SOMMAIRE
Introduction : Russie, le premier pays du tigre
Tigre des steppes et tigre des neiges : un seul et même animal
Les tigres des steppes
    Des animaux extraordinaires
    Le monde merveilleux du tigre des steppes
    Une odyssée pancontinentale
    Le tigre en Russie kievienne au Moyen – Âge
    Amplitude de distribution crédible dans l’espace européen
    Période crédible de présence dans l’espace européen
    Le tigre occidental dans la culture russe : ours des forêts et tigres des steppes
    La civilisation des hommes – ours ; signification de la byline de Volkh
    La civilisation des hommes – tigres
    La confrontation
    A nouveau, union eurasienne ; signification du conte du tsarévitch Ivan
    Le tigre occidental ailleurs dans la culture eurasienne : tigres et ours sur un même plan
    Extinction
    Europe contemporaine : chagrin de l’absence, espoir d’une résurrection
    Des espoirs déçus
    Un projet sans lendemain
    2010 : aujourd’hui l’Iran, demain la Russie ?
Les tigres des neiges
    La haine et l’extermination
    Un passé glorieux, du Fleuve Jaune aux îles Liakhov, du Baïkal à l’Alaska
    La catastrophe : 1880 – 1930
    Sauver les cultures sibériennes du tigre et de l’ours
Conclusion : La Russie à la croisée des chemins
    Une formidable opportunité d’expression pour la culture russe sur la scène mondiale
Bibliographie



 
Introduction : Russie, le premier pays du tigre
Depuis les temps les plus anciens, l’espace russe a abrité des tigres, et parfois en très grand nombre. De fait, à plusieurs reprises depuis la préhistoire, le pays fut vraisemblablement la région du monde hébergeant le plus grand nombre de ces animaux, en alternance avec la Chine et l’Inde. A certaines époques, les régions parmi les plus septentrionales de la Russie orientale étaient peuplées par ces prédateurs géants. A d’autres, c’est la steppe russe elle – même, presque dans sa totalité et jusque dans ses régions les plus occidentales, qui offrit gîte et couvert à ces animaux.
Aujourd’hui, la Russie a perdu tous ses tigres des steppes (tigres de la Caspienne) et ne conserve qu’un nombre infime de ses tigres des neiges (tigres de Sibérie).
Par ailleurs, aucune puissance ne semble capable de sauver les tigres en tant qu’espèce.
Les stratégies utilisées, fort différentes suivant les cas (Inde, Chine, USA + Europe occidentale), révélatrices des cultures et des tendances sociétales, sont des échecs cinglants, et chacun renvoie la responsabilité aux autres.
La Russie, du fait de sa culture propre, de ses territoires et du savoir faire de ses zootechniciens, a tous les atouts pour sauver les tigres sauvages, ce qui aurait des conséquences spirituelles considérables pour de nombreuses communautés humaines dans le monde, et induirait des changements significatifs sur la perception du statut de la Russie vis – à – vis de la Nature sauvage, le tigre étant probablement l’animal ayant l’impact politique le plus fort.
Nous présentons ici sommairement ce que fut l’Histoire des tigres russes, et leur lien intime avec l’Histoire de la Russie elle – même.
Nous montrons les opportunités qui se présentent à la Russie , désormais, en fonction de la situation présente.

TIGRE DES STEPPES ET TIGRE DES NEIGES : UN SEUL ET MÊME ANIMAL
De fait, les « deux » tigres russes constituent une seule variété, les seconds (tigres des neiges) étant simplement le produit de l’essaimage  vers l’est d’une partie des premiers (tigres des steppes). Les connections ultérieures à cet événement , souvent ténues, ne furent jamais interrompues jusqu’au 19ème siècle. Des documents comme les cartes de distribution respectives des uns et des autres (Jackson 1996) et les indications fournies par Prynn (1980) se complètent parfaitement, telles les pièces d’un puzzle parfaitement ajustées. Le tigre du Lop – Nor est considéré par Prynn comme un « intermédiaire » entre les deux populations, ce qu’il est aussi sur le plan géographique.
Les travaux du généticien Carlos Driscoll (2008,2009) confirment le fait #.  Un assez récent essaimage vers l’Est de populations de tigres des steppes (Eurasie occidentale) serait à l’origine des populations actuelles des tigres de l’Amour, ce qui est d’une importance capitale pour la viabilité de projets de réintroductions de tigres en Russie méridionale et occidentale.
Le dossier complet a été mis en ligne le 14 janvier 2009, sur Plos one. Il est extrêmement riche, avec, notamment, une carte clairement référencée et  particulièrement éclairante sur la distribution des tigres européens de la Sibérie à l’Ukraine à l’époque historique (tirée de celle de Heptner& Sludskii 1992, Heptner 1969, diaporama conférence du 23 janvier 2010 téléchargeable sur page d’accueil du site « 4 continents pour les tigres, http://www.avenir-tigres.com).
Forts de ces éléments, russes et iraniens se sont entendus au plus haut niveau , le 9 janvier 2010, pour reconstituer les tigres des steppes à l’état sauvage dans des forêts de l’Iran du Nord, à partir de la souche sibérienne (voir pages Wikipedia « Caspian tiger », "Siberian tiger", « Persian cheetah », pages blog des 26 février et 14 mars 2010). Le 23 Avril 2010, deux tigres de Sibérie sont arrivés en Iran, pour repeupler une réserve naturelle (voir blog du 24 Avril).





LES TIGRES DES STEPPES

Nous rappelons ici ce que furent des animaux fort peu connus, les tigres occidentaux, dont l’aire de répartition s’étendait de la Chine occidentale à l’Europe orientale, et dont l’histoire dramatique semble bien être le prélude à la tragédie actuelle, alors qu’elle aurait dû constituer l’outil le plus efficace à la prévention de celle-ci.
Nous considérons en outre comme indispensables de réveiller une culture russe du tigre  et de programmer un avenir pour des tigres sauvages dans des régions de la Russie occidentale et méridionale.

DES ANIMAUX EXTRAORDINAIRES
 Les tigres de la Caspienne (Panthera tigris virgata) appelés aussi tigres touraniens, tigres persans, tigres d’Hyrcanie, ont officiellement disparu dans la deuxième moitié du siècle dernier. Les autorités russes, dès le début du 20ème siècle (1906), avaient en effet décidé leur extermination par l’armée comme mesure préparatoire à la transformation de la steppe eurasienne en terre cultivée.
Ils furent la première sous – espèce continentale à être intégralement détruite par l’homme, ce qui constitua un prologue à l’extermination totale de l’espèce  à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Il s’agissait d’animaux assez singuliers, aussi grands que les tigres d’Inde, avec une fourrure abondante, des pattes énormes et des griffes gigantesques (adaptation probable aux milieux marécageux), mais au caractère plutôt jovial  (ils vivaient en immédiate proximité des villages ou même à l’intérieur de ceux – ci sans attaquer les êtres humains) (Stroganov, in Heptner & Sludskii 1992, et  Chegodaev 2008).
Leur aire de répartition à partir de l’aride post néolithique (il y a 4000 ans) était très spécifique, constituant un bandeau allant de la Chine à la mer noire, nettement séparée de celle des tigres d’Asie du sud – Est et d’extrême – Orient.
Leurs habitats préférentiels se situaient dans la végétation dense et touffue accompagnant les saulaies, peupleraies et roselières (dont les phragmites atteignaient parfois 6 à 8 mètres de hauteur – Berg 1941 -)  qui bordaient les rivières.
Probablement en adaptation à ces milieux, la fourrure de ces animaux amphibies comportait plus de rayures que celle de leurs congénères orientaux, celles ci étant  plus rapprochées.
Les tigres occidentaux des roselières furent probablement les seuls félins intégralement striés dans l’Histoire du Monde. Aucun autre tigre ne l’est totalement, bien au contraire.
Les tigres orientaux ne sont véritablement striés que sur l’avant du corps juqu’aux épaules. Les motifs présents sur le reste de leur corps ne sont ni des stries ni à proprement parler des ocelles, mais des formes lancéolées évoquant plus ou moins nettement, selon les cas, des feuilles de menthe, des flammes.

LE MONDE MERVEILLEUX DU TIGRE DES STEPPES
Le tigre des steppes était l’une des espèces clés d’un monde où la flore et la faune étaient d’une richesse qui défie l’imagination.Xavier de Planhol (2004) l’a illustré pour les périodes antiques et médiévales. Leo Berg (1941) a fait le point concernant les premières décennies du XXème siècle.
Ainsi, la Russie méridionale et ses prolongements centro - asiatiques hébergeaient encore à la fin des années 1930, 17 espèces de  mammifères carnivores terrestres de plus de 10 kgs, mosaïque d’une richesse sans comparaison au monde .
La culture nomade matinée d’islam joua un rôle essentiel à la préservation d’une telle biodiversité (un demi – siècle plus tôt, des lions pouvaient encore être rencontrés en région aralienne – Planhol 2004 -).
Réussir la reconstitution d’une telle merveille naturelle serait la gloire de la Russie.



UNE ODYSSEE PANCONTINENTALE
Leur installation dans des régions d’Asie occidentale est très ancienne.
Ils côtoyaient des hippopotames sur les rives du Tigre il y a plus de 5000 ans (Planhol 2004). Il n’est d’ailleurs pas exclu que leur cohabitation avec les grands pachydermes aquatiques ait concerné une aire plus vaste : en effet, du fait de ce que l’on sait du paysage du delta du Nil (Méditerranée orientale) à l’époque pré – dynastique, on peut raisonnablement conjecturer qu’aux côtés des grands troupeaux d’hippopotames régnant sur ce milieu, des tigres nilotiques fréquentaient la végétation dense du delta.
Les hippopotames dominaient un Sahara persillé d’une multiplicité de lacs dont deux étaient de véritables mers intérieures, et un continuum fluvio - marécageux gigantesque allant du delta du Nil au lac Victoria, certains tigres ont donc peut – être été présents plus au sud en Afrique orientale.
A cette époque, « l’optimum climatique humide holocène », qui suivit la dernière glaciation du wurmien récent, la Mongolie était verdoyante, les tigres occidentaux étaient reliés au flux génétique de leurs congénères orientaux, et leur aire de répartition s’étendait largement du Nord au Sud de l’Eurasie.
Dans l’Altaï d’une part et en Chine centrale (lac Koukou – Nor) d’autre part, les « tigres de Sibérie » mentionnés par les explorateurs étaient en fait des tigres eurasiens, qui vivaient sur les mêmes territoires que les léopards des neiges et des saumons gigantesques..
Par la suite, la péjoration hydrique lors de  la période climatique dite « Aride post – néolithique » assécha Mongolie et Asie centrale, coupant le flux génétique entre tigres orientaux et occidentaux. La distribution de ces derniers prit une apparence dendritique : elle se réduisit en latitude comme peau de chagrin, les lambeaux de celle – ci n’étant plus que d’étroits corridors autour des fleuves, des lacs et des mers intérieurs eurasiennes. Cette formidable régression biogéographique et isolation génétique fit du tigre de la Caspienne la deuxième sous – espèce de tigre distincte du pool initial (après celle des îles de la Sonde lors de l’optimum climatique humide).

 La présence de ces animaux resta longtemps assez discrète .
Leur montée en puissance  coïncide avec, dans un premier temps, le recul des lions, dominants dans l’antiquité mais largement massacrés par les Egyptiens’ Assyriens, Perses, Grecs et Romains.
La plupart des tigres des cirques de la Rome antique étaient des tigres de la Caspienne.
Ces animaux y combattaient des aurochs et des lions de l’Atlas.
Le poète latin Martial décrit l’animal comme « la merveille et la gloire des montagnes d’Hyrcanie ».
Selon la légende le concernant,Saint Blaise, évêque arménien et martyr du début du 4ème siècle, s’était retiré dans une montagne où il côtoyait et guérissait de leurs maux ces félins, ainsi que des léopards, des lions, des loups et des ours.
Dans un deuxième temps, leur progression fut facilitée par une certaine déprise du territoire, d’abord au début de l’époque musulmane, puis avec la domination politique des pasteurs turcophones dans cette même région.
En l’an 1000, ces bêtes étonnantes partageaient leur territoire dans les steppes d’Asie centrale avec quelques lions, représentants résiduels des populations passées, des esturgeons centenaires du volume d’un hippopotame adulte, et peut – être  même des descendants des rhinocéros à fourrure, véritables fossiles vivants jouissant d’une survivance tardive dans les steppes Pontiques et Caspiennes (pages 760 – 762, dans Xavier de Planhol. 2004).
 
LE TIGRE EN RUSSIE KIEVIENNE AU MOYEN ÂGE
A cette époque (Vème et VIème siècles de notre Ere), le territoire qui n'est pas encore la Russie accueille des populations slaves qui tendent à se sédentariser dans la zone des forêts au Nord, et des populations iraniennes (Avars notamment) qui nomadisent dans les steppes au Sud. Celles ci sont très fertiles, riches d'une flore exceptionnellement vigoureuse et parsemée de milliers de petits lacs et marais.
Les populations humaines sont peu nombreuses, et leur impact sur l'espace environnant n'est pas significativement plus important que celui des grands animaux sauvages. Les nomades sont des chasseurs éleveurs, qui peuvent aussi se ravitailler de vive force chez leurs voisins sédentaires. Ces derniers sont des horticulteurs/chasseurs/récolteurs de miel. Le Moyen Age en Asie Centrale et en Europe Orientale est écologiquement comparable à une période interglaciaire du Pléistocène.

Quelques siècles plus tard, la Russie est devenue "le pays des villes" (telle qu'elle est perçue par les Scandinaves de l'époque) et la forêt subit un lent processus de défrichement. Mais le territoire est toujours très riche en forêts, steppes et zones lacustres.
Au XIème siècle, le Grand Prince de Kiev Vladimir Monomaque chasse souvent dans les régions de Turov et de Chernigov, notamment entre 1073 et 1094. Il les évoque dans un ouvrage dont il termine la rédaction en 1117: Poucheniya Detyam. C'est au cours de l'une d'entre elles qu'il doit affronter "lyuty zver", la "bête féroce". Celle - ci a bondi et lui a mordu la cuisse alors qu'il était sur son cheval, blessant à la fois la monture et le cavalier.
L'interprétation habituellement avancée est celle d'un lynx ou d'un loup. Un lynx femelle qui vient de voir sa portée massacrée peut effectivement se comporter avec une fureur exaltée, implacable et sans crainte, comme l'a montré Robert Hainard. Concernant un loup, la chose est à peu prés impensable. C'est pourtant cet animal que propose Vladimir Volkov pour un tel comportement dans son "Vladimir, le Soleil Rouge", Julliard 1981 page 68, alors même qu'il mentionne que la chasse pouvait concerner aussi le léopard (et semble t-il, aussi fréquemment que celle du cerf, du sanglier ou du bison d'Europe) présent dans ces contrées occidentales à l'époque, et plus susceptible que le loup d'agir de la sorte dans une situation désespérée.
D'autres pensent qu'il s'agit d'un lion, la présence de cet animal dans les steppes du Sud de la Russie et l'estuaire du Don faisant toujours l'objet de débats entre scientifiques à l'heure actuelle.
En tout état de cause, lynx, loup, léopard et lion étaient connus des princes russes de cette époque :
le prince Roman, de Galicie Volynie, région occidentale de la Russie Kievienne, mort en 1205, est présenté de la façon suivante par la Chronique de sa principauté : "Il s'élançait contre les païens comme un lion, il était féroce comme le lynx, il les exterminait comme le crocodile, il parcourait leur pays comme un aigle, il était brave comme un auroch." (vu dans "Histoire de la Russie",  Robert Laffont, collection Bouquins, par N. V. Riasanovsky 1987, page 103).
Alors, pourquoi parler d'une "bête féroce", si on la connaît par son nom?

