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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 07:45

GESTICULATIONS  AUSTRALIENNES. La sénatrice Anne Ruston, ministre assistante pour le développement international et du Pacifique, n'arrivera à Florianopolis que le 8 septembre pour en repartir dès le 10, 4 jours avant la fin de la réunion de la Commission Baleinière Internationale... Les travaillistes et les verts condamnent cette décision, évoque une insulte pour chaque électeur australien concerné par la protection de la nature..; The Guardian, ce jour. Graham Readfearn.

https://www.theguardian.com/environment/2018/sep/08/australia-drops-ball-on-japans-attempt-to-resume-commercial-whaling

Comme les japonais, sous la houlette du proconsul McArthur, ont endossé implicitement la posture d'Achab à la fin 1945, certains australiens jouent subconsciemment le rôle de "l'archange Gabriel" (Moby Dick, chapitre 71 : L'Histoire du Jeroboam)...

La main dans la main, le navire et la brise arrivaient sur nous, mais la brise était plus rapide que le navire et bientôt le Péquod se mit à rouler.

À la longue-vue, le navire étranger se révéla, aux guetteurs de ses mâts, être un baleinier. Mais il était si loin au vent, faisant apparemment cap sur d’autres parages, que le Péquod ne pouvait espérer le rejoindre ; aussi hissa-t-on le signal pour voir ce qu’il répondrait.

Il faut dire ici que, tout comme les vaisseaux de guerre, les navires de la flotte baleinière américaine ont tous leur signal distinctif, figurant, avec le nom du navire correspondant, dans un livre qui est en possession de chaque capitaine, de sorte que les capitaines baleiniers sont à même de se reconnaître en plein Océan, à de grandes distances et sans peine.

Le navire étranger répondit au signal du Péquod en hissant le sien et il s’avéra être le Jéroboam de Nantucket. Brassant carré, il laissa porter sur nous, se rangea par le travers sous le vent du Péquod et mit une pirogue à la mer.

Elle eût tôt fait de se rapprocher mais, tandis que sur l’ordre de Starbuck on apprêtait l’échelle de coupée pour recevoir la visite de son capitaine, celui-ci, à l’arrière de sa baleinière, fit un geste de la main signifiant que c’était tout à fait inutile. Il se trouva qu’une épidémie maligne sévissait à bord du Jéroboam et que Mayhew, son capitaine, craignait de contaminer l’équipage du Péquod. Si lui-même et les hommes de sa baleinière étaient saufs, si la mer incorruptible et l’air du large purifiaient l’espace d’une portée de fusil qui nous séparait de son navire, le capitaine toutefois observait consciencieusement la pusillanime quarantaine des terriens et refusa catégoriquement d’entrer en contact direct avec nous.

Mais cela ne nous empêcha en rien de communiquer. Se maintenant à quelques pieds de distance, de quelques coups de rames intermittents, la pirogue du Jéroboam parvint à rester en parallèle avec le Péquod, tandis que celui-ci courait sur son erre, son grand hunier coiffé, la brise ayant fortement fraîchi, et bien que la poussée brusque d’une grosse vague déportât parfois la pirogue vers notre avant, elle était ramenée adroitement en bonne place. Malgré ces interruptions et d’autres encore, la conversation suivait un cours décousu lorsqu’elle prit une orientation d’un tout autre genre.

L’un des canotiers de la baleinière du Jéroboam était un homme d’une apparence singulière, même dans cette faune sauvage des baleiniers qui recrute, en majeure partie, des individus des plus originaux. C’était un jeune homme, petit, râblé, au visage semé de taches de rousseur, qui avait une crinière de cheveux jaunes. Il portait une vareuse insolite, à longues basques, couleur de noix, passée et dont les manches trop longues étaient retroussées sur ses poignets. Une folie profonde, ancrée, fanatique allumait son regard.

À peine ce personnage eut-il été aperçu que Stubb s’était écrié :

– C’est lui ! C’est lui ! c’est le Scaramouche aux longues nippes dont ceux du Town-Ho nous ont parlé !

Stubb faisait allusion à une étrange histoire courant sur le Jéroboam et sur un certain membre de son équipage et qui nous avait été contée lorsque le Péquod avait rencontré le Town-Ho quelque temps auparavant. Selon ce récit et ce que l’on apprit plus tard, il apparaissait que le Scaramouche en question avait pris un ascendant étonnant sur presque tous les hommes du Jéroboam. Voici son histoire :

