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31 Août 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe

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(Versions française et anglaise : textes correspondants)
(French and english versions : linked texts)


VOICI LE TEXTE (EN SUBSTANCE)  DE LA VIDEO : « UN DRAGON VERT POUR SAUVER LES TIGRES ».
(Voir la video pour les cartes)

Je suis Alain Sennepin
Responsable du site
4 continents pour les tigres
http://www.avenir-tigres.com
blog : http://europe-tigre.over-blog.com
video: http://www.dailymotion.com/relevance/search/bielotigris/video/xact9v_un-dragon-vert-pour-sauver-les-tigr_news

Les tigres sont aujourd’hui en grand danger d’extinction, et leur situation se dégrade très rapidement, de mois en mois. Les réalités du terrain et les enjeux financiers colossaux liés au trafic d’animaux sauvages rend inefficaces les stratégies de protection actuelle (voir blog, page du 14 Juillet). Seules des initiatives ambitieuses et originales axées sur une approche différente peuvent les sauver de l’extinction.
C’est pourquoi je propose un projet, certes « utopique », (mais, eu égard à la situation, nous avons clairement le choix, ce me semble, entre l’Utopie et la Mort) que j’ai nommé « Le Dragon Vert ».

Il s’agit, en l’occurrence, de parvenir à la reconstitution des forêts alluviales eurasiennes qui existaient dans le passé, du Fleuve Jaune au Danube et au poumon vert de l’Europe.
La conformation possible de ce corridor vert correspond à l’ère de distribution historique ancienne, dans son expansion maximale, d’un tigre officiellement disparu depuis le siècle dernier, Panthera tigris virgata, dit « Tigre de la Caspienne », qui était présent en Chine centrale jusqu’au début du XIXème siècle, et dont la zone de présence régulière et de prospérité maximale était ponto – caspio – aralienne, c’est à dire dans un espace allant de la Mer Noire à la Mer d’Aral (très grande prospérité dans le delta de
 l’Amou – Daria au Sud de celle – ci) en passant par le pourtour de la Mer Caspienne (voir pour le détail la page publiée le 16 Août et intitulée « Des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale »).
De grands mammifères prédateurs, qui constituaient, avant 1940, une mosaïque d’une richesse unique au monde dans ce type de milieu, devraient être réintroduits dans ses forêts restaurées, et parmi eux des tigres, à partir d’individus captifs ayant été soumis à des processus de réensauvagement.
Les précisions quant aux différentes étapes de ce parcours sont fournies à la fois sur la page en français et en anglais « The Eternal Selvedge » publiée le 27 Août, avec  schema numéroté sur carte, et sur la Video.

Carte 1 :  Sur cette carte est représentée l’image habituelle de la distribution historique de Panthera tigris virgata concernant les tout derniers siècles (à partir du XIXème). Elle va de l’Extrême – Occident chinois à la Mer noire, en passant par la côte Sud de la Mer Caspienne .
En particulier, on constate une distance considérable entre le point le plus oriental de la distribution de Panthera tigris virgata, le tigre de la Caspienne, et celui le plus occidental du tigre de Sibérie (ou tigre de l’Amour), Panthera tigris altaïca.

Cartes 2 et 3 : Des études plus fouillées ont montré que même pour ces périodes historiquement récentes, la distribution du Tigre de la Caspienne est beaucoup plus large, concernant notamment tout le pourtour de la Mer Caspienne, ainsi qu’une large zone septentrionale de présence ponctuelle dont le point le plus oriental est assez proche de celle du point le plus occidental de la distribution ponctuelle de Panthera tigris altaïca (carte 2, publiée en 1996 par Peter Jackson).
On tire le même constat, de façon encore plus nette, à partir  des cas répertoriés de présence des différentes « sous – espèces » par le biologiste Mazak (carte 3,  publiée en 2000 dans un travail de Kistner et Dugmore).
De fait, une équipe de l’Oxford University de Londres a montré dès janvier 2008 que tigre de la Caspienne et tigre de l’Amour constituaient de fait une même lignée génétique. Et qui plus est, les populations actuelles de tigres de l’Amour sont les descendants, d’après cette même étude, d’un groupe de P.t. virgata ayant migré vers l’Est récemment à l’échelle historique. Ils ont mis leur travail en ligne le 14 janvier 2009.

Cartes 4 et 5 : Phénomène encore beaucoup moins connu, la présence de tigres en Europe, notamment pour la période la plus récente, à l’époque médiévale (voir, pour le détail, page publiée le 16 Août, « des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale »).
La carte réalisée par Georges Heptner en 1972 (carte 4) et celle conçue et réalisée en 2002 par Roberto Epple pour son association European Rivers Network permettent de préciser les choses.
Georges Heptner, spécialiste russe des carnivores, mort en 1975, a prouvé la présence de tigres sur les côtes des Mers noire et d’Azov, et encore beaucoup plus au Nord Ouest, au moins jusqu’à Kiev.
Qui plus est, il a démontré, dans un article publié dans une revue scientifique russe en 1969 et spécialement consacrée à cette seule question, que la « lyuty zver » (« bête féroce ») qui avait blessé le Grand prince kievien Vladimir Monomaque lors d’une de ses chasses entre Turov (sur la Prypiat, dans la zone des marais de l’Europe orientale, au Sud du territoire de l’actuelle Biélorussie) et Tchernigov (Nord de l’Ukraine) à la fin du XIème siècle, ne pouvait qu’être un tigre (Carte 4) .
Grand Prince en 1113, à 61 ans, Vladimir Monomaque rédigea son ouvrage « Poucheniya Detyam » en 1117. Cherchant à édifier ses fils sur ce que doit être un bon prince, il y décrit sa politique générale, ses guerres et ses chasses, à l’époque où il était encore Prince de Tchernigov (2ème ville du pays). Celles ci le mènent donc jusqu’à Turov, en pleine région des marais. Nombreux sont les animaux qu’il affronte et qui le blessent : l’auroch, le cerf, l’élan, le sanglier, l’ours…. Et « une bête sauvage (qui) m’a sauté à la hanche et m’a jeté à terre avec mon cheval ; et Dieu m’a gardé sain et sauf » ( Stählin, La Russie, Payots eds., 1946).
La présence au moins ponctuelle de tigres dans le « poumon vert de l’Europe », une zone de marais répartie entre l’extrême Sud de l’actuelle Lituanie, la Pologne Orientale, la Biélorussie occidentale et méridionale, et l’Ukraine du Nord Ouest, marquant la frontière entre les bassins de la Vistule à l’Ouest, et ceux du Niemen, du Dniepr et du Dniestr, à l’Est, est donc très vraisemblable. Cette zone aurait alors joué pour l‘Europe de cette époque le même que celui des mangroves Sundarbans du delta du Gange pour l’Inde où, jusqu’à aujourd’hui, des tigres interdisent à des êtres humains d’y venir collecter miel et bois.
Qui plus est, si la présence du tigre dans le delta du Danube est probable, nul ne sait si des tigres, via son bassin, se sont enfoncés profondément ou non en Europe centrale et occidentale. En tout état de cause, il est possible que les régions orientales de la Slovaquie et de la Hongrie actuelles aient compté le tigre, pour un temps, dans la faune présente naturellement sur leur sol (Carte 5).

En conclusion, ceci est aussi, évidemment, un appel aux grandes structures politiques eurasiennes, ainsi qu’aux grandes Institutions, Fondations et Associations internationales, de même qu’aux milieux économiques, médiatiques et artistiques, pour qu’ils considèrent l’urgence de la situation, et qu’ils aident et agissent concrètement et de façon effective à la réalisation d’un tel projet, pour la sauvegarde des tigres, la réconciliation entre les communautés humaines, et un Avenir solide pour les uns et les autres.