Le Dr Vladimir Heptner, spécialiste russe incontesté sur les carnivores en Russie, mort en 1975, indiquait qu'il y avait de nombreux éléments forts et convaincants pour que la "bête féroce" en question soit un tigre. Il a consacré un article spécialement à cette question dans une revue russe en 1969 (voir bibliographie). Dans l'ouvrage qu'il corédigea avec le Dr Sludskii sur les carnivores russes (réédité en langue anglaise 17 ans après sa mort), il présente une carte de présence probable du tigre non seulement sur les côtes des mers noire et d'Azov, mais aussi beaucoup plus au Nord Ouest, dans la région de Kiev et jusque dans le bassin de la rivière Pripyet et les marais de Pinsk, entre les 10ème et 12ème siècles.
Cette présence restait certainement élusive pour la civilisation sédentaire de la zone forestière (d'où la qualification de "lyuty zver"), cet animal restant fidèle à son milieu préférentiel de steppe marécageuse ; et les nomades, qui le connaissaient, ne tenaient pas de Chroniques écrites.
Un tel phénomène s'est également produit à une date beaucoup plus récente. L'anglais Thomas Atkinson, qui a voyagé en Asie centrale au 19ème siècle, a expliqué, dans un livre publié en 1858, que des tigres, chassés de la steppe kirghize par la sécheresse, avaient traversé l'Yrtych et rejoint les zones occidentales des monts Altaï, où les paysans ignoraient leur existence et n'avaient pas de vocable spécifique pour les nommer.
Le tigre "de la Caspienne"  est connu pour n'avoir pratiquement jamais attaqué les hommes, même quand il se rendait, plus ou moins accidentellement, dans les villages. Il fut toujours un animal discret, qui ne feulait pas ostensiblement contrairement à son congénère indien, et qui était indiscernable dans les hautes herbes de la Steppe et les roseaux des forêts alluviales.
Par contre, un cavalier qui s'enfonçait dans ce type de milieu courait de vrais risques.
T. Atkinson, déjà mentionné précédemment , a décrit l'attaque d'un cavalier kirghize par un tigre, qui bondit du fourré, de face, sur le cheval et le cavalier. Cette description a fait l'objet d'une  illustration de Sorieul, publiée page 201 de l'ouvrage de Svetlana Gorshenina, Explorateurs en Asie centrale, eds. Olizane.
En 1928, au Tadjikistan, 2 cavaliers et leurs chevaux ont été, de même, sévèrement attaqués par un tigre dans le lit asséché d'une rivière. Quelques années plus tard, l'endroit sera intégré à une réserve naturelle qui portera le nom "La Ravine du tigre" (Tigrovaya Balka) en souvenir de l'évènement. La chose a été décrite en détails par David Prynn aux pages 2 et 3 de son livre Amur Tiger, 2004, Russian Nature Press.
Atkinson et Prynn décrivent très exactement ce qui est arrivé à Vladimir Monomaque 8 siècles plus tôt.

AMPLITUDE DE DISTRIBUTION CREDIBLE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Les données fournies par la carte de Heptner et Sludskii confrontées à la distribution des zones humides dans la région rendent crédibles une distribution au moins ponctuelle du tigre dans le delta du Danube d'une part, et dans les zones marécageuses qui forment la  frontière des bassins du Niemen, Dniepr et Dniestr, à l'Est, et de celui de la Vistule, à l'Ouest, d'autre part. Celà correspond, pour les tigres danubiens,  aux territoires actuels de la pointe orientale de la Roumanie, de la pointe occidentale de l'Ukraine, et de la Moldavie méridionale.
 Le village ukrainien de Dilove, situé non loin au Nord Ouest de cette zone, avait par ailleurs été identifié comme le coeur de l'Europe par les géographes de la fin du 19ème siècle.
Pour les seconds, plus septentrionaux, sont concernés l'extrême Nord de l'Ukraine, les franges les plus méridionales et occidentales de la Biélorussie, la frange la plus orientale de la Pologne, et l'extrême Sud de la Lituanie, c'est à dire le coeur et le poumon vert de l'Europe actuelle. C'est en plein dans cette région, entre Turov et Chernigov, dans les marais Pripiatski du Sud de l'actuelle Biélorussie, que Vladimir Monomaque avait rencontré la "Lyuty zver" (voir J-P Arrignon, La Russie Médiévale, 2003, eds. Les belles lettres, coll. Guide des civilisations, voir cartes pages 39 et  72).
La distribution de la steppe herbeuse à cette époque laisse augurer, qui plus est, une présence ponctuelle de ces animaux dans des territoires correspondant à l'Est de la Hongrie et de la Slovaquie actuelles.

PERIODE CREDIBLE DE PRESENCE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Heptner, qui fait preuve, rigueur scientifique oblige, d'une prudence de Sioux à de multiples occasions sur des sujets variés, parle d'une présence probable des tigres en Europe du 10ème au 12ème siècle.
Or, les évènements politiques qui se déroulèrent par la suite en Europe orientale du 13ème au 15ème siècle, et notamment la domination mongole dans cette région, n'ont certes pas contribué à un recul des espaces sauvages naturels. L'effacement de nombreuses structures urbaines et une baisse de la démographie des populations sédentaires n'étaient pas de nature à écorner la vigueur de la flore et de la faune sauvage dans cette région.
Les tigres sont vraisemblablement restés présents en Europe jusqu'à la fin du Moyen Age.

Relisons, pour conclure, la description de la steppe par Nicolas Gogol dans son roman "Tarass Boulba" racontant l'histoire de l'affrontement entre Cosaques et Polonais au début du 17ème siècle :
"Alors, tout le Sud jusqu'à la Mer Noire était un désert verdoyant et vierge. La charrue ne passait jamais dans les vagues infinies des plantes sauvages. Seuls les chevaux qui s'y cachaient comme dans une forêt les foulaient. Rien dans la Nature ne pouvait être plus beau. Toute la surface de la Terre formait un Océan vert et or, dans lequel jaillissaient des milliers de fleurs variées. L'air était empli d'un millier de cris d'oiseaux divers. Les éperviers planaient immobiles dans le ciel, les ailes déployées, les yeux fixes dardés sur l'herbe. Le cri d'un vol d'oies sauvages retentissait sur un lac lointain."

LE TIGRE OCCIDENTAL DANS LA CULTURE RUSSE : OURS DES FORÊTS ET TIGRES DES STEPPES

LA CIVILISATION DES HOMMES - OURS
La Russie ancienne est partagée entre le monde de la forêt au Nord et celui de la steppe au Sud. Les époques néolithique puis protohistorique qui modifient radicalement paysages et civilisations de la Méditerranée à l’Indus n’influent quasiment en rien sur  les pratiques préhistoriques de la civilisation forestière, si ce n’est une certaine intensification de celles – ci à des fins d’échanges commerciaux, d’ailleurs peu importants dans un premier temps (fourrures pour les comptoirs grecs de la Mer Noire).
Fondamentalement, les populations clairsemées de slaves orientaux qui occupent ce biotope et tendent à s’y sédentariser à partir des 5ème et 6ème siècles perpétuent un mode de vie « paléolithique » au moins jusqu’à l’orée du 16ème siècle. Ils sont horticulteurs, chasseurs  et collecteurs de baies sauvages.
 De façon  bien plus significative encore, autour de leurs modestes villages au bord des cours ou des étendues d’eau, ils sont avant tout pêcheurs (Alexandre Nevski sera le « Prince pêcheur » de Novgorod au 13ème siècle), et récolteurs de miel, dont il font grand usage (on installe des ruches dans des troncs d’arbre creux, et comme les abeilles n’ont pas besoin d’être domestiquées, la peine est réduite au minimum et le profit au maximum).
Ils occupent la même niche écologique que les ours, et ont des pratiques très analogues sur le plan alimentaire. D’où un très fort sentiment de parenté, qui est le pivot de la culture slave jusqu’à la christianisation du pays à la fin du 10ème siècle. L’ours est le « medved » russe, c’est à dire le « consommateur de miel ».
De fait, les liens entre ours et communautés humaines sont d’une très grande profondeur et remonte au moins à des dizaines de milliers d’années. A partir d’observations paléontologiques circonstanciées, un chercheur russe n’a t-il pas émis l’hypothèse que le culte des ancêtres est plus ancien chez les ours que chez les hommes et qu’il a été transmis par les premiers aux seconds par un phénomène d’acculturation (dans Michel Pastoureau, « L’Ours. Histoire d’un Roi Déchu », Editions du Seuil 2007, page 42, références page 338).
Ce schéma d’ensemble tendra à se nuancer très progressivement à partir du 10ème siècle, au moment de la christianisation et de la cristallisation fonctionnelle de l’Etat. Il y a  constitution d’agglomérations urbaines plus ou moins conséquentes (la Russie devient, aux yeux des scandinaves, « le pays des villes », « Gardariki ». Un certain défrichage de la forêt s’effectue peu à peu pour intensifier les pratiques horticoles. Il est plus marqué au Nord, particulièrement à Novgorod. Mais il existe aussi au Sud, dans la région de Kiev, ce qui ne va pas sans inconvénient face à la civilisation des steppes, la forêt constituant une protection contre les incursions des nomades.
 Procope et Léon le Sage considèrent ces horticulteurs des plaines russes  comme à moitié nomades.
Ces « paysans » (« smierdy »), hommes libres organisés en communautés rurales (mir) qui pratiquent l’agriculture, la pêche et exploitent la forêt (bois, miel, fourrures) sont fondamentalement les descendants et continuateurs des « chasseurs/pêcheurs/collecteurs » de la préhistoire.

SIGNIFICATION DE LA BYLINE DE VOLKH
Un conte étiologique en dit à cet égard beaucoup plus long qu’une explication anthropologique circonstanciée sur le sujet : c’est la byline de Volkh, le sorcier et loup – garou du Dit de la campagne d’Igor.
Ce personnage a probablement été imaginé en référence à Vseslav Bryachislavich, Prince de Polotsk dans les dernières décennies du 11ème siècle, en conflit permanent avec le kievien Vselovod et son fils Vladimir Monomaque.
Un prince magicien, chasseur surpuissant, envoie sa garde capturer des panthères, martres,  renards et zibelines  mais celle ci rentre bredouille . Il se change alors en loup et il poursuit les bêtes qui se prennent dans les filets de soie qu’il a préparés. Puis il doit à nouveau prendre la situation en main devant les échecs confirmés et successifs de ses hommes. Ainsi doit il revêtir l’apparence d’un faucon pour capturer cygnes, oies, canetons et petits oiseaux, puis celle d’un brochet pour capturer des esturgeons.
Il conquiert ensuite un « royaume de l’Inde » en se métamorphosant successivement en un aurochs aux cornes d’or, en un petit oiseau, en un loup gris, en une fourmi…
Il fait ensuite connaissance avec un laboureur, qui l’aide grandement dans ses initiatives pour le contrôle effectif de son Royaume.
Un ordre nouveau se met en place, fruit de la synthèse entre la culture du roi – magicien liée à l’économie de prédation et celle du laboureur.


LA CIVILISATION DES HOMMES - TIGRES
Contrairement au monde de la forêt, peu concerné par la « fin » de la Préhistoire, la civilisation des steppes est profondément transformée par la domestication du cheval, dès le quatrième millénaire avant J.C . Celle – ci bascule alors d’une sédentarité et de pratiques horticultrices plus poussées et plus importantes dans l’économie que ne l’étaient celles du monde des forêts, vers un système pastoral impliquant une existence résolument nomade.
Les conséquences de cette révolution du mode de vie sont gigantesques. Depuis les steppes de l’actuel Kazakhstan où s’effectue cette étonnante symbiose entre des hommes et un grand animal sauvage qui va réorienter de fond en comble le cours de l’histoire mondiale, un nouveau phénomène dans le monde vivant, le binôme cavalier / monture, déferle sur l’Eurasie, à l’Est comme à l’Ouest. En Europe, ce qui sera la Russie à partir du 10ème siècle est submergée par ce courant civilisationnel originaire d’Asie centrale. A travers les dominations successives (et de longue durée) des Cimmériens, des Scythes, des Sarmates, puis des Huns (pour un laps de temps court), des Avares, et des Kazhars, qui finissent par se sédentariser dans le delta de la Volga, c’est à la fois l’Asie et le monde de la steppe qui prédomine sur l’Europe et le monde de la forêt et ce pendant des millénaires, jusqu’au 9ème siècle. L’espace oriental de l’Europe est donc en réalité pleinement eurasien, sur le plan civilisationnel, depuis le Néolithique tardif.
Ces pasteurs guerriers ont un sentiment de parenté très fort avec les grands prédateurs sauvages, en particulier les tigres et les loups. Ils assimilent d’ailleurs ces animaux à des pasteurs d’herbivores sauvages et leur attribuent les plus grandes qualités parmi les êtres vivants.

