POINT DE RUPTURE
Il y a un an, j'ai écrit sur ce blog "Free Tigristan, vers la guerre des barrages" (12 Juillet) et "Le Dragon Vert, pour la Paix en Eurasie" (15 Août), m'efforçant de montrer que demain comme hier, c'est l'ETAT D'ESPRIT collectif qui orienterait les choix sociétaux décisifs, et que celui - ci était directement tributaire du PAYSAGE dont la société bénéficiait ou, plus fréquemment, qu'elle s'infligeait à elle - même. J'arrivais à la conclusion que l'évolution progressive du paysage vers le plus haut degré de naturalité était LA PRIORITE pour une recoalescence de rapports sociaux équilibrés.
LE VERDICT DES TROIS GORGES
Aujourd'hui, les terribles inondations que subit la Chine ramène le désormais célèbre "Barrage des trois Gorges" dans le champ de la réalité écologique et confronte directement les dirigeants aux limites de leur idéologie domesticatrice.
Depuis des millénaires, les "Empereurs hydrauliques" sont mandatés pour "apaiser la Fureur du Dragon", le pays étant périodiquement confronté à des modifications importantes du cours de leurs deux principaux fleuves notamment, le Huang Ho ( Fleuve Jaune, riche en limons) et le Yang Tse Kiang (Fleuve Bleu). Sur le plan historique, les autorités, après une phase initiale de recherche de partenariat politico religieux avec les fleuves, ont progressivement choisi la voie de la domestication de ceux - ci. L'érection de l'édifice le plus important au Monde dans sa catégorie, le Barrage des Trois Gorges, marquait le triomphe ultime de l'Homme Chinois sur la Nature Sauvage du pays, dont il devenait le Maître absolu, et devenait le symbôle de l'accession du pays au statut de Superpuissance.
ELECTROCHOC
En 2003, on proclama que la structure était conçue pour résister aux pires inondations depuis 10 000 ans.
En 2007, les Autorités avancèrent une nouvelle estimation, évoquant les pires inondations depuis 1000
ans, et en 2008, elles évoquèrent les pires inondations depuis 100 ans ... Aujourd'hui, Cao Guangjing, le Directeur de la Corporation des Trois Gorges, jusqu'alors connu pour ses avis orthodoxes
et optimistes quant aux bienfaits du plus grand barrage du monde, a expliqué que "celui - ci pouvait faire face à des débits de 87 000 mètres cubes par seconde, mais qu'au delà d'un courant de
122 000 mètres cubes par seconde, le barrage serait en danger, sa capacité de contôler le débit n'étant pas illimité".
La semaine dernière, l'eau a atteint un débit de 70 000 mètres cubes par seconde, parvenant à 20 mètres du sommet du mur de retenue (175 mètres). Le niveau est redescendu depuis, mais on attend des précipitations importantes pour les semaines à venir. L'Euphorie est un Autisme, une "Folie des Grandeurs". Les Chinois redécouvrent aujourd'hui l'indomptabilité du Dragon. La civilisation Chinoise va vraisemblablement subir, dans de courts délais, un véritable électrochoc paradygmatique quant à ses conceptions environnementales.
LE PRINCIPE PARTENARIAL
La "Mise au Point" vaut pour l'Eurasie dans son ensemble. Le point d'équilibre n'est pas la situation actuelle, mais celle d'ecosystèmes COMPLETS (représentés par l'ensemble des agents de la Pyramide trophique). Le travail de restauration est immense, mais primordial, car déterminant pour notre équilibre social et biologique. J'ai montré, dans un article publié au début de ce mois dans la revue scientifique russe "RHYTMES" et cautionné par le département de Zoologie de l'Université de St Petersbourg, la richesse passée du Dragon Vert alluvial à l'époque médiévale, qui abritait, en Asie centrale, tous les plus grands félins, des esturgeons aussi volumineux qu'un grand hippopotame mâle, et même quelques descendants de rhinocéros à fourrure "préhistoriques". En Europe orientale, de nombreuses espèces "forestières" s'épanouissaient dans la steppe marécageuse et lacustre, de même que des léopards et des tigres. Aux 16ème et 17ème siècles encore, les Cosaques ukrainiens chassaient des esturgeons d'une tonne dans le Dniepr, et des chameaux "de Bactriane" réensauvagés...
