LES RECONSTRUCTEURS: TIGRE ET LOUP
En Août 2007, j'avais rédigé, dans le cadre de la publication de mon site "4 continents pour les tigres" une page dévolue aux Etats - Unis, ses 10 000 tigres captifs, ses grands espaces et les
potentialités induites pour l'avenir.
En Avril 2008, j'avais précisé la question sur une page consacrée également à la Russie et la communauté européenne, et les perspectives d'avenir des dizaines de milliers de grands félins captifs sur leurs territoires respectifs.
Ceci avait également donné lieu à la publication d'un article dans la lettre de la SECAS (association du Jardin des Plantes liée au Museum d'Histoire Naturelle de Paris) en Novembre 2008.
Le 7 février dernier, sur ce blog (page: "tigre et bison"), j'avais souligné le dynamisme américain à travers la spectaculaire réexpansion des bisons, réparatrice d'ecosystèmes complexes, générateurs à la fois de paysages magnifiques et d'un imaginaire collectif épanouissant, socialement rédempteur.
Aujourd'hui, il me paraît utile de rappeler ou de préciser, après l'annonce par le gouvernement Obama d'une nouvelle orientation en matière de politique environnementale, le rôle particulier de RECONSTRUCTEUR PRIORITAIRE que peut jouer un loup ou un tigre sur ces plans indissociables que sont l'écologique et l'humain, à travers les exemples, pour les premiers, du parc de Yellowstone aux USA et de la steppe Olon Bulag, en Mongolie chinoise, et pour les seconds, de certaines zones ripuaires d'Asie centrale.
LES USA CHOISISSENT LA PROTECTION DE GRANDS ESPACES NATURELS
(Source: Agence Reuters)
Le Congrès américain a donné mercredi 25 mars 2009 son accord final à un ensemble de lois de protection de l'environnement, salué par les associations écologistes comme l'un des plus importants de l'histoire du pays.
Ces 160 lois accordent notamment un statut privilégié à plus de 800 000 hectares de parcs, rivières, déserts ou forêts répartis dans neuf états, qui ne bénéficiaient d'aucune protection légale jusqu'alors. L'exploitation du gaz naturel et du pétrôle, entre autres ressources, y sera interdite.
La mesure, approuvée une semaine auparavant par le Sénat, a été votée mercredi à la Chambre des Représentants par 285 voix pour et 140 contre, au terme d'une bataille législative de plusieurs années.
Le Président Obama devrait promulguer rapidement cette loi.
"Je n'ai pas souvenir d'une autre loi qui ait fait davantage pour les zones sauvages et les sites historiques" a indiqué le sénateur démocrate Jeff Bingaman, Président de la Commission de l'Energie et des Ressources Naturelles.
Les adversaires de la loi, républicains pour la plupart, lui reprochent d'empêcher l'accès à des gisements d'hydrocarbures.
Les 800 000 hectares concernés se situent dans les Etats de Californie, Idaho, Utah, Colorado, Oregon, Virginie, Virginie Occidentale, Nouveau - Mexique et Michigan.
Qui plus est, les nouvelles lois étendent le statut de protection dont bénéficiaient déjà plus de 10 millions d'hectares de zones historiques ou de paysages spectaculaires, comme le Canyon des Anciens dans le Colorado ou celui du Rocher Rouge près de Las Vegas.
"Les générations futures regarderont ce jour comme une étape primordiale dans l'histoire américaine de la protection de l'environnement" s'est réjoui William Meadows, Président de la Widerness Society.
ET MAINTENANT, PLACE AUX REPARATEURS!
La décision des autorités américaines est d'autant plus importante que les zones mises à l'abri des activités humaines les plus destructrices connaissent rapidement un renouveau floristique, faunistique et paysager phénoménal, avec un grand prédateur comme catalyseur du cercle vertueux.
LES LOUPS DE YELOWSTONE. A la fin du 19ème siècle, les américains fondent la première réserve naturelle du monde moderne. Au début du 20ème siècle, les éleveurs y font exterminer les loups jusqu'au dernier. L'état du parc se dégrade alors, malgré la protection législative dont il fait l'objet: raréfaction des arbres, érosion des berges des rivières, raréfaction des poissons, disparition des oiseaux. AUCUN ARBRE NE POUSSE ENTRE 1930 ET 1990. Sans nourriture, de nombreux castors migrent.
En 1995, les autorités réintroduisent à Yellowstone une trentaine de loups préalablement capturés au Canada. On en compte aujourd'hui près de 200. Chacune des 16 meutes tue en moyenne un wapiti par semaine. En 2004, la population de wapitis est réduite de moitié. Du coup, les peupliers, qui disparaissaient à force d'être broutés par les herbivores, recommencent à croître. En s'élevant, ils attirent des oiseaux chanteurs qui avaient disparu. Les castors qui étaient restés se multiplient et recommencent à construire des digues. Sur les étangs artificiels qui résultent d'une telle activité, apparaissent des plantes qui attirent aussi bien les ours que les canards. Les troncs renversés favorisent les frayères des poissons, dont le nombre augmente. Le reboisement naturel stabilise aussi les berges des rivières et arrête leur érosion. L'ombre des arbres refroidit les eaux, les rendant favorables aux truites et à leurs prédateurs. Dans le même temps, la présence des loups provoque un effondrement de la population de coyotes (90% de pertes). La raréfaction considérable de ceux - ci entraîne la multiplication des petits rongeurs, dont se nourissent alors les rapaces, diurnes et nocturnes. Les carcasses abandonnées par les loups attirent des grizzlis, des pies, des corbeaux, des insectes, attirant eux - mêmes des oiseaux insectivores.
En une seule génération, grâce au loup, le parc de Yellowstone aura retrouvé son lustre d'antan.
Quant aux éleveurs, pourtant comblés par des pâtures naturelles d'une richesse jamais vue depuis un siècle, et débarassés des coyotes, ils continuent à demander l'élimination du grand prédateur...
Pour plus de détails :
Articles de :
Jim Robbins dans "Pour la Science 323, Septembre 2004.
D.Smith. Avril 2003. Yellowstone after wolves. BioSciences 54 (4), 330 - 340.
Livre/Rapport de:
J. Halpenny. 2003. Yellowstone wolves in the wild. Riverland Publishing.
Un film sur le sujet a également été diffusé sur ARTE.
LE TOTEM DU LOUP.
Dans la steppe d'Olon Bulag, loups protecteurs de l'herbe et pasteurs mongols vivent en harmonie, jusqu'à la décision des autorités chinoises d'éradiquer les grands prédateurs, à l'époque de la révolution culturelle.
Jiang Rong évoque dans son roman (à forte connotation autobiographique) "Le totem du loup", publié en Chine en 2004 et vendu à plus de 20 millions d'exemplaires (version française 2007 chez Bourin Editeur) l'initiation d'un jeune étudiant chinois à la vie de la steppe. Il apprend que l'Empire de Gengis Khan put s'édifier parce que les pasteurs Mongols surent copier à la guerre les techniques de chasse des loups, que les éleveurs ne sont guère plus (et se vivent comme tels) que des parasites secondaires des hordes de loups dominantes, au même titre que les renards ou les vautours noirs...
Les loups, dans un contexte climatique particulièrement difficiles, parviennent à maintenir dans la steppe une richesse floristique insoupçonnée, qui rappelle celle de l'Asie centrale à l'époque où le tigre y prospérait : roselières extrêmement denses, de conformations singulières, qui assurent des abris extrêmement protecteurs pour les grands carnivores, obstruant la course des chiens, rendant les perches à lasso inopérantes, et où les loups ont pu aménager de véritables labyrinthes. Certaines herbes finissent par former des haies cylindriques, apportant aux animaux à la fois protection et confort. Dans les marécages, poussent d'immenses étendues de pivoines sauvages blanches, à l'inflorescence gigantesque que l'on peut confondre de loin avec des cygnes! C'est l'incendie systématique de ces milieux particuliers qui détruira loups, pasteurs, et la steppe elle - même.
Les pasteurs soutiennent que tigres et léopards ne peuvent plus s'implanter dans la région parce que les loups sont devenus les maîtres incontestés de la steppe (ce qui est certainement exact). Ils disent aussi qu'autrefois, des tigres et des léopards vivaient dans la steppe, et qu'ils en ont été chassés par les loups. La vérité est ici, de fait, assez différente. Les grands félins du Turkestan Chinois furent détruits par les hommes au cours du 19ème siècle, ce qui laissa le champ libre aux loups. En effet, on sait que les grands félins (puma aux Etats Unis, selon Marshall - Thomas, tigres en Asie centrale, selon Stroganov) sont (ou étaient) des protecteurs naturels des troupeaux des pasteurs: très prudents, ils ne s'attaquent pas à
ceux - ci ; par contre, leur présence limite indiscutablement le nombre et l'activité des loups.