HERE IS THE TEXT IN LINKAGE TO THE VIDEO : « A GREEN DRAGOON TO SAVE TIGERS ».
(See video for maps).

I am Alain Sennepin
Webmaster of the site
4 continents for tigers
http://www.adventure-tigers.com
blog : http://europe-tigre.over-blog.com
video: http://www.dailymotion.com/relevance/search/bielotigris/video/xaczgx_a-green-dragoon-to-save-tigers_news

Wild tigers are now in great danger of extinction, and their situation becomes quickly worst and worst, month after month. Field realities as well as financial powers linked to wild animals trade implicate thatpresent strategies for protection are dramatically inefficient. Only ambitious and original actions based on a different approach could save them from  complete annihilation.
That’s why I propose a projekt, which can be considered as an « utopic » one (but considering the situation, the choice seems to be clearly between Utopy and Death) that I have named « The Green Dragoon ».

His aim is the reconstitution of eurasian riverine forests of the passed, from yellow River to Vistula and Danube basins.
The possible structure of this green corridor is linked to the historical distribution (in its maximal expansion) of the Caspian tiger, officially extinct since the XXth century. This tiger, was regularly present in a big prosperity between the Black Sea and the Aral sea.
Wild mammal predators, which constituted in these areas a mosaïc of a unique richness in the world before 1940, might be reintroduced in these restored forests, amongst them tigers, from rewilding protocols concerning captive individuals.
Precisions about steps of this green eurasian way are given both on the Video and on the page (english / french) « The eternal Selvedge » published on August 27th.

Map 1 :  On this map, we can see the ordinary picture of  Panthera tigris virgata’s historical distribution concerning the most recent centuries (from the XIXth). It goes from the  Chinese western border to the Black Sea, through the southern coast of Caspian Sea.
Particularly, there is an enormous distance between the most oriental point of the distribution of the Caspian tiger, and the most occidental one of the siberian (or Amur) tiger, Panthera tigris altaïca.

Maps 2 and 3 :
More complete studies have shown that even for these recent epochs, Caspian tiger’s distribution est widely larger, particularly concerning all around Caspian Sea (and not only southern coast), and also a wide northern area of punctual presence, which extends much nearer the most occidental point of siberian tiger’s punctual presence (Map 2, published by Peter Jackson  1996).
It’s even clearer (and nearer, from recorded cases of presence by different « sub – species » realized by the biologist Mazak (Map 3, published in 2000 in a work by Kistner and Dugmore).
Infact, a team of Oxford University (London) has shown (January 2008) that Amur and Caspian tigers are infact of same genetic lineage, and so they don’t belong to  different subspecies. Moreover, the present populations of Amur tiger are descenders, as concluded in this same study, of a P.t. virgata group recently (at historical scale) gone to east again.
Searchers have put their work online on January 14th 2009.

Maps 4 and 5 : Tigers were also present in Europe, up to the medieval ages, aspect which is still less known that the subspecific identity between Amur and Caspian tigers.
For the details, see the page published on 16 August – in french – « des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale » (« tigers present in the heart of medieval Europe »).
The map realized by Georges Heptner in 1972 (map 4) and that realized by Roberto Epple in 2002 for his association European Rivers Network are good tools to put this phenomenon in light.
Georges Heptner, russian specialist of Carnivoras, dead in 1975, has proved the presence of tigers on Black Sea and Azov’s coasts, and also clearly in more North – Western areas, at least up to Kiev.
Moreover, he has demonstrated, in an article published in 1969 in a russian review and entirely dedicated to this question, that the « lyuty zver » (« fierce animal ») who had hurted the Great Kievian Prince Vladimir Monomaque during one of his hunts between Turov (on Prypiat river, in swampy areas of oriental Europe, , in the south of present  Belarus) and Tchernigov (Northern Ukraine), at the end of XIth century, could only be a tiger (Map 4).
Vladimir Monomaque became Great Prince of Kiew in 1113, at 61 years old. In 1117, he explained in his work « Poucheniya Detyam » that when he was prince of Tchernigov, his hunts up to Turov, in the heart of the swampy region, were dangerous, and he was hurted many times (an Auroch, a boar, an elk, a deer, a bear, and a « fierce beast (who) has jumped to his side and has made fall me and my horse. And God has guarded me in life… » (Stählin, Russia, Payot eds. 1946 , in french ).
A punctual (at least) presence of tigers in the « green lung of Europe » in medieval ages is so quite credible. This area  concerns present territories as extreme south of Lituania, oriental  border of Poland, occidental and meridional borders of Belarus,  as well as extreme north – West of Ukraine. This swampy region is also linked to the limits of Vistula basin (for the west) and Neman, Dniepr and Dniestr basins for the East.
It could have played the same role for medieval Europe as Sundarbans mangroves , in the Ganga delta, for India up to now (were tigers still exclude honey and wood collectors).
Furthermore, if presence of the tiger in Danube delta is probable, nobody knows if some of these animals have gone to more western regions  through Danube basin. It is nevertheless possible that present eastern Slovaquia and Hungaria had counted for a time the tiger amongst their natural fauna  (Map 5).


In conclusion, this is also, of course, a call to greatest eurasian political structures, international institutions, fundations and associations, as well as economical, mediatic and artistic spheres, who might consider the emergency of the situation, and so help and act concretely for the effective realization of such a projekt, for saving tigers, reconciling human beings, and building a strong future for both.
 




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THE ETERNAL SELVEDGE

27 Août 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe


A PRELIMINARY PROPOSAL OF A POSSIBLE WAY FOR THE « GREEN DRAGOON »

This page will be both in english and french.
Cette page sera en anglais et en français.

ENGLISH VERSION
In 2001, Tim Flannery wrote a book about the natural history of United States history entitled : « The eternal frontier ».
In an opposite way, the eurasian riverine forests’ continuum, when restored, could become
« The eternal selvedge ».
It could host, like before 1940, not only several big herbivorous mammals, some of them having impressive herds (boars) and two huge rodents, but also the richest  mosaïc of big terrestrial carnivores in the world, counting at least 5 species of big feline, 5 big and medium canids, one hyaena, 2 bears and 3 big mustelids. 



WHAT COULD BE THE GREEN DRAGOON


PRINCIPAL AXIS

CHINA
1. Occidental turn of Yellow River
2. Kuku Nor Lake
3. Lob Nor Lake (entering Tarim Basin, Xinjiang River)

KAZAKSTAN
- Tenghiz Lake
9. Aral Sea (At least little Aral,  northern section of Aral Sea, Syr Daria delta
UZBEKISTAN
9. Aral Sea, southern area (Karakalpakstan) : find means to restore Amou Daria delta

MIDDLE EAST
10. All around Caspian Sea
Then, from its western coast (northern bough) :

EUROPE
Meridional Russia, oriental  Black Sea and Azov Sea coasts
- Lacustrine areas of central Ukraine
Then southern bough :
13. Danube Delta (oriental Romania) through Moldova
Northern bough :
14. Green Lung of Europe : Swampy areas of southern and western Belarus, north western Ukraine, Eastern Poland, Southern Lituania


SECONDARY BOUGHS

SIBERIA
4. From Lob Nor Lake (China 3), through lacustrine areas of north western Mongolia :
Oriental Siberia : Selenga River and southern coast of Baïkal Lake (passing near  Ivolga village)
5. From Tenghiz Lake, through North Eastern Kazakstan :
Mesopotamy of occidental Siberia : Altaï mounts, south of Barnaul, between Irtych (West) and Ob (East)

CENTRAL ASIA
From Tenghiz Lake (Kazakstan) :
To the South :
6. Up to Balkash Lake (Kazakstan)
Then, from 6 :
South eastern bough : 7 : up to Issik Kul Lake (Kirgiztan)
Southern bough : 8 : up to northern Afghanistan through Tadjikistan (Vaksh and Pyandz Rivers’ basins)

MIDDLE EAST
(From western coast of Caspian Sea)
11 . Southern  bough to swamps of southern Irak (Euphrat and Tigris mouths)
12 . Medium bough from occidental Iran to Eastern Turkey (Van Lake region)



VERSION FRANCAISE
En 2001, Tim Flannery écrivait un livre concernant l’Histoire Naturelle du territoire des
Etats – Unis d’Amérique, intitulé « The eternal frontier », « La frontière éternelle ».
Tout au contraire, un continuum de forêts alluviales eurasiennes, une fois restauré, deviendrait « The eternal sevedge », « La lisière éternelle ».
Il pourrait héberger, comme c’était le cas avant 1940, en plus de plusieurs grands mammifères herbivores dont certains pouvaient former des troupeaux impressionnants (sangliers) ainsi que deux rongeurs géants, une mosaïque de grands et moyens mammifères carnivores d’une richesse unique  au Monde sur la terre ferme, comptant au moins 5 grands félins, 5 grands et moyens canidés, une hyène, 2 ours et 3 grands mustélidés.



