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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 16:48

On n’invente pas plus un mythe que l’on n’invente le processus de germination d’une graine, mais on peut y découvrir des significations et des explications jusque-là insoupçonnées. Jean Herbert

Un constat et une réflexion de Philippe Reigné, dans un article publié par Libération il y a 5 jours... Merci à Philippe Charlier de m'avoir indiqué cette source.

http://www.liberation.fr/debats/2017/09/14/irma-jose-katia-ou-le-syndrome-de-moby-dick_1596391

Dimanche dernier, le shérif du comté de Tasco, en Floride, demanda à ses administrés de s’abstenir de tirer sur l’ouragan Irma, alors que celui-ci s’apprêtait à dévaster les côtes floridiennes. Cette mise en garde faisait suite à un événement Facebook intitulé Shoot at Hurricane Irma («tirer sur l’ouragan Irma»). Il s’agissait d’une plaisanterie, mais son succès - plus de 84 000 personnes s’étant déclarées intéressées en quelques heures - incita les services de police, puis les auteurs de l’événement, à dissiper le doute, ces derniers avouant avoir «ainsi appris qu’à peu près la moitié du monde ne comprenait pas le sarcasme ». 

Pas plus que nous ne pouvons combattre le soleil, nous ne sommes capables de briser la force d’un ouragan tel qu’Irma, dégageant, à son apogée, la puissance de cinq bombes atomiques par seconde .

Faut-il en rire ? Faut-il s’en attrister ? Cette anecdote méritait-elle même d’être rapportée face à l’ampleur de la tragédie ? Elle fait pourtant partie de la tragédie ; elle en constitue même l’aspect le plus pathétique. Elle n’est, en effet, que la version moderne de la folie d’Achab, que conte Herman Melville dans son chef-d’œuvre Moby Dick. A Starbuck, son second, qui lui reproche le caractère blasphématoire de sa «fureur envers un animal», Achab, capitaine du Péquod, privé de sa jambe droite par la Baleine blanche, lui répond : «Ne parlez donc pas de blasphémer, mon garçon : j’attaquerais le soleil si un jour il s’en prenait à moi.»

Il y a plus de dix ans, Nicolas Hulot  écrivit le Syndrome du «Titanic», nous comparant aux insouciants passagers du célèbre transatlantique voguant à la rencontre de l’iceberg. La comparaison n’est pas entièrement pertinente ; le Titanic était un navire moderne ; son cloisonnement étanche lui permit de couler droit et lentement, donnant le temps à l’équipage de mettre à la mer la presque totalité des canots de sauvetage et d’épargner la vie d’environ 700 personnes ; un navire plus vétuste aurait coulé en quelques dizaines de minutes ou, pire, aurait chaviré brutalement, laissant, au mieux, une poignée de survivants. Non, nous ne sommes pas à bord du Titanic ; nous avons embarqué à bord du vieux Péquod, commandé par le vieil Achab, à la poursuite de Moby Dick ; de même que l’équipage du Péquod était ensorcelé par Achab et cependant parfaitement conscient de l’issue tragique de la croisière qu’il avait entreprise, nous sommes envoûtés par nos rivalités, nationales et internationales, notre produit intérieur brut, le chiffre d’affaires et les profits de nos entreprises, le niveau des taux d’intérêt, etc. et toutefois intimement convaincus de la prochaine fin dramatique de notre monde. Si nous ne brisons pas cet enchantement maléfique en abattant tous les Achab qui le suscitent, nous affronterons la Baleine couleur de neige et Celle-ci nous précipitera dans l’Abîme.

Il n'y a, au fond, qu'une seule chose qui compte : vivre. Pour voir le grand jour se lever, et la lumière envelopper le Monde. Proverbe Inuit.

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