En France aussi, le lit majeur des grands cours d'eau était couvert de forêts humides exubérantes s'apparentant à de véritables jungles pendant tout le Haut Moyen Âge. L'Europe a depuis lors, perdu 99,5% des ses forêts alluviales de saules, peupliers et tamaris.
Comme le ritualisent les shamans sibériens : APRES LE DEMEMBREMENT, LE REASSEMBLAGE.
La tâche la plus urgente est la reconstruction du Dragon, écaille par écaille, barbule par barbule, griffe par griffe.
APRES UNE SI LONGUE ABSENCE
1000 ANS DE SOLITUDE
Des spécialistes britanniques envisagent la réintroduction du lynx eurasien dans le comté de Kent, au
Sud - Est du Royaume Uni. Cet animal pourrait à la fois attirer les touristes et protéger les forêts en diminuant les populations de cerfs, très importantes dans la contrée. Plus dramatiquement
et précocement que partout ailleurs en Europe, l'histoire des relations entre hommes et grands prédateurs sauvages fut celle de l'organisation institutionnelle d'une extermination totale. L'ours
fut éradiqué au début du 12ème siècle, et le loup au début du 15ème siècle.
Le lynx eurasien fut le premier des trois grands fauves d'Europe occidentale à disparaître du Royaume Uni, il y a au moins 1000 ans, si ce n'est beaucoup plus (entre 1400 et 2000 ans).
Son retour programmé montre que si les conditions écologiques le permettent, un prédateur peut vraiment réoccuper une région qu'il n'occupait plus depuis une très longue période.
Les tigres ont disparu d'Europe à une date plus récente que ne
le firent les ours (et a fortiori les lynx) de Grande Bretagne ...
THE DOOR OF THE DEN
LE CHEMIN VERS L'ANTRE DU DRAGON
La Russie devrait créer 9 nouvelles réserves naturelles et 13 nouveaux parcs nationaux de l'Ouest à l'Est de son territoire d'ici à 2020, concernant une superficie totale équivalente à celle de la Suisse.
A plus long terme, le WWF Russie recommande la création de 70 réserves naturelles et 71 parcs nationaux.
Voir la carte détaillée sur la page
http://assets.panda.org/img/original/pas_russia.bmp
Serait ce le début de l'ERE DU DRAGON ?
Polar bears, walruses, sea otters, and other endangered species are all set to benefit from a Russian decision to boost its national protected areas to nearly 3 percent of its territory by 2020,
a move which helps the country to meet its international obligations to protect biodiversity.
The Russian government’s decision establishes 9 new nature reserves and 13 national parks covering a total area of over 3.8 million ha by 2020. Russia is also introducing marine buffer zones of
over 1 million ha.
“For the first time, development of protected areas in Russia will be based on the analysis of all available data on biological diversity of Russia”, said Vladimir Krever, WWF-Russia biodiversity
coordinator.
“The creation of protected areas is crucial to save Russia’s diverse and unique biodiversity,” he added.
An existing 9 reserves and 1 national park will see their areas increased by 500 thousand ha.
The decision was based on an analysis of WWF in cooperation with The Nature Coservancy and MAVA Foundation, carried out between 2006-2008, and is aimed at fulfilling Russia’s commitment under the
Convention on Biodiversity to establish effective protected area systems that safeguard biodiversity.
