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TIGRE ET HOMME, JOUR DE L'UNION

27 Septembre 2009 , Rédigé par Alain Sennepin

LE JOUR DU TIGRE
Aujourd'hui 27 Septembre 2009, c'est "LE JOUR DU TIGRE", manifestation annuelle de soutien aux tigres, léopards, et plus largement à la Nature Sauvage, qui se déroule à Vladivostok, dans l'Extrême Orient russe.
Celle - ci existe depuis l'an 2000. Chaque année, elle a gagné en importance, concernant, au cours du mois de septembre, plusieurs autres localités de la région du Primorye, et il serait plus conforme à la réalité de parler aujourd'hui de "mois du tigre et du léopard". L'an dernier, six villes avaient organisé leurs propres manifestations au cours du mois, et l'évènement tend à prendre une ampleur internationale (scientifiques et artistes chinois, japonais, américains...).
De plus, alors qu'en 2007, Pékin avait organisé le Sommet international du Tigre, et Katmandou l'accueillera  cette année du 27 au 30 Octobre (nous en reparlerons bientôt), c'est Vladivostok qui le fera en 2010, avec la présence des chefs d'Etat des 13 pays où vivent encore officiellement des tigres sauvages (source : Vladivostok Times du 25 Septembre).
Cette célébration doit aussi être une occasion privilégiée de "parler aux tigres" (voir la page du 13 Septembre du blog), qui ont l'immense mérite d'être toujours là, vivants, et qui le doivent manifestement  à eux mêmes, exclusivement, envers et contre toute intervention humaine à leur égard, y compris certaines avec les meilleures intentions: "le dragon jaune dévore le dragon vert, et pas un seul tigre ne s'en est sorti du fait des actions gouvernementales ou de celles des grandes fondations" (Evgueny Kashkarov, communication personnelle du 25 Septembre, que je tiens à disposition de quiconque souhaite des précisions à ce sujet, ainsi que des publications très récentes du même auteur, très significatives).
Car la Russie dans TOUTES ses composantes communautaires (voir page du 19 Août) est liée au tigre, et pas seulement les populations de chasseurs pêcheurs collecteurs sibériens, mais aussi les pasteurs d'Asie centrale et les Russes européens.

C'ETAIT INSCRIT DANS LES CONTES
Comme nous l'avons montré en détail dans la page publiée le 19 Août, les différentes représentations sociales des communautés présentes sur le territoire étaient originellement les suivantes : les russes européens se considéraient comme parents de l'OURS, les pasteurs de Russie méridionale s'apparentant au TIGRE, et les collecteurs sibériens au DRAGON.
Mais en Sibérie orientale, tigre et dragon se tiennent dans une extrême proximité sémantique comme de parenté (voir pour le détail la page consacrée à Nicolas Baïkov publiée le 30 Juin). Et le fondateur mythique de la Corée est un homme ours qui devient tigre après sa mort (mêmes références).
En Asie centrale, le héros ouzbek Yekovoy est un homme ours à la tête d'une armée de tigres, ours et loups (les Chinois sédentaires évoquaient souvent les armées de nomades comme celles de "tigres et de loups").
Et même chez les russes européens, un conte évoque un "loup féroce" dans la Russie des apanages (13ème siècle). Le conte est intitulé : "Le Tsarévitch Ivan et le loup féroce".
Utilisant tous les ressorts du conte traditionnel, ce récit décrit les aventures de deux frères tsars apanagés par leur père avant sa mort. Le premier est sous l'emprise d'une tsarine impérieuse et cruelle, qui le terrifie et le maltraite, le second est aidé par une adorable épouse. La méchante Reine soumet son mari à des épreuves impossibles que celui ci charge son jeune frère d'accomplir. Celui - ci y parvient toujours, grâce à l'intervention magique de sa femme, qui s'apparente pour l'occasion à une véritable "Dame à la licorne", apaisant et apprivoisant les bêtes sauvages déchaînées. Toutefois, face au "loup féroce", et malgré des trésors d'ingéniosité, de ruse, de courage et de persévérance, le jeune homme finit par échouer, en prend acte, et se prépare à se laisser dévorer de sa propore décision, dans le plus pur style des martyrs chrétiens russes médiévaux.
Le conte semble alors basculer. Le Tsarévitch Ivan évoque sa tendre épouse Marya, et le "loup" est alors heureux d'entendre parler de sa soeur, qu'il croyait morte.
Après un heureux dénouement dont l'animal s'occupe personnellement,  Marya, son époux et "son frère bien aimé" se rendent au "Royaume du Loup" où "leur règne fut glorieux".
Qui est ce "loup" apparenté à la  royauté sous ses traits comportementaux les plus nobles?
J'ai évoqué le cas du Grand Prince Vladimir Monomaque (pages des 19 et 31 Août) blessé par la "lyuty zver", "la bête féroce", que la plupart des historiens considérèrent hâtivement comme étant un loup, et dont les recherches de Vladimir Heptner ont montré qu'il s'agissait d'un tigre. On imagine aisément la dimension magique, aux yeux du Grand Prince, d'être ainsi assailli par un immense fauve polychrome.
Héros du Moyen Âge, reconnu comme l'un des initiateurs de la Russie moderne (lutte acharnée contre les nomades, rédaction du premier Code de Lois, fondation de la cité de Vladimir en pleine forêt vierge), "le Monomaque" est représenté en gloire par Viktor Vaznetsov, célèbre peintre du 19ème siècle ,  se reposant après la chasse, avec ses victimes à ses pieds (sanglier, cerf et oiseaux).
Le conte du "tsarévitch Ivan et du "loup féroce" ne s'apparente t-il pas à une paix des braves déguisée, où royauté sacrée russe et "lyuty zver", après un long combat sans vaincu, s'allient pour une victoire commune?
Prélude à celle  qui pourrait advenir pour tigres et  hommes en Russie, en 2010, sous les frondaisons du dragon?
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IL FAUT PARLER AUX TIGRES

