FATA MORGANA
La dernière chasse.
Ceci fait suite à « Destinée manifeste », mis en ligne sur ce blog le 7 septembre dernier.
https://europe-tigre.over-blog.com/2024/09/destinee-manifeste.html
La version anglaise du présent texte (« Rolling Seas, or : Loomings of the Last Hunt ») est mise en ligne sur ce blog aujourd’hui.
https://europe-tigre.over-blog.com/2025/01/rolling-seas-or-loomings-of-the-last-hunt.html
Buffalo Bill Wild West Show, dernier tour de piste. Demain, Donald John Trump sera officiellement investi comme 47ème Président des Etats-Unis d’Amérique, par un froid polaire, au moment où la deuxième ville des USA est toujours la proie des flammes. Sa très large victoire aux dernières élections présidentielles, son alliance avec Elon Reeve Musk, génie visionnaire, pourvu, du moins pour l’heure, d’une colossale force de frappe financière, suivie du ralliement de l’ensemble des « géants de la Tech » au panache roux du vainqueur (soumission de Jeff Bezos et Mark Zuckerberg) y compris sur le plan idéologique ( Apocalypse « girardien » de Peter Thiel), peut devenir une véritable révolution politique intérieure, aux répercussions mondiales. Elle constituera éventuellement, si toutefois elle parvient à prendre corps et devenir effectivement fonctionnelle pour une durée excédant les tout prochains mois*, une très fragile et très provisoire palissade contre les flots rageurs et redoublés des ferments de guerre civile pour une Amérique en phase avancée de morcellement. L’évolution présente de l’atmosphère général au sein de la psychologie collective semble être la manifestation d’une ultime phase maniaque avant l’auto-équarissage, à travers une récapitulation tourbillonnaire des grandes tendances spontanées et récurrentes mises en œuvre dans ce pays depuis sa création **...
* Nul ne peut préjuger des situations respectives de Donald Trump et Elon Musk dans 3 ans, 3 mois, 3 semaines... O combien de marins, combien de capitaines – Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines...
** Les activités baleinières sont le véritable socle qui a structuré jusqu’à aujourd’hui les tendances spontanées du pays (comme je crois l’avoir clairement démontré dans mon livre paru il y a 5 ans), induisant une logique extractiviste et annexionniste à l’échelle universelle. Alors que les concepteurs n’en sont pas forcément conscients, la Paix par la Force de Donald Trump induit une dynamique irrésistible vers la 3ème guerre mondiale, le Sauvetage de l’Humanité par Elon Musk sous-tend comme pré-requis de rendre des espaces toujours plus vastes de la croûte terrestres hostiles à la vie humaine.
AFFICHAGE SINCERE, REALITE INCONSCIENTE. La véritable stratégie de Donald Trump (impensée par son auteur, celui-ci se considérant personnellement fort éloigné du bellicisme des néo-conservateurs), c’est LA GUERRE (le sort des régimes vénézuelien et iranien est probablement d’ores et déjà scellé), dans une dynamique qui aboutira vite à ce qu’il veut précisément éviter : la 3ème guerre mondiale. En effet, certains de ses interlocuteurs (et non des moindres) dans ce qu’il imagine être un dialogue musclé à vocation conclusive, ont nettement plus de détermination, d’opiniâtreté et de constance que lui, et tous les moyens de les faire prévaloir. De plus, son initiative est rendue plus difficile par les dernières décisions de l’administration Biden en matière d’énergie…
https://www.paulcraigroberts.org/2025/01/13/the-folly-and-illegality-of-sanctions/
Dans le même temps, la revendication par Elon Musk du statut de « Sauveur de l’Humanité » par l’essaimage d’une partie de celle-ci sur d’autres planètes prend d’autant plus de consistance au fur et à mesure que la Terre devient de plus en plus invivable… Les pasteurs nomades choisissent ainsi d’autres pâtures pour leurs troupeaux quand ceux-ci ont épuisé la capacité de renouvellement phytologique de celle qu’ils exploitaient jusqu’alors...
