L'ALTERNATIVE
DEFAUT DES SENS
Une femme politique anglaise imposa, en 1979, une bien curieuse idée : "There is no alternative". Celle - ci, il est vrai, pensait également tout haut que "A society ? It doesn't exist".
Aujourd'hui, un homme politique russe explique qu'il n'y a personne avec qui parler dans l'opposition...
Ce qui n'existe pas à nos yeux témoigne de l'inadéquation de notre regard.
En introduction à son livre "V debriakh Manchzhurii. Ocherki i rasskazy iz byta obitatelei taigi" Harbin 1934 (traduit en français aux Editions Payot en 1938 sous le titre "Mes chasses dans la taïga de Mandchourie"), Nicolas Baïkov "ne fait que soulever un peu le voile qui cache aux yeux de l'homme civilisé un monde curieux plein d'un charme mystérieux et romantique... une nature magnifique, vestige des époques les plus anciennes de l'histoire de l'humanité".
LA REVELATION DU "SAUVAGE"
De fait, toute altérité est potentiellement déstabilisatrice, au point d'infliger à notre psyché d'animal autodomestiqué des phases successives (dans le meilleur des cas) de "cécité / surdité " et de révélations ennoyantes.
Dans un rapport de synthèse sur le tigre d'Asie centrale publié l'an dernier "Turanian tiger : analysis of the modern situation", Yuri Chikin et Oleg Tsaruk évoquent la découverte de la tanière d'un tigre dans les roselières par le naturaliste Sergeï Ulianovitch Stroganov :
Sergei Stroganov. 1961. Tigr v Srednei Azii (Tiger in Middle Asia). Okhota i Okhotnitch'e Khozyaistvo, n° 12. First time description of the tiger den in reeds. S. Stroganov collection is in Siberian Zoological Museum of Novosibirsk (two tadjik tigers of Pyandz River).
Celle - ci s'apparente à un véritable chemin initiatique : "The scientist managed to inspect a tiger's den; to reach it, he had to crawl nearly 200 meters following the animal's trail in
a tunnel of lush vegetation. The tiger always made his den in the shade of trees; it was lined with stamped grass; bordering it there was a small
plot of about 40 square meters, all stamped flat and scattered with bones of prey animals. A strong, stinking smell was felt in the air. S. Stroganov finished his observations with the following
characteristic: "The Turanian tiger is daring, secretive, and very sensitive. One could live many years in the area inhabited by tigers
and never see them."
LE MONDE PERDU
Par delà le rideau des roselières, l'Asie centrale a abrité par le passé un véritable doublon sauvage de son Univers domestique, comme l'ont montré les recherches du Docteur Boris F. Porchnev à la fin des années 50 et les années 60 (voir la dernière édition en version française de ses travaux dans "L'Homme de Neanderthal est toujours vivant", B.Heuvelmans & B.Porchnev, éditions de l'oeil du Sphinx 2011).
Jusqu'au milieu du 20ème siècle, aux côtés de populations sauvages de chevaux, chameaux et yacks, vivaient également des "hommes sauvages" velus et prognathes. Ceux - ci étaient présents aussi bien dans le désert de Gobi que dans des espaces herbeux ou des buissons de Saxaoul, et ce à une très vaste échelle, aussi bien sur le plan géographique - dimensions continentales de la distribution - que de leur visibilité pour la population, qui les appelle "les almass" et leurs petits "les almassons". L'auteur évoque un espace eurasien allant de la Yakoutie à la Polésie (Biélorussie méridionale).
Le naturaliste Constantin Satounine put en observer un dans le Caucase en 1899. La même année, il découvrait un gigantesque tigre grisâtre dans le Lenkoran, Caucase géorgien (cité dans Heptner V. & A.Sludskii. Mammals of the Soviet Union. Brill editions 1992, pages 141 et 143).
Nicolas Baïkov fut lui même confronté à une telle créature en 1914, alors qu'il parcourait la Mandchourie du Sud. Il
put l'observer pendant plusieurs jours, celle - ci ayant été apprivoisée par un chasseur de la taïga, lui servant de chien de chasse. La nuit, elle quittait son maïtre et entrait en
connexion avec des loups rouges (dholes).