Sans cesse pourchassés, les hordes de loups finissent par disparaître définitivement de la steppe Olon Bulag, et le louveteau que l'étudiant avait apprivoisé "tel un dragon d'or, chevauchait vent et neige, allait joyeusement vers Tengger - Le Ciel eternel, Divinité suprême des pasteurs Mongols- vers Sirius, vers l'espace infini où se regroupent les âmes de tous les loups de la steppe mongole morts au champ d'honneur."
Et la steppe devient un désert...
LE PARADIS ECOLOGIQUE DES ROSELIERES DU TIGRE
Tout comme celle des loups en Chine occidentale, la disparition des tigres en Asie centrale a eu des conséquences cataclysmiques. La destruction de la mer d'Aral, par exemple, est une conséquence directe de leur massacre programmé.
Celui - ci était en effet lié au détricotage complet d'un milieu d'une richesse prodigieuse, qui a subi un processus inverse à celui dont bénéficie Yellowstone depuis 1995.
Des descriptions détaillées et précises, MAIS HALLUCINANTES, de ce que fut historiquement l'univers floristique et faunistique de ce tigre, de la Mer Noire au Turkestan Chinois peuvent être établies à partir, notamment de la lecture des ouvrages suivants :
Leo Berg. 1941.Les régions naturelles de l'URSS. Eds Payot.
F.Harper. 1945. Extinct and vanishing animals of the old world. Ocean Mountains Studies. Carson City, Nevada.
V.G Heptner & A.A. Sludskii.1992. Mammals of the Soviet Union. Volume II, Part 2. Carnivora (Hyaenas and Cats). Brill eds.
Planhol (X). 2004. Le paysage animal . L'homme et la grande faune. Une zoogéographie historique.Eds Fayard (voir notamment les chapitres "Le domaine russe", 760 et suivantes, Asie Centrale, 821 et suivantes).
H. Beaumont. Asie centrale. 2008. Le guide des civilisations de la route de la soie. Editions Marcus.
Je me bornerai ici à quelques exemples ponctuels. Un animal discret (il ne feulait pas), au pelage terne et aux nuances peu contrastées, qui n'attaquait pas l'homme ni son bétail (du moins avant l'incendie des roselières), assurait (comme le font les loups à Yellowstone depuis 1995) à la steppe une richesse végétative suffisante pour que des animaux a priori plus à l'aise dans des milieux fort différents y trouvent leur compte: ce fut le cas notamment de l'ours, des castors, de l'élan et du glouton.
Il pouvait vivre continûment à proximité immédiate des zones d'activité agricoles et pastorales sans que celà pose le moindre problème à quiconque.
Protégé par un milieu qu'il protégeait lui - même, le tigre des roselières a permis, notamment dans le delta de l'Amou - Daria, la mise en place d'une mosaïque écologique de prédateurs d'une richesse unique au monde, comptant (de façon permanente ou ponctuelle) parmi les plus volumineux d'entre eux, 7 grands félins, 4 grands et moyens canidés, une hyène, deux ours, 3 grands mustelidés, soit 17 mammifères appartenant à la mégafaune carnivore....
Sans fournir pour l'heure de plus amples informations, anciennes ou très récentes (je préciserai les choses lors d'une prochaine publication d'ici à quelques jours), je pense qu'il est d'ores et déjà clair que
l'Asie centrale a un impérieux besoin de ses tigres, comme Yellowstone de ses loups et la grande plaine de ses bisons.
En Avril 2008, j'avais précisé la question sur une page consacrée également à la Russie et la communauté européenne, et les perspectives d'avenir des dizaines de milliers de grands félins captifs sur leurs territoires respectifs.
Ceci avait également donné lieu à la publication d'un article dans la lettre de la SECAS (association du Jardin des Plantes liée au Museum d'Histoire Naturelle de Paris) en Novembre 2008.
Le 7 février dernier, sur ce blog (page: "tigre et bison"), j'avais souligné le dynamisme américain à travers la spectaculaire réexpansion des bisons, réparatrice d'ecosystèmes complexes, générateurs à la fois de paysages magnifiques et d'un imaginaire collectif épanouissant, socialement rédempteur.
Aujourd'hui, il me paraît utile de rappeler ou de préciser, après l'annonce par le gouvernement Obama d'une nouvelle orientation en matière de politique environnementale, le rôle particulier de RECONSTRUCTEUR PRIORITAIRE que peut jouer un loup ou un tigre sur ces plans indissociables que sont l'écologique et l'humain, à travers les exemples, pour les premiers, du parc de Yellowstone aux USA et de la steppe Olon Bulag, en Mongolie chinoise, et pour les seconds, de certaines zones ripuaires d'Asie centrale.
LES USA CHOISISSENT LA PROTECTION DE GRANDS ESPACES NATURELS
(Source: Agence Reuters)
Le Congrès américain a donné mercredi 25 mars 2009 son accord final à un ensemble de lois de protection de l'environnement, salué par les associations écologistes comme l'un des plus importants de l'histoire du pays.
Ces 160 lois accordent notamment un statut privilégié à plus de 800 000 hectares de parcs, rivières, déserts ou forêts répartis dans neuf états, qui ne bénéficiaient d'aucune protection légale jusqu'alors. L'exploitation du gaz naturel et du pétrôle, entre autres ressources, y sera interdite.
La mesure, approuvée une semaine auparavant par le Sénat, a été votée mercredi à la Chambre des Représentants par 285 voix pour et 140 contre, au terme d'une bataille législative de plusieurs années.
Le Président Obama devrait promulguer rapidement cette loi.
"Je n'ai pas souvenir d'une autre loi qui ait fait davantage pour les zones sauvages et les sites historiques" a indiqué le sénateur démocrate Jeff Bingaman, Président de la Commission de l'Energie et des Ressources Naturelles.
Les adversaires de la loi, républicains pour la plupart, lui reprochent d'empêcher l'accès à des gisements d'hydrocarbures.
Les 800 000 hectares concernés se situent dans les Etats de Californie, Idaho, Utah, Colorado, Oregon, Virginie, Virginie Occidentale, Nouveau - Mexique et Michigan.
Qui plus est, les nouvelles lois étendent le statut de protection dont bénéficiaient déjà plus de 10 millions d'hectares de zones historiques ou de paysages spectaculaires, comme le Canyon des Anciens dans le Colorado ou celui du Rocher Rouge près de Las Vegas.
"Les générations futures regarderont ce jour comme une étape primordiale dans l'histoire américaine de la protection de l'environnement" s'est réjoui William Meadows, Président de la Widerness Society.
ET MAINTENANT, PLACE AUX REPARATEURS!
La décision des autorités américaines est d'autant plus importante que les zones mises à l'abri des activités humaines les plus destructrices connaissent rapidement un renouveau floristique, faunistique et paysager phénoménal, avec un grand prédateur comme catalyseur du cercle vertueux.
LES LOUPS DE YELOWSTONE. A la fin du 19ème siècle, les américains fondent la première réserve naturelle du monde moderne. Au début du 20ème siècle, les éleveurs y font exterminer les loups jusqu'au dernier. L'état du parc se dégrade alors, malgré la protection législative dont il fait l'objet: raréfaction des arbres, érosion des berges des rivières, raréfaction des poissons, disparition des oiseaux. AUCUN ARBRE NE POUSSE ENTRE 1930 ET 1990. Sans nourriture, de nombreux castors migrent.
En 1995, les autorités réintroduisent à Yellowstone une trentaine de loups préalablement capturés au Canada. On en compte aujourd'hui près de 200. Chacune des 16 meutes tue en moyenne un wapiti par semaine. En 2004, la population de wapitis est réduite de moitié. Du coup, les peupliers, qui disparaissaient à force d'être broutés par les herbivores, recommencent à croître. En s'élevant, ils attirent des oiseaux chanteurs qui avaient disparu. Les castors qui étaient restés se multiplient et recommencent à construire des digues. Sur les étangs artificiels qui résultent d'une telle activité, apparaissent des plantes qui attirent aussi bien les ours que les canards. Les troncs renversés favorisent les frayères des poissons, dont le nombre augmente. Le reboisement naturel stabilise aussi les berges des rivières et arrête leur érosion. L'ombre des arbres refroidit les eaux, les rendant favorables aux truites et à leurs prédateurs. Dans le même temps, la présence des loups provoque un effondrement de la population de coyotes (90% de pertes). La raréfaction considérable de ceux - ci entraîne la multiplication des petits rongeurs, dont se nourissent alors les rapaces, diurnes et nocturnes. Les carcasses abandonnées par les loups attirent des grizzlis, des pies, des corbeaux, des insectes, attirant eux - mêmes des oiseaux insectivores.
En une seule génération, grâce au loup, le parc de Yellowstone aura retrouvé son lustre d'antan.
Quant aux éleveurs, pourtant comblés par des pâtures naturelles d'une richesse jamais vue depuis un siècle, et débarassés des coyotes, ils continuent à demander l'élimination du grand prédateur...