LA CONFRONTATION
Pendant environ 3 siècles et demi (de la deuxième moitié du 9ème siècle à la première moitié du 13ème), en Europe orientale, le monde de la forêt en voie très progressive et superficielle « d’européanisation » - sédentarisation / urbanisation, étatisation, christianisation, défrichage – oppose une vive résistance au monde des steppes sur lequel il reprend significativement du terrain. Il y a conflit permanent, sans domination substantielle et durable des uns ou des autres. Les héros russes de cette époque sont les chevaliers « boegatyrs » qui coupent en deux leurs adversaires à l’aide de leurs grandes épées franques, mais voient les parties se reconstituer en des combattants entiers et vivants, sous le nombre desquels ils sont finalement submergés (comme dans le célèbre Dit de la Campagne d’Igor).
La limite entre steppe et forêt est vécue comme une frontière.
Les combats sont particulièrement acharnés, incessants et incertains entre le Grand Prince Vladimir et les Petchenègues, puis entre Vladimir Monomaque et les Polovtsiens, quelques décennies plus tard.
Rien ne symbolise mieux cette période de l’histoire de la Russie, où les deux mondes s’affrontent impitoyablement et vainement, sans qu’aucun des deux ne parvienne à s’imposer à l’autre, que la rencontre de Vladimir Monomaque et de la « Lyuty Zver » dans les marécages du Nord Ouest, vers la fin du 11ème siècle.
Le Grand Prince de Kiev, pourfendeur des Polovtsiens, à l’anéantissement desquels il consacre 83 campagnes importantes, a la stupéfaction, lors d’une chasse dans des zones humides de la steppe, d’être attaqué et blessé (ainsi que son cheval) par un animal inconnu, dont Vladimir Heptner a démontré en 1969 qu’il s’agissait d’un tigre, animal emblême des Nomades par excellence.
C’est au cours du même 11ème siècle qu’en Afrique Orientale, un chant de guerre Swahili fait dire au Sultan qu’il va avoir à quitter sa cité pour affronter (« se faire dévorer par ») le MNGWA, « celui qui est étrange », grand félin tigré mystérieux.
Le Grand Prince rencontre son MNGWA, la « Lyuty Zver », qui a simplement, en l’occurrence un comportement de défense territoriale habituelle chez ces animaux face à des cavaliers faisant intrusion dans leur espace.
La région dans laquelle l’incident survient, située au Sud de l’actuelle Biélorussie, est à l’Europe ce que la mangrove des Sundarbans, dans le Golfe du Bengale, est à l’Inde. Un milieu où, jusqu’à aujourd’hui, les tigres refusent la présence de collecteurs de miel ou de bois… Les ravins et les dépressions circulaires (inondées ou non) de la steppe lacustre d'Asie centrale, qui ont offert aux tigres leurs repères préférentiels, étaient encore largement présents dans la zone de steppe boisée ukrainienne jusqu'au milieu du siècle dernier, précisément dans les zones hantées par ces animaux pendant les temps médiévaux. Les forêts proprement dites n'étaient présentes dans cette zone que sur les rives inondables des rivières, avec ormes, chênes, trembles, peupliers noirs et argentés, saules, érables champêtres, coudriers, aubépines, aulnes noirs (glutineux), poiriers, pommiers, prunelliers... On y trouvait aussi des ours, des élans, des aurochs, des cerfs, des antilopes saïgas, des gloutons et des castors.
 Les proies préférentielles des tigres en ces lieux n'étaient pas les sangliers (qui se déplaçaient en troupeaux gigantesques en Asie centrale mais qui étaient moins généreusement représentés en Europe centrale sous la forme géante Sus scrofa attila). C'étaient les chevaux sauvages (ou réensauvagés), qui constituaient des bandes immenses et qu'allait capturer  Vladimir Monomaque…



A NOUVEAU, UNION EURASIENNE
Du 13ème au 15ème siècle, une nouvelle vague nomade déferlant des steppes de Mongolie entraîne la mise en sujétion des « hommes – ours » par les « hommes – tigres » qui est aussi une forme d’union, de symbiose asymétrique. Les russes sauvent leur nation en composant avec le khanat mongol, qui, malgré les destructions immenses qu’il inflige dans un premier temps à leurs structures urbaines et horticoles, leur permet de cimenter leur Nation à travers la religion orthodoxe, alors que celle- ci était pulvérisée (64 principautés indépendantes) avant l’intervention de ceux –là, et n’aurait pu en aucune façon résister à la poussée
 germano suédoise d’idéologie catholique, qui, elle, visait à la destruction de la culture russe et l’établissement d’un Empire latin sur son territoire comme celui qui dominait Constantinople depuis 1204 (et se maintiendrait jusqu’en 1261).
 Les succès d’Alexandre Nevski contre les Suédois (1240) sont entièrement dus à son génie propre. Sa façon d’opérer contre les chevaliers Teutoniques (1242) montre, en revanche, que le Prince Russe avait adopté la tactique Mongole, dont les troupes étaient présentes en arrière du théâtre d’opération (Arrignon 2003). La Russie évita ainsi l’annexion et l’éradication de sa religion, empêchant toute nouvelle agression germano scandinave pendant quatre siècles.
A cette époque, forêt et steppe n'étaient plus séparées par une frontière, mais réunis par la lisière, membrane d'échange et d'union des deux mondes.

 SIGNIFICATION DU CONTE DU TSAREVITCH IVAN
En grande difficulté politique pour des raisons de conflit familal, ce héros va finalement retrouver son apanage puis conquérir le royaume dans son entier grâce à son étrange épouse, et une « lyuty zver » qui se révèle le frère de celle – ci.
Le Tsar non seulement ne combat plus la « bête sauvage », mais c’est par elle qu’il met en place une nouvelle donne politique, en un cercle vertueux.


LE TIGRE OCCIDENTAL AILLEURS DANS LA CULTURE EURASIENNE :
TIGRES ET  OURS SUR UN MÊME PLAN
Les tigres des steppes étaient des symboles de renaissance aux yeux des nomades européens et asiatiques,  de la Mer Noire aux plaines de Mongolie , de la préhistoire à Gengis Khan . Ils sont entrés dans l’art de cette région (Schiltz 1994) et leur silhouette a orné les harnachements des chevaux comme les vaisselles funéraires et les pétroglyphes des Scythes et des Mongols.
Ils structuraient spirituellement les civilisations scytique puis alaine des contreforts européens ( Lebedynsky 2001) de la même façon que le firent les ours jusqu’à l’antiquité tardive en Europe occidentale ( Pastoureau 2007).
Les Kazakhs, qui avaient observé qu’il suivait ses proies, les sangliers, sur leurs voies de migration, avaient appelé l’animal « le tigre de la route » ou « tigre voyageur ». Ils le considéraient comme étant un pasteur de troupeau, tout comme eux – mêmes.
Le nom de « tigre » adopté par toutes les populations européennes de l’Atlantique au Pacifique leur fut attribué par les Mèdes et les Perses, qui s’émerveillaient de leur vitesse. En persan, « tigre » et « flèche » ne sont qu’un seul et même vocable.
Les persans l’appelaient « le tigre du Mazandaran » (province qui borde la Caspienne).
C’est également ainsi qu’est appelé le dernier tigre iranien abattu dans le parc national de Golestan et exposé au museum de la vie sauvage de Darabad.
Selon la légende, le héros Rostam aurait victorieusement combattu l’un de ces tigres.
Par ailleurs, un mythe du Kurdistan iranien (dialecte gorani) a pour personnage principal un tigre de la Caspienne blanc .
Ils ont donné leur nom à un grand fleuve mésopotamien, d’après une ancienne légende selon laquelle Dionysos, sous la forme d’un de ces animaux, aurait transporté la nymphe Alphésibée sur son dos à travers le fleuve, la jeune fille devenant enceinte une fois parvenue sur la berge opposée (Galhano Alves. 2000. ). Le fleuve Stollax devint ainsi le Tigre.
« Le chevalier à la peau de tigre », poème épique géorgien du 12ème siècle, est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature médiévale mondiale.
 Les européens du Moyen – Age  connaissaient l’existence des tigres uniquement à travers celle de cette sous – espèce. Ils sont représentés dans l’art de cette époque comme de grands léopards bleutés.
 Ils furent par la suite mentionnés fréquemment par Shakespeare, (« le tigre d’Hyrcanie ») puis, au 19ème siècle, par Alexandre Dumas ( comme personnages principaux d’au moins 3 histoires des régions caucasiennes, ainsi que dans sa nouvelle « Sultanetta »).
Partout ou ils vécurent, les communautés locales considéraient qu’il n’attaquaient personne, et il paraissait exister un équilibre séculaire, voire millénaire, entre l’homme et l’animal. De fait, cette attitude du grand félin à l’égard des villageois a pu être un facteur facilitant dans les rapports que ces derniers entretenaient avec l’ours.
Ceci a même pu entraîner, dans certains cas, les relations croisées au sein du trinôme villageois/tigre/ours dans un cercle vertueux.
Comme en Sibérie et en Corée, ours et tigres sont associés dans l’esprit humain des sociétés nomades traditionnelles d’Asie centrale.
L’exemple suivant (conte traditionnel ouzbek) est symptomatique à cet égard.
Le Khan de Tachkent perd son fils Yekovoy lors d’une chasse (une ourse gigantesque l’a enlevé).
L’animal emporte l’enfant dans sa tanière, en prend soin, l’éduque, lui apprend tout. Ils vont chasser ensemble.
Bien des années plus tard, le Khan tue l’ours, que Yekovoy considère comme sa mère, lors d’une chasse. Yekovoy, revêtu d’une peau de tigre, veut venger la mort de celle qui lui a tout appris et avec qui il a vécu heureux depuis tant d’années.
Après bien des péripéties, et répondant à l’appel de son père avec qui il s’est réconcilié, il libère Tachkent à la tête d’une armée de 1000 tigres, 1000 ours et 1000 loups.

 



EXTINCTION
Les tigres eurasiens, au début des années 30, étaient devenus fort rares dans la quasi totalité de leur aire de distribution (Berg 1941, Chegodaev 2008,  Kashkarov & coll. 2008).
Une réserve naturelle avait été créée à leur intention par les autorités soviétiques sur le territoire de l’actuel Tadjikistan dans les années 30, où ces animaux restaient encore relativement communs dans des écosystèmes alluviaux, dominés par les saules, les peupliers et les roseaux.  Elle fut nommée « Tigrovaya Balka », « Le ravin des tigres ». L’absence de volonté réelle de protection n’a pas permis à cette structure (d’ailleurs de dimensions trop modestes) de remplir son rôle, notamment au cours des années 1947 – 1964, où les plans de sauvegarde de ces animaux furent bien moins efficaces que pour le tigre de Sibérie lors de la même période. En 1964, il restait peut être une vingtaine d’individus dans une zone frontalière russo iranienne (Heptner et Sludskii 1992).

Après leur destruction complète en territoire russe, les tigres de la mer d’Aral se lancèrent dans une ultime et spectaculaire migration à la suite des troupeaux de sangliers dans le delta de l’Amou Daria en Novembre 1945 (Heptner et Sludskii 1992).
D’autres survécurent en très petit nombre en Afghanistan (où ils avaient subi un massacre de très grande ampleur en 1939), dans le nord de l’Iran et dans les zones densément recouvertes de forêts du sud du Turkmenistan.
Dans l’Est de la Turquie, en 1975, on estimait officiellement leur nombre à moins de 100, mais apparaissant comme étant en augmentation (le même type de falsification utilisée par les autorités des pays du Sud pour faire venir les touristes aujourd’hui) avant de déclarer l’animal officiellement éteint en 1980, ce qui permettait d’abandonner tout effort de protection des derniers individus. Ainsi, on vendait encore 3 à 5 peaux de ces animaux, annuellement , aux caciques du pouvoir irakien, qui souhaitaient décorer leur palais de façon ostentatoire,  jusqu’au milieu des années 80. Ils semblent donc avoir  survécu en Anatolie orientale au moins jusqu’au début des années 90.
Un de ces animaux a été peut – être observé d’un hélicoptère au Kazakhstan à la fin des années 80 (Kashkarov com.pers. 2008).
La république d’Azerbaïdjan a produit un timbre à l’effigie de l’animal en 1994.
Le 5 Juin 2002, la Turquie a rendu de la même façon hommage à son prédateur sauvage le plus emblématique (ainsi qu’à deux autres grands fauves anatoliens disparus récemment, les léopards Panthera pardus tulliana et P.p. saxicolor).
Le 11 Juillet 2004, le ministère turc de l’Agriculture retirait le tigre de la Caspienne, Panthera tigris virgata, de la liste des « espèces nuisibles », prenant acte de son extinction officielle.
Trois semaines  plus tard (4 Août), le Turkish Daily News mettait en doute la disparition de l’animal, à la suite d’une recherche de terrain effectuée à partir de 2000 par les biologistes Ozgun Emre Can et Yildiray Lise…

EUROPE CONTEMPORAINE : CHAGRIN DE L’ABSENCE, ESPOIR D’UNE RESURRECTION
L’animal continue à hanter aujourd’hui l’imaginaire occidental et européen.
Dans un ouvrage sur la Turquie publié en 2002, Tim Cahill raconte le parcours d’un journaliste à la recherche de la bête fabuleuse dans les régions orientales du pays. Sa nouvelle s’intitule : « Quelqu’un a t-il vu un tigre dans les environs ? »
L’auteur y évoque notamment la taille impressionnante du félin (« only the siberian tiger is larger ») et sa fourrure olivâtre (« khaki fur »).
David Prynn, auteur d’un article « Caspian tiger. a lesson from history » en 2003, et d’un ouvrage sur le tigre sibérien en 2004, considère que si les russes sont parvenus à sauvegarder le géant oriental, c’est peut – être en partie  par la volonté de ne pas rééditer la triste histoire de son cousin occidental.
Ces préventions supposées ont malheureusement volé en éclat depuis lors, avec les conséquences que l’on sait…
Le dramaturge français Laurent Gaudé a réalisé une pièce dont le texte a été publié en 2002  par les Editions Actes Sud : « Le tigre bleu de l’Euphrate ».
La pièce a été représentée notamment au théâtre « Les Ateliers » à Lyon du 16 janvier au 4 février 2007.
Il y décrit l’agonie d’Alexandre le Grand, qui se remémore les moments importants de sa vie épique.
Ce fondateur de la culture et de la civilisation européenne raconte notamment ce qui fut l’événement déterminant de son existence, la rencontre avec un grand tigre céruléen, le tigre bleu de l’Euphrate, au pelage de lapis-lazuli, qui lui permet de traverser le fleuve à travers un gué connu de lui seul et lui montre le chemin pour ses conquêtes à venir.
Le conquérant jure alors fidélité à son guide surnaturel.
N’ayant finalement pu honorer cette promesse, Alexandre est alors frappé d’une langueur fatale.
Cette allégorie historique illustre l’effondrement de la civilisation européenne dans une dépression collective sans fond du fait de la trahison de ses principes originels, d’avoir « laissé mourir le tigre » comme disent les peuples sibériens familiers de cet animal…
Ainsi, orangé sur les timbres azéri et turc, couleur de pierre en Anatolie, blanc au Kurdistan, olivâtre ou bleuté, l’animal fait l’objet de représentations témoignant  d’une incommensurable nostalgie subconsciente pour une époque où hommes et grands animaux sauvages entretenaient des relations équilibrées basées sur une fascination sans doute réciproque, et d’une faim inextinguible de sa résurrection.