Dans les montagnes d'Asie centrale, en tant qu'omnivores opportunistes, ils consommaient volontiers des bouquetins
qu'ils ne chassaient pas eux - mêmes. Sur le plan écologique, ils étaient donc largement dépendants de la présence et de l'activité de la panthère des neiges, comme la hyène striée dépendait de
celle du tigre dans les roselières.
En écho à la tanière du tigre des roseaux, il existe un endroit, en Mongolie, appelé Almasin Dobö : "Tumuli des Almass", où l'on trouvait leurs tanières abandonnées.
Le terme "tumuli" a une résonance particulière dans la civilisation des steppes : le tumulus est la tombe du
chef, depuis la culture des "Kourganes" antique jusqu' à certains leaders Cosaques au 18 ème siècle... ("Les Cosaques 1490 - 1790" . Iaroslav Lebedynsky. Editions Errance
2004).
Quelques siècles auparavant, un descendant du rhinocéros à fourrure côtoyait tous ces grands animaux sauvages, ongulés, hominidés et carnivores - et notamment, concernant ces derniers, de grands félins tels que panthères des neiges, tigres et léopards - (X. de Planhol. Le paysage animal Eds Flammarion. 2004.)...
"Des animaux immenses, comme il en existait à l'aube des temps" (Princesse Mononoke, Hayao Miyazaki 1997)...
"soulever un peu le voile qui cache aux yeux de l'homme civilisé un monde curieux plein d'un charme mystérieux et romantique... une nature magnifique, vestige des époques les plus anciennes de l'histoire de l'humanité"...
LA RELATION AU "SAUVAGE"
Le "domestique" est un auxiliaire, qui subit une réification plus ou moins importante.
Le "sauvage" est un partenaire véritable. Il exprime l'altérité avec qui on peut vivre en paix et en bonne intelligence, si l'on s'en donne les moyens. Citons à nouveau Chikin & Tsaruk : "Back in the middle of the 19th century, the prominent Russian zoologist and traveler N.A. Severtsov wrote that the blood-thirstiness and aggressiveness of the tiger are grossly overestimated, and the Turkestan hunter E. Sysoyev came to a conclusion that tiger is "a cat that shows his fearful claws and teeth just to protect his own life".
Les deux plus grands défis relationnels des hommes sont le féminin et le sauvage, et peut être n'en sont ils qu'un seul dans leur esprit, comme "un obscur objet du désir". Toute la complexité du sujet est merveilleusement illustrée dans la nouvelle de Jack London "L'appel de la forêt", qui dit tout, et montre tout. Dans l'Europe orientale préchrétienne, la compétition entre cités était illustrée à travers des symboles très éclairants. Les deux aspirant au leadership du monde slave étaient Cernigov et Kiev.
Kiev revendiquait l'héritage du cavalier blanc draconicide igné solaire (dont le futur avatar allait être le St Georges orthodoxe), libérateur des rivières aurorales (F. Cornillot. L'aube scythique du monde slave, 78 - 259 dans SLOVO 14, 1994). Son associé, le Simargl (avatar du Phoenix) est un chien ailé. Il est son auxiliaire de chasse. C'est un animal domestique.
Cernigov s'appuie sur la parèdre (épouse divine) du draconicide kiévien. Le Simargl auquel elle est associée est un tigre ailé. Une bête sauvage. Un vrai partenaire.
Dans "Tigre le Dévoué", légende chinoise publiée en 1792 (version française en 2009 aux illustrations merveilleuses d'Agata Kawa, éditions Hong Fei) évoquant une relation semblable à celle évoquée précedemment, entre une princesse et un tigre aux stries spiralaires d'un éblouissant vermillon, l'auteur écrit :
"Le vrai dévouement est celui d'un être fier. La vraie fierté est celle d'un être dévoué".
Le mot français FIERTE vient du latin FERITAS qui est aussi la racine
du l'adjectif FERAL : retourné à l'état sauvage (voir page blog "Epopée de la Lumière" du 4 Décembre dernier).
