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IRAN : CASPIAN TIGER BEFORE PERSIAN LION

22 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin Publié dans #Retour du tigre en Europe

Voici un lien vers un excellent article, très détaillé,  faisant le point sur les véritables enjeux du retour des tigres en Iran, la complexité du réensauvagement de ces animaux captifs et de la protection de leur milieu (restauration de l'habitat naturel sur la péninsule de Miankaley, au Sud - Est de la mer Caspienne), et la controverse qu'elle suscite. Il illustre également la politique de reconstitution globale de la faune originelle du pays, lions persans inclus, et montre que celle - ci est entâchée, pour l'heure, d'une grande désinvolture quant à ces modalités pratiques, qui peut rendre ses objectifs inatteignables sans amélioration significative.

A lire absolument.

"Russia, Iran exchange tigers for leopards but some experts express doubts" published last month (22 - 05 - 2010)

Payvand Iran News

by  Sam Khosravifard, expert in wildlife management, author of "Natural Heritage of Iran".

 

http://www.payvand.com/news/10/may/1232.html

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MISE AU POINT

21 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

"Le tigre en question", article de Julien Alliot, pages 12 - 13 du Télé Câble Sat (numéro du 26 Juin au 2 Juillet, dans les kiosques ce matin du 21 Juin) a été réalisé pour illustrer le documentaire "Inde, sanctuaire des tigres", qui passera le dimanche 27 Juin à 20h 35 sur la chaîne National Geographic Wild.

J'avais effectué une première annonce sur ce blog le 9 Juin.

Pour une large part issu d'une interview que j'avais accordée au journaliste, il est malheureusement entâché d'importants contresens et de nombreuses approximations qui rendent parfois les choses difficilement compréhensibles.

Pour ne parler que des premiers :

1. "Consciente, la Chine a développé les fermes à tigres pour que les coûts s'effondrent et faire disparaître le braconnage." Evidemment non. C'est ce que le lobby de la production industrielle de produits issus du tigre fait valoir pour sa propagande visant la légalisation du commerce. J'avais bien précisé qu'il y aurait toujours "le tigre de batterie" pour le commun et "le tigre sauvage" pour les castes au pouvoir.

2. "Les lions, qui ont été jusqu'à 5 fois plus nombreux que les humains". 5 fois plus nombreux que les TIGRES en réalité

(500 000 contre 100 000 au début du siècle dernier).

3. "...il ne reste qu'une centaine de guépards" en Asie.  Les guépards africains restent jusqu'à présent beaucoup plus nombreux.

4. "Quelques dizaines de lynx et de léopards sibériens". C'est vrai pour les seconds, non pour les premiers (seuls les lynx ibériques étaient dans ce cas au début des années 2000).



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VA ET REGARDE

20 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

VOIR LA REALITE EN FACE

Situation présente dans les réserves à tigres en Inde.

Très bonne video, d'environ 30mn, qui fait le point, sans omission, sur l'état réel des relations actuelles entre communautés humaines et grands félins, et l'historique de l'établissement de ces relations dégradées.

Réalisée par des reporters de la chaîne américaine CNN, "Saving the big cats : can tigers and people co - exist ?"

est visible à partir  de la page d'accueil du site de Nirmal Gosh "Indian Jungles.com" (dans la rubrique "Partenaires" de "4 continents pour les tigres").

 

VOIR OU REVOIR : POUR LES ÂMES FORTES EPRISES DE BEAUTE

1. "Kekexili, la patrouille sauvage". Film chinois de Lu Chuan, 2004.

Une terrible histoire de braconnage au Tibet, de quelques hommes courageux qui ont choisi de donner leur vie pour protéger la Nature qui leur est chère.

http://www.icilachine.com/cinema/films/1942-kekexili-la-patrouill-sauvage-de-lu-chuan.html

 

2. "Le coeur de l'ourse", film estonien d'Arvo Iho, 2001.