DES ESPOIRS DECUS
Les indices de survivance actuelle de cet animal sont faibles. La forêt primaire du Sud du Turkmenistan, certaines régions d’Azerbaïdjan, d’Iran et d’Ouzbekistan, et peut – être certaines vallées himalayennes (on continue à faire état de l’observation d’empreintes en Afghanistan) pourraient être leur ultime refuge, mais les recherches effectuées en 2006 n’ont pas donné de résultat probant.
Il y a probablement  confusion, dans la plupart des cas, avec le léopard himalayen, lui – même devenu rarissime.
Les victimes du tremblement de terre de la fin 2005 au Pakistan ont tué un de ces animaux qui rôdait à proximité d’un campement à la fin du mois de mai 2006.
Son corps énorme a été exposé le 1er juin à la mairie de Muzaffarabad.
Plusieurs rapports avaient par ailleurs mentionné la capture et l’abattage d’un tigre persan dans le Nord Est de l’Afghanistan en 1997 (Source Wikipedia).
Aujourd’hui, le Waziristan, région montagneuse recouverte de forêts du Pakistan occidental, frontalière de l’Afghanistan, qui fut, depuis des siècles, et reste, plus que jamais, à peu près interdite d’accès à toute personne extérieure à la région, constitue peut – être, pour cette raison, le dernier sanctuaire potentiel de quelques tigres de la Caspienne.


UN PROJET SANS LENDEMAIN
La « Caspian Tiger Investigation » devait concrétiser une collaboration unique entre la Tiger Foundation et Boomiran, une organisation non gouvernementale iranienne de protection de l’environnement. Malheureusement, le projet qui devait prendre corps  en 2001 n’a finalement pas pu voir le jour.
Il s’agissait d’engager une étude scientifique et historique sans précédent sur l’extinction du tigre de la Caspienne. Le projet prévoyait l’implication d’une remarquable équipe de scientifiques Iraniens, Russes, Azerbaïdjanais, Georgiens, Turkmènes, Kazakhs, Ouzbeks, Kirghizes, Tadjiks et Afghans.
Le souhait initial était d’établir une compilation aussi exhaustive que possible sur tout ce qui avait été répertorié sur la présence passée de cet animal (données scientifiques et historiques, anecdotes diverses), comprenant la collecte d’un grand nombre de photographies de l’animal aussi bien que de sa représentation iconique dans les cultures des pays concernés. Des interviews systématiques devaient être menées auprès des gens qui avaient été en contact direct avec le tigre. L’étude devait également inclure une enquête (au moins préliminaire)  sur le terrain concernant des rapports persistants sur la présence supposée de tigres dans certaines régions en Iran, Turkmenistan, Azerbaïdjan, Ouzbekistan et Afghanistan – et qui étaient vraisemblablement, comme déjà indiqué,  au moins dans la plupart des cas, des indices concernant le léopard d’Asie centrale, Panthera pardus saxicolor.
Un tel travail aurait dû déboucher sur un rapport volumineux et un livre pour le grand public.
Plus récemment, en 2006, des recherches effectuées dans des forêts du Turkmenistan n’ont pas donné de résultats probants.

2010 : AUJOURD’HUI L’IRAN, DEMAIN LA RUSSIE ?
Depuis le début de cette année, une initiative conjointe des administrations environnementales russes et iraniennes pour permettre, notamment, la reconstitution des tigres de la Caspienne à l’état sauvage dans les forêts du Nord de l’Iran (côtes du sud de la Mer Caspienne), offre un espoir concret de renaissance des tigres occidentaux. Le 9 Janvier dernier, c’est le Ministre Sergeï Donskoy lui – même qui dirigeait la délégation scientifique russe pour signer l’accord avec l’administration iranienne en charge du dossier.
Si le projet est mené à son terme, il constituera une base de départ pour un réensemencement plus large, concernant la Turquie orientale, la Russie méridionale et l’Europe orientale.


LES TIGRES DES NEIGES

LA HAINE ET L’EXTERMINATION
Depuis le début des années 2000, les tigres de Sibérie sont poussés à l’extinction dans un processus brutal et rapide . Ces animaux officiellement protégés subissent les pressions conjuguées et cumulatives de la déforestation, des réseaux de trafic d’animaux sauvages « en pièces détachées » d’extrême Orient, et de la véritable haine que leur vouent les populations villageoises, phénomène dû à la compétition pour le territoire et la nourriture.

Il reste au plus 200 à 250 tigres de Sibérie à l’état sauvage aujourd’hui.
La destruction et le découpage des espaces forestiers, la diminution vertigineuse des effectifs de cerfs et de sangliers, poussent les tigres vers les villages.
Un film réalisé par la société SCANDINATURE en 2004 : « le dernier feulement du tigre ».  montrait la « logique de guerre »  dans laquelle étaient entrés hommes et tigres dans
 l’extrême – orient russe. La survie, de plus en plus difficile pour les uns comme pour les autres, amenait les deux prédateurs à une compétition pour la nourriture et le territoire, s’exprimant à travers une haine réciproque. Les uns abattaient les autres à tour de bras, et affichaient leur volonté d’exterminer « la vermine ».
Les grands félins ne dévoraient pas les chasseurs qu’ils tuaient, mais broyaient et pulvérisaient les corps de ceux – ci dans un acharnement et une fureur exaltée symptomatiques.
Ces terribles évènements semblent être le remake de la situation de guerre totale entre hommes et tigres géants dans la zone couvrant l’extrême orient russe, la Chine du Nord Est  et la péninsule coréenne au cours des années 1880 – 1930.
Pour le seul mois de Juin 2007, 5 tigresses avaient été tuées, 4 d’entre elles par des braconniers et la dernière écrasée par un autocar.
Des bûcherons avaient pu récupérer 3 de leurs tigreaux orphelins et les amener à un refuge pour animaux sauvages.
Le même mois, un tigre déambulant en pleine ville s’était avéré atteint de la maladie de Carré, ce qui aggrave encore, à très court terme, la menace d’extinction pesant sur les tigres de l’extrême – orient russe.

Doit – on alors se résigner à « l’inéluctable » ? L’Histoire nous montre qu’au contraire, l’imagination combinée à la détermination peuvent être étonnamment efficaces.
Les tigres du Nord se sont déjà trouvés dans une situation comparable dans le passé (au moins par deux fois).
Des méthodes non conventionnelles adaptées au contexte leur ont sauvé la mise.
La Russie dispose de tous les atouts pour héberger, dans un avenir assez proche , plus de tigres sauvages que l’Inde, et (re)devenir le premier pays du tigre.
Voyons donc ce que nous enseigne le passé, et comment ouvrir un futur solide aux félins géants qui, si rien n’est entrepris, disparaîtront à l’état sauvage dans les délais les plus brefs. La nature  d’une telle extinction constituerait une perte pour le monde sans équivalent depuis  celle du grand lion des cavernes des temps préhistoriques.


UN PASSE GLORIEUX, DU FLEUVE JAUNE AUX ÎLES LIAKHOV, DU BAÏKAL A L’ALASKA
A l’époque pléistocène, les tigres du Nord avaient une aire de répartition extrêmement vaste. Ils étaient à la fois circum – arctiques ( présents dans les îles Liakhov, à plus de 72° de latitude), et béringiens (leur présence  est aussi attestée dans l’actuel Alaska il y a 100 000 ans, selon Sandra Herrington 1987 dans Turner et Anton 1997). Ils étaient probablement présents aussi dans la péninsule du Kamtchatka. Leur aire était plus septentrionale lors des périodes interglaciaires.
Lors du Pléistocène supérieur, dans cet espace géographique immense,  les communautés où les hommes se sentaient intimement associés aux tigres (Galhano – Alves 2000)  ont peut – être été encore plus nombreuses que celles existant en Inde à l’époque historique (Thapar 2004).
 Elles s’inscrivaient dans de très vastes territoires européens, asiatiques et
 nord – américains.
Le siège officiel du bouddhisme en Russie, Ivolginsky Datsan, situé en Bouriatie, au sud du lac Baïkal, fut installé à proximité immédiate d’un mont dont la forme évoque la gueule ouverte d’un tigre, et qui était un haut lieu de rites et de sacrifices chamanistes.

A l’époque historique, les tigres du Nord régnaient sur un territoire immense, allant, du sud – est au nord – ouest, des berges du fleuve jaune en Chine du Nord jusqu’au cours supérieur de la Léna (Transbaïkalie) à l’Ouest, à Sakhaline, à l’Est.
Expulsée très tôt de Chine du Nord, la race continua néanmoins à s’épanouir sur le reste de son aire de répartition au moins jusqu’au 16ème siècle.
L’expansion russe vers l’Est à partir de cette époque réduisit très progressivement ses prérogatives écologiques dans la partie occidentale de son aire de répartition. C’est surtout à partir du 18ème siècle que les coureurs des bois de la Grande Catherine, spécialisés dans la fourrure de zibeline puis, une fois parvenus sur la côte orientale, dans celle de loutre marine, entrèrent en compétition avec les grands fauves  (c’est à la même époque que le commerce des castors atteint son apogée en Amérique du Nord).
La réduction de ses marges occidentales fut toutefois compensée en partie par un nouvel âge d’or à l’Est, à partir des années 1650. Le pouvoir mandchou interdit aux paysans chinois toute exploitation de la Mandchourie pendant près de deux siècles et demi. La population des grands félins connut alors une augmentation continue, et les tigres « redescendirent » même aux bords du Fleuve Jaune.



 LA  CATASTROPHE : 1880 – 1930
A partir des années 1880, la situation se dégrada à nouveau , apparemment de façon irréversible, de tous côtés. L’anarchie et les révoltes paysannes en Chine furent fatales au grand prédateur. Qui plus est, la  Russie extrême – orientale connut une rupture écologique d’une extrême violence. Les conflits entre hommes et grands prédateurs se multiplièrent. Les animaux fréquentaient les villes où ils agissaient volontiers en mangeurs d’hommes et on en abattait 150 par an.
Les ouvrages de Nicolas Baïkov –qui est à la fois le J.O. Curwood, F.Cooper et J.London russe- (« Le grand Van, histoire d’un tigre de Mandchourie », « Mes chasses dans la taïga de Mandchourie », republiés par les éditions Payot en 2002 et 2004) et le Mémoire de Vladimir Arseniev «Dersou Ouzala : la Taïga de l’Oussouri » évoquaient donc un monde en pleine crise, où l’harmonie entre populations et nature sauvage appartenaient au passé.
Dans la péninsule coréenne, les habitants virent leurs armes confisquées par l’occupant Japonais, et les grands tigres pénétrèrent dans les maisons pour chercher leurs proies.
Certains individus ( comme celui de l’île de Chindo, sud – ouest de la Corée, d’une taille et d’une apparence singulières) sont de véritables équivalents de ce que fut la Bête du Gévaudan en France au 18ème siècle.
Les habitants firent alors brûler les forêts qui recouvraient les montagnes pour en finir avec la menace que les tigres faisaient constamment peser sur les villages. Ce fut pour eux une terrible rupture dans la psychologie collective car la montagne était à leurs yeux l’endroit le plus sacré.
Dersou Ouzala, le personnage principal du mémoire d’Arseniev et guide de l’explorateur, fut saisi d’une peur panique après avoir tué un tigre de Sibérie. Redoutant la vengeance de l’Esprit de la forêt, il fuit la taïga où il avait toujours vécu et en mourut.
Il fut ainsi la victime d’une époque de déchirure entre l’homme et la Nature, où le destin est de rencontrer Amba, qui veut dire la Mort.
Connaissant mieux que quiconque la situation réelle de la nature mandchoue en 1906/1908, profondément affecté par les chasses aux grands fauves conduites par les officiers russes de la base de Vladivostok comme par les saccages des chinois du Nord, il observait une Mandchourie  complètement ravagée.
Il dit ainsi à Arseniev : « Il ne reste plus que des chiens, des corbeaux et des rats ».

Au début des années 1930, les grands tigres n’étaient plus que quelques dizaines (environ 30), soit une situation tout à fait comparable à celle d’aujourd’hui, et leur extinction paraissait inéluctable (Kashkarov & coll. 2008).




 SAUVER LES CULTURES SIBERIENNES DU TIGRE ET DE L’OURS
 Une politique  énergique de protection totale permit alors aux effectifs de se reconstituer progressivement sur un espace immense de 150 000km2 , pour approcher les 800 individus au début des années 1980.
La période suivante fut à nouveau marquée par un épouvantable recul : l’instabilité politique de cette période – fin des années 80 et début des années 90, a été une catastrophe absolue pour les tigres, braconnés à hauteur de 60 individus par an (chiffre officiel, le chiffre réel apporté par les observateurs locaux étant de 90 tigres par an), et qui se retrouvèrent dans le même état qu’au début des années 30.
En 1994, alors que tout semblait perdu, fut déclenchée, avec une aide extérieure importante, l’opération « Amba ».  L’intitulé d’une telle initiative était à double sens. Pour les populations autochtones de la Taïga, le tigre « Amba » est l’esprit de la forêt, son âme. La forêt sans tigre n’existe plus, elle n’a plus aucune valeur.
Mais « Amba » signifie aussi « la Mort ».
Des équipes anti braconnage, composées de personnes fortement motivées et connaissant bien le terrain, firent alors merveille.
Pour un coût modeste (moins de 750 000 dollars au total), avec l’appui sans réticence des autorités et une intense propagande parmi la population, l’opération réussit, pour quelques années, à renverser à nouveau le sens de l’évolution et assurer la survie de l’animal, dont les effectifs remontèrent rapidement à plusieurs centaines d’individus, et approchèrent  même, au début 2000, les niveaux du début des années 80.
Mais la suite fut fort différente, comme nous l’avons indiqué plus haut.
Aujourd’hui, les Toungouses continuent à considérer « Amba » comme un membre de leur famille. Ils ont le sentiment que leur sort est lié à lui. Ils pleurent la fin du « tigre frère » et l’exploitation de leur territoire. Ils savent que si le tigre disparaît, eux – mêmes sont condamnés.
L’extermination d’un grand fauve implique TOUJOURS la destruction d’une (ou de plusieurs) cultures étroitement articulées sur sa présence. Elle implique la chute des populations dans la misère et la désespérance.
Ajoutons qu’en Sibérie et en Corée, l’ours et le tigre sont liés dans l’esprit de nombreuses populations.
L’exemple coréen est significatif ; Le fondateur du pays, Tangun, est le fils du roi céleste et  d’une ourse qui s’était métamorphosée en femme.
Elle avait au préalable fait cette demande auprès du roi en compagnie d’une tigresse,. Ce dernier leur avait imposé des épreuves que seule l’ourse accepta d’endurer jusqu’au bout.
Après plus de 1500 ans de règne, Tangun « entre en dormition » et devient « l’Esprit de la Montagne ». C’est aussi ce qui se produit pour le tigre en Corée, Mandchourie, Bouriatie (Baïkov 2002).
Fils de l’ourse humanisée pendant sa vie, Tangun devient celui de la tigresse sauvage après sa mort…