CE QUE POURRAIT ETRE LE DRAGON VERT

AXE PRINCIPAL

CHINE
1. Coude occidental du Fleuve Jaune
2. Lac Koukou Nor
3. Lac Lob Nor (entrée du bassin du Tarim, rivière Xinjiang)

KAZAKHSTAN
-Lac Tenghiz
9. Mer d’Aral (petite Aral, partie nord de l’ancienne mer, delta du Syr Daria)
OUZBEKISTAN
9. Mer d’Aral, zone sud : Karakalpakie. Trouver les moyens de restaurer le delta de
l’Amou –Daria

MOYEN – ORIENT
10. Tout le pourtour de la Mer Caspienne

Puis, à partir de sa côte occidentale (rameau septentrional) :

EUROPE
Russie méridionale, côtes orientales de la mer Noire et de la Mer d’Azov
- Zones lacustres de l’Ukraine centrale
Puis, rameau méridional :
13. A travers la Moldavie, jusqu’au delta du Danube (Roumanie orientale)
Rameau septentrional :
14. Poumon vert de l’Europe : Zones marécageuses du Sud et de l’Ouest de la Bielorussie, du Nord Est de l’Ukraine, de la Pologne orientale et de la Lituanie méridionale


RAMEAUX SECONDAIRES

SIBERIE
4. A partir du lac Lob Nor (Chine 3), à travers les zones lacustres du Nord Ouest de la Mongolie :
Sibérie orientale : rivière Selenga et côte Sud du Lac Baïkal (en passant à proximité du village d’Ivolga).
5. depuis le lac Tenghiz, à travers le Nord Est du Kazakhstan :
Mésopotamie de la Sibérie occidentale : Monts Altaï, au Sud de Barnaul, entre l’Irtych, à l’Ouest, et l’Ob, à l’Est.

ASIE CENTRALE
A partir du lac Tenghiz (Kazakhstan)
Vers le Sud :
6. Jusqu’au lac Balkash (Kazakstan)
Puis, à partir de là :
Rameau sud – Est : 7 . Jusqu’au lac Issik Koul (Kirgizstan)
Rameau sud : 8. Jusqu’au Nord de l’Afghanistan, à travers le Tadjikistan (bassins des rivières Vaksh et Piandj)

MOYEN – ORIENT
(A partir de la côte occidentale de la Mer Caspienne)
11. Rameau méridional jusqu’aux marais de l’Irak du Sud (estuaires de l’Euphrate et du Tigre)
12. Rameau médian, de l’Iran occidental à la Turquie orientale (région du lac Van)
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UN AUTRE REGARD SUR L'HISTOIRE DE LA RUSSIE

19 Août 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe


OURS, TIGRES ET DRAGONS
Pour la rédaction de cette page, nous avons puisé, notamment, dans les travaux de Iaroslav Lebedynsky sur les Scythes et les Sarmates (Editions Errance, 2001 & 2002), ainsi que l’ « Histoire de la Russie », par N. Rasianovsky, 1987, eds Robert Laffont, Collections Bouquins, « Vladimir le Soleil Rouge » de Vladimir Volkoff, 1981 et « L’Amérique Russe » de Michel Poniatowsky 1978, tous les deux aux Editions Julliard (collection l’Age D’homme), « La Russie Médiévale », par J-P Arrignon, 2003, Eds. Les Belles Lettres, Collection « Guide des Civilisations ».
 
LA CIVILISATION DES HOMMES - OURS
La Russie ancienne est partagée entre le monde de la forêt au Nord et celui de la steppe au Sud. Les époques néolithique puis protohistorique qui modifient radicalement paysages et civilisations de la Méditerranée à l’Indus n’influent quasiment en rien sur  les pratiques préhistoriques de la civilisation forestière, si ce n’est une certaine intensification de celles – ci à des fins d’échanges commerciaux (fourrures).
Fondamentalement, les populations clairsemées de slaves orientaux qui occupent ce biotope et tendent à s’y sédentariser à partir des 5ème et 6ème siècles perpétuent un mode de vie « paléolithique » au moins jusqu’à l’orée du 16ème siècle. Ils sont horticulteurs, chasseurs  et collecteurs de baies sauvages, et de façon  bien plus significative encore, autour de leurs modestes villages au bord des cours ou des étendues d’eau, pêcheurs (Alexandre Nevski sera le « Prince pêcheur » de Novgorod au 13ème siècle), et récolteurs de miel, dont il font grand usage (on installe des ruches dans des troncs d’arbre creux, et comme les abeilles n’ont pas besoin d’être domestiquées, la peine est réduite au minimum et le profit au maximum).
Ils occupent la même niche écologique que les ours, et ont des pratiques très analogues sur le plan alimentaire. D’où un très fort sentiment de parenté, qui est le pivot de la culture slave jusqu’à la christianisation du pays à la fin du 10ème siècle. L’ours est le « medved » russe, c’est à dire le « consommateur de miel ».
De fait, les liens entre ours et communautés humaines sont d’une très grande profondeur et remonte au moins à des dizaines de milliers d’années. A partir d’observations paléontologiques circonstanciées, un chercheur russe n’a t-il pas émis l’hypothèse que le culte des ancêtres est plus ancien chez les ours que chez les hommes et qu’il a été transmis par les premiers aux seconds par un phénomène d’acculturation (dans Michel Pastoureau, « L’Ours. Histoire d’un Roi Déchu », Editions du Seuil 2007, page 42, références page 338).
Ce schéma d’ensemble tendra à se nuancer progressivement à partir du 10ème siècle, au moment de la christianisation et de la cristallisation fonctionnelle de l’Etat. Il y a  constitution d’agglomérations urbaines conséquentes (la Russie devient, aux yeux des scandinaves, « le pays des villes », « Gardariki ». Un certain défrichage de la forêt s’effectue peu à peu pour intensifier les pratiques horticoles. Il est plus marqué au Nord, particulièrement à Novgorod. Mais il existe aussi au Sud, dans la région de Kiev, ce qui ne va pas sans inconvénient face à la civilisation des steppes, la forêt constituant une protection contre les incursions des nomades…
Le seigle, le blé et l’avoine forment les aliments de base. On cultive aussi le pois, la lentille, le chou, le navet, l’oignon, l’ail. Le chanvre et le lin servent à la confection des toiles de tente, des cordages et des filets de pêche. On élève aussi des chevaux et des bœufs à la fois pour les labours et pour la monte.
Mais Procope et Léon le Sage dit de ces horticulteurs des plaines russes qu’ils sont « trop paresseux pour travailler les terres qui sont pourtant les plus riches du monde » et les considèrent d’ailleurs comme à moitié nomades.
Ces « paysans » (« smerdy »), hommes libres organisés en communautés rurales (mir) qui pratiquent l’agriculture, la pêche et exploitent la forêt (bois, miel, fourrures) sont fondamentalement les descendants et continuateurs des « chasseurs/pêcheurs/collecteurs » de la préhistoire.
Il existe aussi des asservis provisoires  pour dettes (zakupy, najmity).