En Sibérie, une créature sauvage, parfois ourse, parfois femme, s'éprend d'un trappeur.

http://dvdtoile.com/Film.php?id=45666

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DEVINETTE DOMINICALE

13 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

VIVRE AVEC LE TIGRE AU MOYEN ÂGE OU SANS LUI AUJOURD'HUI?

Deux éléments de réponse.

 

1. Selon un groupe de réflexion économiste, le Moyen-Âge pourrait être un modèle pour l'époque actuelle. En effet, le Moyen-Âge était une époque sans dette où les travailleurs avaient le temps pour les vacances et la fête. Ainsi durant l'époque médiévale en Grande-Bretagne, vers 1100, un petit fermier pouvait vivre jusqu'à 170 jours sans travailler par an.Cependant au fil des années, le travail est devenu de plus en plus important dans la vie. Ainsi en 1495, il suffisait de travailler 15 semaines par an pour gagner suffisamment d'argent pour vivre une année, alors que moins d'un siècle plus tard, en 1564, 40 semaines de travail étaient nécessaires. Aujourd'hui le système économique fait que la plupart des foyers britanniques ont besoin du salaire de deux personnes à plein temps pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille.

Nous avons par ailleurs déjà précisé ce qu'étaient les conditions de vie réelles des russes à cette époque : plutôt ours que serfs (voir blog du 19 Août 2009).

 

2. Alors que deux-tiers des écosystèmes ont déjà été endommagés par l'Homme, les environnements naturels fournissent chaque année des "services" dont la valeur est équivalente à la production mondiale brute. Un point sur lequel le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) insiste dans une récente étude.
Dans celle - ci, le PNUE évalue entre 21.000 et 72.000 milliards de dollars la valeur annuelle des "services" rendus par les écosystèmes dans le monde, tels que l'apport en nourriture pour commencer, mais aussi en eau et en médicaments naturels, ou encore la protection que certains milieux naturels offrent contre les catastrophes naturelles. Et le PNUE d'indiquer que la production mondiale brute s'élève à 58.000 milliards de dollars."Dans le passé, ces services n'étaient jamais ou pratiquement jamais comptabilisés au niveau national ou international. Cela devrait et doit changer", a déclaré le directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner.Alors que plus de 60% des écosystèmes sont déjà dégradés, le PNUE souligne que l'entretien et la préservation des milieux naturels que sont les forêts, les mangroves, les récifs coralliens ou encore les sols tropicaux, coûte dix fois moins cher que la restauration d'un environnement endommagé. Toutefois, si la mise en place de plans de préservation doit être une priorité, investir dans la restauration de milieux dégradés "n'en reste pas moins une bonne affaire au vu du rendement en termes de récupération de services naturels". Et le PNUE de citer pour exemple les zones humides et les forêts qui peuvent s'avérer jusqu'à 22 fois plus efficaces qu'un système de traitement de l'eau.

 

Alors, votre réponse ?

Encore un indice, puisque vous semblez hésiter :

Vaut il mieux être heureux et bien portant que malheureux et malade?

 

Ab actu ad posse valet illatio  (il est possible de déduire le futur à partir du passé)

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SUCCES DE LA RESISTANCE

12 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

MORATOIRE DE 2 ANS SUR TOUTE NOUVELLE COUPE DANS LA JUNGLE INDONESIENNE

Le gouvernement indonésien a décidé de suspendre l'exploitation du bois dans la forêt (une des 3 plus importantes au monde avec celles des bassins du Congo et de l'Amazone. La Norvège s'engage, en dédommagement, à lui verser plus d'un milliard d'euros.

Naturellement, il ne s'agit vraisemblablement là que d'une politique d'affichage, qui sera fort insuffisamment suivie d'effets. La Norvège dit conditionner son financement en fonction du respect de cette décision. Mais comment contrôler efficacement?