Pour plus de détails :
Articles de :
Jim Robbins dans "Pour la Science 323, Septembre 2004.
D.Smith. Avril 2003. Yellowstone after wolves. BioSciences 54 (4), 330 - 340.
Livre/Rapport de:
J. Halpenny. 2003. Yellowstone wolves in the wild. Riverland Publishing.
Un film sur le sujet a également été diffusé sur ARTE.
LE TOTEM DU LOUP.
Dans la steppe d'Olon Bulag, loups protecteurs de l'herbe et pasteurs mongols vivent en harmonie, jusqu'à la décision des autorités chinoises d'éradiquer les grands prédateurs, à l'époque de la révolution culturelle.
Jiang Rong évoque dans son roman (à forte connotation autobiographique) "Le totem du loup", publié en Chine en 2004 et vendu à plus de 20 millions d'exemplaires (version française 2007 chez Bourin Editeur) l'initiation d'un jeune étudiant chinois à la vie de la steppe. Il apprend que l'Empire de Gengis Khan put s'édifier parce que les pasteurs Mongols surent copier à la guerre les techniques de chasse des loups, que les éleveurs ne sont guère plus (et se vivent comme tels) que des parasites secondaires des hordes de loups dominantes, au même titre que les renards ou les vautours noirs...
Les loups, dans un contexte climatique particulièrement difficiles, parviennent à maintenir dans la steppe une richesse floristique insoupçonnée, qui rappelle celle de l'Asie centrale à l'époque où le tigre y prospérait : roselières extrêmement denses, de conformations singulières, qui assurent des abris extrêmement protecteurs pour les grands carnivores, obstruant la course des chiens, rendant les perches à lasso inopérantes, et où les loups ont pu aménager de véritables labyrinthes. Certaines herbes finissent par former des haies cylindriques, apportant aux animaux à la fois protection et confort. Dans les marécages, poussent d'immenses étendues de pivoines sauvages blanches, à l'inflorescence gigantesque que l'on peut confondre de loin avec des cygnes! C'est l'incendie systématique de ces milieux particuliers qui détruira loups, pasteurs, et la steppe elle - même.
Les pasteurs soutiennent que tigres et léopards ne peuvent plus s'implanter dans la région parce que les loups sont devenus les maîtres incontestés de la steppe (ce qui est certainement exact). Ils disent aussi qu'autrefois, des tigres et des léopards vivaient dans la steppe, et qu'ils en ont été chassés par les loups. La vérité est ici, de fait, assez différente. Les grands félins du Turkestan Chinois furent détruits par les hommes au cours du 19ème siècle, ce qui laissa le champ libre aux loups. En effet, on sait que les grands félins (puma aux Etats Unis, selon Marshall - Thomas, tigres en Asie centrale, selon Stroganov) sont (ou étaient) des protecteurs naturels des troupeaux des pasteurs: très prudents, ils ne s'attaquent pas à
ceux - ci ; par contre, leur présence limite indiscutablement le nombre et l'activité des loups.
Sans cesse pourchassés, les hordes de loups finissent par disparaître définitivement de la steppe Olon Bulag, et le louveteau que l'étudiant avait apprivoisé "tel un dragon d'or, chevauchait vent et neige, allait joyeusement vers Tengger - Le Ciel eternel, Divinité suprême des pasteurs Mongols- vers Sirius, vers l'espace infini où se regroupent les âmes de tous les loups de la steppe mongole morts au champ d'honneur."
Et la steppe devient un désert...
LE PARADIS ECOLOGIQUE DES ROSELIERES DU TIGRE
Tout comme celle des loups en Chine occidentale, la disparition des tigres en Asie centrale a eu des conséquences cataclysmiques. La destruction de la mer d'Aral, par exemple, est une conséquence directe de leur massacre programmé.
Celui - ci était en effet lié au détricotage complet d'un milieu d'une richesse prodigieuse, qui a subi un processus inverse à celui dont bénéficie Yellowstone depuis 1995.
Des descriptions détaillées et précises, MAIS HALLUCINANTES, de ce que fut historiquement l'univers floristique et faunistique de ce tigre, de la Mer Noire au Turkestan Chinois peuvent être établies à partir, notamment de la lecture des ouvrages suivants :
Leo Berg. 1941.Les régions naturelles de l'URSS. Eds Payot.
F.Harper. 1945. Extinct and vanishing animals of the old world. Ocean Mountains Studies. Carson City, Nevada.
V.G Heptner & A.A. Sludskii.1992. Mammals of the Soviet Union. Volume II, Part 2. Carnivora (Hyaenas and Cats). Brill eds.
Planhol (X). 2004. Le paysage animal . L'homme et la grande faune. Une zoogéographie historique.Eds Fayard (voir notamment les chapitres "Le domaine russe", 760 et suivantes, Asie Centrale, 821 et suivantes).
H. Beaumont. Asie centrale. 2008. Le guide des civilisations de la route de la soie. Editions Marcus.
Je me bornerai ici à quelques exemples ponctuels. Un animal discret (il ne feulait pas), au pelage terne et aux nuances peu contrastées, qui n'attaquait pas l'homme ni son bétail (du moins avant l'incendie des roselières), assurait (comme le font les loups à Yellowstone depuis 1995) à la steppe une richesse végétative suffisante pour que des animaux a priori plus à l'aise dans des milieux fort différents y trouvent leur compte: ce fut le cas notamment de l'ours, des castors, de l'élan et du glouton.
Il pouvait vivre continûment à proximité immédiate des zones d'activité agricoles et pastorales sans que celà pose le moindre problème à quiconque.
Protégé par un milieu qu'il protégeait lui - même, le tigre des roselières a permis, notamment dans le delta de l'Amou - Daria, la mise en place d'une mosaïque écologique de prédateurs d'une richesse unique au monde, comptant (de façon permanente ou ponctuelle) parmi les plus volumineux d'entre eux, 7 grands félins, 4 grands et moyens canidés, une hyène, deux ours, 3 grands mustelidés, soit 17 mammifères appartenant à la mégafaune carnivore....
Sans fournir pour l'heure de plus amples informations, anciennes ou très récentes (je préciserai les choses lors d'une prochaine publication d'ici à quelques jours), je pense qu'il est d'ores et déjà clair que
l'Asie centrale a un impérieux besoin de ses tigres, comme Yellowstone de ses loups et la grande plaine de ses bisons.
Publicité
FUNERAILLES SACREES
UNE INDONESIE INTERESSANTE, EN VOIE D'EXTINCTION
J'avais décrit ici même, le 4 mars dernier, sur la page "L'Ombre et la Proie", la situation cataclysmique actuelle des tigres indonésiens, et l'état réel de leurs relations avec les communautés humaines, qui s'apparentait à une tentative de résistance desespérée et frontale face à une guerre d'exterminationpar les innombrables colons qui dévastaient leur territoire. Il existe (encore) une Indonésie différente, où le respect du fauve a (encore) du sens.
Même si ceci relève désormais de l'anecdotique, tant l'heure est prioritairement au bruit et à la fureur, c'est - à - dire à la BARBARIE, le phénomène social décrit ci - après a un immense mérite : celui d'être toujours vivant.
Depuis des siècles, un petit village de la province de Jambi organise des cérémonies religieuses très mystiques en l'honneur des tigres de Sumatra (source : Tempo - hebdomadaire indonésien -).
Information grâcieusement transmise le 25 mars par M. René Cagnat, auteur de "La Rumeur des Steppes" (1991), ambassadeur de France en Kirghizie, à qui j'adresse mes remerciements les plus vifs.
LA MONTAGNE RADIEUSE D'UNE CREATURE D'ELECTION
"O toi noble ancêtre, guide de la montagne radieuse, gardien de la forêt vierge, nous convoquons pour toi les chefs de guerre, l'arpent de terre, le bois parasol, ô notre aïeul, viens vite, nous voulons te couvrir d'étrennes". Tel est le mantra du tigre. Dans le village de Pulau Tengah, situé sur les berges du lac Kerinci, dans la province de Jambi (Sumatra), la cérémonbie funéraire pour les tigres est une tradition unique. Depuis des générations, les habitants de ce village vouent un immense respect à ces fauves. Ils leur attribuent divers noms, Inyak, Ninek ou Tuo, qui revêtent tous la même signification : créature d'élection. Le lien spirituel extrêmement fort entre cette communauté et l'animal établit que le tigre aide les villageois perdus dans la jungle à retrouver leur chemin. Jamais aucun habitant de l'île n'en a chassé. On raconte même que si un durian (fruit du sud - est asiatique) roule à terre, on laisse le tigre prendre sa part en premier (l'animal peut effectivement parfois en consommer).