Élevé dans la secte toquée des trembleurs de Neskyeuna, il avait été un grand prophète ; au cours de leurs secrètes réunions de cinglés, il était plusieurs fois descendu du ciel par une trappe annonçant l’ouverture toute proche de la septième fiole qu’il portait dans la poche de son veston, et qui, en lieu et place de poudre à canon, était présumée contenir du laudanum. Une curieuse lubie apostolique s’étant emparée de lui, il avait quitté Neskyeuna pour Nantucket, où, avec la ruse particulière à la folie, il afficha un extérieur sévère et raisonnable, puis demanda à s’engager comme novice à bord du Jéroboam. On l’accepta mais, à peine le navire avait-il gagné la pleine mer que l’écluse de sa folie s’ouvrit. Il se présenta comme l’archange Gabriel et ordonna au capitaine de sauter par-dessus bord. Il proclama publiquement qu’il était envoyé pour délivrer les îles de la mer comme vicaire général de toute l’Océanie. La conviction inébranlable qu’il mettait à ses déclarations, le jeu hardi et ténébreux de son imagination exaltée et sans repos, toutes les terreurs surnaturelles qu’engendre une vraie démence, s’emparèrent à la fois des esprits de la plupart des ignorants qui composaient l’équipage, et investirent ce Gabriel d’un prestige sacré. Qui plus est, ils en avaient peur. Le capitaine sceptique se fût volontiers débarrassé de lui, car non seulement un tel homme n’était pas très utile à bord, mais encore il refusait de travailler quand tel n’était pas son bon plaisir. Apprenant que son intention était de le débarquer dans le premier port qui s’y prêterait, l’archange ouvrit incontinent tous ses sceaux et ses fioles, vouant le navire et son équipage à la perdition pure et simple au cas où ce projet serait mis à exécution. Il avait exercé une telle pression sur ses disciples parmi l’équipage qu’en bloc ils se rendirent auprès du capitaine et l’avertirent que si Gabriel était débarqué aucun d’entre eux ne resterait à bord. Il fut, dès lors, contraint de renoncer à son intention. Ils exigèrent également que Gabriel ne fût jamais molesté quoi qu’il pût dire ou faire de sorte que celui-ci finit par jouir d’une totale liberté. En conséquence, il se souciait bien peu de l’autorité du capitaine ou des seconds et, depuis que l’épidémie s’était déclarée, il avait plus que jamais main mise sur tous, déclarant que la peste, comme il l’appelait, sévissait sur son ordre et ne cesserait que lorsqu’il le souhaiterait. Les matelots, de pauvres diables pour la plupart, rampaient obséquieusement devant lui, allant parfois, pour lui obéir, jusqu’à lui rendre un culte personnel comme à une divinité. Pour incroyable et surprenant que paraisse un tel état de choses, il n’en est pas moins vrai. En soi, l’histoire de ces fanatiques n’est point si frappante que le pouvoir infini qu’ils ont de se duper eux-mêmes et l’infini pouvoir qu’ils ont de duper et d’ensorceler tant d’autres. Mais il est temps d’en revenir au Péquod.

– Je ne redoute pas votre épidémie, camarade, dit le capitaine Achab penché sur la rambarde, au capitaine Mayhew debout à la poupe de sa pirogue, montez à bord !

Mais Gabriel avait bondi sur ses pieds :

– Songe, songe aux fièvres, jaunes et bilieuses ! Craignez la peste horrible !

– Gabriel, Gabriel ! s’écria le capitaine Mayhew, tu dois ou…

Mais au même instant une vague impétueuse lança la pirogue en avant et ses bouillonnements noyèrent tout discours.

– As-tu vu la Baleine blanche ? demanda Achab lorsque la baleinière revint à portée.

– Songe, songe à ton navire défoncé, sombrant ! Crains l’horrible queue !

– Je te répète, Gabriel, que… mais la pirogue fut à nouveau arrachée vers l’avant, comme tirée par des démons. Un silence se fit, tandis que se pressaient des vagues tumultueuses, qui selon un caprice occasionnel de la mer, moutonnaient sans s’élever. Cependant la tête suspendue du cachalot était violemment secouée et Gabriel la lorgnait avec plus d’appréhension que ne l’eût justifié sa nature d’archange.

Lorsque cet intermède eut pris fin, le capitaine Mayhew entama une sombre histoire au sujet de Moby Dick, non sans être fréquemment interrompu par Gabriel, chaque fois que ce nom revenait, et par la mer qui semblait avoir partie liée avec lui.

Il en ressortait que le Jéroboam n’était pas en mer depuis longtemps lorsque au cours d’une gamme avec un autre navire baleinier, son équipage apprit l’existence de Moby Dick et les ravages qu’il avait exercés. Savourant avec gourmandise cette information, Gabriel avertit solennellement le capitaine de ne pas attaquer au cas où le monstre viendrait à être rencontré ; dans sa folie idiote, il affirma que la Baleine blanche n’était rien moins que l’incarnation du Dieu Trembleur, les trembleurs admettant la Bible. Mais lorsque, quelque deux ans plus tard, les hommes en vigie signalèrent Moby Dick, Macey le premier second, fut dévoré du désir de l’affronter, et le capitaine lui-même ne s’opposait pas à lui en laisser l’occasion, malgré toutes les prédictions et tous les avertissements de l’archange ; Macey réussit à persuader cinq hommes d’armer sa baleinière. Il poussa au large avec eux et, après une nage longue et fatigante, bien des tentatives dangereuses et inefficaces, il réussit enfin à planter un fer. Pendant ce temps, Gabriel était monté à la tête du grand mât et agitait frénétiquement un bras, hurlant à pleins poumons, prophétisant la perte rapide des agresseurs sacrilèges de sa divinité. Macey, le second, debout à l’avant de sa baleinière, avec toute l’énergie téméraire de sa race, invectivait la baleine à cris sauvages, tout en guettant l’instant propice pour jeter la lance qu’il tenait en position, mais voilà qu’une large ombre blanche monta de la mer dont l’éventail rapide coupa momentanément le souffle aux canotiers. L’instant suivant, le malheureux second, si débordant de vie, fut lancé en l’air, et, après avoir décrit une longue courbe, il retomba à une cinquantaine de mètres de là. La pirogue n’eut pas une égratignure, pas un cheveu des hommes ne fut effleuré, mais le second sombra pour toujours.