Néanmoins, jamais une décision de ce type n'aurait même été imaginée sans la véritable guerre de survie que mènent, depuis maintenant des années, tigres et éléphants dans les zones saccagées, et qui a fini par rencontrer un large écho dans la presse internationale, écrite et audiovisuelle.

Déjà, en 2003, un épisode particulièrement dramatique avait sensibilisé l'opinion internationale. A Sumatra, dans la province de Riau, les tigres avaient tué 6 personnes et fortement soupçonnés d'être responsables de 24 autres décès. Les concessions d'exploitation forestières avaient alors été stoppées sur 600 km2 dans le secteur de Sungai Semblan et le secteur avait èté déclaré "zone de conservation pour le tigre"...

L'action des grands animaux bénéficie à tout l'écosystème régional, assurant une meilleure protection à des animaux emblématiques comme l' orang - outang.

 

L'AUTEUR REND ICI HOMMAGE A L'ACTION DE CES RESISTANTS INDOMPTABLES, SANS LAQUELLE RIEN NE SERAIT POSSIBLE.

 

J'ai aussi une pensée admirative et chargée d'encouragements pour Xavier Gilibert, chevalier de la protection effective de la forêt du Congo et de ses habitants, qui combat, pied à pied, avec courage, intelligence, détermination, et de façon infatigable, contre les déprédations que subit la sylve la moins entamée du monde à l'heure actuelle, contre tous les grands groupes qui cherchent, avec des moyens gigantesques, à mettre celle - ci en coupe réglée. Les complexes économiques et les institutions politiques ne sont pas seules en cause dans ce saccage. De grosses ONG y participent aussi.

COURAGE, XAVIER. ET MERCI.

 

 

 


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GREEN DRAGOON AND NATIONAL GEOGRAPHIC

9 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

Le Dimanche 27 Juin à 20h 35mn, la chaîne National Geographic Wild diffusera, dans le cadre de sa série "Les derniers paradis sur Terre", un documentaire intitulé "Inde : Sanctuaire des tigres" essentiellement consacré à la réserve à tigres de Bandavgahr. L'émission connaîtra plusieurs diffusions successives au cours de la semaine qui suivra.

 

En préparation à cette émission, Julien Alliot, journaliste au magazine Télécâble Sat Hebdo, va rédiger tout prochainement un

article qui concernera aussi  LE DRAGON VERT.

Il m'enverra un exemplaire du magazine lors de sa publication. Je tiens au courant mes lecteurs.

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AMES ELEVEES

6 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

LA BATAILLE D'OKINAWA N'EST PAS TERMINEE

La terrible bataille d'Okinawa (1945) ou 22000 GIs américains trouvèrent la mort ainsi que 50 000 soldats japonais (beaucoup d'entre eux brûlés au lance - flamme dans leurs galeries de défense) est toujours à l'ordre du jour. La base américaine présente sur l'île est l'objet d'une controverse qui a provoqué la démission du premier ministre Yukio Hatoyama (4ème en moins d'un an). La crise politique est surtout la résultante d'un conflit de représentation fondamental, qui touche l'intime de l'humain.

 

UN PERSONNAGE D'HAYAO MIYAZAKI

Le Premier Ministre s'était engagé à obtenir le retrait de la base américaine de l'île. En définitive, après plusieurs mois de tergiversations, il a annoncé qu'une piste d'atterrissage serait construite dans la baie de Henoko, près de la ville de Nago, pour y relocaliser la base.

Ici intervient la figure lumineuse de la chanteuse et poétesse Cocco. Une artiste à nulle autre pareil, par la fulgurance de ses intuitions qui, à mille lieues d'une scène rock japonaise où la prétention à l'originalité participe du formatage musical imposé par l'industrie du disque, disent la joie et la souffrance d'être en ce monde. Une  personnalité fragile, sauvage, tendre et entière.

Ses chansons évoquent les thèmes musicaux des films de Miyazaki, dont elle pourrait être, par ailleurs, un personnage, une nouvelle princesse Mononoke. On peut entendre "Hill of Dugongs" sur YouTube, avec émotion.