TRANSE MYSTIQUE
Les dernières cérémonies de funérailles se sont déroulées il y a cinq ans. L'extinction du tigre entraîne celle de cette expression culturelle elle - même. Depuis les années 70, un centre d'enseignement du rituel a été ouvert pour les jeunes. La cérémonie a pour objectif de divertir l'esprit du tigre mort pour qu'il soit en paix. Le cadavre de l'animal sacré est recouvert d'un drap blanc et transporté sur un palanquin jusqu'à la maison du droit coutumier. Une sorte de trône est dressé là, on y dépose le tigre sur ses quatre pattes comme s'il était encore vivant. On bat alors le terawak, un instrument creusé dans une coque de noix de coco, pour appeler l'esprit du défunt. Le terawak est posé sur le sol, car le fauve, dit - on, perçoit les vibrations de la terre. Puis on ôte le voile blanc qui recouvre sa gueule et on place à côté de lui, un à un, tous les objets de ses étrennes. Ainsi, les crocs perdus sont remplacés par des poignards, les griffes par une épée, la queue par une lance, le feulement par le son d'un gong, la pupille de ses yeux par le coeur d'un bambou géant, sa peau par une étoffe de couleur. La dépouille est ensuite portée en procession à travers le village. Beaucoup de participants entrent alors en transe. Certains crient, feulent, grattent la terre. Nombreux sont ceux qui s'effondrent sans connaissance.
La cérémonie terminée, le tigre est enterré à l'orée du village.
En 2005, lors du festival du lac Kerinci, les habitants ont effectué, pour les touristes, une démontration cérémonielle en portant une marionnette de tigre en procession. Il y avait là des milliers de spectateurs. Lorsque le chef du droit coutumier a invoqué l'esprit de l'animal, le jeune qui manipulait la marionnette est entré en transe. Une partie des spectateurs s'est trouvée aussi possédée, certains se sont même mis à se battre. Depuis ce jour, le rituel n'est plus réalisé en public.
Il n'est organisé que dans le village de Pulau Tengah.
J'avais décrit ici même, le 4 mars dernier, sur la page "L'Ombre et la Proie", la situation cataclysmique actuelle des tigres indonésiens, et l'état réel de leurs relations avec les communautés humaines, qui s'apparentait à une tentative de résistance desespérée et frontale face à une guerre d'exterminationpar les innombrables colons qui dévastaient leur territoire. Il existe (encore) une Indonésie différente, où le respect du fauve a (encore) du sens.
Même si ceci relève désormais de l'anecdotique, tant l'heure est prioritairement au bruit et à la fureur, c'est - à - dire à la BARBARIE, le phénomène social décrit ci - après a un immense mérite : celui d'être toujours vivant.
Depuis des siècles, un petit village de la province de Jambi organise des cérémonies religieuses très mystiques en l'honneur des tigres de Sumatra (source : Tempo - hebdomadaire indonésien -).
Information grâcieusement transmise le 25 mars par M. René Cagnat, auteur de "La Rumeur des Steppes" (1991), ambassadeur de France en Kirghizie, à qui j'adresse mes remerciements les plus vifs.
LA MONTAGNE RADIEUSE D'UNE CREATURE D'ELECTION
"O toi noble ancêtre, guide de la montagne radieuse, gardien de la forêt vierge, nous convoquons pour toi les chefs de guerre, l'arpent de terre, le bois parasol, ô notre aïeul, viens vite, nous voulons te couvrir d'étrennes". Tel est le mantra du tigre. Dans le village de Pulau Tengah, situé sur les berges du lac Kerinci, dans la province de Jambi (Sumatra), la cérémonbie funéraire pour les tigres est une tradition unique. Depuis des générations, les habitants de ce village vouent un immense respect à ces fauves. Ils leur attribuent divers noms, Inyak, Ninek ou Tuo, qui revêtent tous la même signification : créature d'élection. Le lien spirituel extrêmement fort entre cette communauté et l'animal établit que le tigre aide les villageois perdus dans la jungle à retrouver leur chemin. Jamais aucun habitant de l'île n'en a chassé. On raconte même que si un durian (fruit du sud - est asiatique) roule à terre, on laisse le tigre prendre sa part en premier (l'animal peut effectivement parfois en consommer).
TRANSE MYSTIQUE
Les dernières cérémonies de funérailles se sont déroulées il y a cinq ans. L'extinction du tigre entraîne celle de cette expression culturelle elle - même. Depuis les années 70, un centre d'enseignement du rituel a été ouvert pour les jeunes. La cérémonie a pour objectif de divertir l'esprit du tigre mort pour qu'il soit en paix. Le cadavre de l'animal sacré est recouvert d'un drap blanc et transporté sur un palanquin jusqu'à la maison du droit coutumier. Une sorte de trône est dressé là, on y dépose le tigre sur ses quatre pattes comme s'il était encore vivant. On bat alors le terawak, un instrument creusé dans une coque de noix de coco, pour appeler l'esprit du défunt. Le terawak est posé sur le sol, car le fauve, dit - on, perçoit les vibrations de la terre. Puis on ôte le voile blanc qui recouvre sa gueule et on place à côté de lui, un à un, tous les objets de ses étrennes. Ainsi, les crocs perdus sont remplacés par des poignards, les griffes par une épée, la queue par une lance, le feulement par le son d'un gong, la pupille de ses yeux par le coeur d'un bambou géant, sa peau par une étoffe de couleur. La dépouille est ensuite portée en procession à travers le village. Beaucoup de participants entrent alors en transe. Certains crient, feulent, grattent la terre. Nombreux sont ceux qui s'effondrent sans connaissance.
La cérémonie terminée, le tigre est enterré à l'orée du village.
En 2005, lors du festival du lac Kerinci, les habitants ont effectué, pour les touristes, une démontration cérémonielle en portant une marionnette de tigre en procession. Il y avait là des milliers de spectateurs. Lorsque le chef du droit coutumier a invoqué l'esprit de l'animal, le jeune qui manipulait la marionnette est entré en transe. Une partie des spectateurs s'est trouvée aussi possédée, certains se sont même mis à se battre. Depuis ce jour, le rituel n'est plus réalisé en public.
Il n'est organisé que dans le village de Pulau Tengah.
MORT ET RESURRECTION
EFFONDREMENT INDIEN, EVEIL EUROPEEN
Tigres indiens: la course à la mort
Le scepticisme qui avait marqué l'annonce, à la fin 2007 et au cours des premiers mois de 2008, par le gouvernement indien, de mesures vigoureuses pour sauver les tigres sauvages sur son territoire s'avère malheureusement pertinent. La philosophie générale qui en émanait était de toute façon contestable (séparer radicalement les animaux sauvages des communautés humaines). Les choix des modalités d'application s'avèrent, en outre, souvent incohérents et parfois carrément absurdes. Le braconnage redouble d'intensité (le malheur des tigres étant aussi celui des léopards, gavials, rhinocéros, lions...). Toutes infos accessibles sur le site de Nirmal Gosh: Indian jungles.com.
De ce point de vue, l'article d'Armand Farraci "L'Inde sans tigres?", publié en 2007, était dramatiquement prémonitoire (à lire ou relire sur le blog de Martine Massot - Tigrissima -).
Europe: réouverture d'un "cold case"
Dans le même temps, la communauté scientifique se penche à nouveau sur le cas du tigre eurasien, et, cette fois - ci, dans un nouvel état d'esprit. Depuis la mise en ligne, le 14 Janvier dernier, d'une étude de l'équipe du Conservation Research Unit de l'Université d'Oxford montrant que cet animal et le tigre de Sibérie ne représentent en fait qu'une seule lignée génétique, sa réintroduction dans des zones de son aire de distribution historique est, pour la première fois, en projet. Le Directeur du Département concerné, David Mc Donald, qui a directement participé aux recherches, est particulièrement enthousiaste, percevant l'importance d'une telle initiative pour l'avenir (lire dans Daily Science mis en ligne le 2 février). Le dr Ali Aghili, de la Persian Leopard Conservation Society, a commencé à évaluer la faisabilité d'un tel projet dans une zone du nord - est de l'Iran.
Une telle étude pourrait même redonner sa chance, aussi, au tigre de Chine du Sud, comme l'a expliqué l'un des membres de l'équipe, Noggy Yamaguchi. Celui ci est un ami de la courageuse Li Quan, qui réalise depuis 2003 une implantation réussie de ces animaux en Afrique du Sud (voir son site "Save China's tigers.org").
De plus, aujourd'hui, en mer d'Aral, patrie des derniers tigres d'Asie centrale avant leur extinction, des agronomes ouzbeks, constatant l'impossibilité de remettre en eau la plus grande partie de ce qui fut jusqu'en 1960 la quatrième plus grande étendue d'eau salée intérieure du monde, et la salinisation consécutive, chaque année, de superficies considérables, ont opté pour le boisement des fonds asséchés par de robustes arbustes locaux tels que le saxaoul, le kandym et le tcherkez, dont les bosquets constituaient autrefois un paradis pour les tigres et les sangliers notamment. Dès 2007, au Kazakhstan voisin, 15 millions de pieds de Saxaoul avaient déjà été plantés... (Pavel Kravets dans Ferghana.ru - Moscou - à lire dans Courrier International 958,12 - 18 mars 2009, page 53).