RECENT NEWS
Création d'un nouveau parc naturel dans l'Altaï.
Situé sur le territoire de la République de Tuva, il constituera un appui supplémentaire significatif pour la protection effective de la panthère des neiges en Russie (source : Tatiana Ivanitskaya, section Altaï Sayan du WWF Russie, hier).
Durcissement effectif des condamnations pour braconnage dans le Primorye.
Le 27 Décembre, une décision de justice concernant 4 braconniers détenus depuis l'an dernier après avoir opéré dans une réserve pour
les léopards a condamné ceux ci à plusieurs années de prison, ce qui est une première dans cette région où la peine se limite ordinairement à quelques jours (source : Elena Starostin, section
Amour du WWF Russie, hier).
PLUS DE PROIES POUR LE TIGRE
CONSTAT ENCOURAGEANT DE PAVEL FOMENKO (source : WWF Russia, ce jour) pour le parc national "Légende Udhégée" lors d'une première étape.
National park "Udege Legend" was organized in 2007 to preserve and restore natural systems of Western macro-central Sikhote-Alin in the valley of Big Ussurka and its tributaries - Armu and crossover. Protected area of the park creates a unique ecological corridor in the heart of tiger habitat - between the Sikhote-Alin Reserve and the last large intact array of cedar-broadleaf forests in a bikini.
One of the specific objectives of the national park, which distinguishes it from other categories of protected lands is to preserve the unique recreational resource in the relatively pristine nature, the organization of tourism and environmental education. In contrast to the reserves in the National Park due to zoning allowed limited economic activity, including - aimed at increasing the number of ungulates.
"Nappark, primarily designed for people and people who come here, of course, want to see wild animals in
nature. Prior to the creation of the park their numbers in this area was a fraction as active logging were
conducted, there were no safety concerns and the factors missing. After the capture of the territory under protection,
the number of animals increased, but not enough to consider it significant. Without a series of complex measures on
biotechnology make it very difficult. And here is important to exchange experience with hunting, which have long
been successful in this matter, as for example - a model hunting ground WWF
"We are simply amazed by the work being done in this
ohothoyaystve. For an hour exploring the hunting grounds, we
saw and photographed about 120 animals! - Says Valery Kuzmin, Deputy Director of the National Park Conservation area
For the past seven years, WWF-Russia cooperation in the Maritime region with hunting ground
We are always ready to help any ohotpolzovatelyam and, especially, the National Park, in addressing the issues of conservation and to
increase the numbers of some species. We have, in my opinion, there is sufficient experience and resources to do
", - emphasized the head hunting
It was not the first workshop, held in the hunting
. "Now in the National Park home to 8.5 tigers. Creating the conditions for the concentration, and in the future, and areas to ensure the survival of ungulates in the difficult conditions of wintering in the north of Primorye Territory is our top priority. The presence of such groups is an important element of the infrastructure of the park for tourism and, of course, will provide food our main predator - tiger - explains program coordinator of WWF-Russia Amur branch biodiversity Pavel Fomenko. - I note also that the park is not an isolated - the animals are accommodated in the adjacent land, in hunting grounds where fishing is conducted, and therefore prey to be missed and people, and the tiger. "
JOINT SECURITY AREA
PROSPECTIVE POUR LES TIGRES DANS LE PAYS - TIGRE
AXES DE STRUCTURATION
La Corée est le pays ou la culture du tigre a été la plus dense. Les Coréens représentent volontiers la péninsule en forme de tigre. L'influence de cette culture où tigre, dragon et montagne sont liés, a été considérable, depuis des milliers d'années, au Japon d'une part, en Mandchourie d'autre part.
La présence régulière du tigre dans la péninsule, intégrée à la vie et au regard des populations remonte à la préhistoire (voir Sangmog Lee. 2011. Chasseurs de baleines. La frise de Bangudae, Corée du Sud. Editions Errance).