Un conte étiologique en dit à cet égard beaucoup plus long qu’une explication anthropologique circonstanciée sur le sujet :
Un prince magicien envoie sa garde capturer des martres et des renards mais celle ci rentre bredouille . Il se change alors en loup et il poursuit les bêtes qui se prennent dans les filets de soie qu’il a préparés. Puis il doit à nouveau prendre la situation en main devant les échecs confirmés et successifs de ses hommes. Ainsi doit il revêtir l’apparence d’un faucon pour capturer cygnes, oies, canetons et petits oiseaux, puis celle d’un brochet pour capturer des esturgeons.
Il conquiert ensuite un « royaume de l’Inde » en se métamorphosant successivement en un aurochs aux cornes d’or, en un petit oiseau, en un loup gris, en une fourmi…
Il fait ensuite connaissance avec un laboureur, qui l’aide grandement dans ses initiatives pour le contrôle effectif de son Royaume.
Un ordre nouveau se met en place,
fruit de la synthèse entre la culture du roi – magicien liée à l’économie de prédation et celle du laboureur.

A partir du 16ème siècle, les communautés villageoises perdent leur liberté, les « horticulteurs » polyvalents deviennent des serfs, prisonniers sur la Terre désormais privatisée. Cette évolution est directement liée aux « impératifs » supposés, dans l’esprit des responsables de l’Etat,  de défrichements massifs de la forêt pour maximiser la production agricole assurée par des serfs désormais « monovalents », pour le compte de boyards qui deviennent à cette époque des latifundiaires du Nord.

LA CIVILISATION DES HOMMES - TIGRES
Contrairement au monde de la forêt, peu concerné par la « fin » de la Préhistoire, la civilisation des steppes est profondément transformée par la domestication du cheval, dès le quatrième millénaire avant J.C . Celle – ci bascule alors d’une sédentarité et de pratiques horticultrices plus poussées et plus importantes dans l’économie que ne l’étaient celles du monde des forêts, vers un système pastoral impliquant une existence résolument nomade.
Les conséquences de cette révolution du mode de vie sont gigantesques. Depuis les steppes de l’actuel Kazakhstan où s’effectue cette étonnante symbiose entre des hommes et un grand animal sauvage qui va réorienter de fond en comble le cours de l’histoire mondiale, un nouveau phénomène dans le monde vivant, le binôme cavalier / monture, déferle sur l’Eurasie, à l’Est comme à l’Ouest. En Europe, ce qui sera la Russie à partir du 10ème siècle est submergée par ce courant civilisationnel originaire d’Asie centrale. A travers les dominations successives (et de longue durée) des Cimmériens, des Scythes, des Sarmates, puis des Huns (pour un laps de temps court), des Avares, et des Kazhars, qui finissent par se sédentariser dans le delta de la Volga, c’est à la fois l’Asie et le monde de la steppe qui prédomine sur l’Europe et le monde de la forêt et ce pendant des millénaires, jusqu’au 9ème siècle. L’espace oriental de l’Europe est donc en réalité pleinement eurasien, sur le plan civilisationnel, depuis le Néolithique tardif.
Ces pasteurs guerriers ont un sentiment de parenté très fort avec les grands prédateurs sauvages, en particulier les tigres et les loups. Ils assimilent d’ailleurs ces animaux à des pasteurs d’herbivores sauvages et leur attribuent les plus grandes qualités parmi les êtres vivants.

LA CONFRONTATION
Pendant environ 3 siècles et demi (de la deuxième moitié du 9ème siècle à la première moitié du 13ème), en Europe orientale, le monde de la forêt en voie très progressive et superficielle « d’européanisation » - sédentarisation / urbanisation, étatisation, christianisation, défrichage – oppose une vive résistance au monde des steppes sur lequel il reprend significativement du terrain. Il y a conflit permanent, sans domination substantielle et durable des uns ou des autres. Les héros russes de cette époque sont les chevaliers « bogatyrs » qui coupent en deux leurs adversaires à l’aide de leurs grandes épées franques, mais voient les parties se reconstituer en des combattants entiers et vivants, sous le nombre desquels ils sont finalement submergés (comme dans le célèbre Dit de la Campagne d’Igor).
La limite entre steppe et forêt est vécue comme une frontière.
Les combats sont particulièrement acharnés, incessants et incertains entre le Grand Prince Vladimir et les Petchenègues, puis entre Vladimir Monomaque et les Polovtsiens, quelques décennies plus tard.
Rien ne symbolise mieux cette période de l’histoire de la Russie, où les deux mondes s’affrontent impitoyablement et vainement, sans qu’aucun des deux ne parvienne à s’imposer à l’autre, que la rencontre de Vladimir Monomaque et de la « Lyuty Zver » dans les marécages du Nord Ouest, vers la fin du 11ème siècle.
Cet épisode a été décrit et expliqué dans le détail sur la page du présent blog publiée le 16 Août et intitulée « des tigres présents au cœur de l’Europe Médiévale ».
Le Grand Prince de Kiev, pourfendeur des Polovtsiens, à l’anéantissement desquels il consacre 83 campagnes importantes, a la stupéfaction, lors d’une chasse dans des zones humides de la steppe, d’être attaqué et blessé (ainsi que son cheval) par un animal inconnu, dont Georges Heptner a démontré en 1969 qu’il s’agissait d’un tigre, animal emblême des Nomades par excellence.
C’est au cours du même 11ème siècle qu’en Afrique Orientale, un chant de guerre Swahili fait dire au Sultan qu’il va avoir à quitter sa cité pour affronter (« se faire dévorer par ») le MNGWA, « celui qui est étrange », grand félin tigré mystérieux.
Le Grand Prince rencontre son MNGWA, la « Lyuty Zver », qui a simplement, en l’occurrence un comportement de défense territoriale habituelle chez ces animaux face à des cavaliers faisant intrusion dans leur espace.
La région dans laquelle l’incident survient, située au Sud de l’actuelle Biélorussie, est à l’Europe ce que la mangrove des Sundarbans, dans le Golfe du Bengale, est à l’Inde. Un milieu où, jusqu’à aujourd’hui, les tigres refusent la présence de collecteurs de miel ou de bois…

A NOUVEAU, UNION EURASIENNE
Du 13ème au 15ème siècle, une nouvelle vague nomade déferlant des steppes de Mongolie entraîne la mise en sujétion des « hommes – ours » par les « hommes – tigres » qui est aussi une forme d’union, de symbiose asymétrique. Les russes sauvent leur nation en composant avec le khanat mongol, qui, malgré les destructions immenses qu’il inflige dans un premier temps à leurs structures urbaines et horticoles, leur permet de cimenter leur Nation à travers la religion orthodoxe, alors que celle- ci était pulvérisée (64 principautés indépendantes) avant l’intervention de ceux –là, et n’aurait pu en aucune façon résister à la poussée
 germano suédoise d’idéologie catholique, qui, elle, visait à la destruction de la culture russe et l’établissement d’un Empire latin sur son territoire comme celui qui dominait Constantinople depuis 1204 (et se maintiendrait jusqu’en 1261).
 Les succès d’Alexandre Nevski contre les Suédois (1240) sont entièrement dus à son génie propre. Sa façon d’opérer contre les chevaliers Teutoniques (1242) montre, en revanche, que le Prince Russe avait adopté la tactique Mongole, dont les troupes étaient présentes en arrière du théâtre d’opération (Arrignon 2003). La Russie évita ainsi l’annexion et l’éradication de sa religion, empêchant toute nouvelle agression germano scandinave pendant quatre siècles.
A cette époque, forêt et steppe n'étaient plus séparées par une frontière, mais réunis par la lisière, membrane d'échange et d'union des deux mondes.