Il convient d’ajouter entre parenthèses que, dans la chasse au cachalot, ce genre d’accident mortel est peut-être aussi fréquent que n’importe quel autre. Parfois, comme dans ce cas particulier, un homme est anéanti alors que rien n’est endommagé, plus souvent l’avant de la baleinière est arraché, à moins que le bordé de cuisse où se tient le chef, soit enlevé avec l’homme. Mais le plus étrange est qu’à plus d’une reprise on repêcha le corps qui ne portait aucune trace de violence, l’homme ayant été foudroyé.

La scène de la catastrophe, la chute de Macey, avait été clairement vue du navire. Poussant un cri perçant : « La fiole ! la fiole ! » Gabriel détourna l’équipage frappé de terreur de poursuivre la baleine. Cette terrible aventure revêtit l’archange d’un surcroît de prestige car ses disciples crédules crurent qu’il avait annoncé cet événement particulier et non fait une prophétie d’ordre général, que n’importe qui aurait pu faire avec une large marge de chances de tomber juste. Il devint une terreur sans nom à bord.

Mayhew ayant terminé son récit, Achab lui posa de telles questions que le capitaine étranger ne put s’empêcher de lui demander s’il avait l’intention de chasser la Baleine blanche si l’occasion s’en présentait. À quoi Achab répondit affirmativement. Aussitôt Gabriel bondit à nouveau sur ses pieds, jeta un regard flamboyant sur le vieil homme et s’écria avec véhémence, pointant un index vers l’eau :

– Pense, pense au blasphémateur qui gît mort, là au fond ! Crains la fin des blasphémateurs !

Achab se détourna, impassible, puis s’adressant à Mayhew :

– Capitaine, je pense à mon sac à lettres, si je ne me trompe il y a une lettre pour un de tes officiers. Starbuck, jetez un coup d’œil dans le sac.

Tout navire baleinier emporte un bon nombre de lettres destinées à divers navires et dont la délivrance dépend de la seule chance des rencontres dans l’un des quatre océans. Aussi la plupart ne leur parviennent-elles jamais, et nombre d’entre elles arrivent à qui de droit au bout de deux ou trois ans sinon davantage.

Starbuck revint bientôt avec une enveloppe à la main. Elle était piteusement chiffonnée, détrempée, couverte de tristes taches de moisissure verte, attestant un long séjour dans un placard sombre de la cabine. De pareille lettre, la Mort en personne eût pu être le facteur.

– Tu n’arrives pas à la lire ? s’enquit Achab, passe-la moi, camarade. Oui, oui, ce n’est qu’un vague gribouillage… mais qu’est-ce cela ? Tandis qu’il l’examinait, Starbuck fendait de son couteau le manche d’une pelle à trancher juste assez pour y introduire la lettre et la tendre jusqu’à la pirogue, sans qu’elle ait besoin de s’approcher davantage du navire.

Cependant Achab, tenant toujours la lettre, murmura : M. Har… oui Harry… (une fine écriture de femme, son épouse, j’imagine). Oui. M. Harry Macey, à bord du Jéroboam ; mais c’est pour Macey et il est mort !

– Pauvre diable ! pauvre diable ! et elle est de sa femme, soupira Mayhew mais passez-la moi.

– Non, garde-la toi-même, cria Gabriel à Achab, tu suivras bientôt le même chemin.

– Que le diable t’étrangle ! hurla Achab, capitaine Mayhew, préparez-vous à la recevoir et, prenant des mains de Starbuck la missive fatale, il l’inséra dans la fente du manche et la tendit vers la pirogue. Mais les canotiers avaient, dans cette attente, cessé de nager, la baleinière dériva légèrement vers la poupe du navire de sorte que, comme par magie, l’enveloppe se trouva devant la main de Gabriel qui s’en saisit, empoigna le couteau de pirogue, y ficha le lettre et l’expédia ainsi lestée sur le navire. Elle tomba aux pieds d’Achab, Gabriel cria à ses camarades de scier et cette baleinière de mutins s’éloigna rapidement du Péquod.

Lorsque après cet intermède, les matelots reprirent leur travail sur la robe du cachalot, bien des propos étranges circulèrent au sujet de cette ténébreuse affaire.

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