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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 09:45

Certains des "hippopotames d"Escobar", capturés après la mort de leur propriétaire en 1993, vivent à l'état sauvage dans le fleuve Magdalena, et leur population augmente malgré une politique de stérilisation. Les extraits suivants sont tirés de l'article d'Anne Proenza, correspondante à Bogota du journal "Libération", et publié le 27 jullet :

https://www.liberation.fr/planete/2020/07/27/en-colombie-la-dangereuse-proliferation-des-hippos-d-escobar_1795382

...les mastodontes, qui avaient été importés illégalement à la fin des années 80 par le chef du cartel de Medellín pour enrichir le zoo exotique de son immense propriété, la hacienda Nápoles, à l’ouest de Medellín, se reproduisent depuis sa mort, le 2 décembre 1993, de manière exponentielle. Ils étaient quatre - trois femelles et un mâle - du temps du capo, ils sont aujourd’hui au moins 80, représentant le plus grand troupeau hors d’Afrique, d’où ils sont originaires.

«C’est un environnement parfait pour eux, sans saisons ni sécheresses, avec une bonne humidité et des pâturages qui leur offrent de quoi manger toute l’année.» explique le biologiste David Echeverri.

Une quarantaine de bêtes sont restées dans les lacs artificiels de la hacienda Nápoles, devenue en 2007 un parc à thème à succès, qui comprend notamment un mémorial pour les victimes du trafic de drogue. Mais le troupeau grandissant, certains hippos se sont échappés et n’ont pas eu de mal à trouver le fleuve Magdalena, à 11 kilomètres de là, ou à s’installer dans un de ses affluents, s’éloignant jusqu’à 150 kilomètres.

Quatre spécimens ont par exemple élu domicile depuis déjà sept ans à la confluence de la rivière Claro Cocorna et du Magdalena, raconte par téléphone le pêcheur Alvaro Diaz : «Ils représentent un danger pour les pêcheurs et les habitants des rivages, mais ils ont aussi embelli le paysage et attirent les touristes qui préfèrent les observer en liberté dans un milieu naturel, ce qui engendre des revenus supplémentaires.»

Plusieurs accidents ont eu lieu, les hippopotames aimant défendre leur territoire : «On ne peut plus pêcher à l’embouchure», souligne Alvaro Diaz. Et certaines bêtes se promènent dans les hameaux avoisinants, effrayant plus d’un villageois.

Les scientifiques débattent pour l’instant encore des conséquences à long terme de la prolifération de ces impressionnants animaux dans un environnement qui n’est pas le leur. «L’espèce peut, d’une part, modifier la composition physique et chimique de l’eau, estime David Echeverri, et de l’autre, altérer la biodiversité et chasser des espèces en voie d’extinction» comme les lamantins, les caïmans et les loutres.

En 2009, la mort d’un hippopotame avait fait l’objet d’une plainte et depuis, selon la jurisprudence colombienne, il est interdit de les tuer. Les capturer pour les stériliser ou les déplacer dans des zoos en Colombie ou à l’étranger représente un travail de titan, surtout pour ceux qui sont en liberté dans le Magdalena. Sans compter le coût…

Les hippopotames ne sont certes pas la seule pression qui s’exerce sur l’écosystème du Magdalena, déjà touché par la déforestation, l’élevage, l’industrie… Isabel Romero, qui s’occupe du centre de conservation des tortues de Puerto Triunfo (commune où se trouve la hacienda Nápoles) et qui aime bien «les grosses bêtes» fait observer que les immenses troupeaux de buffles ont un impact énorme, bien plus important que celui des hippos, et c'est aussi une espèce importée -les buffles ont également été massivement importés au Brésil- . En dix ans, cinq hippopotames ont été transférés dans des zoos et dix autres stérilisés. Dans le même temps, leur nombre est passé de 25 à 80… 

Selon plusieurs études scientifiques publiées ces derniers mois en Colombie et aux Etats-Unis, les hippopotames pourraient se compter en milliers d’ici à 2050 dans le nord du pays.

Il ne fait guère de doute que, peu ou prou, la population d'hippopotames sera régulée d'une manière ou d'une autre. Les environnementalistes feront valoir que la compétition spatiale et trophique qu'ils imposent au lamantin local est insupportable pour ce dernier, et il serait étonnant que d'aucuns n'envisagent pas sérieusement une industrie locale basée sur la viande d'hippo (sauvage, donc de qualité nettement supérieure à celle du boeuf ou du porc, et qui peut susciter l'attrait des classes aisées et des touristes fortunés).

En 1910, aux USA, il avait été envisagé de lâcher des hippopotames dans les bayous de Louisianne et les laisser prospérer, pour construire une industrie de la viande de ces animaux. Mais le projet ne vit jamais le jour. Voir un article détaillé sur le sujet ici :

https://www.wired.com/2013/12/hippopotamus-ranching/

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commentaires

J
https://repository.royalholloway.ac.uk/file/6a190c90-1332-7be1-80f0-249feb4a73a2/4/Schreve_PGA_2009.pdf<br /> <br /> Dans la Tamise aussi et probablement ailleurs en Europe. je ne suis pas très au courant.
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J
Hippopotamus amphibius pourrait d'ailleurs être considéré comme autochtone en Europe puisqu'on a retrouvé des ossements au Royaume Uni. Mais il me semble que c'est un des animaux les plus dangereux au monde.
Répondre
A
A ma connaissance, les hippopotames britanniques n'étaient pas des "amphibius" mais des "gorgops", animaux plus volumineux (ils pouvaient atteindre 6 à 8 tonnes) et dont la surélévation des orbites par rapport au reste du crâne était plus importante, rendant leur vision périscopique plus efficace. L'extinction de tels animaux a peut-être interrompu chez eux une évolution progressive vers la vie marine (augmentation du volume, mutation des pattes en nageoires...)*. Quant au caractère "dangereux" de l'hippopotame, il me semble que la première question concerne notre incompétence relationnelle vis-à-vis des grands animaux sauvages, que nous avons progressivement cessé de cotoyer depuis 10 000 ans, en perdant de ce fait, tous les savoir faire et savoir être liés à cette cohabitation. Au début du siècle dernier encore, en Inde, un jeune garçon qui traversait la jungle savait quelle attitude adopter pour ne pas déclencher l'attaque d'un tigre qu'il rencontrait chemin faisant... Aujourd'hui, notre maladresse relationnelle spontanée dans ce domaine comme dans bien d'autres est maximisée par notre insignifiance, inconsistance, intempérance... Comme l'a fort bien dit Claude Lévy-Strauss, la coupure radicale entre humanité et animalité par l'homme moderne a fait entrer le Monde dans un cycle maudit. Le consumérisme, dérive extrême des habitudes prises consécutivement à la "révolution" néolithique, déchaîne l'illimitation de notre nullité crasse : on pense n'importe comment, on dit et on fait n'importe quoi. On tend à ressembler à notre adversaire. Hier, c'était le lion, aujourd'hui le virus... Dans "Mononoke Hime" (2 juillet 1997), Hayao Miyazaki fait dire au Dieu Sanglier Blanc Okkotonushi, âgé de 500 ans et aussi grand qu'un éléphant : "Nous devenons chaque année plus petits et plus bêtes. Et nous ne serons bientôt plus que du gibier pour les humains"... <br /> <br /> * Un certain nombre d'hippopotames fréquentent assidûment les eaux côtières de l'Océan Atlantique (par exemple en Casamance, au Gabon ou dans des îles au large de la Guinée Bissau) et de l'Océan Indien (par exemple au Kenya, en Tanzanie, en Afrique du Sud).

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