Son intervention contre cette relocalisation mobilise les Okinawais, particulièrement la jeunesse.

Détail du dossier dans Courrier International 1022, 3 / 9 Juin 2010, page 29, article du Asahi Shimbun, poème de Cocco dans le Okinawa Times, présentation de la chanteuse par Kazuhiko Yatabe.

 

PRINCESSE DES DUGONGS

Cocco habite à Henoko Bay. Elle y a vu revenir une famille de dugongs en 2007 (ces animaux avaient disparu de la région depuis des décennies). Pour elle, il est clair que la mer leur appartient, ce qui rend d'autant plus illégitime et monstrueux le projet de relocalisation.

Le débat s'est donc déplacé sur des bases sensiblement enrichies et plus nobles, grâce à elle.

Ame élevée, elle élève tout, et tous.

Miyazaki n'est pas seulement le plus grand réalisateur de dessins animés de l'histoire du cinéma.

Il est aussi un authentique démiurge, car il a offert à des esprits riches de levain une route authentique vers la noblesse d'Âme. C'est d'un véritable éveil qu'il s'agit, qui éclaire et encourage à son tour. 

 

Et quel rapport avec le tigre et le Dragon Vert?

Ah! Vous ne voyez pas? Vraiment?


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MAUVAISE ROUTE

6 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

EUROPE EN GRAVE ECART DE CONDUITE

Le lynx ibérique, en danger critique d'extinction, devra apprendre à traverser dans les clous s'il veut survivre. En effet, la Cour Européenne de Justice a donné son feu vert au maintien d'une route construite au début des années 2000 dans son dernier refuge, le parc naturel de Donana, au Sud de l'Espagne.

Saisie par la Commission européenne, qui estimait que cette route fragmenterait leur habitat et exposerait les jeunes félins à un danger de mort par collision avec des véhicules, la Cour ("dans sa GRANDE SAGESSE"

peut - on supposer) a considéré qu'il n'avait pas été prouvé que cette voie de communication risquait d'aboutir à la disparition de l'espèce (sic!).

Entre 2000 et 2004, deux lynx sont officiellement morts sur cette route. Selon le WWF, au moins 20 individus sont morts écrasés dans la réalité.

Le "Tigre andalou", ainsi que l'appellent les espagnols, comptait  100 000 individus dans la péninsule au début du siècle. Il en reste moins de 200 à l'état sauvage aujourd'hui.

En 2007, le gouvernement espagnol de l'époque avait indiqué par la voie de son porte parole "qu'il ne prendrait pas la responsabilité de provoquer l'extinction d'un grand félin européen pour la première fois depuis la préhistoire".

L'Europe, plus encalminée que jamais, se calcifie politiquement. Le pantin desséché, incapable de la moindre initiative originale dans quelque domaine que ce soit, semble inexorablement destiné à tomber en poussière dans de brefs délais.

Cette structure cacochyme agonisante ne peut être redynamisée qu'à travers un vigoureux projet fédérateur "de jouvence" qui changerait du tout au tout son regard et celui des autres sur elle.

Il s'incarnerait dans un Dragon chlorophyllien couleur d'espoir, du Golfe de Finlande et des marais de Polésie à l'Autriche, du delta du Danube à la steppe d'Estramadure.

Pour qu'Europe, tigre eurosibérien et andalou ne soient pas rapidement et ignomigneusement écrasés sur la route de l'Histoire.




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UN THERAPEUTE

6 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

Cet article avait été proposé le 27 janvier dernier au magazine "L'Ecologiste", en vue d'une publication dans le numéro 31 qui avait pour thème : " retrouver la Nature". Celui - ci devait sortir le 20 mars. Après plusieurs reports, il est en kiosque depuis le 3 Juin. Au cours de ces mois, je n'ai reçu aucune réponse à mes envois, et ne trouve pas trace de mon travail dans ce numéro.

