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28 janvier 2022 5 28 /01 /janvier /2022 07:07

Ceci fait suite à « Le Vent reprend ses tours » et à « Le Voyage » respectivement mis en ligne le 30 mars 2020 et le 22 janvier 2022.

https://europe-tigre.over-blog.com/2020/03/le-vent-reprend-ses-tours.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2022/01/le-voyage.html

Des milliers d'années après l'élaboration, en méditerranée orientale, du mythe d'Isis la Grande Truie, la myrionyme (qui a 10 000 noms) plus rusée que des millions d'hommes, de dieux et d'esprits, élégante, douce et imaginative résolutrice cathartique de situations dramatiques et apparemment inextricables...

https://blogostelle.com/2018/10/30/egypte-ancienne-deesse-isis-mille-noms-1/             

... ce point nodal miraculeux des temps préhistoriques est revisité, dans la première décennie de ce siècle, par un archéologue égyptien, qui reconfigure le récit, à l'aune d'influences ultérieures (mythologie des pêcheurs sorkhos du Niger héritiers de la culture nilotique,  Moby-Dick d'Herman Melville)...

Hussein Bassir a travaillé, depuis des décennies, sur de nombreux sites prestigieux de l'Egypte Pharaonique. Il est membre du Conseil Suprême des Antiquités auprès du Ministère de la Culture. Son livre a été publié en 2005. Le texte est en arabe, mais le titre est en égyptien ancien : DESHER WER  ("LE VIEUX ROUGE"). Ceci fait référence, pour les égyptiens de l'époque des Pharaons, à un hippopotame d'une longévité exceptionnelle, d'une grande intelligence pratique, extrêmement dangereux et pratiquement invulnérable. L'animal est recouvert d'une sécrétion rougeâtre protectrice*.

Cet imposant pachyderme sécrète un liquide transparent visqueux qui devient rouge au bout de quelques instants : la fameuse « sueur de sang ». Ce fluide primordial pour l’animal est produit par l’alliance de deux pigments : l’hipposudorique de couleur rouge vif et le norhipposudorique de couleur orangée. La combinaison de ces deux éléments forme une substance qui prévient la peau des hippopotames du dessèchement et la protège des ultra-violets en les absorbant… mais pas seulement.

Ce fluide épais protègerait également l’épiderme de l’animal d’éventuelles infections en inhibant la croissance de germes pathogènes. C’est pourquoi malgré la fragilité de leur peau, les hippopotames ne développent pas d’infections cutanées en vivant dans des eaux sales. D’après une étude, l’hipposudorique à lui tout seul, même en quantité moins importante que celle que produit l’hippopotame, suffirait déjà à inhiber les bactéries.

La vague saharo-nilotique. Les représentations qui vont mener à l'élaboration du mythe d'Isis sont, selon toute probabilité, celles des chasseurs-cueilleurs du Sahara vert (lors de l'optimum humide néolithique, il y a entre 7000 et 9000 ans : à cette époque, il existe de véritables "mers intérieures" -dont le lac Tchad aux proportions immenses, sans commune mesure avec ce qu'il est aujourd'hui, mais qui n'est pourtant que le second en superficie- dans un Sahara où la savane prédomine).

Dans ce cadre profus où prospèrent notamment girafes, éléphants, rhinocéros (l'un d'entre eux est représenté de façon particulièrement spectaculaire sur la paroi d'une grotte du Messak libyen, avec une tête plus volumineuse que le corps -figure 47 page 150 dans Le Quellec 1998-), les hippopotames sont les rois des gigantesques espaces aquatiques. Dans ce qui correspond à la Libye Cyrénaïque actuelle, les populations locales développent un culte pour ceux-ci.

Les mâles sont redoutés. Leur puissance est parfois soulignée par un surdimensionnement de la tête, parfois, à l'inverse, par celui du corps...