Force et discrétion
Comme celà a pu se vérifier bien des fois par le passé, l'offre de conditions minimales de réinstallation seront suffisantes pour assurer le succès de l'opération, puis sa pérennité si celles - ci sont durablement maintenues. Rappelons simplement que l'arrivée actuelle de loups dans le Massif Central a pu s'effectuer par la traversée du Rhône. Or, la vallée de celui - ci est pour le moins inhostitâlière pour un animal sauvage, avec ses autoroutes, ses lignes de chemin de fer, sa forte densité de population,la largeur du fleuve lui - même, sans parler du trop célèbre "couloir chimique".Or, comme l'explique Daniel Véjux, spécialiste de l'animal,un loup peut parcourir 60 kilornètres en une nuit. Il peut traverser un fleuve à la nage et circuler dans les zones urbaines sans se faire remarquer ou passer pour un chien.
De même, au 19ème siècle (fait relaté par Atkinson en 1858), des tigres fuyant une terrible sécheresse qui s'était abattue sur la steppe kirghize, leur lieu de vie habituel, traversèrent l'Irtych pour rejoindre les Monts Altaï. 5 d'entre eux (c'est - à - dire probablement tous), finirent par être abattus. Les paysans de Sibérie occidentale restèrent circonspects devant cette bête inconnue si étonnante à tous égards. Quand le naturaliste leur dit comment elle s'appelait, il s'avéra qu'ils ignoraient même son nom. L'analyse stomacale montra que le bol alimentaire était exclusivement constitué d'une grande quantité de criquets et de graines sèches...
Convergences et synergies
En excluant les tigres de Sibérie, les tigres présents historiquement du bassin du Danube au Turkestan Chinois (on en catégorisa jusqu'à 3 sous - espèces distinctes et une variété géographique) ne constituent qu'une seule lignée génétique. De même, les cultures de l'Europe à l'Inde du Nord ont les mêmes racines (Alexandre, Gengis Khan, Timur furent des eurasiens dans le plein sens culturel du terme). On sait aujourd'hui que ces racines sont pastorales, bien plus que sédentaires et horticoles. La domestication du cheval a été en effet l'un des évènements les plus déterminants de l'Eurasie protohistorique pour son histoire ultérieure. Selon une équipe internationale de chercheurs menée par l'archéozoologue Alan Outram (de l'Université anglaise d'Exeter), l'exploitation de cet animal remonte au moins au IVème millénaire avant notre ère à la fois dans le nord du Kazakhstan et sur le territoire actuel de l'Ukraine. Ceci a aussi déterminé l'acquisition de lactase permettant la digestion du lait chez les adultes dans les populations concernées. Or, si de nombreuses communautés asiatiques en sont dépourvues, elle est majoritairement présente en Europe du Nord, et à parité en Europe du Sud ( publié dans "Science" du 6 mars).
Par ailleurs, les deux cités dont l'influence sur l'Eurasie a été historiquement la plus forte, Rome et Samarkand, sont fondées à la même époque (700 avant notre ère). Les légendes liées à leurs naissances respectives évoquent le lien fondamental avec un grand prédateur. Si Rome est fondée par deux jumeaux élevés par une louve, Samarkand voit le jour grâce à un léopard femelle venu de Pendjikent (actuel Tadjikistan) qui indique le lieu adéquat aux futurs fondateurs de la ville.
Tigres indiens: la course à la mort
Le scepticisme qui avait marqué l'annonce, à la fin 2007 et au cours des premiers mois de 2008, par le gouvernement indien, de mesures vigoureuses pour sauver les tigres sauvages sur son territoire s'avère malheureusement pertinent. La philosophie générale qui en émanait était de toute façon contestable (séparer radicalement les animaux sauvages des communautés humaines). Les choix des modalités d'application s'avèrent, en outre, souvent incohérents et parfois carrément absurdes. Le braconnage redouble d'intensité (le malheur des tigres étant aussi celui des léopards, gavials, rhinocéros, lions...). Toutes infos accessibles sur le site de Nirmal Gosh: Indian jungles.com.
De ce point de vue, l'article d'Armand Farraci "L'Inde sans tigres?", publié en 2007, était dramatiquement prémonitoire (à lire ou relire sur le blog de Martine Massot - Tigrissima -).
Europe: réouverture d'un "cold case"
Dans le même temps, la communauté scientifique se penche à nouveau sur le cas du tigre eurasien, et, cette fois - ci, dans un nouvel état d'esprit. Depuis la mise en ligne, le 14 Janvier dernier, d'une étude de l'équipe du Conservation Research Unit de l'Université d'Oxford montrant que cet animal et le tigre de Sibérie ne représentent en fait qu'une seule lignée génétique, sa réintroduction dans des zones de son aire de distribution historique est, pour la première fois, en projet. Le Directeur du Département concerné, David Mc Donald, qui a directement participé aux recherches, est particulièrement enthousiaste, percevant l'importance d'une telle initiative pour l'avenir (lire dans Daily Science mis en ligne le 2 février). Le dr Ali Aghili, de la Persian Leopard Conservation Society, a commencé à évaluer la faisabilité d'un tel projet dans une zone du nord - est de l'Iran.
Une telle étude pourrait même redonner sa chance, aussi, au tigre de Chine du Sud, comme l'a expliqué l'un des membres de l'équipe, Noggy Yamaguchi. Celui ci est un ami de la courageuse Li Quan, qui réalise depuis 2003 une implantation réussie de ces animaux en Afrique du Sud (voir son site "Save China's tigers.org").
De plus, aujourd'hui, en mer d'Aral, patrie des derniers tigres d'Asie centrale avant leur extinction, des agronomes ouzbeks, constatant l'impossibilité de remettre en eau la plus grande partie de ce qui fut jusqu'en 1960 la quatrième plus grande étendue d'eau salée intérieure du monde, et la salinisation consécutive, chaque année, de superficies considérables, ont opté pour le boisement des fonds asséchés par de robustes arbustes locaux tels que le saxaoul, le kandym et le tcherkez, dont les bosquets constituaient autrefois un paradis pour les tigres et les sangliers notamment. Dès 2007, au Kazakhstan voisin, 15 millions de pieds de Saxaoul avaient déjà été plantés... (Pavel Kravets dans Ferghana.ru - Moscou - à lire dans Courrier International 958,12 - 18 mars 2009, page 53).
Force et discrétion
Comme celà a pu se vérifier bien des fois par le passé, l'offre de conditions minimales de réinstallation seront suffisantes pour assurer le succès de l'opération, puis sa pérennité si celles - ci sont durablement maintenues. Rappelons simplement que l'arrivée actuelle de loups dans le Massif Central a pu s'effectuer par la traversée du Rhône. Or, la vallée de celui - ci est pour le moins inhostitâlière pour un animal sauvage, avec ses autoroutes, ses lignes de chemin de fer, sa forte densité de population,la largeur du fleuve lui - même, sans parler du trop célèbre "couloir chimique".Or, comme l'explique Daniel Véjux, spécialiste de l'animal,un loup peut parcourir 60 kilornètres en une nuit. Il peut traverser un fleuve à la nage et circuler dans les zones urbaines sans se faire remarquer ou passer pour un chien.
De même, au 19ème siècle (fait relaté par Atkinson en 1858), des tigres fuyant une terrible sécheresse qui s'était abattue sur la steppe kirghize, leur lieu de vie habituel, traversèrent l'Irtych pour rejoindre les Monts Altaï. 5 d'entre eux (c'est - à - dire probablement tous), finirent par être abattus. Les paysans de Sibérie occidentale restèrent circonspects devant cette bête inconnue si étonnante à tous égards. Quand le naturaliste leur dit comment elle s'appelait, il s'avéra qu'ils ignoraient même son nom. L'analyse stomacale montra que le bol alimentaire était exclusivement constitué d'une grande quantité de criquets et de graines sèches...
Convergences et synergies
En excluant les tigres de Sibérie, les tigres présents historiquement du bassin du Danube au Turkestan Chinois (on en catégorisa jusqu'à 3 sous - espèces distinctes et une variété géographique) ne constituent qu'une seule lignée génétique. De même, les cultures de l'Europe à l'Inde du Nord ont les mêmes racines (Alexandre, Gengis Khan, Timur furent des eurasiens dans le plein sens culturel du terme). On sait aujourd'hui que ces racines sont pastorales, bien plus que sédentaires et horticoles. La domestication du cheval a été en effet l'un des évènements les plus déterminants de l'Eurasie protohistorique pour son histoire ultérieure. Selon une équipe internationale de chercheurs menée par l'archéozoologue Alan Outram (de l'Université anglaise d'Exeter), l'exploitation de cet animal remonte au moins au IVème millénaire avant notre ère à la fois dans le nord du Kazakhstan et sur le territoire actuel de l'Ukraine. Ceci a aussi déterminé l'acquisition de lactase permettant la digestion du lait chez les adultes dans les populations concernées. Or, si de nombreuses communautés asiatiques en sont dépourvues, elle est majoritairement présente en Europe du Nord, et à parité en Europe du Sud ( publié dans "Science" du 6 mars).