En voici donc le contenu in extenso, tel qu'il fut envoyé en janvier.

 

 

LA MERVEILLE ET LA GLOIRE : rôle bénéfique d’un grand prédateur sauvage, le tigre, sur les sociétés humaines dans leur qualité de vie et leurs représentations politico – religieuses

Les grands animaux sauvages ont eu, depuis la Préhistoire, une influence prépondérante sur les milieux qu’ils occupaient et dont, directement ou non, ils sculptaient les paysages, et les sociétés humaines avec lesquelles ils entretenaient des relations directes. Leur statut a évolué en fonction des aléas sociaux que subissaient  ces communautés  au cours de leur histoire (voir le cas de l’ours, Pastoureau 2007).
Animaux « économiques » : proies des chasseurs cueilleurs (baleine des inuits, bison des indiens des plaines d’Amérique du Nord), commensaux des pasteurs (chevaux des nomades d’Asie centrale, vaches des peuls d’Afrique occidentale).
Animaux « politiques », à travers lesquels les hommes recherchent le prestige et revendiquent le pouvoir. C’est particulièrement le cas d’espèces carnivores, aussi bien dans les sociétés « traditionnelles » (requin des sociétés du Pacifique) que dans les structures étatiques complexes, nomades ou sédentaires (loup des mongols, jaguar des méso – américains, puma des Incas).
De ce point de vue, le cas du tigre est particulièrement illustratif, la prospérité et la qualité de vie du grand fauve et des communautés humaines environnantes ayant toujours été intimement liées.
La « séparation » spirituelle et physique entre les uns et les autres a entraîné le quasi anéantissement du premier et la misère la plus épouvantable des seconds.
Aujourd’hui, des initiatives courageuses et originales tentent de retisser ce lien vital, pour le bien de tous.

Chine : Symbiose, rupture, esclavage
La Chine est le pays de naissance du tigre en tant qu’espèce, et a offert à ce félin, pendant la Préhistoire, des conditions exceptionnellement favorables, qui se sont très vite étendues à l’Asie septentrionale. Sur cet immense espace, de très nombreuses communautés ont voué un culte particulier à cet animal, considéré comme la plus importante de toutes les divinités, et protecteur généraliste du cosmos, de la Nature sauvage aussi bien que des différentes dimensions de la vie humaine (Sennepin 2008c).
Cette approche a perduré dans certaines régions de Chine du Nord, en Corée et en Sibérie, jusqu’au siècle dernier.
A partir des royaume combattants, qui déboucheront sur le premier Empire, les choix idéologiques et sociaux des dirigeants chinois changent complètement : le tigre devient l’ennemi à abattre, il symbolise la perturbation et le désordre au sein d’un monde social résolument séparé de la Nature et qui doit maîtriser celle – ci. Les conséquences sont immédiatement désastreuses : anéantissement et fuite des premiers, soumission des seconds à un système d’esclavage généralisé sous ses formes les plus dures  (Sennepin 2006 a, 2006 b). Il y a alors prospérité alternative : quand le système artificialiste est puissant, les tigres sont discrets et peu nombreux, quand celui ci connaît des difficultés politiques importantes, générant l’abandon des villes et un important déclin démographique, les fauves « reprennent des couleurs ».
Ainsi, d’aléas en péripéties historiques, les grands fauves étaient encore 40 000 sur le territoire chinois à l’orée du 20ème siècle, qui fut celui de leur quasi anéantissement à l’échelle mondiale (Sennepin 2006a, 2008b).
Aujourd’hui, période de réification marchande, le pays propose une formule de transformation des tigres en viande sur pied dans l’imaginaire humain, à travers les fameuses « fermes » ou « centres de reproduction », qui font de ceux – ci à la fois des tigres en batterie et des tigres de boucherie (Sennepin 2008b, 2008d) .