LE MONDE DE LA FORÊT DEVIENT IMMENSE : LES OURS RENCONTRENT LES DRAGONS
Après avoir recouvré son autonomie à la suite de son dynamisme propre et des divisions internes au monde de la steppe, le « Monde de la Forêt » connaït une expansion phénoménale, notamment à partir de la première moitié du 17ème siècle, ce qui lui permet aussi un certain retour aux sources.
Entre 1610 et 1640, si les lignes fortifiées des colons russes avancent de 480 kms dans les steppes du Sud, ce n’est qu’en 1783 que le khanat de Crimée sera absorbé dans l’Empire de Catherine la Grande.
Par contre, au cours de ces mêmes 30 années,  la percée vers l’Est, c’est à dire la Sibérie, est de 4800kms ! Or, cette conquête du « Far East » forestier, lacustre et marécageux est aussi  la mise en contact, pour le meilleur ou pour le pire, avec de multiples communautés de chasseurs/pêcheurs/récolteurs dont les modes de vie et les pratiques sont singulièrement analogues à celles des slaves orientaux de l’époque médiévale. Quelques décennies plus tard, en 1689, le traité de Nertchinsk fixe la frontière russo chinoise le long des fleuves Argun et Gorbitsa et de la chaîne des monts Stanovoï, dans la région de l’Amour . Les nouveaux venus y font la connaissance d’un tigre forestier énorme, que les autochtones vénèrent et leur apprennent, dans une certaine mesure, à percevoir différemment de son congénère occidental, associé aux steppes et aux marais, synonyme d’étrangeté et de menace.
La divinité principale de ces populations est le dragon (voir la page « Nicolas Baïkov : la parole au tigre » publiée le 30 Juin).

LA DESTRUCTION DU MONDE DES STEPPES
L’annexion de l’Asie centrale (« Turkestan russe ») au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle a été un véritable blitzkrieg, dans un contexte de menace anglaise sur la Région, lors du « Great Game ».
Les conséquences en ont été dramatiques, pour la civilisation pastorale, les hommes qui la faisaient vivre, les tigres qui en restaient les symbôles. Point n’est besoin de revenir en détail sur cette question, traitée sur les pages du présent blog publiées le 30 Juin, qui montrent les soubassements anthropologiques de cette tragédie, liés aux affrontements anciens entre « hommes – ours » et « hommes – tigres ». L’épisode ultime de ce processus  fut l’anéantissement de la Mer d’Aral, au cours des dernières décennies.
 
L’ALLIANCE DES OURS, DES TIGRES ET DES DRAGONS : LA VRAIE FORCE D’AVENIR DE LA RUSSIE
Aujourd’hui, la Russie, civilisation eurasienne depuis toujours, dispose d’atouts majeurs pour jouer un rôle catalyseur dans la recherche de la paix et de la coopération sur le continent, et définir de nouveaux équilibres entre sédentaires urbains, chasseurs – cueilleurs sibériens et  pasteurs (ou qui aspirent à le redevenir) d’Asie Centrale .
A ce titre, elle peut aisément saisir l’opportunité d’une mise en œuvre résolue de l’initiative écologique et humaine « Le dragon vert » (voir les pages publiées les 15 et 16 Août), véritable lisière géante au rôle réunificateur, aux antipodes de la frontière.
Ce dragon de la paix  tirera sa force  des tigres, des ours et autres grands prédateurs sauvages destinés à vivre dans ses flancs, ainsi que des communautés humaines environnantes, enfin réenchassées, grâce à lui et à ses maîtres d’œuvre,  dans leurs cultures originelles revivifiées et  vécues sur le mode de la complémentarité .



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DES TIGRES PRESENTS AU COEUR DE L'EUROPE MEDIEVALE

16 Août 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe

LE TIGRE ET L'EUROPE: UNE VIEILLE HISTOIRE
La présence de tigres dans l'espace européen lors de la Préhistoire a fait l'objet de nombreuses controverses au cours des 19ème et 20ème siècles. Depuis lors, un consensus s'est fait jour sur le point de discorde principal : les grands félins dominants dans l'Eurasie de la période Pleistocene étaient des lions gigantesques, et non des tigres. Celà n'exclut nullement la présence élusive et ponctuelle de tigres dans des régions où on ne soupçonnerait pas a priori leur présence (Alaska, Arctique européen, entre autres, comme l'avait montré notamment Sandra Herrington en 1987). Dans une étude publiée en 2000 par la Revue scientifique "Animal Conservation", Kitchener et Dugmore ont proposé une carte très impressionnante sur l'extension maximale qu'aurait pu atteindre la distribution du tigre pendant les périodes interglaciaires du Pleistocene (qui se produisirent au moins à 16 reprises depuis l'apparition de l'animal en tant qu'espèce). Celle ci s'étendait à plusieurs continents, dont l'Europe.

Au début de la période holocène (après la fin de la dernière période glaciaire), plusieurs facteurs cumulatifs :  la disparition brutale des lions géants, des conditions climatiques favorisant les zones humides du Fleuve Jaune au Sahara et à la corne de l'Afrique au Sud, et aux régions circum arctiques au Nord, ainsi qu'une évolution des forêts européennes, désormais beaucoup plus adaptées et accueillantes pour les tigres que pour les lions, ont  vraisemblablement permis au grand fauve strié une expansion phénoménale de son aire de distribution , unique dans son histoire, qui allait durer plusieurs millénaires: on peut véritablement parler de cette époque , "l'optimum humide neolithique", comme l'Age d'Or du  Tigre en Eurasie.

Une péjoration hydrique sévère met brutalement fin à cet âge d'abondance : les tigres vivant dans les régions occidentales de leur aire de distribution subissent une réduction dramatique de leurs espaces vitaux. Ils se retrouvent souvent sans contact avec leurs congénères orientaux, et leur distribution devient discontinue, selon un schéma dendritique le long des cours d'eau eurasiens les moins mal alimentés d'une part, dans un certain nombre de refuges montagnards isolés et sans connexion entre eux d'autre part. Dans ces conditions de régression et de fragmentation, Panthera tigris virgata apparait en tant que sous espèce. C'est l'Aride Neolithique, connu pour les hommes comme période Protohistorique, avec l'apparition des grandes structures politico religieuses totalitaires du Nil à l'Indus et au Fleuve Jaune en Eurasie, Du Mississipi au Sud de la Cordillère des Andes en Amérique.

Les Empires de l'Antiquité mènent la vie dure aux animaux sauvages : les principales victimes en sont les lions, de l'Europe du Sud à l'Inde, sans que léopards et tigres puissent véritablement profiter de cette niche écologique brutalement vidée.
C'est la fin de cette période, marquée à l'Est comme à l'Ouest, par un affaiblissement considérable de la puissance et des moyens d'action des grandes structures politiques, et une réduction sensible de la démographie des populations sédentaires, qui offrent à une cohorte de mammifères prédateurs une nouvelle opportunité d'expansion.
Pour le Tigre, c'est particulièrement vrai en Chine d'une part, et (ce qui est à proprement parler l'objet de cet écrit), de l'Asie centrale à l'Europe orientale, tout au long des 7000 à 8000kms de la "steppe des scythes", du Fleuve Jaune à l'actuelle Hongrie.

AU MOYEN AGE, DES TIGRES AU COEUR DE L'EUROPE
A cette époque (Vème et VIème siècles de notre Ere), le territoire qui n'est pas encore la Russie accueille des populations slaves qui tendent à se sédentariser dans la zone des forêts au Nord, et des populations iraniennes qui nomadisent dans les steppes au Sud. Celles ci sont très fertiles, riches d'une flore exceptionnellement vigoureuse et parsemée de milliers de petits lacs et marais.
Les populations humaines sont peu nombreuses, et leur impact sur l'espace environnant n'est pas significativement plus important que celui des grands animaux sauvages. Les nomades sont des chasseurs éleveurs, qui peuvent aussi se ravitailler de vive force chez leurs voisins sédentaires. Ces derniers sont des horticulteurs/chasseurs/récolteurs de miel. Le Moyen Age en Asie Centrale et en Europe Orientale est écologiquement comparable à une période interglaciaire du Pleistocene.