Gloire au vainqueur, gloire au Héros. Triomphateur de multiples épreuves, Donald Trump, comme les Césars aux oripeaux hérakléens de la Rome Antique, devient désormais une figure modernisée des géants mythiques cachalotier et bûcheron, Alfred Bulltop Stormalong (apparu au début des années 1830 en réponse aux ravages provoqués par de grands cachalots mâles dans la flotte de pêche américaine) et Paul Bunyan (en souvenir de l’épopée du percement du canal Erié (1817-1825), qui permit le développement hallucinant de la ville de New-York)...
Sa « Paix par la Force » s’imagine être un avatar de « la Doctrine Monroe » du début du XIXème siècle. Il définit ainsi une sphère d’influence exclusive, qui explique sa prise de contrôle de facto de l’Equateur comme du Pérou, sa mise sous pression du Mexique pour une potentielle intervention armée (la proie avait déjà été dévorée à moitié au XIXème siècle), du Panama pour une réannexion du canal (conçu puis construit en partie par les français de 1880 à 1889, avant d’être achevé par les américains jusqu’à son inauguration à l’été 1914 ), son espoir officiel d’absorber le Canada (déjà réclamé à l’Angleterre lors des « Alabama claims » (1864-1872) en réparation de l’aide apportée par celle-ci à l’armée confédérée lors de la guerre civile) et le Groenland*, permettant d’établir ainsi une continuité arctique jusqu’à l’Alaska (vendu par les russes en 1867, de peur de se le faire arracher sans pouvoir s’y opposer d’une quelconque manière, comme l’a magistralement montré Michel Poniatowski dans son ouvrage sur l’Amérique russe -1978-)...
https://strategika.fr/2025/01/10/lequateur-ouvre-ses-portes-a-larmee-americaine/
Mais la doctrine Monroe comporte un impensé fondamental, qui est celui de « La Frontière éternelle », la tendance spontanée des américains à vouloir conquérir un horizon qui se défile sans cesse, et résoudre les crises internes par cette poussée toujours plus avant. Le Président James Monroe présente sa doctrine le 2 décembre 1823, alors que l’industrie baleinière du pays monte en puissance, l’île de Nantucket constituant à elle seule une véritable super puissance thalassocratique à l’échelle mondiale, vecteur puissant de l’instauration de la démocratie dans le monde entier (Herman Melville a souligné cet aspect dans les chapitres 14 et 82, notamment, de son roman « Moby-Dick »)… La dynamique induite par ce processus implique une prédation des territoires abordés homologue à celle des cétacés harponnés (« Moby-Dick », chapitre 89 « Poissons amarrés, poissons perdus » : « Pour John Bull, redoutable harponneur,qu’est la malheureuse Irlande sinon un poisson amarré?Et pour frère Jonathan (surnom donné par les anglais aux Etats-Unis), harponneur apostolique, le Texas n’en est-il pas un aussi… Qu’était l’Amérique en 1492, sinon un poisson perdu sur lequel Colomb planta le pavillon espagnol...Notre globe terrestre n’est-il pas lui-même un poisson perdu ? »
Sur le territoire américain lui-même, cette tendance à l’illimitation produit des résultats récurrents comparables à ceux observés à l’extérieur : un véritable Pandémonium, qu’a magnifiquement illustré Upton Sinclair, dans sa description des abattoirs de Chicago (La Jungle, 1905) et de la fièvre du pétrole (Oil !, 1927)...
* La dimension baleinière de « la question groenlandaise », et la dynamique vers l’Antarctique qu’elle génère.
La dernière chasse à la grande baleine blanche… Celle-ci serait coordonnée en une coalition américano-anglo-norvégienne (les autorités britanniques ont officiellement souligné qu’elles ne s’opposeraient en aucune manière aux initiatives de leur »plus proche allié », les norvégiens comptent régler à leur avantage leur différend historique avec les danois concernant la grande île) pour établir une continuité stratégique en zone arctique [Groenland- USA/Canada-Alaska : 21, 7 millions de km², soit plus que la Russie, avec 17 millions de km2].