Dangun, le fondateur mythique du pays, est le fils d'une ourse devenue femme. Selon la légende, ourse et tigresse désirant devenir humaines durent absorber vingt gousses d'ail et un bouquet d'armoise puis se retirer pendant cent jours dans une caverne. Au vingtième jour, la tigresse renonça.
Le fils de l'Ours choisit Pyong Yang comme capitale.
Après un très long règne, il se désincarne en Dieu de la Montagne.
C'est exactement le même processus que décrit Nicolas Baïkov à propos d'un tigre géant ("Le Grand Van. Histoire d'un tigre de Mandchourie". Editions Payot. 1938). Celui ci va mourir dans le cratère d'un volcan sur une montagne sacrée en Corée septentrionale, qui est son pays natal. Son fils, personnage principal de l'ouvrage, passe d'ailleurs plus de dix ans dans ce pays.
Les Yemaek, qui vivaient sur le cours supérieur du Yalou, sont considérés comme étant à l'origine de la Corée ancienne. Ils vouaient un culte au tigre.
De nombreux voyageurs européens du passé ont été frappés par la présence de léopards et de tigres dans les villes - notamment Séoul - et villages de Corée, ainsi que de l'amour que vouent les coréens à leurs montagnes ("Corée. Voyageurs au pays du matin calme. Eds Omnibus. Mars 2006. L. Madec et C. E. Saint - Guillern").
Dans les Montagnes de diamant, "le tigre règne en maître dans la montagne sainte" écrit Jean de Pange en 1904.
En 1905, Jean de Nettancourt - Vaubecourt évoque "les grands tigres à fourrure, honneur de la faune coréenne".
Ces animaux géants, au volume comparable à celui d'un lion des cavernes, n'existent plus aujourd'hui, victimes de "la sélection par les trophées" (voir John Vaillant. 2011. Le tigre. Une histoire de survie dans la taïga. Eds Noir et Blanc). Or, ces individus imprimaient à l'écosystème des régles fonctionnelles que ne parviennent plus à assurer les fauves de moindre envergure d'aujourd'hui (voir le cas de la domination automatique sur les meutes de loups rouges dans "Le Grand Van" cité plus haut). Au début du siècle dernier, Nicolas Baïkov et son équipe abattirent un "Grand Van" de 325 kgs... ("Mes chasses dans la taïga de Mandchourie", eds Payot, 1938).
Le régne du tigre en Mandchourie et en Corée est marqué aussi par des périodes de terreur. A la mi janvier, c'est "la semaine noire", ponctuée par "les nuits des fauves" où les mâles surexcités pénètrent parfois dans les huttes et dévorent leurs habitants. 18 victimes sont répertoriées dans un village mandchou frontalier de la Corée en 1891 (X. de Planhol 2004. Le paysage animal. Eds Fayard).
La situation devient hors de contrôle dans la péninsule à partir de 1904. Les occupants japonais confisquent les armes. Les conflits dramatiques hommes - tigres se multiplient. Les habitants terrifiés évoquent les exploits sanglants de monstres improbables, comme sur l'île de Chin Do, à l'extrême Sud - Ouest de la péninsule. Les coréens font peut être même brûler leurs forêts pour en finir avec les terribles véhicules de la peur... (voir article web "When tigers stalk Korea").
A partir de cette époque, il ne reste officiellement plus que quelques représentants de l'espèce faisant la navette dans les zones frontalières coréo - mandchoues.
PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE
Depuis quelques années, on évoque parfois la présence possible de l'animal dans la fameuse DMZ, ligne de démarcation de 249km de long et de 4 km de large entre les deux Corées, riche en biodiversité et possible point de départ pour une réconciliation par le haut (voir Alan Weisman. 2007; "Homo disparitus". Eds Flammarion).
Les commentaires actuels liés à la succession de Kim Il Jun en Corée du Nord ne rendent donc compte en aucune façon de l'architecture intime de l'histoire et des perspectives de la péninsule.