The UN has declared 2010 the International Year of Biodiversity, culminating in October at the 10th Conference of the Parties in Nagoya. WWF is calling on governments in Nagoya to adopt a clear
roadmap and allocate additional financing to halt biodiversity loss by 2020.
“We need to understand that protecting biodiversity means not only protecting nature but also our economy and wellbeing. “ By allowing biodiversity loss to continue we are undermining our future
,” said Rolf Hogan, Biodiversity Manager at WWF International .
Over 300 experts provided original data for the analysis and took part in the discussion. On the basis of this data WWF assessed representativeness of the existing system of federal protected
areas and worked out a framework for its further development.
As a result, WWF recommended the creation of 70 extra nature reserves and 71 national parks in Russia. Experience has shown that creating more than 2 federal protected areas a year is difficult,
so implementation of WWF recommendations will be extended over a few decades. WWF through its members and corporate partners will raise funds to help the Ministry implement the framework.
UN PAS DE PLUS
Le sommet de Bali semble déboucher sur des orientations concrètes.
Mais, comme le reconnaît le responsable du WWF International, il reste du pain sur la planche au cours des semaines à venir précédant le sommet de St Petersbourgh.
"In Bali this week, tiger range governments presented individual national plans to protect tigers, that will be put into a Global Tiger Recovery Programme – essentially an overarching
plan to double the number of tigers in the wild – which will then be approved at the Tiger Summit.
Overall, the 13 tiger range states’ national plans likely will cost more than USD 356 million for immediate implementation, according to their presentations this week.
“Now that these countries have shown their willingness to act, the success of any global plan launched in St. Petersburg will depend on financial support from the international community and the
tiger nations themselves,” said Michael Baltzer, WWF's leader of Tiger Program.
Governments also agreed to elements for a Leader’s Declaration, a document that will include joint commitments by the 13 tiger range states.
Calling the Tiger Summit “unprecedented,” the Declaration will include:
- An agreement that tigers are key to healthy ecosystems
- That tiger conservation efforts are primarily a national responsibility, but that “financial and technical support of the international community ” is still needed to save wild
tigers
- That the 13 governments will collaborate on issues that affect tigers across borders, including ensuring the uninhibited movement of tigers and the management of joint tiger
conservation areas
- Increasing enforcement efforts to eradicate poaching, the main driver of tiger loss, and to reduce the trafficking of tiger parts
- Identifying and better protecting key tiger habitats, such as critical breeding areas
- Improving protection efforts by implementing systematic patrols of tiger areas, and protecting their prey"
“Hosting this meeting in Bali – where the Balinese tiger went extinct in the 1940s – is a symbol of Indonesia’s commitment to help with this global effort to protect tigers and bring them back from the brink of extinction,” said WWF Indonesia CEO Dr. Efransjah (voir le détail sur la page publiée hier "La résistance a payé).
Le choix de Bali est en effet un symbole fort, qui prendra véritablement tout son sens quand l'Indonésie s'engagera dans une politique de réimplantation de tigres libres sur cette île. Il en va d'ailleurs de même pour St Petersbourgh, le golfe de Finlande ayant abrité des tigres eurosibériens au cours de la période médiévale, et devrait à nouveau le faire au 21ème siècle.
LA RESISTANCE A PAYE
CHANGEMENT SOUS LA PRESSION
Les articles du JAKARTA POST publiés ce jour
http://www.thejakartapost.com/news/2010/07/13/thirteen-countries-meet-tiger-summit.html
http://www.thejakartapost.com/news/2010/07/13/bali-tiger-meeting-chance-be-a-conservation-leader.html
n'apportent rien de fondamentalement nouveau sur le déroulement du sommet de Bali, si ce n'est le changement de politique clairement affiché par le pays organisateur, l'Indonésie, jusqu'alors effroyable destructeur de la flore et de la faune sauvage. Officiellement, le Président indonésien a engagé une réorientation significative de la politique d'exploitation forestière dans le sens d'une préservation effective des essences et de restrictions très sensibles sur les concessions aux entreprises de prélèvement de bois.