Asie du Sud : les faibles composent avec le fort, puis tombent de Charybde en Scylla.
A partir de la Chine du Sud, le culte du tigre se répand dans la péninsule d’Asie du Sud Est et l’Indonésie (dont l’ensemble forme à l’époque le sous continent Sunda, qui donnera naissance à l’archipel indonésien à la fin de la dernière glaciation).
Les populations vivent dans une crainte respectueuse de l’animal, et leurs chefs politiques prétendent donc être en dialogue avec lui : c’est un pouvoir « de droit tigréen » : de nombreux exemples peuvent être cités, notamment pour la péninsule malaise (Locke 1954), et dans le film thaï « Tropical Malady », prix spécial du jury à Cannes 2004.
L’invasion européenne, particulièrement française et néerlandaise, dans cette région, brise les représentations autochtones. Les habitants voient leur Dieu détruit, donc destructible, et se détournent d’une divinité désormais inefficace.
Plus grave que les chasses d’extermination elles mêmes, c’est la destruction de la culture du tigre dans l’âme des habitants qui a été la plus catastrophique pour les uns comme pour les autres.
Aujourd’hui, Véronique Pestel et les membres de son association Poh Kao mettent en place, dans un village cambodgien, les conditions concrètes permettant un équilibre pacifique entre hommes et grands fauves.

Inde : symbiose dans « l’aire de la compassion »
Le tigre apparaît en Inde très longtemps après sa conquête de l’Asie du Nord et du Sud à partir de son noyau Chinois. De plus, sa présence sera intégrée à une civilisation très différente, où l’influence perse et centre asiatique est très forte, et dont l’animal référent est initialement le lion, comme au moyen - orient (Sennepin 2006b).
L’émergence du bouddhisme dans cet espace fera de celui – ci le cœur de diffusion d’une « aire de la compassion » unique au Monde, à l’endroit de tous les organismes vivants (Planhol 2004).
Il s’y mettra en place les formes de symbioses les plus abouties avec le grand fauve (Galhano – Alves 2000, Thapar 2004).
Pourquoi un tel équilibre ? la bienveillance à l’égard de l’environnement naturel perçu comme une corne d’abondance bienfaitrice assurait au grand félin gîte et couvert. Il n’intervenait donc que marginalement dans la vie des hommes, sauf quand celle – ci devenait difficile en raison de conflits politiques et sociaux, notamment aux débuts de l’invasion des musulmans afghans, et plus encore lors de la catastrophique occupation anglaise.
Les anglais théoriseront, plus que tout autre, le caractère politique de leur « guerre aux tigres » et trouveront sur leur route, des opposants qui revendiqueront la parenté de l’animal (notamment Tippu Sultan).