13 Septembre 2009 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe

RESTAURER L'ESPOIR
La situation des tigres s'aggrave chaque jour. Le "dragon vert" pourra un jour leur servir de refuge et de havre de réexpansion, mais pour celà, il faut que leur énergie vitale n'ait pas été définitivement brisée. Une espèce peut disparaïtre parce que ces derniers représentants, engloutis par la réalité hostile, renoncent à se défendre et s'abandonnent au désespoir. Il faut éviter celà. Il faut trouver des moyens qui leur permettent de savoir qu'ils ne sont pas seuls, que certains êtres humains les aident, et qu'ils ont des chances de s'en sortir.

LE DRAGON DOIT ÊTRE A L'HEURE
En Septembre 2009, il ne reste probablement pas plus d'un millier de tigres sauvages dans le monde, dans le meilleur des cas.
Caroline Brasseau a bien synthétisé la situation le 1er septembre (dans Viadeo). Nous ne savons pas qu'elle est leur état d'esprit, mais nous savons les choses suivantes.
1. Le tigre de Chine du Sud et le tigre de Sumatra sont virtuellement éteints où dans un état relictuel non viable si une puissante réintroduction à partir d'animaux captifs réensauvagés n'est pas effectuée.
2. Le tigre du Sud est asiatique subit un braconnage massif liée au trafic d'animaux sauvages en pièces détachées (voir sur le blog, page publiée le 14 Juillet). La situation est, selon l'imbécile terminologie officielle, "hors de contrôle".
3. Le tigre indien (infos récupérées sur le site de Nirmal Gosh "Indian Jungles", accessible à partir de la page "Partenaires"  de mon site  "4 continents pour les tigres) a perdu 66 de ses représentants entre le 1er janvier et le 19 Août, morts de mort non naturelle.
Après Sariska (2004) et Panha (2007), 7 réserves à tigres supplémentaires sont en train de se vider à grande vitesse de leurs rois striés et lancéolés.
Des mines ouvertes et exploitées illégalement dévastent la jungle. Le responsable des contrôles est aussi le directeur des mines en exploitation.
Au Nord du pays, dans l'arc du Teraï himalayen, un remarquable réseau de couloirs écologiques avait été mis en place, qui permettait de connecter cette région encore relativement riche en tigres avec l'Inde centrale. Les couloirs sont aujourd'hui rompus, vouant tigres et éléphants à une disparition prochaine, après une phase de conflits lourds avec les envahisseurs humains, et l'écrasement régulier d'animaux par des camions sur une route qui n'aurait jamais du exister (voir: "Lost corridor: the tragedy of the Gola River, 25 Aout , sur le site de Nirmal Gosh).
4. Le tigre de l'Amour, encore présent à hauteur de 250 (nombre avancé par les spécialistes indépendants) à 500 individus, chiffre officiel relayé par les WWF Russie, a une pauvreté génétique hallucinante, équivalente à une population de 27 à 35 individus (travaux de Russelo & Henry, Université de British Columbia). Il est donc dans un état de très grande fragilité par rapport aux maladies et affections de toutes sortes.
Qui plus est, 2 populations sont maintenant isolées géographiquement l'une de l'autre.
La richesse génétique des animaux captifs est plus importante, et devrait être utilisée pour réinfuser les populations sauvages si des stratégies de réintroduction sont mises en place (et elles doivent l'être de toute urgence).
Voir le document de BBC NEWS publié le 2 Juillet 2009
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/earth/hi/earth_news/newsid_8128000/8128738.stm
Amur Tiger on "Genetic Brink" 15 July 2009
Matt Walker
Editor, Earth News