Il veut utiliser le Sommet du Tigre pour faire de son pays un leader dans la conservation de la biodiversité et des espaces naturels, à l'opposé de ce qu'il fut et continue à être.
Bien sûr, l'effet d'affichage est clairement présent dans ces annonces, et on peut à bon droit parler de gesticulation politico - médiatique, mais elles ne se réduisent pas à celà : des changements positifs conséquents sont manifestement en cours.
Ceci ne se serait jamais produit sans le combat désespéré mais résolu des derniers tigres et éléphants de l'île de Sumatra, dont le déchaînement contre les enclaves humaines installées pour la destruction de la forêt protectrice ont fini par poser des difficultés économiques et sociales majeures, et finalement insurmontables (voir blog du 12 Juin dernier : "Victoire de la Résistance").
Tigres, ours et sangliers luttant contre les implantations des colons russes sur l'axe du transsibérien, "imaginés" par Nicolas Baïkov dans "Le Grand Van, Histoire d'un tigre de Mandchourie" (voir blog du 30 Juin 2009) avaient finalement été écrasés par le rouleau compresseur de l'Histoire. De même, les sangliers géants de "Princesse Mononoke" imaginés par Hayao Miyazaki en 1997, lancés comme eux dans la bataille pour sauver la forêt, eurent un destin tragique. Cette fois ci, les plus grands herbivores et carnivores sauvages coalisés viennent d'arracher une victoire majeure et bien réelle, qu'ils ne doivent qu'à eux mêmes. GLOIRE A EUX.
FENETRE D'OPPORTUNITE
Aujourd'hui, s'ouvre le Sommet du Tigre, à Bali.
Son programme prévisionnel est sur document PDF téléchargeable à partir de
www.globaltigerinitiative.org/wp-content/.../07/PTS-Agenda-7-8-10.pdf
Il est indissociable de celui de St Petersbourgh de Septembre prochain, dont il est la préparation et la première étape.
Le document visant à une restauration globale des populations de tigres sauvages qui devrait être approuvé dans deux jours doit être discuté par les chefs d'Etat en Russie dans deux mois.
Il doit donc impérativement être le plus riche et le plus ouvert possible.
2010, l'Année du Tigre, présente une fenêtre d'opportunité qu'il faut absolument utiliser.
La seule option pour éviter l'extinction est l'expansion , de la distribution comme des effectifs.
A titre d'élément comparatif pour des perspectives sur des échelles plus vastes : rappelons simplement que la Suisse a 5 grands herbivores et 3 grands carnivores. Sur ces 8 espèces, 7 étaient éteintes à la fin du 19ème siècle. Elles sont toutes présentes à nouveau sur le territoire, à l'état sauvage.
L'HORREUR...
Les tigres indiens sont désormais moins de 1000 selon toute vraisemblance. C'est
l'évaluation du naturaliste Bittu Sanghal, dont les estimations sont toujours prudentes et mesurées. Au moins 85 d'entre eux avaient perdu la vie du fait des activités humaines en 2009. Malgré
les efforts importants et méritoires des gardes des réserves notamment, la mortalité reste très importante en 2010 (23 pour les 4 premiers mois de l'année).
La situation des léopards est encore pire. Le taux de mortalité anthropogène de ces derniers est 8 fois supérieur à celui des tigres.
Les tigres captifs ne sont pas en meilleure situation.
Depuis l'article du Sunday Times du 22 Juillet 2007, produit d'une investigation circonstanciée de plusieurs mois, on savait que l'Europe occidentale est une plaque tournante dans le trafic de grands félins en pièces détachées.
Depuis le rapport américain "Paper Tigers" de Williamson et Henry (60 pages, 2008), les Etats Unis reconnaissent officiellement une situation analogue.