Quelques siècles plus tard, la Russie est devenue "le pays des villes" (telle qu'elle est perçue par les Scandinaves de l'époque) et la forêt subit un lent processus de défrichement, particulièrement dans les régions les plus septentrionales, comme celle qui dépend du Prince de Novgorod. Mais le territoire est toujours très riche en forêts, steppes et zones lacustres.
Au XIème siècle, le Grand Prince de Kiev Vladimir Monomaque chasse souvent dans les régions de Turov et de Chernigov, notamment entre 1073 et 1094. Il les évoque dans un ouvrage dont il termine la rédaction en 1117: Poucheniya Detyam. C'est au cours de l'une d'entre elles qu'il doit affronter "lyuty zver", la "bête féroce". Celle - ci a bondi et lui a mordu la cuisse alors qu'il était sur son cheval, blessant à la fois la monture et le cavalier.
L'interprétation habituellement avancée est celle d'un lynx ou d'un loup. Un lynx femelle qui vient de voir sa portée massacrée peut effectivement se comporter avec une fureur exaltée, implacable et sans crainte, comme l'a montré Robert Hainard. Concernant un loup, la chose est à peu prés impensable. C'est pourtant cet animal que propose Vladimir Volkov pour un tel comportement dans son "Vladimir, le Soleil Rouge", Julliard 1981 page 68, alors même qu'il mentionne que la chasse pouvait concerner aussi le léopard (et semble t-il, aussi fréquemment que celle du cerf, du sanglier ou du bison d'Europe) présent dans ces contrées occidentales à l'époque, et plus susceptible que le loup d'agir de la sorte dans une situation désespérée.
D'autres pensent qu'il s'agit d'un lion, la présence de cet animal dans les steppes du Sud de la Russie et l'estuaire du Don faisant toujours l'objet de débats entre scientifiques à l'heure actuelle.
En tout état de cause, lynx, loup, léopard et lion étaient connus des princes russes de cette époque :
le prince Roman, de Galicie Volynie, région occidentale de la Russie Kievienne, mort en 1205, est présenté de la façon suivante par la Chronique de sa principauté : "Il s'élançait contre les païens comme un lion, il était féroce comme le lynx, il les exterminait comme le crocodile, il parcourait leur pays comme un aigle, il était brave comme un auroch." (vu dans "Histoire de la Russie",  Robert Laffont, collection Bouquins, par N. V. Riasanovsky 1987, page 103).
Alors, pourquoi parler d'une "bête féroce", si on la connaît par son nom?

Le Dr Vladimir Heptner, spécialiste russe incontesté sur les carnivores en Russie, mort en 1975, indiquait qu'il y avait de nombreux éléments forts et convaincants pour que la "bête féroce" en question soit un tigre. Il a consacré un article spécialement à cette question dans une revue russe en 1969. Dans l'ouvrage qu'il corédigea avec le Dr Sludskii sur les carnivores russes (réédité en langue anglaise 17 ans après sa mort), il présente une carte de présence probable du tigre non seulement sur les côtes des mers noire et d'Azov, mais aussi beaucoup plus au Nord Ouest, dans la région de Kiev, entre les 10ème et 12ème siècles.
Cette présence restait certainement élusive pour la civilisation sédentaire de la zone forestière (d'où la qualification de "lyuty zver"), cet animal restant fidèle à son milieu préférentiel de steppe marécageuse ; et les nomades, qui le connaissaient, ne tenaient pas de Chroniques écrites.
Un tel phénomène s'est également produit à une date beaucoup plus récente. L'anglais Thomas Atkinson, qui a voyagé en Asie centrale au 19ème siècle, a expliqué, dans un livre publié en 1858, que des tigres, chassés de la steppe kirghize par la sécheresse, avaient traversé l'Yrtych et rejoint les zones occidentales des monts Altaï, où les paysans ignoraient leur existence et n'avaient pas de vocable spécifique pour les nommer.
Le tigre "de la Caspienne"  est connu pour n'avoir pratiquement jamais attaqué les hommes, même quand il se rendait, plus ou moins accidentellement, dans les villages. Il fut toujours un animal discret, qui ne feulait pas ostensiblement contrairement à son congénère indien, et qui était indiscernable dans les hautes herbes de la Steppe et les roseaux des forêts alluviales.
Par contre, un cavalier qui s'enfonçait dans ce type de milieu courait de vrais risques.
T. Atkinson, déjà mentionné précédemment , a décrit l'attaque d'un cavalier kirghize par un tigre, qui bondit du fourré, de face, sur le cheval et le cavalier. Cette description a fait l'objet d'une  illustration de Sorieul, publiée page 201 de l'ouvrage de Svetlana Gorshenina, Explorateurs en Asie centrale, eds. Olizane.
En 1928, au Tadjikistan, 2 cavaliers et leurs chevaux ont été, de même, sévèrement attaqués par un tigre dans le lit asséché d'une rivière. Quelques années plus tard, l'endroit sera intégré à une réserve naturelle qui portera le nom "La Ravine du tigre" (Tigrovaya Balka) en souvenir de l'évènement. La chose a été décrite en détails par David Prynn aux pages 2 et 3 de son livre Amur Tiger, 2004, Russian Nature Press.
Atkinson et Prynn décrivent très exactement ce qui est arrivé à Vladimir Monomaque 8 siècles plus tôt.

AMPLITUDE DE DISTRIBUTION CREDIBLE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Les données fournies par la carte de Heptner et Sludskii confrontées à la distribution des zones humides dans la région rendent crédibles une distribution au moins ponctuelle du tigre dans le delta du Danube d'une part, et dans les zones marécageuses qui forment la  frontière des bassins du Niemen, Dniepr et Dniestr, à l'Est, et de celui de la Vistule, à l'Ouest, d'autre part. Celà correspond, pour les tigres danubiens,  aux territoires actuels de la pointe orientale de la Roumanie, de la pointe occidentale de l'Ukraine, et de la Moldavie méridionale.
 Le village ukrainien de Dilove, situé non loin au Nord Ouest de cette zone, avait été identifié comme le coeur de l'Europe par les géographes de la fin du 19ème siècle.
Pour les seconds, plus septentrionaux, sont concernés l'extrême Nord de l'Ukraine, les franges les plus méridionales et occidentales de la Bielorussie, la frange la plus orientale de la Pologne, et l'extrême Sud de la Lituanie, c'est à dire le coeur et le poumon vert de l'Europe actuelle. C'est en plein dans cette région, entre Turov et Cernigov, dans les marais Pripiatski du Sud de l'actuelle Bielorussie, que Vladimir Monomaque avait rencontré la "Lyuty zver" (voir J-P Arrignon, La Russie Médiévale, 2003, eds. Les belles lettres, coll. Guide des civilisations, voir carte page 39).
La distribution de la steppe herbeuse à cette époque laisse augurer, qui plus est, une présence ponctuelle de ces animaux dans des territoires correspondant à l'Est de la Hongrie et de la Slovaquie actuelles.

PERIODE CREDIBLE DE PRESENCE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Heptner, qui fait preuve, rigueur scientifique oblige, d'une prudence de Sioux à de multiples occasions sur des sujets variés, parle d'une présence probable des tigres en Europe du 10ème au 12ème siècles.
Or, les évènements politiques qui se déroulèrent par la suite en Europe orientale du 13ème au 15ème siècle, et notamment la domination mongole dans cette région, n'ont certes pas contribué à un recul des espaces sauvages naturels. L'effacement de nombreuses structures urbaines et une baisse de la démographie des populations sédentaires n'étaient pas de nature à écorner la vigueur de la flore et de la faune sauvage dans cette région.
Les tigres sont vraisemblablement restés présents en Europe jusqu'à la fin du Moyen Age.