Par ailleurs, les deux cités dont l'influence sur l'Eurasie a été historiquement la plus forte, Rome et Samarkand, sont fondées à la même époque (700 avant notre ère). Les légendes liées à leurs naissances respectives évoquent le lien fondamental avec un grand prédateur. Si Rome est fondée par deux jumeaux élevés par une louve, Samarkand voit le jour grâce à un léopard femelle venu de Pendjikent (actuel Tadjikistan) qui indique le lieu adéquat aux futurs fondateurs de la ville.
NOTRE TIGRISTAN INTERIEUR
NEGATION
Notre civilisation semble pour le moment incapable de se définir autrement qu 'en lien exclusif avec les sociétés sédentaires présentes sur son sol depuis un lointain passé.
Pourtant, comme je l'ai montré dans le document "Europe et grands félins" (téléchargeable à partir de mon site "4 continents pour les tigres"), elle est tout aussi redevable, pour sa constitution et son devenir, aux sociétés nomades, que celles ci fussent composées de chasseurs-cueilleurs - dont les roms sont aujourd'hui les derniers représentants socialement visibles -, d'éleveurs comme les samis des régions arctiques, et bien plus encore, de pasteurs des steppes: il y a, de fait, 3 sources principales qui ont irrigué et fait grandir la civilisation européenne.
Malheureusement, une tendance anthropologique lourde motive (chez de nombreux peuples sinon tous) un refus psychologique allant jusqu'au déni pur et simple de l'apport culturel et social de sociétés avec lesquelles les rapports passés furent surtout conflictuels.
Il est de ce point de vue tout à fait symptomatique que"l'oubli", dans les revues scientifiques consacrées à la grande faune européenne, du tigre, du lion, du léopard, du guépard et de la hyène striée comme membres à part entière de la Communauté historique des Prédateurs européens, correspond à une présence spatio - temporelle de ceux - ci coïncidant en quasi totalité - en tout cas depuis l'époque médiévale - avec celle de la civilisation des steppes (communication personnelle d'E.C. Dos Santos).
REDYNAMISATION
Or, depuis 1000ans, c'est toujours à partir d'une influence de la civilisation nomade que les cultures eurasiennes du tigre ont été redynamisées.
Les sociétés pastorales de l'Eurasie médiévale, quelles que soient leur "religion" ou "idéologie" officielle, étaient restées fondamentalement fidèles à celles des Scythes de l'Antiquité, qui placent l'animal sauvage comme l'élément le plus important pour la bonne marche du monde (voir là dessus les travaux de Iaroslav Lebedynsky et ceux de Véronique Schiltz, notamment).
L'Asie centrale fut donc d'abord une matrice de la diversité biologique, mais aussi, ensuite, de la diversité culturelle.
Les cultures antiques du tigre en Europe, véhiculées d'abord par le mythe de Dionysos puis par l'action politique d'Alexandre, furent revivifiées du 14ème au 19ème siècles par la culture ottomane.
La "culture russe du tigre" est née en Asie centrale, dans ce qui fut appelé par les autorités tsaristes "le Turkestan russe".
La "culture chinoise du tigre", qui irradiait d'une force à nulle autre pareille de la préhistoire aux temps médiévaux, avait singulièrement perdu de sa vigueur depuis des siècles quand l'acquisition, au XVIIIème siècle, du "Turkestan chinois" (région immense au Nord - Ouest de l'actuelle république populaire) lui a donné, incontestablement, une deuxième jeunesse.
La "culture indienne du tigre" n'avait aucun caractère officiel avant l'invasion du pays, aux environs de l'an 1000, par des cavaliers turcs et afghans. Ce sont eux qui ont fait culturellement de l'Inde le pays du tigre.
Auparavant, sous l'influence des anciens Perses, ce pays avait le lion comme animal référent.
D'ailleurs, l'influence du bouddhisme d'origine indienne en Asie du Sud (Péninsule indochinoise, Chine méridionale, Indonésie) avait entraîné une importation massive de lions "symboliques" que l'on trouve encore aujourd'hui dans toute l'architecture monumentale politrico - religieuse de cette zone.
Au 19ème siècle, la propagande anglaise magnifiait le combat du lion britannique contre le tigre indien (Tippu Sultan, dont le tigre était l'emblême). Les "tigres" indiens combattus par les "lions" anglais furent toujours musulmans, et turco - afghans ...
D'une façon générale, les Etats sédentaires adoptent volontiers le lion comme référent, en tant que majestueux animal social régnant sur un espace délimité.
Les nomades, quant à eux, voient le tigre des steppes comme un solitaire errant, qui suit les troupeaux, à leur propre image.
Depuis les temps médiévaux, ce sont donc les cultures nomades originaires d'Asie centrale qui ont créé ou rajeuni les cultures du tigre des civilisations "sédentaires" eurasiennes.
A cet égard, le portail de la madrasa "Chir - Dor", située au sein du Registan de Samarkand, qui est actuellement le plus vaste complexe architectural à vocation religieuse au monde, constitue un véritable phare planté au coeur du continent eurasien et irradiant l'ensemble du continent.
Cette madrasa "aux lions" représente explicitement des tigres, elle est au coeur d'un ensemble monumental islamique, d'où tout élément figuratif devrait être banni...
Elle a une puissance emblématique potentielle comparable à celle du culte de Dionysos en Grèce, institutionnalisé par ceux - là même qui avaient détruit consciencieusement les bases concrètes pour son authentique épanouissement (voir "Europe et grands félins",Daraki 1994).
Il est surprenant de constater que les transferts ne furent pas seulement culturels mais aussi biologiques.
Comme se répondent les félins de Samarkand et les tigres gardiens de la pagode d'Ivolginsky Datsan (Bouriatie), les travaux de Carlos Driscoll (références dans "Europe et grands félins" ) ont montré que les tigres de Sibérie actuels sont issus de la migration récente vers l'Est d'une petite partie des tigres d'Asie centrale...
Et en tout état de cause, c'est dans les régions où les pasteurs furent politiquement dominants que fut préservée une mosaïque inouïe de grands mammifères prédateurs terrestres -15 espèces différentes - phénomène sans équivalent au monde.
IMPERATIF VITAL POUR L'AVENIR DE LA CIVILISATION EUROPEENNE
Il ne reste plus aujourd'hui que 40 lynx des Balkans (contre une centaine il y a moins de 3 ans), animal pourtant emblématique de cette région (au moins chez les numismates officiels et les philatelistes) et plus largement de l'ensemble de l'Europe (il fut souvent le "léopard" des chansons de geste).
Plus rien n'est préservé quand une péninsule continentale sans boussole s'enfonce dans un désespoir d'autant plus profond qu'il est nourri par une extrême confusion des esprits et une perte complète des chemins menant à des valeurs éclairantes et porteuses d'espoir.
Notre civilisation moderne a produit une "monoculture" déshumanisante de laideur et de médiocrité, d'infantilisme et d'insignifiance. La réinsertion de la société contemporaine dans la nature - dans tous les sens du terme - est une urgente nécessité.
Car la vocation de la nature à produire de l'humain, au sens moral, s'altère au fur et à mesure que s'étend physiquement l'Empire de l'humanité.
Au contraire, la suprématie de la nature sauvage stimule la production d'un imaginaire capable de surclasser l'égocentrisme ambiant ; une mentalité imprégnée de nature sauvage est propice à la joie.
C'est bien pourquoi, si l'Europe peut beaucoup pour le Tigre, le Tigre peut aussi beaucoup pour l'Europe.
L'Europe doit vaincre ses "oublis" pathologiques et se réconcilier avec son "Turkestan intérieur", qui, comme celui des Russes, des Chinois, et des Indiens, fut, et peut redevenir, un TIGRISTAN.
POUR SAUVER SES LYNX...ET SES HOMMES.
Notre civilisation semble pour le moment incapable de se définir autrement qu 'en lien exclusif avec les sociétés sédentaires présentes sur son sol depuis un lointain passé.
Pourtant, comme je l'ai montré dans le document "Europe et grands félins" (téléchargeable à partir de mon site "4 continents pour les tigres"), elle est tout aussi redevable, pour sa constitution et son devenir, aux sociétés nomades, que celles ci fussent composées de chasseurs-cueilleurs - dont les roms sont aujourd'hui les derniers représentants socialement visibles -, d'éleveurs comme les samis des régions arctiques, et bien plus encore, de pasteurs des steppes: il y a, de fait, 3 sources principales qui ont irrigué et fait grandir la civilisation européenne.
Malheureusement, une tendance anthropologique lourde motive (chez de nombreux peuples sinon tous) un refus psychologique allant jusqu'au déni pur et simple de l'apport culturel et social de sociétés avec lesquelles les rapports passés furent surtout conflictuels.