Au début du mois,en préparation du Sommet de Bali, le représentant indonésien pour la protection des tigres a fortement insisté sur la nécessaire implication de l'Europe et des Etats Unis dans la réorientation nécessaire des politiques concernant les grands fauves.
Les tigres indonésiens n'existent plus, probablement, qu'à l'état relictuel dans le
meilleur des cas. Les indonésiens semblent enclins à des changements significatifs quant à leur milieu de vie, la forêt.
Pendant ce temps, les centres de reproduction et d'abattage de tigres captifs continuent à essaimer en Asie du Sud. L'un d'entre eux a été découvert au Laos par deux reporters vietnamiens courageux, au péril de leur vie, qui ont publié leur témoignage le 12 avril dernier. Gigantesque, il couvre 200 hectares cloturés par une palissade de 5 mètres de hauteur. Il retient prisonniers des milliers de tigres destinés à l'abattoir pour la confection et la vente de "vin" réalisé à partir de poudre d'os, à destination du Vietnam, de la Chine, de la Thaïlande notamment.
"a world of tigers... There are all kinds of tigers and tigers of all sizes... taken thousands of
tigers to Vietnam".
Des centaines d'autres animaux sont égalements présents : ours, léopards, lions africains.
Et en Afrique du Sud, la "chasse en boîte" des lions captifs par centaines continue et continuera, sans doute pour longtemps encore.
...L'ESPOIR
Les Chinois, pour leur part, peut - être du fait que 2010 créée un effet focal sur le Tigre à l'échelle internationale, semblent enclins à modifier certains aspects de leur politique, jusque là désastreuse, vis à vis des grands fauves.
Neuf zones forestières, couvrant 38 000 km2, font désormais l'objet d'une protection spéciale dans le Nord Est du pays. L'objectif est l'expansion significative des effectifs (extrêmement faibles) de tigres de Sibérie sauvages dans la région, et la facilitation de la protection de l'animal de part et d'autre de la frontière russo - chinoise.
Il n'est pas exclu, (donc pas naïf de penser, pour qui connaît un peu précisément le contexte politique), d'autre part, que le "centre de reproduction" d'Heilongjang réserve une partie de ses "pensionnaires" à la vente à d'autres pays pour réintroductions éventuelles.
Quant aux échanges russo-coréens de ces derniers mois, ils ne présentent aucun intérêt à l'heure actuelle, concernant de simples échanges de parc à parc. La Corée du Sud, porteuse de la seule grande culture au monde dont le tigre est le centre absolu, a tout intérêt à redéfinir les objectifs de ses accords avec la Russie et ses tigres des neiges.
Par ailleurs, les derniers lions sauvages eurasiens ("persans") , présents à l'Ouest du Gujarat, ont connu ces derniers mois une sensible augmentation de leurs effectifs. Ils constituent désormais un noyau de réexpansion crédible vers l'Ouest (Iran, comme officiellement projeté), Turquie et Europe.
Il y a aujourd'hui, à l'état sauvage, 1 lion pour 2 tigres en Inde. Le taux de mortalité anthropogène des premiers est 6 fois inférieur à celui des seconds.
De fait, à l'état sauvage, les lions persans sont près de deux fois plus nombreux que les tigres eurosibériens.
POUR DES CIVILISATIONS HEUREUSES
Comme le disent fort bien les indiens "a happy civilization is credited not only with ever - growing human population, but also with the positive growth of flora and fauna".
C'est maintenant à l'échelle de plusieurs continents, Amérique incluse, que se joue l'essentiel, à partir de l'Eurasie centrale et méridionale. Le "heartland"
eurasien doit faire l'objet aujourd'hui et pour les décennies à venir, d'une politique ambitieuse de reconstitution progressive de la pyramide écologique complète dans des espaces conséquents,
avant que les redéploiements démographiques prévisibles dans la région dans la deuxième moitié du 21ème siècle ne permettent plus aisément de parachever une véritable Naturalité dans le paysage
et l'esprit humain.