Toute réunification au sens plein du mot est impossible pour les décennies à venir. Même si le régime nord - coréen venait à s'effondrer (hypothèse fort improbable) les coréens du Sud ne pourraient en aucun cas absorber économiquement et humainement le Nord de la péninsule. La situation est en effet très différente de celle de l'Allemagne avant 1989. Le hyatus sociologique en Corée entre Sud et Nord est infiniment plus important qu'entre Ouest et Est en Allemagne. De plus, la population de la RDA représentait le 10ème de celle de la RFA, celle de la Corée du Nord représente la moitié de celle de le Corée du Sud, et ce sur un territoire plus vaste (120 000km2 au Nord pour moins de 100 000 km2 au Sud). Les voisins sont opposés à cette perspective, particulièrement les Japonais, qui ne souhaitent en aucune façon, pour des raisons historiques, être confrontés à la montée en cohérence et puissance d'une Corée unie, et les Chinois, pour lesquels le Nord constitue un glacis de sécurité et un allié sûr. Les Russes, jusqu'à présent, acceptent sans réserve le statu quo.
La pacification de la région sur des bases réalistes passe donc, dans les années à venir, par une réorientation progressive des activités au bénéfice de la population, en rapport direct avec sa culture profonde, avec l'appui synergique des puissances voisines (et peut être à l'initiative de certaines d'entre elles), sur les 120 000km2 de la partie septentrionale de la Corée.
C'est aussi la condition sine qua non pour la réapparition, dans la région, d'ici à quelques générations, de tigres géants tels qu'ils existaient jusqu'au début du siècle dernier.
ARCTAGAÏA 2012
LA CLEF DE VOÛTE DU MONDE
Cet article fait suite à "Vers une Beringie réunifiée", publié sur ce blog le 8 Décembre. Après le Tigre en 2010, la Forêt en 2011, c'est l'Arctique qui fera l'objet de toutes les attentions environnementales en 2012.
Le maintien de l'équilibre fonctionnel de ce vaste espace particulièrement exposé à la péjoration climatique est déterminant, pour ne pas dire plus, pour l'Avenir de l'Humanité.
Les fleuves russes les plus importants (Ob, Ienisseï, Lena) s'y déversent. Toute la Russie orientale (70% du territoire) est conditionnée par la fonctionnalité hydrosystémique entre ces artères vitales, leurs bassins, et l'espace arctique. Du complexe Irtych - Ob en Sibérie occidentale à la Kolyma en extrême orient septentrional, l'ensemble représente plus de 11 millions de km2. Le delta de la Lena (dont l'un des affluents de la rive droite, l'Aldan, accueillait encore des tigres il y a 150 ans, juste au Sud des monts Verkhoïansk), large de 250 km, riche de 1500 bras et
60 000 lacs, pour une superficie de 30 000 km2, est plus vaste que le delta du Nil. Ces artères fluviales nordiques sont, au même titre que celles d'Amérique du Nord, celles qui se rapprochent le plus, dans le monde, de leur vigueur et santé originelles (voir carte "European Rivers Network").
RECONSTITUER UN BOUCLIER VIVANT CONTRE LE PERIL MAJEUR
LE RISQUE. Comme l'a montré James Lovelock, le "système Gaïa" (qui concerne l'atmosphère, la croûte et une partie du manteau de la Terre, ainsi que les organismes présents dans ces différentes parties de la planète), en tant qu'être vivant, peut tomber très gravement malade par dysfonctionnement d'un élément fondamental de son dispositif programmatique (au même titre qu'une cellule cancéreuse par exemple) et adopte alors un comportement aberrant et suicidaire.
Peut être en sommes nous d'ores et déjà à ce stade concernant la péjoration climatique (et dans ce cas, les espaces océaniques, forestiers, et polaires (ainsi que ceux, dans d'autres régions, qui fonctionnent comme tels, comme sur les hauts plateaux tibétains) vont rejeter du CO2 au lieu de le stocker, entraïnant le système dans une spirale mortifère incontrôlable.
L'EXPLICATION. Depuis deux millards d'années , la chaleur solaire a augmenté de 25 à 30 %. La nature du bouclier/filtreur que constitue l'atmosphère terrestre a du être modifié en conséquence, avec succès jusqu'à présent. Pour leur propre survie, les organismes de l'atmosphère, de la croûte terrestre et de certaines régions du manteau se sont toujours mobilisés de concert avec efficacité pour agir en ce sens.