Il est de ce point de vue tout à fait symptomatique que"l'oubli", dans les revues scientifiques consacrées à la grande faune européenne, du tigre, du lion, du léopard, du guépard et de la hyène striée comme membres à part entière de la Communauté historique des Prédateurs européens, correspond à une présence spatio - temporelle de ceux - ci coïncidant en quasi totalité - en tout cas depuis l'époque médiévale - avec celle de la civilisation des steppes (communication personnelle d'E.C. Dos Santos).
REDYNAMISATION
Or, depuis 1000ans, c'est toujours à partir d'une influence de la civilisation nomade que les cultures eurasiennes du tigre ont été redynamisées.
Les sociétés pastorales de l'Eurasie médiévale, quelles que soient leur "religion" ou "idéologie" officielle, étaient restées fondamentalement fidèles à celles des Scythes de l'Antiquité, qui placent l'animal sauvage comme l'élément le plus important pour la bonne marche du monde (voir là dessus les travaux de Iaroslav Lebedynsky et ceux de Véronique Schiltz, notamment).
L'Asie centrale fut donc d'abord une matrice de la diversité biologique, mais aussi, ensuite, de la diversité culturelle.
Les cultures antiques du tigre en Europe, véhiculées d'abord par le mythe de Dionysos puis par l'action politique d'Alexandre, furent revivifiées du 14ème au 19ème siècles par la culture ottomane.
La "culture russe du tigre" est née en Asie centrale, dans ce qui fut appelé par les autorités tsaristes "le Turkestan russe".
La "culture chinoise du tigre", qui irradiait d'une force à nulle autre pareille de la préhistoire aux temps médiévaux, avait singulièrement perdu de sa vigueur depuis des siècles quand l'acquisition, au XVIIIème siècle, du "Turkestan chinois" (région immense au Nord - Ouest de l'actuelle république populaire) lui a donné, incontestablement, une deuxième jeunesse.
La "culture indienne du tigre" n'avait aucun caractère officiel avant l'invasion du pays, aux environs de l'an 1000, par des cavaliers turcs et afghans. Ce sont eux qui ont fait culturellement de l'Inde le pays du tigre.
Auparavant, sous l'influence des anciens Perses, ce pays avait le lion comme animal référent.
D'ailleurs, l'influence du bouddhisme d'origine indienne en Asie du Sud (Péninsule indochinoise, Chine méridionale, Indonésie) avait entraîné une importation massive de lions "symboliques" que l'on trouve encore aujourd'hui dans toute l'architecture monumentale politrico - religieuse de cette zone.
Au 19ème siècle, la propagande anglaise magnifiait le combat du lion britannique contre le tigre indien (Tippu Sultan, dont le tigre était l'emblême). Les "tigres" indiens combattus par les "lions" anglais furent toujours musulmans, et turco - afghans ...
D'une façon générale, les Etats sédentaires adoptent volontiers le lion comme référent, en tant que majestueux animal social régnant sur un espace délimité.
Les nomades, quant à eux, voient le tigre des steppes comme un solitaire errant, qui suit les troupeaux, à leur propre image.
Depuis les temps médiévaux, ce sont donc les cultures nomades originaires d'Asie centrale qui ont créé ou rajeuni les cultures du tigre des civilisations "sédentaires" eurasiennes.
A cet égard, le portail de la madrasa "Chir - Dor", située au sein du Registan de Samarkand, qui est actuellement le plus vaste complexe architectural à vocation religieuse au monde, constitue un véritable phare planté au coeur du continent eurasien et irradiant l'ensemble du continent.
Cette madrasa "aux lions" représente explicitement des tigres, elle est au coeur d'un ensemble monumental islamique, d'où tout élément figuratif devrait être banni...
Elle a une puissance emblématique potentielle comparable à celle du culte de Dionysos en Grèce, institutionnalisé par ceux - là même qui avaient détruit consciencieusement les bases concrètes pour son authentique épanouissement (voir "Europe et grands félins",Daraki 1994).
Il est surprenant de constater que les transferts ne furent pas seulement culturels mais aussi biologiques.
Comme se répondent les félins de Samarkand et les tigres gardiens de la pagode d'Ivolginsky Datsan (Bouriatie), les travaux de Carlos Driscoll (références dans "Europe et grands félins" ) ont montré que les tigres de Sibérie actuels sont issus de la migration récente vers l'Est d'une petite partie des tigres d'Asie centrale...
Et en tout état de cause, c'est dans les régions où les pasteurs furent politiquement dominants que fut préservée une mosaïque inouïe de grands mammifères prédateurs terrestres -15 espèces différentes - phénomène sans équivalent au monde.
IMPERATIF VITAL POUR L'AVENIR DE LA CIVILISATION EUROPEENNE
Il ne reste plus aujourd'hui que 40 lynx des Balkans (contre une centaine il y a moins de 3 ans), animal pourtant emblématique de cette région (au moins chez les numismates officiels et les philatelistes) et plus largement de l'ensemble de l'Europe (il fut souvent le "léopard" des chansons de geste).
Plus rien n'est préservé quand une péninsule continentale sans boussole s'enfonce dans un désespoir d'autant plus profond qu'il est nourri par une extrême confusion des esprits et une perte complète des chemins menant à des valeurs éclairantes et porteuses d'espoir.
Notre civilisation moderne a produit une "monoculture" déshumanisante de laideur et de médiocrité, d'infantilisme et d'insignifiance. La réinsertion de la société contemporaine dans la nature - dans tous les sens du terme - est une urgente nécessité.
Car la vocation de la nature à produire de l'humain, au sens moral, s'altère au fur et à mesure que s'étend physiquement l'Empire de l'humanité.
Au contraire, la suprématie de la nature sauvage stimule la production d'un imaginaire capable de surclasser l'égocentrisme ambiant ; une mentalité imprégnée de nature sauvage est propice à la joie.
C'est bien pourquoi, si l'Europe peut beaucoup pour le Tigre, le Tigre peut aussi beaucoup pour l'Europe.
L'Europe doit vaincre ses "oublis" pathologiques et se réconcilier avec son "Turkestan intérieur", qui, comme celui des Russes, des Chinois, et des Indiens, fut, et peut redevenir, un TIGRISTAN.
POUR SAUVER SES LYNX...ET SES HOMMES.
Publicité
L'OMBRE ET LA PROIE
INDONESIE: OCCUPATION ET RESISTANCE
( A partir d'une info transmise grâcieusement par Mme Martine MASSOT, responsable du site web TIGRISSIMA, hier 3 mars 2009, à qui j'adresse (une fois encore) mes remerciements les plus vifs).
( A partir d'une info transmise grâcieusement par Mme Martine MASSOT, responsable du site web TIGRISSIMA, hier 3 mars 2009, à qui j'adresse (une fois encore) mes remerciements les plus vifs).
UNE SITUATION DESESPEREE
La cohabitation ne fonctionne plus entre les habitants de l'île indonésienne de Sumatra et les tigres qui y vivent encore à l'état sauvage. Au fur et à mesure que les exploitations agricoles et les maisons empiètent sur leur territoire, les tigres réagissent à l'invasion.
Ces animaux, estimés à 250 officiellement, contre un millier dans les années 70, ne sont en réalité vraisemblablement plus qu'une cinquantaine tout au plus.
Depuis plusieurs décennies, les tigres sont confrontés à une forte augmentation de la population humaine et une réduction concomitante, comme peau de chagrin, de leur milieu de vie. Leurs proies habituelles ont disparu ces dernières années. Tous les ans, 270 000 hectares de leur habitat sont transformés en plantations de palmiers à huile, premier jalon de l'industrie des agrocarburants. Ils sont traités comme "pestes agricoles" dans ces zones.
Qui plus est, les quelques dizaines de tigres sauvages encore en vie sur l'île n'appartiennent pas tous à la sous - espèce indonésienne. En effet, des tigres d'Asie du Sud Est (Panthera tigris corbetti) sont parvenus à s'implanter dans la région au cours des deux dernières décennies, parfois d'ailleurs artificiellement introduits en tant qu'animaux de parcs...
En Mars 2009, la dernière sous espèce de tigre distincte du groupe majoritaire et vivant à l'état sauvage court à une extinction imminente: sans changement drastique immédiat, l'animal n'en n'a plus que pour quelques mois.
Dans des conditions analogues, dans le même pays, le tigre de Bornéo s'était éteint il y a plusieurs siècles, le tigre de Bali dans les années 30, et le tigre de Java au début des années 80.
ILS NE PARTIRONT PAS SANS FAIRE DE VAGUES
Mus par la famine et le désespoir, les tigres agressent les occupants. Ces cinq dernières semaines, neuf personnes sont décédées des suites des attaques des grands félins. Il y a quelques jours, trois personnes sont mortes la même nuit. La semaine précédente, un tigre avait tué trois bûcherons.