UN SOMMET CRUCIAL
BALI EN JUILLET, ST PETERSBOURGH EN SEPTEMBRE
Le Sommet International du Tigre, initialement prévu à Vladivostok, s'effectuera en deux phases.
Une étape de préparation se déroulera du 12 au 14 Juillet à Bali (Indonésie) où seront définies les orientations pour l'Avenir des Grands Félins à l'Etat sauvage. Ce pré - sommet doit permettre l'élaboration d'un document de Restauration Globale des Populations de Tigres sauvages dans les années à venir, le plus ambitieux possible, concernant non seulement les 13 pays hébergeant encore ces animaux sur leur sol, mais aussi ceux - fort nombreux - concernés par le trafic des produits issus de l'animal.
Le document doit servir de référence de discussions et de décisions pour le sommet de St Petersbourgh, du 15 au 18 Septembre.
http://wwf.panda.org/wwf_news/news/?uNewsID=194085
Je vais me rendre à St Petersbourgh, à l'invitation (hier, après lecture de mon article paru au début
de ce mois dans la revue "Rhytmes") du Président du Département de Zoologie de l'Université de St Petersbourgh, Alexeï Tikhonov.
HIC SUNT LEONES
RETOUR DES LIONS EURASIENS
Sur les cartes romaines, les représentations de l'Afrique étaient légendées d'un "hic sunt leones" ("ici sont les lions"). La formule conviendra t - elle un jour à l'Eurasie?
Après les échanges russo iraniens de ce printemps (léopards contre tigres), un projet de réimplantation de lions persans éclot.
La souche indienne de la forêt de Gir et de ses environs compte désormais officiellement 411 individus, effectifs en croissance de 13% par rapport au dernier recensement (2005), et ce malgré les réseaux criminels aux commanditaires extrême - orientaux, aussi actifs à leur endroit qu'à celui de leurs grands cousins striés et lancéolés. Leur mortalité due aux activités humaines est en chute (17 en 2009, un seul au cours des 4 premiers mois de 2010). Il y a désormais un lion sauvage indien pour 2 ou 3 tigres.
Un transfert de noyau familial vers l'Iran est à l'étude (voir blog du 22 juin).
La Turquie ne devrait pas rester éternellement à l'écart des projets eurasiens en cours, ayant eu sur son sol des léopards géants (y compris dans certaines de ses régions les plus occidentales au moins jusqu'en 1987), des tigres eurosibériens au moins jusqu'au début des années 1990, et des lions persans jusqu'au 19ème siècle (y compris dans des zones proches des côtes de Méditerranée orientale).
Nous rappelons, à cette occasion, que nous ne donnons crédit, pour notre part, qu'à des projets impliquant une forte restauration des milieux naturels d'accueil, seule à même d'assurer une viabilité à ces réintroductions. Un pseudo réensemencement de l'Eurasie en grands prédateurs, qui ne serait de facto qu'un persillage continental hors - sol, à simple objet d'affichage politique, ne présenterait à nos yeux aucun intérêt, n'ayant aucun impact positif sur l'état des sociétés humaines (voir page "le syndrome du félin géant" du site "4 continents pour les tigres").
En tout état de cause, ce processus de "mondialisation" des grands
félins ne doit rien au hasard dans des sociétés profondément perturbées et désemparées.
LE PARENT PROTECTEUR
Les sociétés traditionnelles (aussi bien sédentaires que nomades) voyaient dans le grand prédateur une divinité tutélaire et protectrice (voir page "le syndrôme du félin géant" sur le site "4 continents pour les tigres"). S'il est un père ou un ancêtre dans les aires culturelles chinoise, coréenne et même persane, il peut être aussi une compagne dans les sociétés traditionnelles sibériennes (tigre ailé des goldes de l'extrême orient russe, fille prédatrice du dieu cerf bouriate dans la région du lac Baïkal) ou lui être intimement lié (Simargl ailé et ondines rusalki des marais d'Europe orientale).