Conclusion : La Russie à la croisée des chemins

Les deux âges d’or du tigre en tant qu’espèce, il y a respectivement 40 000 ans et 6000 ans, furent tous deux, d’abord, des âges d’or russes. Il y a 40 000 ans, la densité de ces animaux en Chine orientale est énorme mais l’animal occupe des espaces septentrionaux bien plus importants en Russie, de l’Ouest du Baïkal au Kamtchatka. Il y a 6000 ans, la densité est la plus forte en Inde, mais la quasi totalité du territoire russe abrite des tigres de deux types géographiques suivant deux moitiés longitudinales immenses, les tigres de Sibérie occupant la bande septentrionale, les tigres de la Caspienne occupant la bande méridionale (ce n’est qu’à l’Aride post néolithique que les premiers quitteront leurs territoires les plus septentrionaux et les plus occidentaux et que la distribution  des seconds se réduira comme peau de chagrin et prendra son apparence dendritique en rapport avec le réseau hydrographique et lacustre eurasien).
 A contrario, au cours des 130 dernières années, les tigres russes ont connu 3 crises successives. La première, de 1880 à 1930, a provoqué l’extirpation complète du tigre de la Caspienne des zones méridionales du pays, et a poussé le tigre sibérien au bord de l’extinction. Mais celui – ci fut alors sauvé une première fois, grâce à des actions vigoureuses soutenues par une volonté politique effective.
La seconde eut lieu lors des années 1985 – 1995, avec des conséquences comparables à la première. Les animaux furent à nouveau sauvés in extremis, mais le répit ne fut que de quelques années, et les tigres du Nord, du fait notamment du déménagement de la forêt boréale et du trafic d’animaux, aujourd’hui voient pour la troisième fois la mort en face,
alors qu’environ 6000 tigres vivent dans les propriétés de businessmen russes ou d’Asie centrale, ce qui étoffe le prestige de ces derniers comme dans le cas des millionnaires américains (Sennepin 2008d).
Comme le chevalier du tableau de Victor Vasnetzov (1882)  contemplant des ossements  qui sont en fait les siens, la Russie est aujourd’hui à la croisée des chemins.
# Et pourtant, si la volonté politique prend corps dans ce domaine,
et comme elle sut le faire déjà par deux fois, elle dispose de tous les moyens, non seulement pour sauver les plus grands tigres du monde, mais aussi assurer l’installation pérenne de tigres dans d’autres régions de son immense territoire .
L’idée fut lancée, ailleurs, par certains scientifiques :
David Mc Donald, l’un des principaux contributeurs du récent travail montrant que tigre des neiges et des steppes représentent la même lignée génétique (Driscoll & al 2009), déclarait (dans un article de Daily Science mis en ligne le 2 Février 2009), que le gène du tigre de la Caspienne existant toujours, la réintroduction de l’animal (à partir du noyau sibérien) devait être désormais envisagé en Asie centrale.
Et le docteur Ali Aghili avait entamé des consultations auprès des autorités locales et des populations sur la faisabilité concrète d’un plan similaire dans le Nord – Est de l’Iran…
Depuis le début de l’année 2010, l’idée s’est concrétisée à travers le projet croisé russo – iranien mentionné plus haut.

UNE FORMIDABLE OPPORTUNITE D’EXPRESSION ORIGINALE POUR LA CULTURE RUSSE SUR LA SCENE MONDIALE
En utilisant des stratégies différentes, Inde, Chine et Occident sont tous en train d’échouer dans leurs tentatives de sauver les tigres.
L’Inde abrite la moitié des tigres sauvages d’Asie, ce qui représente peut – être un millier
d’ individus. Sa culture du tigre, très originale et qui assura une cohabitation équilibrée entre hommes et tigres pendant des siècles, a été mise à mal par la colonisation anglaise. Aujourd’hui, la volonté politique et l’imagination font cruellement défaut dans ce pays aux capacités pourtant immenses dans ces domaines pour éviter la fin rapide des tigres sauvages.
Qui plus est, les difficultés sont aggravées dans des proportions inédites par l’influence et l’action directe, particulièrement invasives, des mafias chinoises dans ce pays, comme dans tous les autres hébergeant des tigres et autres grands prédateurs, sauvages ou domestiques et où les gardes se sentent pour l’heure dépassés (Russie, Etats – Unis, Afrique orientale et australe… - Sennepin 2008d - ).
La Chine héberge 6000 tigres captifs dans de centres de reproduction géants. Les deux plus importantes sont à Guilin (Chine centrale) qui compte plus de 1100 félins pensionnaires - il y a aussi de nombreux ours de l’Himalaya -, et à Harbin, en Mandchourie (ville qui fut fondée par les russes) avec 900 animaux de souche sibérienne. Ces élevages ont une vocation essentiellement commerciale, bien que leurs responsables prennent soin d’habiller leurs activités d’un discours environnementaliste depuis que ces structures ont été dénoncées au niveau international, notamment par la Russie, l’Inde et l’Occident.
Ceci étant, c’est une chinoise qui est engagée dans l’opération de réensauvagement de tigres captifs la plus sérieuse et la plus porteuse d’espoir à ce jour, aidée par des zootechnicens sud – africains d’une extrême compétence (Li Quan, présidente de l’association Save China’s Tigers).
Beaucoup moins médiatisée qu’en Chine, la situation des tigres captifs en Europe et aux USA n’est pas meilleure que dans ce pays.
Les individus captifs augmentent en nombre car, comme aux Etats Unis où ces animaux sont plus de 12 000 (5000 pour le seul Texas), leur reproduction va bon train. Certaines catégories  sont particulièrement privilégiées, comme les tigres blancs.
Au nom d’une pureté raciale fictive, les « hybrides de deux sous espèces distinctes » sont fréquemment éliminés. Cela repose sur une falsification scientifique, qui classifie les tigres en six sous -  espèces différentes à l’heure actuelle, alors qu’elles ne sont en réalité plus que deux (tigres continentaux et tigres îliens).
Cela entraîne la liquidation systématique de milliers d’individus en bonne santé, prônée par l’Association Internationale des Zoos, d’inspiration et de culture anglo – saxonne, qui croit débusquer une majorité d’  « hybrides » dans les populations de tigres captifs du monde entier.
Cet état d’esprit génère un énorme commerce des peaux et d’autres produits, ainsi que la fortune de certains taxidermistes ayant pignon sur rue, dont les activités sont reconnues et ont un caractère ostentatoire.
Après avoir détruit les tigres sauvages, l’Europe « régule » drastiquement ses individus captifs (voir Sunday Times du 22 Juillet 2007).
Dans cette situation, l’Occident n’a évidemment pas la moindre crédibilité quand  il prétend donner des leçons à la Chine – qui cumulent le ridicule et l’odieux - sur la question du commerce des produits du tigre, alors qu’il a fait bien pire par le passé et qu’il continue à faire au moins aussi mal maintenant que cette dernière.
Qui plus est, Europe et USA n’envisagent aucun plan de réensauvagement dans un avenir prévisible, alors même que les études les plus récentes montrent que la reproduction prolongée d’individus captifs affaiblit ces derniers, et rend donc une éventuelle réadaptation ultérieure de leurs descendants à la vie sauvage plus que problématique, pour ne pas dire impossible (Sennepin 2008d).

 La culture russe est beaucoup moins sujette à la logique marchande que la Chine et l’Occident, bénéficiant d’une vigueur politique nettement supérieure à celle de l’Inde, profondément étrangère aux logiques occidentales, et en premier lieu anglo – saxonnes, de catégorisations raciales outrancières. Elle est, de plus,  historiquement, au cœur de la culture eurasienne du binôme ours/tigre. Elle a, de ce fait,  tous les atouts pour saisir l’opportunité de sauver un miracle esthétique de l’évolution qui a profondément marqué les communautés humaines sur toute son aire de distribution, et retirer tous les bénéfices d’une action dont la dimension sotériologique est évidente.
A partir de noyaux familiaux de tigres déjà présents sur son territoire, ou de plans communs avec les USA, l’Europe occidentale ou la Chine  pour le transfert de tigres captifs sur son sol en vue d’être réadaptés à la vie sauvage dans des espaces préparés, la Russie pourra à la fois stabiliser une petite population dans un espace sanctuarisé et revivifier la culture slave de l’ours et du tigre.
Dans un deuxième temps, après une phase d’expansion des effectifs qui peut lui permettre assez rapidement d’héberger le plus grand nombre de tigres sauvages au monde, elle pourra proposer l’exportation d’animaux, notamment, après l’Iran,  vers les républiques d’Asie centrale et la Turquie  dans le cadre de plans communs visant à la création  d’un nouveau tigre des steppes.

La Russie peut sauver les tigres sauvages, par ses propres moyens, si elle le décide, et devenir leur principal sanctuaire dans le monde entier.

« Patrie, n’oublie pas tes difficultés présentes, mais concentre toi sur ce qui peut assurer ton Salut ».  Pouchkine.

 



BIBLIOGRAPHIE

ARSENIEV (V.K.). 2007. Dersou Ouzala. La Taïga de l’Oussouri. Petite bibliothèque Payot. Editions Payot  & Rivages. Présentation, glossaire et bibliographie de Michel Jan.
BAÏKOV (N). 2002. Des tigres et des hommes. « Le Grand Van » et autres nouvelles. Payot eds.
BAÏKOV (N). 2004. Dans les collines de Mandchourie. Payot eds.
BERG (L). 1941. Les régions naturelles de l’URSS. Eds Payot. 
CAHILL (T). 2002. Hold the enlightenment. Pp. 11 – 27 : « the search for the caspian tiger ». Villard Books, Random House.
CHEGODAEV (A). 2008. Turan Tiger. English translation by Tatiana Karpova. Published on website zooclub.ru (important parts on field studies by S.U. Stroganov).
CHRISTIN (Y). 2000. Le peuple léopard. Michalon eds.
DARMANGEAT (P). 2006. Le tigre. Eds Artemis.
DRISCOLL ©.A). 2008. Caspian tiger phylogeography. January 2008. From an unpublished report. Obtained under PDF on the web.
DRISCOLL (C.A) & al. 2009. Mitochondrial phylogeography illuminates the origin of the extinct caspian tiger an dits relationships to the Amur Tiger.  PLoS ONE 4 (1). Online since 14 January 2009.
http://www.pubmedcentral.nih.gov/articlerender.fcgi?artid=2624500
FABRE (A). 1988. La grande histoire de la Corée. Favre eds.
FLANNERY (T). 2001. The eternal frontier. An ecological hystory of North America an dits people. William Heinemann eds.
FOGGO (D), JABER (H) . 2007. « For a price, I get you any animal », Sunday Times, 22 Juillet 2007.
GALHANO – ALVES (J.P.). 2000. Vivre en biodiversité totale. Des hommes, des grands carnivores et des grands herbivores sauvages. Deux études de cas : loups au Portugal, tigres en Inde. Thèse pour le doctorat en anthropologie, Université de droit, d’économie et des sciences d’Aix-Marseille (Aix-Marseille III). Diffusion ANRI.
GAUDE (L). 2002. Le tigre bleu de l’Euphrate. Actes Sud eds.
GRENAND (F). 1982. Et l’homme devint jaguar. L’Harmattan eds.
HEPTNER (V.G). 1969. O lyutom zvere Monomakhova « Poucheniya detyam ». Okhota i  Okhotn. Khoz., 5, 42 – 43.
HEPTNER (V.G.). et SLUDSKII (A.A).  1992 (3rd ed.). Mammals of the Soviet Union. Part 2. Carnivora. Eds Brill. (1st edition 1972)
HEUVELMANS (B). 2007. Les félins encore inconnus d’Afrique. Eds. L’œil du Sphynx.
IVES (R). 1996. Of tigers and men. Entering the age of extinction. Bantam Doubleday Publ. Group, N.Y.
JACKSON (P) & al. 1996. Les félins. Toutes les espèces du monde. Eds. Delachaux & Niestlé.
KASHKAROV (E) & coll.. 2008. Global warming and the northern expansion of big cats in Asia. Cat News 48, Spring 2008, 24 – 27.
KASHKAROV (E). 2008. Personal communication. June 28 2008.
LAWRENCE (R.D.). 1990. The white puma. Henry Holtand Company. N.Y.
LEBEDYNSKY (I). 2001. Les scythes. La civilisation des steppes (VIIème – IIIème siècle av.J.C.). Eds. Errance.
LOU MATIGNON (K). 2004. Tigres. L’extraordinaire aventure des tigres et des hommes. EPA eds.
MAGNI (C). 2003. Les Olmèques. Des origines au mythe. Seuil eds.
MARSHALL – THOMAS (E). 1994. The tribe of the tiger. Irrevocable trust eds.
MATTHIESSEN (P). 1999. Tigers in the snow. Harvill Press.
MOSCOW TIMES.COM (from). 2008 (22 January). Rare Amur tiger dies after bus accident. In « Briefs » of Cat News 48, spring 2008, p.46.
NICHOLS (M), WARD (C.G.). 1998. The year of the tiger. National Geographic Society eds.
OGNEV (S.I). 1935. Mammals of USSR and adjacent countries. Vol 3. Carnivora (Fissipedia and Finnipedia). Israel Program for Scientific Translations, Jerusalem. 641 pp.
PASTOUREAU (M). 2007. L’ours, histoire d’un roi déchu. Le Seuil eds.
PICQ (P), SAVIGNY (F). 2004. Les tigres. Odile Jacob eds.
PLANHOL (X. de). 2004. Le paysage animal. L’homme et la grande faune : une zoogéographie historique. Fayard eds.
PRYNN (D). 1980. Tigers and leopards in russian far east. Oryx 15, 496 – 503.
PRYNN (D). 2003. The caspian tiger : a lesson from History.
Marwell Zoo News, 116, pp. 10 – 11.
PRYNN (D). 2004. Amur Tiger. Russian Nature Press, Edinburgh.
SCHILTZ (V). 1994. Les scythes et les nomades des steppes. L’univers des formes.
Eds. Gallimard.
SENNEPIN (A). 2006a. Le principe de prédation, la Chine, le lion laineux. Naturallier 101, 3ème tr. 2006, 49 – 53.
SENNEPIN (A). 2006b. Constitution de la diaspora tigréenne indopersane, événement climatérique de l’Eurasie historique. Naturallier 102, 4ème tr. 2006, 40 – 44.
SENNEPIN (A). 2007a. Sauver les tigres du Nord. Les mois décisifs. Naturallier 103, 1er tr. 2007, 53 – 55.
SENNEPIN (A). 2007b . En attendant le vote des bêtes sauvages. Naturallier 105, 3ème tr. 2007, 27 – 32.
SENNEPIN (A). 2008a. Un tigre européen oublié. Lettre SECAS 52,  20 – 22.
SENNEPIN (A). 2008b. Au royaume du tigre… en batterie. Lettre SECAS 53, 19 – 21.
SENNEPIN (A). 2008c. L’empire du million de tigres. Lettre SECAS 54, 26.
SENNEPIN (A). 2008d. Etats – Unis, Europe, Russie, et leurs grands félins captifs : la croisée des chemins. Lettre SECAS 55, automne 2008, 16 – 17.

STROGANOV (S.U.). 1962. Carnivorous mammals of Siberia . Israel Program for Scientific Translations, Jerusalem. 458 pp.
THAPAR (V). 2004. Tiger. The ultimate guide. Oxford University Press.
TURNER (A), ANTON (M). 1997. The big cats and their fossile relatives. Columbia University Press, N.Y.