Ref : Rodrigue (Alain). 2021. Gravures d'hippopotames au sahara occidental. Pages 129-132, Ikosim (10).

https://www.academia.edu/71583643/Gravures_dhippopotames_au_Sahara_Occidental

Le Quellec (1998) publie même une représentation  de l'un d'entre eux muni de dents de requin [photo 9 du cahier interne inclus entre les pages de texte 192 et 193]... [Le Quellec (Jean-Loïc). 1998. Art Rupestre et Préhistoire du Sahara : le Messak Lybien. 616 pages. Editions Payot et Rivages].

A l'inverse, les femelles expriment la douceur maternelle.

 

Isis est en filiation directe avec ces dernières.

https://blogostelle.com/2018/09/29/deesse-serpent-isis-thoueris-hippopotame/

Ses frères Horus et Seth (le premier deviendra, dans une version plus tardive qui a été retenue par l'Histoire, comme son fils), se combattent en prenant la forme d'hippopotames concurrents. Isis s'efforce de résoudre cette situation compliquée.

Isis va se cacher dans les marais pour protéger Horus nouveau-né de Seth, celui-ci voyant en lui un rival potentiel.

Dans l' épreuve d'apnée sous l'apparence d'hippopotames. Horus bat à plusieurs reprises Seth (il convient de parvenir à rester sous l'eau continûment pendant trois mois!). Le premier est soutenu par Isis et la plupart des autres divinités. Pourtant, le différend traîne en longueur durant 80 ans, en grande partie parce que le juge,  le dieu créateur, favorise Seth. Lors du concours d'apnée, à un moment donné, Isis tente de harponner Seth pour qu'enfin cesse leur rivalité. Malencontreusement, elle frappe Horus à la place de Seth. Son second coup de lance atteint Seth dans le postérieur. Ce dernier supplie sa sœur de le relâcher, ce qu'elle fait. Fou de colère, Horus coupe la tête de sa mère par un brusque mouvement de glaive. Très vite, Thot use de sa magie et remplace la tête humaine d'Isis avec celle d'une vache. Cet épisode est l'origine étiologique de la coiffe en forme de cornes de vache qu'Isis porte couramment dans les images qui la représentent. Pris de panique, Horus prend la fuite. Dans le désert, il est rattrapé par Seth qui l'aveugle en l'énucléant. Prise de pitié, Hathor rend la vue à la jeune victime...

 

L'équilibre entre communautés humaines et hippopotamiennes, exprimé à travers le mythe, semble évoluer, dans les représentations collectives égyptiennes au long des millénaires de la période pharaonique, d'une façon que l'on retrouvera bien plus récemment aux Etats-unis entre cachalots et baleiniers, avec un schéma d'évolution homologue... Défaite initiale emmitouflée dans un processus de déni et d'inversion légendaire, iconoclastie de précaution qui bascule en iconostasie obsessionnelle :

Sebastian Francisco Maydana. 2020. Hippopotamus Hunting in Predynastic Egypt : reassessing Archeozoological evidence. Archaeofauna. International Journal of Archaeozoology. 29 octobre 2020. 137-150.

Diane Leeman. 2020. Self published. 80 pages. Middle Kingdom Hippopotamus Figurines.

https://www.academia.edu/43040967/Middle_Kingdom_Hippopotamus_Figurines

 

Aux yeux d’un Égyptien, toute image était un être vivant et jouissait d’un pouvoir magique et d’une efficacité propre. Or les signes de l’écriture hiéroglyphique étaient des images qui, parce qu’ils conservaient avec netteté leur forme précise et définie, gardaient leur pouvoir. Parmi tous les hiéroglyphes, beaucoup représentaient des êtres dont l’action propre pouvait être dangereuse. Pourtant, en écrivant, les scribes étaient souvent amenés à utiliser ces éléments graphiques qui, pris individuellement, pouvaient devenir funestes.

Ils choisissaient alors d’omettre ces hiéroglyphes dangereux ou de les remplacer par des représentations d’objets inertes .

Une précaution simple, adoptée plus tardivement, consistait à «tuer» les signes dangereux en les mutilant.