Au cours des dernières centaines de millions d'années, le rôle des habitants de la croûte terrestre a été déterminant.
En leur sein, la dynamique écologique impulsée par les grands prédateurs (terrestres et marins)
est fondamentale pour la fonctionnalité dans les systèmes où ils opèrent, qu'ils entretiennent et enrichissent (voir l'article de référence publié dans la revue SCIENCE le 15 Juillet dernier -
sur page blog du 17 Juillet -).
Au cours des derniers siècles, la destruction des milieux et le massacre des grands prédateurs (baleines et requins, grands fauves - par exemple, il y en a en fait bien d'autres, notamment en milieu marin -) a mis à mal les capacité de médiation et de filtrage de l'atmosphère terrestre vis à vis du rayonnement solaire.
Gaïa a ainsi été privée de son système
immunitaire.
Le "coup de grâce" dû aux agressions chimiques diverses très largement médiatisées n'est qu'un phénomène secondaire terminal, imposé à un organisme affaibli et incapable de résister aux agressions.
LE REMEDE. Gaïa a un urgentissime besoin d'abri et de protection. Il lui faut un nouveau bouclier atmosphérique, dont l'armature ne peut qu'être générée à partir d'écosystèmes riches et solides, à la puissante fonctionnalité.
L'Humanité se sauvera elle même en quadrillant la Terre d'une véritable trame de dragons verts
et bleus. Rien de moins. Et à bonne échelle.
RICHE AFGHANISTAN
Le léopard d'Asie centrale est toujours présent en Afghanistan (source : Maxisciences, ce jour).
Des pièges photographiques disposés par une ONG naturaliste dans les montagnes afghanes ont récemment montré la vitalité naturelle de ces régions, où subsiste encore, contre toute attente, le léopard de Perse.
Fouine, renard roux, chat sauvage, lynx, loup, et même léopard persan (Panthera pardus saxicolor), grand félin que l'on croyait disparu de la région : autant de prédateurs surpris ces derniers mois dans leur intimité par les pièges photographiques disposés dans les montagnes de l'Hindou Kouch par la Wildlife Conservation Society (WCS), qui travaille sur place en collaboration avec le gouvernement afghan et d'autres organisations internationales.
"La présence de léopards et de lynx en Afghanistan nous indique que ces grands félins peuvent trouver suffisamment de proies pour survivre. Cela signifie que cet habitat peut encore accueillir le bouquetin, l'urial (un mouflon), et d'autres espèces, ce qui est bon signe pour la faune et les habitants de cette région, qui dépendent également de ces prairies pour le pâturage", a déclaré Ghani Ghuriani, Vice-ministre de l'Agriculture et de l'irrigation cité par Science Daily.
"Voir un éventail aussi varié de faune après avoir enduré tant de conflits nous donne de l'espoir pour l'avenir de l'Afghanistan. Ces écosystèmes intacts représentent un fondement pour la reconstruction de notre pays et pour son développement."
VERS UNE BERINGIE REUNIFIEE
Un espace sauvage russo - américain en construction. La Beringie est en voie de réunification. Première étape pour la constitution du pôle nord - est du Dragon Vert (voir "Ecologie commune", 11 septembre 2011, sur ce blog). Un pôle d'accueil pour tigres du Nord, ainsi que mammouths reconstitués (voir page d'hier, "Before the keystone").
Source : WWF Russia, ce jour. Le point est fait, en fin d'article, sur les réserves transfrontalières
d'ores et déjà existantes.
"Beringia" is located in the eastern part of the Chukchi Peninsula and consists of five sections with a total area of more than 18 thousand km 2, of which more than 3 km 2 falls on the marine area.
"Beringia" will preserve
the unique landscapes of the Chukchi Peninsula, hot springs, monuments, archeological, historical and cultural heritage, in the first place - the ancient cultures of the Eskimos and the
Chukchi.