 




















Repost 0
12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 05:01

"Patrie, n'oublie pas tes difficultés présentes, mais concentre toi sur ce qui peut assurer ton Salut".

Alexandre Pouchkine

 

Du DRANG NACH OSTEN à CHINA TOWN et la tragédie de Smolensk

Après la visite du vice président chinois en Biélorussie le 24 mars dernier, lors d'une tournée européenne qui l'a menée aussi en Russie, Finlande et Suède, le gouvernement biélorusse a annoncé à la fin du mois dernier que la Chine s'était engagée à investir 10 milliards de dollars dans l'économie locale et à lui fournir un crédit de 5 milliards de dollars. Avec cet argent, la Biélorussie ouvrira une usine de construction d'automobiles et une raffinerie de sucre. Elle développera un Chinatown au coeur de la capitale, Minsk.

C'est la dernière menace en date pesant sur le coeur et poumon vert de l'Europe, qui vient s'ajouter aux drainages massifs opérés par les Ukrainiens depuis 2006.

Le pays du bois et de l'herbe, ainsi que l'a qualifié l'écrivain Dominique Fernandez, grand amoureux de la Russie, vient par ailleurs, il y a deux jours, d'être le théâtre d'une tragédie dont l'Histoire a le secret, avec l'accident aérien qui a décapité la Pologne sur les plans politique et institutionnel. Ces personnalités se rendaient à un hommage aux

22 000 officiers polonais abattus sur ordre de Staline il y a 70 ans, à Katyn, dans le même environnement...

 

LE PREMIER ETHNOZENTRUM DES SLAVES DE L'EST

La région, qui couvre la Pologne orientale, la Biélorussie, le Nord de l'Ukraine, et les marges occidentales de la Russie actuelles, de Smolensk à Briansk, est connue comme celle ayant préservé les éléments d'ethnographie et de culture les plus anciens des Slaves orientaux.

Ces populations se sont sédentarisées sur ce territoire de forêts et de steppes lacustres lors des premiers siècles de notre ère, où vivaient depuis des milliers d'années des ours, des léopards et des tigres. Ceux ci avaient conquis cet espace dès l'optimum neolithique humide, il y a 9000 ans. Ils avaient pu s'y maintenir, loin de la compétition des lions préhistoriques, puis surtout à l'écart des grans empires antiques de la Méditerranée.

La présence humaine n'avait alors pas plus d'impact sur l'environnement que la leur.

 

A cette époque, fauves et hommes entrent rarement en contact. A partir du 9ème siècle, toutefois, les invasions scandinaves qui catalysent la formation de la Rus kievienne entraînent l'organisation de vastes chasses de prestige où les grands animaux sauvages sont des cibles de prédilection. Lors de l'une d'entre elles (seule répertoriée mais sans doute parmi beaucoup d'autres), à la fin du 11ème siècle, un tigre blesse le Grand Prince kievien Vladimir Monomaque et son cheval (voir détails sur les pages des 16 et 19 août de ce blog).

 

LE DRANG NACH OSTEN, ANCETRE DE L'OPERATION BARBAROSSA

Cet espace et les populations qui y vivent voient leur existence menacée, à partir du début du XIIème siècle, lors d'un mouvement de colonisation massive par des envahisseurs germaniques : l'Empire occidental, sous la houlette de l'idéologie catholique, a des buts ouvertement exterminateurs.

Il s'agit à peu près du seul exemple de racisme patent dont témoigne le Moyen - Âge. Des 1100, on incite l'immigrant frison ou allemand au mépris et à la haine en décrivant, les Polonais particulièrement, comme "des bêtes répugnantes".

Saint Bernard promet le Ciel à qui débarassera l'Empire de ses haïssables voisins (rien d'étonnant venant d'un homme dont on connaît la nature des violentes controverses théologiques avec Abélard...).

On peut suivre assez aisément la progression allemande, désormais régulière et irrésistible. Elle s'appuie sur des princes ambitieux et cupides : Albert l'Ours, Henri le Lion. La Silésie et la Poméranie sont absorbées dans la deuxième moitié du siècle.

Si l'autorité des princes polonais se maintient plus ou moins autour de Poznan et Cracovie, le droit des villes allemandes envahit toute la Grande Pologne et même la Mazovie et la Galicie au XIIIème siècle. Le relais est pris par les moines soldats, Chevaliers teutoniques ou Porte Glaive qui coupent la Pologne de tout contact avec la mer.

Il ne fait guère de doute que la mise sous tutelle de la Pologne par le Saint Empire romain germanique marque le point final de la présence des grands félins sauvages (tigres et léopards) dans les espaces les plus occidentaux de leur distribution européenne.

Les ordres de moines soldats étendent leur influence après 1208 et surtout 1231, par le fer et la spoliation, sur le pays de Gdansk (Danzig), la Prusse, la Courlande et l'Estonie, jusqu'au Lac Peïpous, où un coup d'arrêt définitif leur est infligé par Alexandre Newsky. La Russie peut préserver sa culture, et travailler à son union politique, à l'abri du Tigre Mongol.

A l'inverse, la Pologne est mise en pièces et définitivement soumise à ses maîtres catholiques.

La présence de Kietze, sortes de réserves ou de zones de regroupement en Lusace, au Brandebourg, la persistance de termes slaves, voire de la langue polonaise en Silésie illustrent sans doute la persistance locale d'une part de la population évacuée et regroupée. Mais le reste, sans doute, disparut, massacré ou chassé vers l'Est.

A partir du 15ème siècle, l'arrêt effectif de la domination politique mongole en Russie relancera la tentative de domination de l'Occident catholique : l'Etat polono - lituanien de la dynastie des Jagellons persiste à concevoir sa relation avec les russes orthodoxes en termes de conquête et de soumission à l'église romaine.

Il cherche à faire de Novgorod le coeur d'une coalescence propre à faire du monde russe un satellite de l'Occident. C'est le moscovite Ivan III qui mettra résolument fin à cette perspective en 1494.

 

UN BLITZKRIEG DES RUSSES SUR LEUR PROPRE TERRITOIRE

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, les russes se lancent dans une invasion de l'Asie centrale, qui déstructurera complètement la civilisation nomade et la steppe lacustre dans laquelle celle - ci évoluait. Simultanément, et dans le même esprit de conquête, à partir de 1870, ils engagent des drainages massifs du poumon vert dans sa partie orientale. Des  parties importantes de celui ci sont ainsi transformées en pâtures et terres cultivables. Cet épisode est glorifié par le peintre Ivan Shishkin en 1884, à travers son tableau "Paysage de Polésie", qui est celui d'une campagne bucolique à l'époque des foins. Le Marais sauvage est domestiqué, le Dragon doit s'incliner devant la Civilisation...

 

BARBAROSSA, LE MARAIS GORGE DE SANG

L'affrontement, entre 1941 et 1945, entre Allemands et Soviétiques, est l'évènement factuel majeur, et de très loin, de la Deuxième Guerre mondiale. C'est la tentative de mener à son terme le Drang Nach Osten médiéval. Il engagera 34 millions de combattants du côté soviétique, 20 millions du côté allemand. Il provoquera la mort de 35 millions de personnes, soit 80 % des pertes humaines du conflit mondial sur le sol européen. Lors de sa première année, les marais d'Europe orientale en seront le théâtre principal, avec l'offensive en tenaille des armées allemandes au Nord et au Sud du Bassin de la Pripyat.

Dans un premier temps, 400 000 soldats soviétiques sont pris dans la nasse de la poche Bialystok - Minsk.

Puis, lors de la bataille "du chaudron de Smolensk", au moins 350 000 soldats russes périssent, mais les allemands perdent 250 000 hommes : un officier de la Wehrmacht constate : "Il y a un terrible contraste avec les Polonais et les Occidentaux. Même encerclés, ils continuent à combattre, avec acharnement".

Enfin, la bataille de Kiev constitue la plus grande opération d'encerclement de tous les temps. 200 000 soldats allemands y perdront la vie, mais du côté soviétique, c'est 400 000 hommes qui mourront lors des combats, et 500 000 supplémentaires qui seront faits prisonniers puis mourront par la suite.

DETRUIRE LE MARAIS

Barbarossa est une opération globale, qui vise à remplacer les slaves par des germains sur un territoire entièrement artificialisé. C'est le plan "Pripyat" de Konrad Meyer, programmé en même temps que la stratégie militaire, qui vise à l'effacement complet du poumon vert, à l'image, mais en beaucoup plus vaste, de ce qui avait été fait pour les Marais Pontins à l'initiative de Mussolini dans les années 20.

Hitler abandonnera subitement le projet à l'automne 1941. Il craignait que celà provoquât un "Dust Bowl" transformant la région en un désert invivable.

 

AGRESSIONS A PARTIR DE 1960

Dans les années 60 et 80, les drainages pour la mise en culture prennent une telle ampleur que l'environnement est gravement altéré le long du cours de la Pripyat.

En 1986, l'accident nucléaire de Tchernobyl  impose un coup d'arrêt aux activités de destruction du marais.

Mais depuis 2006, les Ukrainiens ont recommencé le drainage à grande échelle...

Et je compte en savoir plus long bientôt : mon amie Marie Claude Terrasson rentre d'un voyage de 10 jours dans ce pays.

 

DES TIGRES AU COEUR DE L'EUROPE CONTRE LE DRANG NACH WESTEN

Si l'Europe perd son coeur, elle mourra.

C'est le coeur battant de son histoire, de Lublin à Smolensk, de son identité même.

Protéger sa matrice et la revivifier, c'est se sauver soi - même.

Tigres et léopards doivent être réintroduits dans un poumon vert lui même renforcé et réexpansé, aux côtés des ours, élans et gloutons avec qui ils ont constitué une mosaïque unique pendant des millénaires, jusqu'à la période médiévale.


Ceci concerne (au moins)  les territoires polonais, biélorusses, ukrainiens et russes, et implique donc directement l'Union Européenne et la Fédération de Russie.

Mais soyons clairs: l'enjeu entraine un conflit politique majeur, entre tenants de la servitude du plus grand nombre et d'une Nature en pièces détachées, et les partisans de la Liberté de l'Homme dans une Nature reconstituée, et qui ont décidé de résister à l'entreprise de destruction massive des premiers.

Car  l'immense difficulté présente réside dans la gangrène mafieuse qui a infecté gravement tous les gouvernements et toutes les institutions lors du processus de mondialisation de ces dernières années (pensons simplement à l'accord russo chinois du 23 Septembre 2009 qui brade la Russie aux entreprises chinoises, l'échec du Sommet de Copenhague en Décembre de la même année, la victoire du lobby japonais sur le thon rouge à la CITES et la loi russe sur la chasse le mois dernier).

Mettre des tigres dans le marais pour que des nouveaux riches s'offrent des safaris ne présente pas le moindre intérêt (la publicité sur l'attractivité de la chasse dans la région est d'ores et déjà très importante).

La présence des fauves en Polésie sous tend l'absence des Chinois à Minsk.

L'Europe du coeur et de la liberté se passera plus que volontiers des Albert l'Ours et Henri le Lion (le Tigre?) orientaux et leurs complices.


Le Dragon Sauvage vomit les domesticateurs.

A bientôt.



 



Repost 0
11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 15:24

LOI RUSSE SUR LA CHASSE : DES TENEBRES « A LA FRANCAISE »
7 Mars 2010. Une nouvelle loi russe sur la chasse permet de tuer tous les animaux, y compris dans les réserves jusqu’alors protégées…  L’association de défense des animaux « One Voice » relaie l’appel des défenseurs russes des animaux pour demander au gouvernement d’abroger cette loi.

L'appel à l'Europe de ceux - ci est publié in extenso à la suite du présent texte en français.

Une loi invraisemblable
Malgré les protestations de la population et des associations de protection et de défense animale, la Douma de la Fédération de Russie a adopté une nouvelle loi de la chasse qui esr entrée en vigueur le 1er avril 2010. Elle autorise la chasse dans les réserves naturelles et les parcs nationaux jusqu’alors protégés. Elle  permet aussi de tuer les femelles gestantes ou avec leurs petits, les ours dans leurs tanières, les rennes lors des traversées de rivières en utilisant des bateaux, ainsi que les animaux inscrits sur la liste rouge des espèces protégées, si
c’est « dans un but scientifique et éducatif » …  Toutes les armes sont autorisées : armes à feu, armes pneumatiques, armes blanches, pièges à mâchoires...

Tortures dans les stations d’entraînement
Chaque année, le nombre de stations d'entraînement pour les chiens de chasse augmente. Des animaux sauvages y sont utilisés : renards, ours, blaireaux, ratons laveurs… Ils y sont torturés par les chiens après qu’on leur ait enlevé les dents et les griffes, et parfois même coupé les tendons.

Massacre de l’animal symbôle
La chasse à l’ours dans les tanières est à la mode. Pourtant, l’ours est le symbole de la Russie et l’emblème des Jeux olympiques de 2014. Les femelles sont tuées sans plus d’égards. Quant à leurs oursons, s’ils ne sont pas déchiquetés par les chiens ou tués par les chasseurs, ils finissent soit dans les cirques, soit comme viande ou objets d’entraînement pour les chiens de chasse…

Le cas de Motya
One Voice relaie l’appel à l’aide de l’association franco-russe de défense des animaux. Motya, un ours himalayen, ainsi qu’un ours brun sont captifs dans la ville de Perm. Affamés et mutilés, ils sont laissés à la disposition de la Fédération des chasseurs de la région et survivent dans des cages minuscules depuis des années.
Motya est en grande détresse physique, mal nourri et sans soins. Il est mouillé, sali par ses propres excréments. Un extrait du rapport d’inspection du service fédéral du contrôle vétérinaire précise que Motya vit dans une cage métallique dont « la taille ne peut pas satisfaire ses besoins physiques », sans gamelle, ni eau. Il est nourri avec de l’avoine mélangée à de l’eau. « Les documents confirmant le droit de propriété n’existent pas, ce qui pose des questions concernant la légitimité d’achat et d’utilisation de l’animal », précisent les inspecteurs.
Objet d’entraînement
Motya a été vendu par un zoo à un chasseur pour devenir un objet d’entraînement dans un territoire illégalement occupé par des chasseurs. Des adolescents l’ont découvert affamé, presque mourant, torturé régulièrement par une meute de chiens et restant parfois une semaine sans manger, ni boire.