Ainsi, les animaux sauvages et constituant une menace, comme les lions, les éléphants, les crocodiles, les serpents ou les scorpions, étaient souvent peints de manière incomplète, de façon à ne pas être dangereux pour le défunt lorsqu’ils prendraient vie : le scorpion était amputé de sa queue redoutable, le lion était coupé en deux. Un autre procédé consistait à figurer les êtres hostiles percés de flèches ou hérissés de couteaux comme une pelote d’épingles; s’ils s’animaient, l’arsenal qu’ils portaient sur le dos les amenait aussitôt à composition.

Ces faits étant posés, on peut supposer que la croyance égyptienne en une réalité agissante de l’image, qui n’est probablement pas apparue ex nihilo, trouve son origine dans les anciennes populations du désert saharien. Le bestiaire du désert Libyque confirme à sa manière cette intuition. On peut en effet supposer que c’était le caractère dangereux de leurs prototypes et la peur de l’animation des images qui justifiaient leur étonnante absence, politique d’omission que les Égyptiens avaient primitivement adoptée, avant de finir par utiliser les images dangereuses, mais en s’entourant de précautions.

Le mythe d'Isis redessiné par le calame d'Hussein Bassir.

La mère du "Vieux Rouge" est capturée par les villageois, et célébrée comme il se doit. Mais elle meurt de tristesse... avant de se muer en femme resplendissante (Ipet, l'hippopotamesse matricielle et protectrice du Delta, s'était progressivement muée, de la même façon, en une Isis de forme humaine)...

Le Maître du marais est, lui, un authentique tyran, sous sa forme la plus caricaturale.  Il tue les petits (Seth tente de faire de même avec Horus, voyant en lui un rival potentiel) mais aussi ses épouses, et en grand nombre! Si les infanticides interviennent parfois lors de périodes de surpopulation et de pénurie, le massacre des femelles est une pure fiction. Elle était déjà véhiculée dans un album pour les enfants d'Henry Clérisse, "Mali le Jeune" publié en 1936 et illustré par Pellos, le dessinateur des Pieds Nickelés... Mais le Vieux Rouge sait aussi être magnanime. S'il tue les pêcheurs qui l'affrontent, il renvoie vers la berge le berceau d'un nourrisson, avec à l'intérieur, son occupant sain et sauf... Après bien des péripéties, la femme de l'un des pêcheurs morts entame une bataille titanesque avec le pachyderme où elle finit par triompher (du moins en est-elle convaincue) avant de mourir elle-même... Achab n'est-il pas certain d'avoir porté un coup fatal au cachalot blanc quand son harpon s'enfonce dans les chairs de celui-ci jusqu'à la garde "comme aspiré par une fondrière"... avant d'être étranglé puis entraîné dans les flots par la ligne reliée à son arme?

En tout cas, un personnage féminin aussi puissant, acharné à vaincre, prisonnier d'une haine illimitée, évoque Nana Miriam, fille de Faran Maka, l'hippopotamier géant du Niger. Celui-ci  gère les troupeaux de pachydermes, dont il connaît chaque membre, comme un pasteur attentif. Il mange 2 hippopotames quotidiennement, peut même bourrer sa pipe avec 40 d'entre eux... Bref, il est un peu aux hippopotames ce que Moshup le géant aquinnah de Nantucket est aux globicéphales, voire aux cachalots... il finit par être mis en échec par un hippopotame géant aux pouvoirs magiques. L'un de ses amis, qui possède 120 chiens de chasse plus grands que des chevaux, subit un désastre plus grand encore : tous ses chiens géants sont avalés par leur terrible adversaire... Finalement, Nana Myriam attrape le "monstre aquatique par la patte" et l'envoie littéralement "dinguer sur orbite". La Constellation que nous nommons "La grande Ourse" représente, pour les Egyptiens anciens, la Grande Hippotamesse tenant le "Taureau" Seth par la patte... Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, Nana Myriam extermine tout le troupeau, n'épargnant finalement, sur les conseils empressés et suppliants de son père, qu'une mère et son petit...

https://mythologica.fr/afrique/faramaka.htm

https://www.rejectedprincesses.com/princesses/nana-miriam

LE VOYAGE VA SE POURSUIVRE BIENTÔT.

 

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