Ecological and economic feasibility of establishing a national park was developed by staff of WWF, IEEP RAS and VNIIPrirody.
The need to create this national park is due to increasing anthropogenic pressures and the ongoing processes of climate change. Now this area has the status of the regional natural park.
After the Russian government will sign a decree establishing a national park, will begin the process of creating the first Russian-American protected area. "Beringia" in Russian territory and the National Park Bering Land Bridge in the United States.
Back in June 1990, the USSR and the U.S. decided to organize a Soviet-American international park in Chukotka and Alaska to preserve the unique natural and cultural complex. Over 20 years it took to turn political agreements into real solutions to the fullest extent taken into account, on the one hand, the task of preserving the unique biodiversity of the region and the indigenous population, on the other - the socio-economic development.
Now Russia and neighboring countries has four cross-border territory. Each of the members of the trans-boundary protected area reserves managed in accordance with national legislation, and for them are developed and implemented joint programs for the study of natural processes.
Results in support of the WWF was founded more than 90 federal and regional protected areas, an area of more than 45 million hectares - is the area of France and Spain combined.
Additional information
Transboundary Protected Areas in Russia
-
As part of the Russian-Finnish International Nature Reserve
"Friendship", was established in 1991. -
White-naped Reserve. The international reserves, formed in 1994,
includes reserve
"White-naped," Reserve « "Mongol daguur" (Mongolia) and reserve "Chalalnor" (PRC). -
Khankaisky Reserve. In 1996 at Lake Hanka establishment of an
international nature reserve, which consists of Park
"Khanka" and reserve "Lake Hanka" (Heilongjiang Province, China). -
Katun Preserve. As part of a transboundary reserve
"Altai", formed in 2011. It consists of Katun Nature Reserve (Russia) and Caton-Karagai State Natural National Park (Kazakhstan).
BEFORE THE KEYSTONE
Asie centrale : Forêts tugaï, cerfs de Boukhara (source : Large Herbivore Netscape, 23 Novembre)
Bergen/Norway, 23 November 2011 - Almost half a century ago, the Bukhara deer - a species endemic to Central Asia - disappeared from the forests along the Syrdarya river in Kazakhstan due to unsustainable agricultural practices, logging and shrub felling on river banks, overgrazing by livestock, and uncontrolled hunting.
This week representatives from Kazakhstan, Tajikistan and Uzbekistan, as well as international experts, gathered on the margins of a UN wildlife conference convened by the Convention on the Conservation of Migratory Species of Wild Animals under the UN Environment Programme (UNEP/CMS) in Bergen, Norway, to review the conservation status of the Bukhara deer and to agree on future priorities.
Since 2002, when a Memorandum of Understanding on the Conservation and Restoration of the Bukhara Deer was concluded under CMS with Kazakhstan, Tajikistan, Uzbekistan, Turkmenistan, the World Wildlife Fund of Russia and the International Council for Game and Wildlife Conservation, the overall population of the deer in Central Asia quadrupled from 350 to 1,620.
Reintroducing deer bred in captivity in 2007 and establishing protected areas have been part of this successful conservation strategy. Sanctuaries were also created; water drainage systems improved and canals were cleaned to ensure water flow from rivers to the lakes in the sanctuaries, allowing as well for the recovery of the lakes, forest and populations of various other species.
However, the degradation of riparian forest ecosystems continues and constitutes a major threat to the long-term survival of the deer species. As a result, delegates to the Conference also agreed on a roadmap to conserve the Bukhara deer and its habitat, including the development of a new Action Plan for the species.
The Bukhara deer will benefit from the new overarching CMS Eurasian Aridland Mammals Action Plan to improve the protection of large mammals in the arid regions, cold deserts, steppes and mountains of Central Asia at regional, national and local levels.
CMS Executive Secretary Elizabeth Maruma Mrema said: "Compared to the world's most famous migrations, such as the wildebeest movements in the Serengeti-Mara Ecosystem of Tanzania and Kenya, the large migrations of Mongolian gazelles, Saiga antelopes and Kulans in Eurasia attract much less attention. CMS works to protect these animals and the unique Eurasian arid lands as a sanctuary for migratory species."
