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11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 10:39

Ceci fait suite à "Une Âme Slave" mis en ligne le 8 octobre 2017.

Article de Marguerite Sacco publié hier dans "Le Courrier de Russie".

https://www.lecourrierderussie.com/opinions/2018/01/grandeur-misere-cafards/

C’est Boris, un cafard originaire de Novossibirsk, qui a gagné le championnat annuel de course de cafards. Il existe en Russie un championnat national de course de cafards, et c’est NSK-TV, le canal de Novossibirsk, qui a rapporté avec fierté cette victoire locale. Il est précisé dans l’article que cinq cafards étaient en lice : Piotr, Artiom, Stassik, Hippolyte et Boris, originaires de différentes villes de Russie. Piotr, « on ne sait pourquoi, a catégoriquement refusé de courir le moment venu, alors que le correspondant de Metro avait parié sur lui », rapporte par ailleurs NSK-TV.

Bestioles honnies des maisons françaises, les cafards se caractérisent par leur résistance extrême : chutes, radiations, produits chimiques, absence de nourriture, absence d’air, absence de tête, cataclysmes meurtriers, ils se tirent de bien des situations périlleuses et ont mauvaise réputation. La Russie, pourtant, m’a appris à les regarder différemment.

Une vendeuse de marché moscovite à laquelle je parlais de mon acclimatation parfois difficile m’avait tenu les propos suivants : « Ici, le cafard, c’est presque un animal de compagnie. Et au moins, ça ne tue personne et ça ne vole rien ! Lisez Soljenitsyne. » Et sur cette déclaration énigmatique, elle était partie s’occuper d’autres clients.
Soljenitsyne partageait la sagesse de ma vendeuse de marché. Il a effectivement écrit un texte très poétique sur les cafards dans son récit La maison de Matriona :

« On les entendait grouiller dans la cuisine la nuit, et si en allant boire tard le soir j’allumais la lumière, je les voyais : le sol entier, le large banc, et même le mur en étaient entièrement noircis et grouillaient. (…) Le murmure incessant des cafards derrière la cloison faisait un bruit de fond uni et constant, comme celui de l’océan. Mais je m’habituai aussi aux cafards, car les cafards n’avaient rien de mauvais ni de mensonger. Leur bruissement, c’était leur vie. »

Il faut vraiment être russe pour entendre le doux murmure de l’océan dans le bruit des cafards, mais ce texte m’a rappelé mon tout premier soir en Russie. J’y ai pris mon dîner seule dans la cuisine commune, qui était ce soir-là étonnamment déserte, et le petit cafard désorienté qui me tint alors compagnie me fut une presque une présence réconfortante.

L’écrivain soviétique Sergueï Dovlatov procéda lui aussi, dans La marche des solitaires, à un véritable réquisitoire en faveur de ces insectes mal-aimés :

Mais que vous ont donc fait les cafards ? (…) Le cafard est inoffensif, et il a son élégance. Il se meut avec l’impétuosité d’une petite voiture de course. Le cafard, à la différence du moustique, est taiseux. Qui a jamais entendu un cafard élever la voix ? Le cafard sait rester à sa place, il quitte rarement la cuisine. (…) A mon sens, nous n’avons pas besoin de plus pour faire la paix avec eux. (…) Moi, je l’ai faite. Et, comme on dit : j’espère que c’est réciproque !

Vous entendrez beaucoup de Russes défendre avec affection ces petites bêtes fidèles à leur maisonnée, qui m’ont fait, à leur façon, une humble porte d’entrée dans l’âme russe.

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