Aujourd'hui, il règne une véritable psychose autour de ces plantations. A la tombée de la nuit, les villageois regagnent leur foyer et n'en ressortent pas avant la levée du jour. Même la prière obligatoire après le coucher du soleil a été provisoirement interrompue.
Ceci n'a en fait rien d'étonnant, les mêmes causes impliquant les mêmes effets.
En effet, une telle situation évoque irrésistiblement les événements relatés dans le livre de John Patterson "L'ombre et la proie" où 2 lionnes "perturbèrent" l'édification d'un pont (dont Patterson était le maître d'oeuvre) sur la rivière Tsavo, au Kenya, en 1896 qui envahissait leur territoire. Elles tuèrent des dizaines d'ouvriers. L'histoire a été portée à l'écran en 1996: le film est esthétiquement (les lionnes réelles sont remplacées ici par deux mâles), et à bien des égards émotionnellement, superbe, mais fidèle à la vision humaniste et progressiste de Patterson dans sa bonne conscience la plus aveugle - conception dominante à l'époque -, elle est incapable de traduire la véritable nature de la situation.
Or, de telles phénomènes de résistance, provoqués par l'énergie du désespoir, ont été reportés fréquemment lors des bouleversements environnementaux induits par la conquête européenne sur tous les continents aux 19ème et 20ème siècles (notamment concernant les tigres lors de la construction de la voie transcaspienne jusqu'en 1906, du transsibérien jusqu'en 1904 et plus encore dans son tronçon additif de 1916...).
A Singapour, en 1819, les colons anglais firent s'étendre les plantations aux dépens de la forêt,
entraïnant une multiplication des attaques des tigres à l'encontre des paysans chinois durant les vingt années suivantes.
Dès lors, les dirigeants britanniques ordonnèrent une campagne d'estermination, établissant la chasse au tigre comme une oeuvre d'utilité publique, entraînant à cette occasion l'assassinat d'individus non striés et d'une teinte marron, qui étaient peut être les produits d'une hybridation naturelle lion/tigresse à Singapour...
En Janvier 2007, le magazine GEO ( N° 335) publiait (pages 40 - 45) la traduction d'un article de Charles Siebert intitulé "Pourquoi les éléphants deviennent délinquants" expliquant, dans des pages bouleversantes, les causes environnementales de l'ultra violence "perverse" chez les grands animaux sauvages, qui est devenu, comme par hasard, un phénomène général et planétaire, et dont prennent d'ailleurs absurdement prétexte certains idéologues pour prôner leur extermination définitive (voir les réflexions d'un Xavier de Planhol dans le magazine "L'Histoire" 338 (Janvier 2009) déjà évoqués sur ce blog, le 11 Janvier dernier).
Gay Bradshaw, auteur d'un essai intitulé "Elephant breakdown" ("Elephants en folie") paru dans "Nature" en 2005, a prouvé que les animaux souffrent aujourd'hui d'une sorte de stress chronique, une sorte de traumatisme qui touche l'espèce entière, un effondrement de leur culture. "Depuis longtemps, on sait que les grands animaux ont perdu la bataille qui les oppose à l'homme. Mais un animal à la sensibilité si développée ne quittera pas la scène sans faire de vagues." précise t-il.
C'EST TRES EXACTEMENT CE QUI SE PASSE AUJOURD'HUI POUR LES DERNIERS TIGRES INDONESIENS, DANS UNE REGION OU LES ELEPHANTS S'EN PRENNENT D'AILLEURS AUSSI AUX COLONS ET A LEURS IMPLANTATIONS.
La cohabitation ne fonctionne plus entre les habitants de l'île indonésienne de Sumatra et les tigres qui y vivent encore à l'état sauvage. Au fur et à mesure que les exploitations agricoles et les maisons empiètent sur leur territoire, les tigres réagissent à l'invasion.
Ces animaux, estimés à 250 officiellement, contre un millier dans les années 70, ne sont en réalité vraisemblablement plus qu'une cinquantaine tout au plus.
Depuis plusieurs décennies, les tigres sont confrontés à une forte augmentation de la population humaine et une réduction concomitante, comme peau de chagrin, de leur milieu de vie. Leurs proies habituelles ont disparu ces dernières années. Tous les ans, 270 000 hectares de leur habitat sont transformés en plantations de palmiers à huile, premier jalon de l'industrie des agrocarburants. Ils sont traités comme "pestes agricoles" dans ces zones.
Qui plus est, les quelques dizaines de tigres sauvages encore en vie sur l'île n'appartiennent pas tous à la sous - espèce indonésienne. En effet, des tigres d'Asie du Sud Est (Panthera tigris corbetti) sont parvenus à s'implanter dans la région au cours des deux dernières décennies, parfois d'ailleurs artificiellement introduits en tant qu'animaux de parcs...
En Mars 2009, la dernière sous espèce de tigre distincte du groupe majoritaire et vivant à l'état sauvage court à une extinction imminente: sans changement drastique immédiat, l'animal n'en n'a plus que pour quelques mois.
Dans des conditions analogues, dans le même pays, le tigre de Bornéo s'était éteint il y a plusieurs siècles, le tigre de Bali dans les années 30, et le tigre de Java au début des années 80.
ILS NE PARTIRONT PAS SANS FAIRE DE VAGUES
Mus par la famine et le désespoir, les tigres agressent les occupants. Ces cinq dernières semaines, neuf personnes sont décédées des suites des attaques des grands félins. Il y a quelques jours, trois personnes sont mortes la même nuit. La semaine précédente, un tigre avait tué trois bûcherons.
Aujourd'hui, il règne une véritable psychose autour de ces plantations. A la tombée de la nuit, les villageois regagnent leur foyer et n'en ressortent pas avant la levée du jour. Même la prière obligatoire après le coucher du soleil a été provisoirement interrompue.
Ceci n'a en fait rien d'étonnant, les mêmes causes impliquant les mêmes effets.
En effet, une telle situation évoque irrésistiblement les événements relatés dans le livre de John Patterson "L'ombre et la proie" où 2 lionnes "perturbèrent" l'édification d'un pont (dont Patterson était le maître d'oeuvre) sur la rivière Tsavo, au Kenya, en 1896 qui envahissait leur territoire. Elles tuèrent des dizaines d'ouvriers. L'histoire a été portée à l'écran en 1996: le film est esthétiquement (les lionnes réelles sont remplacées ici par deux mâles), et à bien des égards émotionnellement, superbe, mais fidèle à la vision humaniste et progressiste de Patterson dans sa bonne conscience la plus aveugle - conception dominante à l'époque -, elle est incapable de traduire la véritable nature de la situation.
Or, de telles phénomènes de résistance, provoqués par l'énergie du désespoir, ont été reportés fréquemment lors des bouleversements environnementaux induits par la conquête européenne sur tous les continents aux 19ème et 20ème siècles (notamment concernant les tigres lors de la construction de la voie transcaspienne jusqu'en 1906, du transsibérien jusqu'en 1904 et plus encore dans son tronçon additif de 1916...).
A Singapour, en 1819, les colons anglais firent s'étendre les plantations aux dépens de la forêt,
entraïnant une multiplication des attaques des tigres à l'encontre des paysans chinois durant les vingt années suivantes.
Dès lors, les dirigeants britanniques ordonnèrent une campagne d'estermination, établissant la chasse au tigre comme une oeuvre d'utilité publique, entraînant à cette occasion l'assassinat d'individus non striés et d'une teinte marron, qui étaient peut être les produits d'une hybridation naturelle lion/tigresse à Singapour...
En Janvier 2007, le magazine GEO ( N° 335) publiait (pages 40 - 45) la traduction d'un article de Charles Siebert intitulé "Pourquoi les éléphants deviennent délinquants" expliquant, dans des pages bouleversantes, les causes environnementales de l'ultra violence "perverse" chez les grands animaux sauvages, qui est devenu, comme par hasard, un phénomène général et planétaire, et dont prennent d'ailleurs absurdement prétexte certains idéologues pour prôner leur extermination définitive (voir les réflexions d'un Xavier de Planhol dans le magazine "L'Histoire" 338 (Janvier 2009) déjà évoqués sur ce blog, le 11 Janvier dernier).
Gay Bradshaw, auteur d'un essai intitulé "Elephant breakdown" ("Elephants en folie") paru dans "Nature" en 2005, a prouvé que les animaux souffrent aujourd'hui d'une sorte de stress chronique, une sorte de traumatisme qui touche l'espèce entière, un effondrement de leur culture. "Depuis longtemps, on sait que les grands animaux ont perdu la bataille qui les oppose à l'homme. Mais un animal à la sensibilité si développée ne quittera pas la scène sans faire de vagues." précise t-il.
C'EST TRES EXACTEMENT CE QUI SE PASSE AUJOURD'HUI POUR LES DERNIERS TIGRES INDONESIENS, DANS UNE REGION OU LES ELEPHANTS S'EN PRENNENT D'AILLEURS AUSSI AUX COLONS ET A LEURS IMPLANTATIONS.