Relisons, pour conclure, la description de la steppe par Nicolas Gogol dans son roman "Tarass Boulba" racontant l'histoire de l'affrontement entre Cosaques et Polonais au début du 17ème siècle :
"Alors, tout le Sud jusqu'à la Mer Noire était un désert verdoyant et vierge. La charrue ne passait jamais dans les vagues infinies des plantes sauvages. Seuls les chevaux qui s'y cachaient comme dans une forêt les foulaient. Rien dans la Nature ne pouvait être plus beau. Toute la surface de la Terre formait un Océan vert et or, dans lequel jaillissaient des milliers de fleurs variées. L'air était empli d'un millier de cris d'oiseaux divers. Les éperviers planaient immobiles dans le ciel, les ailes déployées, les yeux fixes dardés sur l'herbe. Le cri d'un vol d'oies sauvages retentissait sur un lac lointain."
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LE DRAGON VERT, POUR LA PAIX EN EURASIE

15 Août 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe

QUI EST LE DRAGON VERT?
"On mesurera un jour le degré d'une civilisation non pas à ce qu'elle aura pris à la nature, mais à ce qu'elle lui aura rendu". Robert Hainard

Aujourd'hui, le "DRAGON VERT" est simplement une idée, une proposition, qui attend sa matérialisation.
Il s'agit d'un projet de reconstitution des forêts alluviales des principaux fleuves d'Eurasie et de certains de leurs affluents, tout au long des 7500kms de ce qui fut la steppe des Scythes dans l'Antiquité et la route de la Soie au Moyen Age, de l'Europe Orientale à la Chine.
La présentation qui en est faite ici est à la fois très générale et préliminaire, et nécessitera de nombreux affinements et approfondissements ultérieurs (nous avons d'ores et déjà établi des contacts et entamé des discussions avec plusieurs acteurs/partenaires potentiels pouvant intervenir à différents niveaux du projet).
Ce "DRAGON VERT", qui existait jusqu'au 20ème siècle mais qui fut détruit par les modes de vie qu'adoptèrent alors les riverains peut apporter des solutions concrètes à la guerre de l'eau et aux désastres sociaux et sanitaires, aux conflits entre les Nations et les communautés, et à l'anéantissement de la Biodiversité eurasienne indispensable aux hommes, générés précisément par ces modes de vie et de rapport à l'autre inédits jusqu'alors à une telle échelle.
La forêt alluviale eurasienne n'est vraiment vivante, active et forte que si les grandes espèces animales qui s'y épanouissaient jusqu'au siècle dernier peuvent à nouveau la faire vivre. Celà concerne notamment une mosaïque de grands et moyens mammifères prédateurs unique au Monde, avec comme  clef de voûte un animal disparu de ces contrées mais qui les fréquenta toutes à diverses périodes depuis l'Antiquité : le Tigre. Celà passe par des plans audacieux de réensauvagement dont nous avons déjà amplement fait état dans les pages précédentes de ce blog , ainsi que sur le site "4 continents pour les tigres".
 La Force Vitale du Dragon est à l'intérieur de lui.
Si celui ci reprend vie, il peut réenchanter et resacraliser tout un Continent aujourd'hui tragiquement réifié.

TIGRE ET DRAGON
La reconstitution des milieux alluviaux eurasiens concerne des zones ripuaires correspondant à la distribution historique du tigre dit "de la Caspienne", Panthera tigris virgata.
Le coeur du territoire de l'animal depuis l'époque moderne fut l'Asie centrale, entre mer Caspienne et mer d'Aral, dans des forêts originales, les tugaï, dominées par des peupliers, des saules, des phragmites communs ainsi que des roseaux géants (Arunda donax) qui pouvaient atteindre 8 mètres de hauteur et des graminées géantes de 3 mètres de haut, où proliféraient les sangliers, laissés en paix par les musulmans pour des raisons religieuses, qui assuraient une généreuse pitance pour le  tigre sans interaction avec les communautés humaines vivant pourtant dans les environs immédiats.
Si les populations les plus importantes au cours des derniers siècles se trouvaient au Nord de la mer Caspienne, particulièrement dans les jungles du delta de la Volga, et plus encore au Sud de la mer d'Aral, dans le delta de l'Amou Daria, ils étaient également présents dans le Caucase jusqu'à la mer noire à l'Ouest, et jusqu'en Chine centrale à l'Est (bassin du Tarim jusqu'au Lob Nor).
A une période plus ancienne (Moyen Age) l'animal était présent, à l'Est, jusqu'au Fleuve Jaune, et à l'Ouest, de façon permanente jusqu'à la Mer Noire, et même, de façon plus ponctuelle, dans des régions plus occidentales encore, comme le delta du Danube d'une part, les vastes zones marécageuses frontières entre les bassins du Niemen, du Dniepr et du Dniestr à l'Est, et de la Vistule à l'Ouest, d'autre part.
 Les territoires d'au moins six pays européens actuels sont peu ou prou concernés par cette présence médiévale: l'Ukraine, la Moldavie, La Bielorussie, la Roumanie, la Pologne et la Lituanie.
Cette question sera traitée en détail sur ce blog dans les tout prochains jours.
De plus, les hommes de l'Antiquité avaient vu cet animal s'abreuver dans le fleuve du même nom (appelé Stollax par les Grecs), cotoyant des hippopotames dans les marais mésopotamiens du Sud de l'actuel Irak.


AUJOURD'HUI, DES INITIATIVES PROMETTEUSES
La compréhension d'une protection réciproque, de facto, entre forêt et animal prédateur débouche d'ores et déjà sur des actions originales et fécondes, où le réenrichissement de la Nature Sauvage est aussi un avantage pour les hommes.

Ainsi, en Andalousie, deux centres de reproduction des lynx pardelle (appelés aussi les "tigres andalous") permettent aux effectifs de cette espèce dramatiquement menacée de croître à nouveau. Les animaux sont ensuite relâchés dans la steppe d'Estramadure, que leur présence contribue ainsi à protéger de pratiques "agricoles" dévastatrices notamment.
Ces centres, qui ont comme vocation le réensauvagement de leurs pensionnaires pour sauver la Nature Sauvage de leur région sont, contrairement aux établissements évoqués sur la page publiée le 14 Juillet, les véritables "fermes à tigres" de l'Avenir.
Trois nouveaux centres devraient voir le jour sur le territoire espagnol.
Au sud du Portugal, un centre de reproduction et de réensauvagement a ouvert ses portes à Silves en Mai dernier. Il servira à protéger, par la présence du lynx, la forêt de chênes liège environnante qui fait vivre l'industrie portugaise du bouchon...

En Amérique, l'association "Panthera" met en place la "Jaguar Corridor Initiative", plan  destiné à permettre la sauvegarde des grands félins et de leur milieu forestier en assurant une continuité de celui - ci du Mexique à l'Argentine. Jamais aucune initiative n'avait été tentée à une telle échelle.
Détails et carte peuvent être consultés  dans Cats News 50 (Printemps 2009), pages 28 - 29.