Les projets en cours sont une expression de ce besoin fondamental de lien avec les représentants les
plus emblématiques de l'Univers le plus sauvage, ressenti confusément et douloureusement dans la psychologie
collective.
LE CLIVAGE FONDAMENTAL
Mon pays, la France,à rebours des grands courants de pensée traditionnels dont certains viennent d'être évoqués, est aussi celui de "l'animal - machine", notion de La Mettrie reprise à son compte par Descartes, et dont le succès fut telle qu'il permit la plus grande entreprise de réification de tous les temps, vécue comme légitime par "l'opinion publique".
C'est aussi en France que s'est cristallisée historiquement une véritable exécration et une terreur panique de l'animal sauvage, impliquant les comportements intellectuels, politiques et institutionnels les plus aberrants.
1.Le grand géographe Xavier de Planhol, auteur d'une somme remarquable sur les relations hommes - animaux à travers l'histoire dans les différentes grandes aires culturelles, avait dénoncé un projet "délirant" de réintroduction du lion persan en Iran en 1971, qui n'avait finalement pas vu le jour en raison de vices structurels. Mais l'opposition du géographe français est plus fondamentale, et pour tout dire plus idéologique. Dans un article publiée dans la revue "L'Histoire" l'an dernier, il explique qu'à ses yeux, hommes et grands carnivores sont en guerre, et que celle - ci se poursuit aujourd'hui. Il conclut ainsi sa réflexion, ce qui se passe de tout commentaire : "En ce 21ème siècle qui verra s'achever l'urbanisation de la planète, l'homme devra donc, dans ce qui constituera désormais pour lui son habitat largement majoritaire, affronter directement jusqu'aux plus grands fauves. Il lui faudra, sans cesse, les combattre. Jamais l'animal n'acceptera le partage de la Terre. Et l'homme devra, sans défaillance, non seulement monter la garde aux frontières de l'espace qu'il s'est réservé, mais au coeur même de celui - ci, veiller sans relâche, et tuer sans pitié".
2.Parmi une foultitude d'autres exemples :
- Dans les Pyrénées, des "manifestants anti ours" évoquent leur décision d'en finir avec l'animal, au début du mois.
- En Côte d'Or, une décision préfectorale de destruction des blaireaux "pour cause de tuberculose bovine" à laquelle les mustélidés sont d'ailleurs, comme par hasard, à peu près étrangers, a d'ores et déjà entraîné la mort de 2075 animaux.
3.Les "bêtes dévoreuses", quelle que soit leur réalité et leur nature, ont un impact fantasmatique à l'échelle nationale beaucoup plus puissant qu'en aucune autre terre européenne.
Parmi beaucoup d'autres exemples, 28 ans après les faits (un grand félin, lion ou puma, peut être échappé de chez un particulier, avait dévoré du gros bétail aux environs de Noth, dans la Creuse), un article dominical d'une pleine page dans le quotidien régional "La Montagne", intitulé "La Bête qui surgit dans la tempête" se conclut ainsi : "Les rumeurs de bête expriment un désarroi profond. Ce que craignent beaucoup de ruraux, c'est le retour de la sauvagerie : dire que les bêtes sont de retour, c'est aussi porter un jugement sur les rapports sociaux ou plutôt leur absence. Laisser la France aller en friche, c'est s'engager lentement sur le chemin qui mènerait de façon inéluctable à l'état sauvage".
Nous allons commencer à disloquer les blocages structurels de la société française.
Au bout du chemin, comme en Iran, puis comme en Turquie :
ICI SERONT LES LIONS.
ET LES LEOPARDS.
ET LES
TIGRES.