L’étourdissante épopée du tigre eurasien : une autre « culture de l’ours »
Le tigre eurasien fut présent historiquement de la Chine centrale à l’Asie centrale, et même, au Moyen – Âge, à l’Europe orientale (Heptner & Sludskii 1992, Sennepin 2008a). Il est le descendant direct du tigre originel (Sennepin 2008a).
Officiellement éteint depuis le siècle dernier, il continue à vivre à travers  les tigres de Sibérie actuels (Driscoll & al. 2009) .
Forts de ces informations, des chercheurs russes et iraniens ont engagé, le 9 Janvier 2010, des plans ambitieux pour repeupler les forêts du Nord de l’Iran en tigres de la Caspienne à partir d’individus issus de la souche sibérienne (voir info détaillée à partir de « Caspian tiger Wikipedia » et sur mon blog du 26 février 2010).
Il fut la cible d’un complément au culte eurasien de l’ours, sous la forme qui prit naissance en Corée (voir article non publié, « Nicolas Baïkov : la parole aux tigres » sur mon blog, 30 Juin 2009) et parfois aussi son contrepoint (blog des 16 et 19 août 2009).
J’ai donné une conférence au Museum national d’histoire naturelle, le 23 janvier 2010, sur cet animal fascinant que le poète latin Martial décrivit comme « la merveille et la gloire des montagnes d’Hyrcanie ».
Sa distribution pancontinentale est directement liée à l’importance géopolitique de la civilisation nomade en Eurasie de la période protohistorique à l’époque moderne.
Partout où il vivait, les communautés locales considéraient qu’il n’attaquait personne (Galhano – Alves 2000).
Animal timide, à l’inverse de son congénère oriental avant l’invasion européenne, il vivait à l’écart des populations nomades, dans des zones de roselières denses, d’une richesse hallucinante (Berg 1941, Planhol 2004).
Celles – ci hébergeaient la plus grande concentration de grands et moyens prédateurs au monde, Afrique Orientale comprise : nombreux félins et canidés, trois mustélidés, une hyène (Berg 1941, et doc PDF téléchargeable à partir du site « 4 continents pour les tigres), des animaux considérés désormais comme exclusivement forestiers (ours, élan, glouton, dans Planhol 2004), une profusion d’ongulés (sangliers et chevaux des nomades réensauvagés, les uns comme les autres en immenses troupeaux, très nombreux cervidés et chameaux réensauvagés), des rongeurs géants comme le castor et le porc – epic…
 D’autres créatures étonnantes hantaient ces régions, des esturgeons dont certains pouvaient atteindre le volume d’un grand hippopotame mâle, et peut être même des descendants de rhinocéros à fourrure « préhistoriques » ! (Planhol 2004, Sennepin 2008a).
 La destruction de cet animal coïncide avec celle de la civilisation nomade d’Asie centrale par les Russes, à partir de 1870. Territoire envahi et chevaux massacrés dans les dernières décennies du 19ème siècle, tigres et autres prédateurs soumis à des campagnes d’extermination pendant près de trois décennies au début du siècle dernier, incendies généralisées des roselières dans les années 30 et 40 pour l’exploitation du coton à l’échelle industrielle et destruction du tiers de la population nomade par famine artificielle,.
 Cette folie meurtrière contre nature, anti sociale et anti agricole, trouvera son « bouquet final » dans la destruction de la mer d’Aral, 100 millions de tonnes de poussière salées et toxiques soulevées chaque année par le vent et qui vont se déposer jusque sur le glaciers du Tian Shan, du Pamir et de l’Altaï, et le plus fort taux de mortalité infantile au monde chez les communautés riveraines.
Des efforts considérables sont actuellement entrepris pour restaurer ce qui peut l’être sous l’égide de l’infatigable Nikolaï Aladin, de l’Université de St Petersbourg.

Des choix clairs pour l’Avenir
A l’heure de la réification généralisée à travers une marchandisation qui a prétention à s’universaliser, la culture consumériste de la laideur et de l’avilissement ne peut qu’aggraver la crise écologique et sociale. En lien avec une mise en coupe réglée systématique de l’espace à l’échelle mondiale (voir blog du 28 Novembre 2009), les « fermes à tigre », structures encouragées par un lobby surpuissant dont l’influence augmente chaque année lors des réunions internationales sur l’environnement (Sennepin 2008b, 2008d) en sont un point d’orgue.
Un changement radical de logique est nécessaire et urgent (constat d’une extrême banalité). Il passe par la réappropriation d’une Liberté digne (qui a déjà imprégné l’Eurasie jusqu’au 16ème siècle grâce à  la civilisation nomade, des Scythes aux Mongols,  puis fécondé l’Amérique du Nord, ce dont bénéficièrent les indiens des plaines pendant deux siècles ). Elle permet de ressentir la Nature et les animaux sauvages comme des alliés, indispensables à notre équilibre intérieur.
La (re)construction de cultures du tigre est un élément déterminant pour l’Avenir des hommes comme des grands fauves. De ce point de vue, le travail effectué auprès des enfants de 9 villages par les membres du Parc National de Zov Tigra, dans l’extrême orient russe (sud du Primorye) est en train de donner corps à un savoir vivre avec le tigre, au sein de populations chez qui il n’avait jamais existé !
A l’échelle eurasienne, les plans de réintroduction de grands félins dans des régions où ils avaient été exterminés dans le passé (guépards dans la pénisule arabique et dans le Caucase, léopards dans le Caucase, tigres dans la région de la Caspienne) doivent être viabilisés par un renforcement des forêts alluviales et des zones humides en un ruban qui deviendrait continu, à long terme, du Fleuve Jaune au Danube et aux marais d’Europe orientale.
En Chine, tigre blanc et dragon bleu sont des frères indissociables.
Le tigre niché dans les écailles du Dragon Vert peut réensemencer notre Avenir (blog du 27 août 2009 et du 19 février 2010).
Le sommet international pour définir de nouvelles stratégies de protection de l’animal qui se tiendra à Vladivostok en Septembre 2010 aura donc des choix cruciaux à effectuer : finaliser les processus d’artificialisation et d’esclavage universels en cours, ou créer une nouvelle donne, celle de l’espoir.