En Russie, une réintroduction de tigres dans des zones ripuaires des régions méridionales et occidentales du pays serait la suite logique de l'évolution des choses dans ce pays depuis ces deux dernières années.
  Les tigres de l'extrême orient russe, dont la situation paraissait désespérée en 2005, sont toujours là. Certes, les meilleurs spécialistes des populations de ces animaux, comme Evgueny Kashkarov, considèrent  les  chiffres officiels cautionnés par le WWF Russie (500 individus) comme nettement surévalués, ce qui ne fait aucun doute en toute bonne logique. Selon eux, il serait plus réaliste de diviser ce nombre par deux. Des chasseurs Udeghe indiquent néanmoins une augmentation vraisemblable de la population l'hiver dernier (émission Radio Rossya , Février 2009).
Une extrême prudence était et reste de mise sur cette question, qui est largement sujette à caution.
Des études génétiques menées par l'Université d'Oxford ont montré que ces tigres de l'extrême orient russe étaient en fait les descendants d'un groupe d'animaux du "dragon vert"d'autrefois.
Le WWF Russie a relâché, par ailleurs, le 26 Mai dernier, une dizaine de cerfs de Boukhara dans une forêt alluviale au Turkmenistan, d'où ils avaient été éradiqués il y a 47 ans. Ces animaux constituaient alors la proie principale  (avec le sanglier) du tigre.
En Octobre 2008, Vladimir Poutine avait publié un décret sur la protection urgente du léopard de l'Amour, avec l'extension considérable (multiplication de la superficie par 10) d'une zone refuge pour ces animaux.
Au Printemps de cette année, le Ministère Russe des Ressources Naturelles a élaboré un programme de rétablissement de la population des animaux rares dont les léopards du Nord du Caucase (actuellement au moins aussi menacés que ceux de l'Amour (au mieux quelques dizaines de survivants) alors qu'il y "aurait place", dans cette région, pour 1200 individus. Pour la première fois dans l'Histoire récente du pays, le programme piloté par le WWF Russie est sponsorisé par des milieux d'affaires locaux.
Enfin, l'opinion publique russe a montré sa sensibilité et sa force sur les questions de protection des animaux sauvages ; une campagne de protestation activement relayée sur Internet a abouti en mai dernier à la démission des dirigeants de la région de l'Altaï, après que ceux ci, 3 mois auparavant, se soient livrés au braconnage de bouquetins, malgré un contrôle de la presse par les autorités locales et des campagnes de diffamation contre les protestataires (article de Boris Kagarlitski dans Vzgliad, traduit dans Courrier International 968 du 20 au 27 Mai 2009).

HOMMES ET DRAGON
Point n'est besoin ici de revenir sur les bienfaits qu'apporte une Nature généreuse aux communautés humaines vivant en équilibre avec elle, comme ce fut historiquement le cas aussi bien en Asie centrale que dans le Sud de l'Irak, pour ne mentionner que ces deux exemples, ni sur le fait que la destruction de celle ci fut un acte de guerre contre les communautés traditionnelles vouées à la dislocation
(voir les détails sur la page de ce blog publiée le 12 Juillet dernier), et intervint en un siècle de réification généralisée, où l'abaissement, le rapetissement et l'abêtissement de l'homme, processus engagés lors de l'émergence des structures étatiques à l'époque protohistorique, ont atteint une densité, une virulence et une systématisation inédites.
Reconstruire la tugaï, la réarmer en organes vitaux tels des tigres et d'autres prédateurs, c'est aussi reconstruire psychologiquement les êtres humains en contact avec elles, déshabitués de la beauté du Monde comme de l'estime d'eux mêmes.
Et c'est bien sûr guérir les sociétés de pratiques monstrueuses qui n'ont plus rien à voir avec l'agriculture ni avec l'élevage.
Deux aspects du drame terrible de la mer d'Aral méritent sans doute d'être rappelés ici (nous tirons nos informations d'un article corédigé l'an dernier par Philip Micklin et le plus grand spécialiste mondial de ce grand lac salé comme de la tugaï elle même, Nikolaï Aladin. Cet article a été traduit par le magazine "Pour la Science" n° 374 en décembre dernier, sous le titre "Le sauvetage de la mer d'Aral", pages 78 - 84).
Tout d'abord, entre 1960 et 2003, du fait de pratiques anti agricoles de massacres des sols,  entraînant une  vandalisation monstrueuse des réserves d'eau (totalement contraire à ce qu'est l'irrigation), le Grand Lac a perdu approximativement 75% de sa superficie et 90% de son volume.
Dans le même temps, les 24 espèces endémiques de ce grand lac Salé ont disparu.
Les quantités gigantesques de pesticides et d'insecticides qui avaient été charriées par le Syr Daria et l'Amou Daria et s'étaient déposés au fond du bassin de l'Aral se sont retrouvées, au fur et à mesure que l'évaporation progressait, à l'air libre.
Ce phénomène a provoqué chez les riverains le taux de mortalité infantile le plus élevé au monde, et des taux de cancers et d'anémie faramineux.
Pour empêcher un assèchement total, une  tentative avait été couronnée de succès (hélas provisoirement) . Ce fut la construction d'une digue au sud de l'embouchure du Syr Daria (au Nord de la Mer d'Aral, Kazakhstan) : en 1995, le maire de la ville d'Aralsk, Alachibaï Baïmirzaev fit construire cet édifice de 22 km de long en sable et roseaux. Achevée en 1996, elle permit immédiatement d'éviter que les eaux du fleuve ne se perdent dans le delta. Le niveau de la portion septentrionale ("petite Aral") de la mer remonta et celle ci avança de plusieurs kilomètres. Quelques poissons reparurent, et, dans les environs immédiats, des roseaux, des oiseaux, des rongeurs et des renards.
Une tempête détruisit cette digue en 1999, et le niveau de la mer  reperdit partiellement ce qu'elle avait gagné en volume.
D'autres tentatives plus récentes ont permis à la petite Aral de regagner 30% de sa superficie, ce qui représente plus de 10 milliards de mètres cubes d'eau, au delà des espérances des hydrologues les plus optimistes.
Pour la Grande Aral (côté ouzbek), tout espoir semble perdu. Des agronomes tentent de reconstituer  des forêts naturelles dans certaines portions de celle - ci.

PAIX EN EURASIE: LE DRAGON A AUSSI UNE VOCATION DIPLOMATIQUE
Les zones de tension sont nombreuses en Eurasie aujourd'hui, notamment au niveau des affrontements entre communautés aux modes de vie et de pensée différents au sein d'un même ensemble politique (comme nous l'avons montré dans la page publiée le 12 Juillet, ceci résulte de l'extrême intolérance des défenseurs d'un ultrasédentarisme particulièrement virulent, incapables de concevoir et d'accepter des pratiques et modes de vie autres que la leur, réificatrice et nécrosante à tous points de vue.
Les "points chauds" les plus médiatisés se trouvent en Asie centrale, notamment en Afghanistan et au Pakistan, et même en Chine, où les affrontements récents entre Ouïghours et Hans masquent une très grande hétérogénéité de ces derniers, susceptibles d'éclater, à terme, en plusieurs groupes antagonistes. Selon l'anthropologue Dru Gladney, les "hans" sont une construction socio politique artificielle et fragile.

La réalisation du projet présenté ici dans ses très grandes lignes ("Dragon vert", "Route du Tigre"...) peut s'apparenter à l'élaboration d'un médicament écologique, économique et social.
Chaque pays concerné peut évidemment agir (ou ne pas le faire) en autonomie à propos du segment à reconstituer sur son territoire, mais des pièces essentielles du puzzle (bassin du Tarim au Xinjiang, zone aralienne, zone caspienne Nord, Caucase, Irak méridional, Europe  orientale, nécessitent à chaque fois des coopérations entre deux ou plusieurs grands ensembles politiques (Chine, CEI, Iran, Turquie, Union Européenne notamment).
L'Eurasie a ici une occasion de se revivifier, en apaisant ses discordes et réactivant ses complémentarités, autour d'un projet à vocation fédératrice.
Les institutions politiques, sociales et religieuses ainsi que les agents économiques et mediatiques ont tout intérêt à faire leur, illustrer, et s'associer au plus vite une telle démarche.
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