Les tigres de l'Amour actuels sont probablement les descendants de tigres de la Caspienne (aujourd'hui considérés comme disparus) repartis vers l'Est (travaux de Mc Donald & Driscoll, de l'Oxford University de Londres, mis en ligne sur Plos1 en janvier 2009). Ceux ci avaient vraisemblablement utilisé, il y a 10 000 ans, l'itinéraire qui allait devenir "La Route de la Soie" au Moyen Age, pour s'installer dans l'Occident eurasien.
Si une chance que celà se reproduise existe, via le Dragon Vert des forêts alluviales et des zones de marais par exemple, elle sera concrétisée par ces tigres du Nord Est.


THE TIGER DAY: UNE OPPORTUNITE POUR SE PARLER, ENTRE GENS QUI VEULENT VIVRE
Dans deux semaines, le 27 Septembre prochain, c'est la manifestation annuelle du "TIGER DAY" à Vladivostok.
C'est, depuis sa création en 2006, une manifestation importante, et qui monte en puissance.
Par ailleurs, le photographe Alexandre Orloff a mis partout en évidence, de la Crimée au Daghestan, des villes ouzbèkes aux steppes kazakhes, un vernis musulman qui se craquelle sur la persistance d’une civilisation antérieure à l’islam. Ses portraits et prises de vue témoignent de la présence d’un monde sous-jacent d’autant plus vivant qu’il mêle un fond chamanique éternel à des représentations religieuses et artistiques musulmanes beaucoup moins permanentes. L'album composé de ses photos et des textes de René Cagnat, auteur de "La Rumeur des Steppes" et Ambassadeur de France en Kirghizie, sera présenté le 8 Octobre à Paris (voir la présentation qui en est faite chez l'éditeur Transboréales)
http://www.transboreal.fr/conferences.php?refconf=237

 Ce peut être pour les chamanes sibériens et centre asiatiques, et pour tous ceux qui souhaitent parler aux tigres, en provenance de nombreux pays comme c'est désormais le cas, une formidable occasion de leur lancer un immense message d'espoir, de leur faire ressentir à quel point des millions d'êtres humains les soutiennent. Et aussi leur rappeler qu'entre les 7ème et 15ème siècles, ils prospéraient sur un territoire infiniment plus vaste, allant jusque dans les régions orientales du delta du Danube et au coeur même du poumon vert de l'Europe, plus au Nord (voir pages blog des 19 et 31 août). Qu'ils vont reconquérir cet espace. Que des gens vont faire ce qu'il faut pour celà. Qu'ils ont une chose à faire. Difficile, mais indispensable. Rester en vie.

Et c'est à ce moment que je le vis.
Il était là, simplement,
Occupant tout l'espace.
Et c'est alors que je compris
Que je n'avais jamais vraiment vécu
Ni même existé
Jusqu'à cet instant.
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