BIBLIOGRAPHIE
Arseniev (V). 1939. La taïga de l’Oussouri. Mes expéditions avec le chasseur golde Dersou. Eds. Payot.
Baïkov (N.A.). 1938. Le Grand Van, histoire d’un tigre de Mandchourie. Editions Payot.
Berg (L). 1941. Les régions naturelles de l’URSS. Editions Payot.
Driscoll (C.A) &al. 2009 (14 January). Mitochondrial phylogeography illuminates the origin of the extinct Caspian Tiger and its relationship to the Amur Tiger. Plos One 4 (1) (dossier complet en ligne à partir de « Caspian Tiger Wikipedia ».
Galhano – Alves (J.P). 2000. Vivre en biodiversité totale. Des hommes, des grands carnivores et des grands herbivores sauvages. Deux études de cas : Loups au Portugal, Tigres en Inde. Editions ANRI. Thèse pour le doctorat en Anthropologie, Université Aix Marseille III.
Heptner (V.G) & Sludskii (A.A). 1992. Mammals of the Soviet Union. Vol II, part 2.  Brill editions.
Locke (A). 1954. Tigres de Malaisie. Editions France Empire.
Pastoureau (M). 2007. L’ours. Histoire d’un roi déchu. Collection Librairie du XXIème siècle . Editions du Seuil.
Planhol (X. de). 2004. Le paysage animal. L’Homme et la grande faune / une zoogéographie historique. Editions Fayard.
Sennepin (A). 2006a. Le Principe de prédation. La Chine, le lion laineux. Naturallier 101, 49 – 53.
Sennepin (A). 2006b. Constitution de la Diaspora tigréenne indopersane, événement climatérique de l’Eurasie historique. Naturallier 102, 40 – 44.
Sennepin (A). 2008a. Un tigre européen oublié. La Lettre de la SECAS 52,  20 – 22.
Sennepin (A). 2008b. Au royaume du tigre… en batterie. La Lettre de la SECAS 53, 19 – 21.
Sennepin (A). 2008c. L’Empire du million de tigres. La Lettre de la SECAS 54, 26.
Sennepin (A). 2008d. La croisée des chemins. La lettre de la SECAS 55, 16 – 17.
Thapar (V) (sous la Direction de. 2004. Tiger. The Ultimate Guide. Two Brothers Press.  Oxford University Press.

Voir aussi :
Site Web :
4 continents pour les tigres
http://www.avenir-tigres.com
Blog, directement accessible à partir du site,
ou
http://europe-tigre.over-blog.com






 

 

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EXIT VLADIVOSTOK 2

5 Juin 2010 , Rédigé par Alain Sennepin

D'après les dernières informations en notre possession, le Sommet sur le Tigre et son Avenir qui devait se tenir à Vladivostok en Septembre serait organisé à Moscou ou St Petersbourg. Il concernerait 16 chefs d'état. A suivre donc, avec prudence.

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