Traditionnellement, les Inuits du Groenland considèrent voient dans la creation des icebergs un accouchement de l’inlandsis, gigantesque organisme maternel d’une profuse fertilité. Il y avait au XIXème siècle un usage répandu du terme de « vêlage » parmi les pêcheurs de baleines américains, danois et groenlandais (Olivier Remaud, « Penser comme un iceberg », 2020, pages 58-62).
L’OPA inamicale de Trump sur le Groenland est un remake, à plus vaste échelle, de l’odyssée du baleinier Superior de Thomas Welcome Roys, en Juillet 1848 en mer de Béring. Considérée par les historiens de l’industrie baleinière américaine comme l’évènement le plus important de l’Histoire de celle-ci, elle commença néanmoins par un renoncement ponctuel : le navire croisa une baleine franche du Groenland tellement énorme que le capitaine renonça à toute tentative de capture, de peur que le « poisson amarré » n’entraîne le vaisseau vers le fond… Par la suite, cette espèce nouvellement découverte fut dénommée par les marins « Russian whale », et même « Russia »...
Du Groenland à l’Antarctique, l’éternelle Frontière. L’appétit vient en mangeant, le détricotage du droit international appelle son intensification.
Et parmi les pays ayant des revendications sur des portions du continent Antarctique, on retrouve britanniques et norvégiens, qui lorgnent sur des secteurs voisins. Ceux-ci, une fois réunis, constitueraient un territoire de près de 4 millions de km² au Nord du continent. Dans le même temps, les appétits croisés des norvégiens et des japonais se réaiguisent pour la chasse aux rorquals, ce qui pourraient engendrer une véritable compétition entre ces acteurs, comparable à celle entre soviétiques et japonais dans les années 1960 (aujourd’hui, il y a plusieurs centaines de milliers de « petits » rorquals dans l’océan austral (périphérique au continent Antarctique))… Dans sa « Grande aventure des baleines (1953), Georges Blond évoquait un « Bulltop » norvégien réel, Einar Bornik, tueur de 5000 grands cétacés entre 1932 et 1952...
ACTUALISATION AU 15 FEVRIER. Voir ici le lien explicite entre l'annexion du Groenland et la conquête de la planète Mars, à travers la notion de "Nouvelle Frontière" (article du magazine Politico traduit dans Courrier International).
LES ELONIENS… Elon Musk, héritier spirituel de Cecil Rhodes, avatar des superhéros de la culture Marvel, Icare météore de la guerre, parviendra t-il à faire essaimer dans l’espace un petit groupe d’êtres humains ?
Objectif Lune... "Mocha Dick", sculpture de Tristin Lowe :
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Prévoit-il une planète de rechange pour les cétacés (rendus fous par les champs éoliens, selon Donald Trump) ?
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Et dans quelques siècles, la planète des sasquatchs (Un juste retour des choses, en somme)…
Un adversaire impensé. Avec lequel il est facile de vivre en paix, mais à qui il est difficile de faire la guerre... Great flood (1862), great fire (2025 ; actualisation au 13 février : le coût de la reconstruction est évalué à 275 milliards $). Thar, he blows ! Moby-Dick, ch 36 : « Je le poursuivrai... par-delà les flammes de l’Enfer », ch. 119 : « Il surgit parfois de ce ciel sans nuage, comme une bombe explose sur une ville endormie, hébétée. »...
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... Ch 111 : « Ainsi, ce mystérieux et divin Pacifique ceinture la masse entière du monde, fait de tous les rivages sa seule et unique baie, et son flux semble palpiter comme le coeur de la planète. ».
165 250 000 km², soit une superficie supérieure à l’ensemble des terres émergées, ainsi qu’à celle de la planète Mars.
La « Guerre du Pacifique » est, de facto, une formule polysémique...