RUSSIAN ARTICLE PUBLISHED
As previously announced on this blog (May 23rd), my article "Tiger future will be in Russia" has been published yesterday in the russian scientific review "RHYTHM" directed by feline specialist
Evgenyi (Zhenya) Kashkarov, widely illustrated, and added of a presentation by Zhenya of the Green Dragoon Project that I promote since January 2009.
Ален Сенпен. Будущее тигров – в России // Rhythm Journal-журнал РÍТМ, 2010 (5), 96-104
This publication occurs as "caspian"
tiger notion is now replaced by "eurosiberian tiger" since beginning of 2010 and can be considered as the last production about western populations of this animal and their
perspectivals, after those of :
Vladimir Shnitnikov. 1936. Mlekopitayushchie Semirech'ya (Mammals of Semirech'e). Izd. AN SSSR, 319p, Moscow - Leningrad. Many elements about tigers in central Asia on the end of 19th century.
Sergei Stroganov. 1961. Tigr v Srednei Azii (Tiger in Middle Asia). Okhota i Okhotnitch'e Khozyaistvo, n° 12. First time description of the tiger den in reeds. S. Stroganov collection is in Siberian Zoological Museum of Novosibirsk (two tadjik tigers of Pyandz River).
Vladimir Heptner. 1969. O lyutom zvere Monomakhova "Poucheniya detyam" (Monomakhov's blood - thirsty animal in "Poucheniya detyam". Okhota i Okhotn. Khoz., n° 5, 42 - 43. Demonstration of european tiger presence in the middle ages.
Vladimir Heptner & A. Sludskii. 1972. Mlekopitayuschie Sovetskogo Soyuza
(Mammals of the Soviet Union, vol II, part 2). Vysshaya Shkola Publishers, Moscow. Strong review of historical and biological references about the
animal.
I can send PDF document (9 pages) to anyone interested.
Comme je l'avais annoncé sur ce blog, le 23 mai dernier, mon article "L'Avenir du tigre est en Russie" (dont la version française peut être lue en fin de la page du même jour), vient d'être publié dans la Revue scientifique russe "RHYTMES" dirigée par le naturaliste Evgenyi (Zhenya) Kashkarov. L'article est richement illustré et augmenté d'une présentation du projet "Dragon Vert" que je promeus depuis janvier 2009 par E. Kashkarov.
Ален Сенпен. Будущее тигров – в России // Rhythm Journal-журнал РÍТМ, 2010 (5), 96-104
Cette publication intervient alors que la notion de tigre "de la Caspienne" tend à être remplacé, depuis le début de cette année, et
peut être considérée comme la dernière en date concernant les populations occidentales de cet animal et leurs perspectives, après celles de :
Vladimir Shnitnikov. 1936. Mlekopitayushchie Semirech'ya (Mammifères du Semirech'e). Izd. AN SSSR, 319p, Moscou - Leningrad. De nombreux éléments sur les tigres en Asie centrale à la fin du 19ème siècle.
Sergei Stroganov. 1961. Tigr v Srednei Azii (Tigre en Asie centrale). Okhota i Okhotnitch'e Khozyaistvo, n° 12. Première description de l'antre du tigre dans les roseaux. La collection de S. Stroganov est au Museum de Zoologie de Sibérie à Novosibirsk (deux tigres tadjiks de la rivière Piandj).
Vladimir Heptner. 1969. O lyutom zvere Monomakhova "Poucheniya detyam" (La bête féroce de Vladimir Monomaque dans"Poucheniya detyam". Okhota i Okhotn. Khoz., n° 5, 42 -
43. Demonstration de la présence du tigre en Europe au Moyen - Age.
Vladimir Heptner & A. Sludskii. 1972. Mlekopitayuschie Sovetskogo Soyuza (Mammifères de l'Union Soviétique, vol II, part 2). Vysshaya Shkola Publishers, Moscow. Revue complète des références historiques et biologiques sur l'animal.
Je peux envoyer le document PDF (9 pages) à quiconque est
intéressé.