Les défenseurs des animaux du Refuge de la Montagne de tilleul sont allés le voir. Agé de 3 ans, de la taille d’un chien, il avait des blessures sanglantes au cou, dues aux morsures. Ils ont averti le chef du département régional des Affaires intérieures de la région pour demander des poursuites pour maltraitance, interdites selon le Code Pénal. L’affaire est restée sans suite…
Remplacé par un ours brun
Quand la situation de Motya a été médiatisée, son propriétaire l’a donné à une association de chasseurs. Les défenseurs des animaux qui sont allés sur place ne l’y ont pas trouvé. A sa place, ils ont vu un ours brun affamé, le nez presque arraché par les chiens, en état de choc…
L’appel des défenseurs des animaux, en novembre 2006, auprès du gouverneur de la région n’a eu aucun résultat, de même que la manifestation des habitants de la ville devant le bâtiment de l’administration. La dernière instance de droit en Russie, le parquet général, à laquelle les défenseurs des animaux se sont adressés deux fois, n’a apporté aucune aide. En 2009, les défenseurs des animaux ont encore fait appel à la justice pour obliger les chasseurs à améliorer les conditions de vie des ours. Le tribunal a reconnu l’immobilisme des fonctionnaires mais rien n’a été fait.

Les associations russes ne sont nullement étonnées d'une telle ignominie législative, qui peut être comparée aux pires errements du législateur français en matière de chasse, car elles connaissent mieux que personne le niveau de corruption et d'aveuglement de l'actuel gouvernement.


Agir
Vous pouvez envoyer une lettre courtoise au président Medvedev, au premier ministre russe et à l’ambassadeur de Russie en France en demandant la suppression de cette loi et la remise de l’ours Motya au Refuge de la montagne de tilleul.

M. le Président Medvedev
23, rue Iliynka, entrée 11,
103132, Moscou, Russie

M. le Premier Ministre Poutine
2, Krasnopresnenskaya Naberezhnaya,
103274, Moscou, Russie

M. l’ambassadeur de Russie en France
40, bd Lannes
75116 Paris

Contacts
- Organisation régionale caritative écologique et publique, Eléna Bobrova, présidente, courriels : balticanimal@yandex.ru et anna_senechal@yahoo.fr (pour les contacts en français).
- Contacts à Perm : Refuge de la Montagne de tilleul, courriel : zazverey@mail.ru

 

 

APPEL A L'EUROPE DES DEFENSEURS DE LA NATURE SAUVAGE RUSSE (in english, transmitted document by Elena Boubrova)

 

On the 7th of March 2010, St.-Petersburg, Russia

                                                 Ladies and gentlemen!

                 Despite the huge protest of the people, of the  famous scientists and artists, writers, musicians, a wave of the protest actions around the country, in the summer 2009  the State Duma of the Russian Federation passed  in the shortest time "the Law on the hunting and of the preservation of the hunting resources and about the alterations of several legislative norms of the Russian Federation"-  federal law No 209, which had been offered by the ministry for Agriculture of the Russian Federation (not by the ministery for the Nature resources!!) and signed by the president of the Russian Federation on 26th of July  2009 and it should come into force since the 1st of April 2010. This law has roused  the public  indignation in Russia. The new law allows even that what was forbidden in the XVIII. century by Catherine the Great because the cruelty. The law of the hunting  confirms  the Regulations  of the hunting in the Russian Federation as an Act which allows :
-spring hunting on birds,
 -hunting on bears in the den at which "in a case finding several bears in one den, it is allowed  extracting of all the bears and bear cubs with the subsequent  registration of the licence after the  fact ". .
- Extracting of the pregnant females and the females having cubs, which are not able  to  exist  alone is not forbidden.
-Hunting on reindeer on  the ford  with using of the floating means is authorised.
- Sport and amateur hunting in forest reserves is allowed.
- Hunting on the animals included into the Red book  for  "the scientific and educational purposes" is allowed.
- “Fire-arms, pneumatic and a cold steel arms” have been authorised, and also
-“traps, and all other devices." Russia belongs to few countries allowing  traps.
- There is no interdiction of transport, other technical means, explosives and poisons what can lead to the mass death of animals.
- The right for  the  areas for hunting will be sold at the auctions now.
- “ To be or not to be”   not the biologists, not the parlament but the local officials will decide now  according to this law : kinds of the arms , instruments, methods, transport, the using the huntig dogs and birds, prohibition or permissition for  the hunt in foresties, on the kinds of the animals, their sex and age. This is written well for the corruption and the regions where the most officals are hunters . Just about such an area we shall tell you.
 
The   societies for the protection of  animals  of  Russia are deeply revolted by the new immoral, federal law – its acceptance in this  variation   leads  to the commercialization  of hunting.
There is no law for the protection of animals from the cruelty in Russia.

. Every year  hounding stations  increase (Firsanovka, Round Lake, Korotygino, Fryazevo, Chapaevka, the Red Hill, etc. near Moscow, Levashovo, Semrino near St.-Petersburg, etc.), they  show their advertisement in internet and in  mass-media. The hounding stations use  wild animals  - foxes, bears, badgers, racoon dogs and the others - for hounding on them hunting dogs. Animals tormented by dogs  are used as living objects of the hounding repeatedly, on the list of services the houndings with a lethal outcome are offered  for good money. These foxes, wolves, bears who used as hounding objects should not be protected from the dogs,therefore they are hardly fed, they starve to be weak. Their teeth and claws are exacted intentionally , sometimes  sinews are cut. What can be more vile, mean than the hounding of  dogs  on a  mutilated ( crippled), hungry, chained creature?

The wild, feudal hunting on bears in the den becomes more popular and more fashionable. When a female bear is murdered   the fate  of her bear cubs becomes terrible. Wouldn’t they  are not torn by the hunting dogs or finished off  by the hunters , they are often sold to photobusiness for tourists, to circuses, for meat, and elder cubs are taken for hounding of hunting dogs. About  two hounding bears  we  are going to tell you now.

We appeal to you with the request about the promotion in rescue of  two bears: a bear Motya of the breed Ursus Arctos Isabellinus, included in the Red book - it means it must be under protection of the law, and a brown bear. They are  in the town of Perm . The both are  mutilated and  extremely exhausted. The both bears are in the hands of the hunters of the Perm Regional Federation of Hunters and Fishers (the address of this federation is: 614000,  street Stakhanov, 40, Perm, Russia). This story lasts for several years. All this time these bears  stay   in poky, tight cages which size is 1800х1000х750 mm, they starve and they are hounded  with the dogs, and not only with the hunting dogs, but also fighting dogs. In the statement of the veterinary inspection has been written about Motya: "The bear examined by us has a height of an one-year-old brown bear, disproportionate development (a big head and a small little body with the not developed muscles of the pelvis ), below the normal fatness. Because of the small  size of the cage and the lack of the daily cleaning the bear is wet and soiled with the excrements. This bear is grown up  under the constrained conditions and with obvious exhaustion intentionally that  it would be easier to handle and use it. It is used with a purpose of training of the dogs of the hunting breeds, what does not contradict the  rules of hounding..."
In the statement  about the observance of the veterinary legislation made  by the federal  veterinary and phyto-  supervisor: "The bear is kept in  a metal cage combined with a wooden box (1000х1115 mm). And the small entrance hole of this artificial den (300mmх300mm) has been  closed for one third with the bars of the basic cage. The size of the cage does not answer the physical needs of a bear… The metal floor of the cage is covered with a layer of the for a long time not removed excrements of the animal.  In the cage there is no  bowls for food and for water at all. The feeding is carried out through the cells  of the cage or  thin food is poured through the cells on the floor  which is extrem dirty, covered with excrements… the bear is fed with poured  with boiling water oats only. There is no  diet of feeding of this animal at all there. There are no documents confirming the right of ownership…  what calls in question the legality of the acquisition and the use."
Motya’s brother- in- misfortune - a raccoon dog, has not endured, not stood  the conditions of this concentration camp that is noted in the same statement of the inspection further: "During the survey of a covered  artificial burrow, which looks  not  be used for a long time to all signs, a corpse of a raccoon dog has been found out. The death of this animal came earlier an a  half a year before. A skeleton of this animal has remained  with well preserved hair only." An animal used for the hounding are hounded by a pack of  dogs usually also small animals like badgers or foxes. The hunting dogs come often to their owners with the ears of a fox or with the leg of a badger. The Crippled blood-stained wild animals are left by the hunters like this raccon dog..  They say two foxes lived here earlier.
This is one of the stories which has been made public, but it is not getting better for this bear . The bear Motya  is in the hunting federation of Perm up to now as an object of WILD hounding for dogs. Moty as the other bears there  is mutilated, wounded, has an extreme degree of the dystrophy: its weight is 50-60 kg, a skelton with fur ( normal weight of  an adult bear should be over 100 kg), it is containtly hungry that the bear wouldn’t have forces to resist, to stand up to  the dogs, it has weight and height of a dog, instead of a bear.  During the hounding the bears are hold  with the neck chains  on the  hind legs in order to rule out the  possibility to repel attacts of the dogs and to wound the dogs. Any screen betweeen  the bear and the dogs is  used.

Motya is Ursus Arctos Isabellinus,  is subspecies of the brown bear. According to the list of CITES, which is  an appendix to the Convention "About the international trade of species of wild flora and fauna being  in danger of disappearance" from the 1st of July1975, came into force for the USSR on the 12. of August 1975, ratified  by the Russian Federation in January 1992, it is included into a category of especially protected animals of the fauna being on the verge of the disappearance. According to the Convention  the  countries-participants of the Convention are obliged to undertake the necessary measures for the preservation and the reproduction of the objects of fauna and flora included into this list. It means that Motya belonging to rare species  should be under the state protection, these species are included into the international Red Book.

Motya was born and lived in the  Zoo in Perm with its mother Berta.  Motya was a cub when on the 9th of March 2004 it was sold by this Zoo to the hunters of the Regional Society of Hunters and Fishers. Thus the bear cub became an object of the hounding for hunting dogs and it is a bear for the hounding the seventh year… .
About the terrible Motya’s life as about the other  animals for hounding no one would know wouldn’t the children see how the bear was tormented, torn  by a pack of dogs
Once the hunter Arcadiy Buchman who bought Motya has left the town and Motya was not feeded  and no watered for a week. The exhausted bear was so thin that it got out between the rods of the cage, the distance between them was  15 centimetres, and went to eat to the nearest garbage-can where  Motya was found,  caught and delivered back  into the cage.
The members of the charitable fund of the helping to animals  «the Shelter on the Linden Mountain» went to the hunters where Motya was.  Motya sat in a very small dirty cage, the sizes 1,5 on 0,8 m, reminding with its parametres a dog kennel. And this three-years-old bear has a stature as a dog. On Motya’s neck  bloody wounds were- the result of the hounding. With a veterinary statement after the inspection  the animal protectors addressed to  the police with the requirement to institute proceedings against the hunters according  the article 245 of the Criminal code of  the Russian Federation - “the Cruel treatment with  animals“.  The police didn’t give answer. The animal friends  went to the public prosecutor F. Maslohutdinov which was and is  a hunter,  he declared: " Its eyes are not put out, its paws are not chopped off, it means there are no mutilations  and the hounding with dogs is allowed!"

With efforts of the animal protectors the inspections  of the Motya’s living conditions  were continued, the hunters were  obliged to fulfil 10 points for the improvement of  the living conditions of the bear. In reality the  only one point was fulfiled: the sizes of its cage was extended (increased) but not much. About the non-fulfilment of the veterinary requirements the fund for the protection of animals informed the chief of the  regional  department of the federal  veterinary and  phyto- supervision Anatoliy Brazhkin, a hunter too. They  waited for his answer  but didn’t received it. When they  reminded Brazhkin about Motya’s destiny  they got the answer: "Is it not yet dead, isn‘t it?!"
The hunters didn’t want to part with Motya because this bear born in the Zoo is not wild and not aggressive to people, a suitable one. Motya hates the dogs, doesn’t understand that evil is  the man.

The history of Motya became known thefore the hunters-sadists transported Motya from Perm  to the  Zjuzinsky forestry. The animal friends found out it and  went to the forestry. They were shocked - Motya was absent there though the regional department of the federal veterinary and phyto- supervision  gave reports about the living conditions of Motya regulary. Instead of Motya  an exhausted brown bear was in the cage.  Motya’s brother-in-misery  was  mutilated by hunting dogs so much that his nose is pulled , the lacerated wounds were around  all its body, on its nose the dermaglifical pattern was distroyed, its genitals were damaged. The  commission  ascertained that the bear was  in  stress,  shrieked constantly.
The appeal  by the animal protectors on November, 15th, 2006 to the governor O. Chirkunov with the request "to take  the situation under the control and to  rescue the bears",so as  a protest demonstration of citizens in front of the  administration building  on the 29th ofNovember 2006 were of no avail. Outstanding artists and scientists, citizens of the town of Perm and of the Perm region  collected several thousands signatures for the protection of the bears. Without result. The public opinion was and is  completely ignored.
The  Prosecutor General  of Russia where the animal friends wrote twice already didn’t solve the problem and sent the appeals of the people  back to Perm twice.
"Under the conditions of the total plot of the hunters at all the authorized levels the only one legitimate way we still have - the appeal to the court", - was declared by Irina Suslova, the chairman of the  fund of the helping animals « Shelter on the Linden Mountain».
The animal friends  tried to redeem the both bears, a park-shelter for the wild animals in Gelendzhik at the Black Sea was ready to shelter them. . According to the Civil Code of the Russian Federation, the citizens have the right to redeem an animal at the inadequate keeping. The animal friends lodged a claim against the hunters in the Court. They lost  the court case. The pressure on the court was rendered by  the officials-hunters and by the Perm representative of the party in power  "United Russia" Tushnolobov, an inveterate hunter. In 2009 the fund lodged   a claim in court about the inactivity of the officials, which should  oblige  the hunters to improve the keeping of  these bears. The court admited the inactivity of the  officials, but in the terrible existence of the  bears there were no changes : the same tight cages, hunger, tortures instead of a walk. And so from year to year...

In this text we are ready to prove each word with the documents. We can put more information and documents at your disposal. If you remained concerned to the life-story of the  doomed animals, send  Your protest  with
- the requirements  the transfering and the handing over the both bears to the fund of  the helping  animals “ Shelter on the Linden mountain”, against the activity of the the Perm Regional Federation of Hunters and Fishers .

 -requirement  the ban the hounding on the animals in Russia and

- the abrogation the new federal  law “About the hunt “ No 209.
Will You address to
 the president of the Russian Federation D.Medvedev:  Ilyinka-st., 23, an entrance 11, 103132, Moscow, Russia,
 the prime- minister of the Russian Federation V. Putin :
 Krasnopresnensky emb., 2, 103274, Moscow, Russia,
 Also to their e-mails on their websites: president of the Russian Federation,
government of the Russian Federation

 Baltic Animal Care
Sportivnaya-st., 2, Pavlovsk,
196625, St.Petersburg, Russia
e-mail: balticanimal@yandex.ru
Elena  Bobrova, president
Cont. Tel. +7 921 928 27 60  (engl.,german),

The fund of the helping animals “Shelter on the Linden mountain”
Bolshevistskaya-st., 133-88
614080, Perm, Russia
Irina Suslova, chairman

Aliance for animal rights
Represententive in St.Petersburg
Spb@animalrights.ru
Dmitriy Koretzkiy
Cont. Tel. +7 911 013 89 59 (engl.)

Right to live
Lennskiy-avenue,151-3-203
St.Petersburg, Russia
Svetlana Los, chairman


A DECISION IN COMPLETE CONTRADICTION WITH AN OTHER TAKEN IN FEBRUARY

 

PROTECTING CEDARS IS A KEY FOR AMUR TIGERS' PROTECTION

The government should reintroduce a law banning the cutting down of cedar forests in Russia's Far East to save the rare Amur tiger, World Wildlife Fund Russia head Igor Chestin said on Tuesday.

The law was revoked after the Russian Forest Code came into effect on January 1, 2007.

"No cedar - no tiger. The habitat of this animal coincides with those areas where we find the cedar ," Chestin said during a RIA Novosti press-conference.

Amur tigers, also known as Siberian tigers, are classed as endangered by the World Conservation Union, with only about 500 tigers left in Russia's wild. Since 2006, poachers have killed at least 10 of the rare animals in Russia's Far East.

However, Russia is the only country to have seen tiger numbers rise since the middle of the 20th century and remain stable over the past ten years.

Preserving cedar forests is of paramount concern to WWF Russia, as the cedar is at the base of the food pyramid topped by the Amur tiger.

Last week, MPs in Russia's Far East Primorye Territory voted to include the cedar in the Red Book of endangered plants and animals. The decision has yet to be approved by the governor.

MOSCOW, February 2 (RIA Novosti)

 

 

Repost 0
3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 09:10

Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence.

Epitre aux Romains 12, 2.

 

Quelqu'un avec qui il est si facile de vivre en paix...

Le tigre n'est pas dangereux pour les hommes, du moins pour ceux en paix avec eux mêmes. C'est une révélation pour les opinions publiques, mais une banalité pour les connaisseurs de l'animal.

Ce n'est pas "une vérité qui dérange", mais bel et bien une vérité libératrice.

Réensemencer l'Eurasie en forêts alluviales de dimensions importantes et peuplées de nombreux grands fauves n'est pas un facteur de risque mais tout au contraire de rééquilibration sociale.

Avant l'invasion de l'Asie par l'Europe dans la deuxième moitié du 19ème siècle, tigres et communautés humaines ont vécu en harmonie pendant des millénaires entre Mer Noire et Fleuve Jaune, à l'exception des périodes où les secondes s'infligeaient à elles mêmes de graves dérèglements politiques et sociaux.

Dans certaines régions d'Inde, de Chine , et dans la péninsule indochinoise, le lien fut poussé très loin.

Joao Pedro Galhano Alves a donné une multitude d'exemples et recueilli de nombreux témoignages sur ce qu'était l'état d'esprit des villageois de la vallée indienne de Sariska (Rajastan) jusqu'à la fin des années 90, vis à vis du Tigre qui apportait le Bonheur en offrande (thèse publiée en 2000 par l'A.N.R.I, l'essentiel repris par l'une de ses étudiantes, M.C. Torri, Vivre dans la biodiversité : l'étude de cas de la réserve de Sariska (Rajasthan), l'Harmattan 2007).

L'auteur conclut que "les rares aires où l'espèce a survécu doivent être envisagées comme les pôles à partir desquelles les populations résiduelles de tigres pourront se multiplier et élargir progressivement leur aire de répartition jusqu'à, si possible, récupérer leur aire de répartition originelle et leur niveau démographique passé".

 

Mon amie Larissa Issaïeva possède un témoignage du début des années 2000 concernant des gardes frontières russes en extrême orient - frontière avec la Chine - qui ont nourri une tigresse et ses petits mourant de faim. Celle - ci avait préalablement choisi, en désespoir de cause, de se rendre au poste de garde après avoir épuisé toute autre potentialité. Une semaine plus tard, la tigresse revint saluer inopinément l'un de ses sauveurs à plat ventre à son poste de tir, le touchant avec la tête avant de repartir comme elle était venue.


Historiquement, le tigre de la Caspienne, joyau du dragon alluvial, fut reconnu même par les envahisseurs européens comme le plus pacifique de tous. Partout où il vivait les communautés locales considéraient qu'il n'attaquait personne, tout en vivant en très grande proximité des parcelles et des villages, notamment en Asie centrale.

La tradition orale du Caucase évoque des histoires concernant ces animaux où, bien que pénétrant occasionnellement dans les villages, ils n'agressaient personne et en particulier pas les très jeunes enfants, qui allaient vers eux en toute curiosité, n'ayant pas appris la peur à leur endroit.

Il faut simplement réapprendre à vivre avec les grands animaux sauvages, sans peur. Ils sont aussi indispensables à notre rééquilibration mentale et spirituelle que les grands arbres, les rivières et les lacs.

 

Si la reconstitution du tigre de la Caspienne dans le Nord de l'Iran se concrétise et enclenche un processus dynamique et vertueux, il est vraisemblable que les historiens des siècles à venir liront les 140 dernières années comme une période épouvantable et monstrueusement grotesque concernant les relations entre les hommes et les tigres, et par ailleurs aussi paradoxale qu'incongrue.

 

La preuve par Jim Corbett : "Danse avec les tigres"

Le grand chasseur anglais, auteur de nombreux ouvrages sur les prédateurs indiens publiés dans la première moitié du siècle dernier, grand connaisseur de l'animal qu'il présente comme "un gentleman au grand coeur et au courage illimité" apporte un témoignage de poids sur l'équilibre entre espèces dans une Nature riche et dominante, où la compétition n'est pas de mise.

Il est capital de s'en souvenir à l'heure où d'aucuns objectent "mécaniquement" que le réensauvagement revient à mettre en grand danger les riverains... Les éléments indiqués ci- après montrent bien à quel point un comportement adapté, très aisé à faire sien, est suffisant pour évoluer dans un univers forestier dominé par les grands fauves.

"Je revois un jeune garçon armé d'un fusil qui se chargeait par la gueule, dont l'un des canons avait une fente de quinze centimètres de long et dont le fût ne tenait au reste que par des bouts de fil de fer. Ce gosse allait à l'aventure à travers les jungles du Teraï (hauts plateaux couverts de jungles dans la zone himalayenne de l'extrême nord de l'Inde, en bordure du Népal), à l'époque où il y avait 10 tigres pour chaque tigre actuel. Il dormait à l'endroit même où il se trouvait quand la nuit tombait, près d'un petit feu ; des feulements de tigres le réveillaient de temps en temps, et après avoir jeté quelques brindilles sur le feu, il changeait de côté et reprenait son somme interrompu, sans la moindre inquiétude, sachant, d'après sa propre expérience aussi bien que ce qu'on lui avait dit,  qu'à moins d'être provoqués, les tigres ne lui feraient pas de mal.

Pendant la journée il évitait ceux qu'il apercevait, et quand il ne pouvait en éviter un, il se tenait immobile jusqu'à ce que le fauve se soit éloigné, puis il continuait sa route.

Un jour où, guettant une demi-douzaine de volailles de jungle qui picoraient dans une clairière, le gosse rampa jusque derrière un buisson, et au moment où il se dressait pour regarder, le buisson s'agita et un superbe tigre en sortit de l'autre côté, se retourna, regarda l'enfant, puis s'éloigna paisiblement.

Et je pense aussi aux dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui, en travaillant dans les forêts, en coupant l'herbe ou en ramassant du bois sec, passent chaque jour à quelques pas de tigres qui se reposent, continuent leur chemin en ignorant qu'ils viennent d'être observés".

 

Je souhaite à tous de Joyeuses Pâques, célébrées le même jour, cette année, par Orthodoxes et Latins.

Augurant que celles ci puissent être le point de départ d'une vaste et authentique RESURRECTION.

 




Repost 0
2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 18:21

UN POINT D'ACCORD FONDAMENTAL

Dans un article paru dans "Le Monde" du 27 Mars dernier ("MAUVAISE ANNEE POUR LES TIGRES"), Bruno Philip évoque la mort de faim de 12 tigres de Sibérie dans des zoos chinois au cours des 3 derniers mois, et au delà, le trafic  massif dont les produits tirés de ces animaux font l'objet dans toute l'Asie du Sud, où les lois d'interdiction sont purement nominales.

Il cite, à cette occasion, les propos d'un internaute qui a choisi comme pseudonyme "Long Serpent".

Celui - ci fait le parallèle entre le sort des tigres et celui du peuple chinois :

"Une espèce protégée meurt de faim sans pouvoir s'exprimer? Comme les Chinois qui, lorsqu'ils protestent, sont réprimés par le pouvoir?"

Je ne connais pas "Long Serpent" et j'ignore s'il s'est inspiré de mon projet de reconstitution du cordon continu de forêts alluviales des grands fleuves eurasiens qui existait par le passé, peuplé notamment de nombreux grands fauves, et que j'avais baptisé "Le Dragon Vert".

Mais nous sommes en accord fondamental pour lier le destin des tigres et des hommes.

Comme celà a déjà été attesté à de nombreuses reprises dans le passé, l'anéantissement des premiers a toujours  impliqué l'asservissement des autres ou coïncidé avec celui - ci, épanouissement ou malheur des uns et des autres ayant toujours été profondément liés, comme je me suis efforcé de le montrer au Museum le 23 janvier dernier - diaporama accessible à partir de la page de mon site -.

2010 sera assurément une mauvaise année pour les tigres, mais peut être pas uniquement celà.

Le retour programmé de ces animaux dans les forêts du Nord de l'Iran, s'il constitue la toute première étape d'un réensemencement progressif plus vaste, peut ouvrir une page nouvelle dans l'histoire des tigres sauvages et de leurs relations aux hommes, plus conforme à leur réalité historique ancienne, et en miroir à ce qu'elles furent et continuent à être depuis 140 ans,  époque tellement épouvantable et grotesque dans l'histoire commune des deux espèces qu'elle en sera perçu un jour comme paradoxale et franchement incongrue.

La Longue Marche commence...

Repost 0
24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 13:01
INFO PRESSE :
Le Dragon Vert est dans le numéro de Charlie Hebdo 927, paru ce matin 24 mars 2010.
Article de Fabrice Nicolino, page 15 (pleine page).
Repost 0
18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 17:33
Depuis cette nuit, deux nouveaux diaporamas sont téléchargeables à partir de mon site :
4 continents pour les tigres
http://www.avenir-tigres.com

1. Celui de la conférence que j'ai donnée au Museum National d'Histoire Naturelle, le 23 Janvier 2010 :
Retour des grands félins au coeur de l'Europe : renaissance du dragon vert

2. Celui qui présente l'action et les objectifs (voir blog du 24 janvier, à propos de la rencontre du 22)
de l'équipe de Yuri Bersenev, qui dirige, dans le Primorye (Extrême Orient Russe), le Parc National
ZOV TIGRA
Repost 0
14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 07:42
Aller au plus simple
L'article "Les choses s'enclenchent"du 26 février, concernant notamment un plan de réintroduction de tigres de Sibérie en Iran du Nord destiné à reconstituer la souche caspienne, a dû être modifié à plusieurs reprises depuis lors. La version actuelle, en principe définitive, résulte d'un remaniement opéré dans la soirée d'hier 13 mars.
De quoi s'agit - il? Une dépêche iranienne du 9 Janvier évoquait un plan croisé russo iranien concernant des guépards persans destinés à repeupler le Caucase et des tigres de Sibérie destinés à repeupler les forêts du Sud de la Caspienne. A partir de celle - ci, des développements ont été rédigés sur Wikipedia, sur les pages respectives du tigre de la Caspienne et du guépard persan.
Il est apparu très vite que le volet "guépards" présente des inconvénients majeurs : ces animaux sont très peu nombreux à l'état sauvage (peut être pas plus de 60 en Iran central). Ils ne se reproduisent pas en captivité. D'une certaine façon, le statut des guépards persans évoque celui des tigres de Chine du Sud avant l'extraordinaire initiative de Li Quan en 2003.
Puis un contact iranien en France a subodoré une  confusion entre guépards et léopards dans l'information transcrite. Il savait que russes et iraniens étaient en négociation sur ces animaux depuis 2007.
Par ailleurs, il avait appris que  la nouvelle équipe en place depuis quelques mois au ministère de l'Ecologie en Iran avait, dès son installation, souhaité la reintroduction de tigres en Iran.
Muhamad Faradhinia, responsable du plan Léopards, m'indiqua pour sa part que les animaux destinés à la Russie étaient des léopards, non des guépards.

Il s'avère, après recoupement, qu'il existe deux plans différents, pilotés par deux administrations différentes (voir blog 26 février).

Les léopards dans le Caucase : le projet serait un os à ronger pour les écologistes, face aux dévastations provoquées par les chantiers de préparation des jeux d'hiver de Sotchi, en 2014.
Un premier couple est arrivé dans la région en mars 2009 (cadeau du président turkmène à Vladimir Poutine) .
Poutine avait dit à Jean Claude Killy, président du Comité Olympique français, en lui présentant les animaux à l'été de la même année, que le plan de réensauvagement serait mis en oeuvre après 2014 si les J.O. se passaient bien (sous entendu, si les écolos nous laissent tranquilles). Un nouveau couple, iranien celui là, devrait arriver au printemps 2010 (accord officiel passé le 28 février entre les administrations des deux pays). Les responsables russes du projet escomptent des iraniens encore 2 couples supplémentaires dans les années à venir, soit un total de 8 animaux.
Le WWF Russie menace de se retirer du projet, s'il continue à s'inscrire dans une logique de chantage des autorités à accepter l'inacceptable dans la région de Sotchi.

Le plan croisé tigres - guépards : le volet tigres a l'accord du WWF Russie qui en prévoit la facilitation.
Les graves questions concernant le volet guépards demeurent.
 La sagesse est d'abandonner ce volet, en l'état actuel des choses.
Il est normal que l'Iran abrite des léopards, et que ce pays retrouve ses tigres. Il doit aussi pouvoir préserver ses guépards, voire les renforcer avec des apports africains, dont ils sont très proches (voir blog du 26 février).
Il est normal que la Russie retrouve ses léopards dans le Caucase, mais dans des milieux préservés.
Il est normal qu'elle retrouve ses  guépards : pourquoi ne pas s'adresser à l'Afrique, comme l'ont fait les Emirats Arabes, pour la réintroduction récente des leurs, du fait qu'il y a compatibilité biologique entre guépards africains et persans (voir précisions dans blog du 26 février)?
Enfin, il est légitime que la Russie retrouve aussi ses tigres dans des régions méridionales et occidentales de son territoire, du fait de l'unicité historique du tigre russe, de la Sibérie à la mer Noire et à la Polésie, en passant par le delta de la Volga.
Repost 0

Présentation

  • : Le retour du tigre en Europe: le blog d'Alain Sennepin
  • : Les tigres et autres grands félins sauvages ont vécu en Europe pendant la période historique.Leur retour prochain est une nécessité politique et civilisationnelle.
  • Contact

Recherche

Liens