Central Asia is one of the few regions with a largely coherent network of diverse ecosystems. Bactrian camels, Saiga antelopes and gazelles depend on these ecosystems, while preserving them at the same time. During their migratory journeys they cover large distances across the Central Asian steppes and deserts and need intact, contiguous ecosystems. In return, they are important indicators for the status of these ecosystems.
But habitat degradation is increasingly also threatening wild camels, antelopes, gazelles, goats, yaks, wild ass and snow leopards. Desertification caused by overgrazing as a result of increasing livestock numbers, climate change, more frequent and more serious natural disasters, unsustainable irrigation systems leading to scarcity of water and poverty threaten to destroy the quality of prairie and pasture land as well as people's livelihoods - with far-reaching consequences not only for biodiversity, but also for the social and economic structures of local communities.
Infrastructure projects linked to exploitation of oil, gas and mineral reserves - most of which are found in Central Asia - divide important habitats and create barriers to migratory animals whose populations are split into smaller groups, exposing them to a higher risk of extinction.
Maintaining ecological networks and migration corridors is essential to connect important sites and helps to conserve viable populations. Research and monitoring using standardized methods for data collection and sharing are needed to fill substantive knowledge gaps and to better understand migration patterns and population dynamics.
Under the new Action Plan wildlife agencies and park rangers will be trained and strengthened. Economic incentives, for example such as sharing income from controlled sustainable hunting and eco-tourism to local communities, will support people in managing natural resources in a responsible way.
The Plan also includes protecting the lowland riparian forests that can still be found along the river basins of the Amudaria and Syrdaria, being the largest and most important water arteries in Central Asia and critical habitat for the Bukhara deer.
It also covers the major Pamir and Tian Shan mountain ranges, home to the wild argali and markhor sheep, the highly endangered snow leopard as well as poaching and illegal trade.
"The CMS Plan provides a first strategy for increased transboundary collaboration among governments, nature conservation agencies, NGOs and local communities to enhance research, wildlife law enforcement and information exchange," added Ms. Maruma Mrema.
At the 10th Meeting of the Conference of the Parties to CMS, which is being held from 20 to 25 November in Bergen, Norway, the Argali sheep of the Central Asian Highlands is also being proposed for listing on Appendix II of the Convention.
The Convention on the Conservation of Migratory Species of Wild Animals (UNEP/CMS) works for the conservation of a wide array of endangered migratory animals worldwide through the negotiation and implementation of agreements and action plans. CMS is a growing convention with special importance due to its expertise in the field of migratory species. At present, 116 countries are parties to the Convention.
Contact: Veronika Lenarz, UNEP / CMS Secretariat, Public Information, T. +49 228 815-2409 and during the Conference +47 46 86 1544, vlenarz@cms.in
Perspectives extrêmes - orientales : tigres en Corée, mammouths en Yakoutie
Les tigres "de Sibérie" (en attendant une formulation plus adaptée) devraient à nouveau être présents à l'état sauvage en Corée du Sud au cours des prochaines années, pour la première fois en un siècle (disparition officielle en 1922), ce qui est bien le moins, pour le pays au Monde dont la culture du tigre est à la fois la plus dense et la plus endogène.
Par ailleurs, les premiers résultats de la reconstruction de mammouths par clônage dvraient être connus en 2016 (travaux d'une équipe japonaise
épaulée par des spécialistes russes des mammouths, et des spécialistes américains des éléphants). Des
perspectives pour Sergeï Zimov, qui compte,t associer tigres des neiges et mammouths dans la station Cherskii de la République de Sakha.
EPOPEE DE LA LUMIERE
FIN DE CYCLE
Désarroi profond des peuples en Europe et Russie. Et "fatigue" évidente vis à vis de dirigeants frappés de dyslexie face à une réalité qui échappe à leur univers mental. Méconnaissance, confusion, insignifiance, inconsistance.
La frilosité apeurée prévaut, les deux entités s'ignorent (pour dire le moins).
Les outils institutionnels et sociaux conçus en Europe occidentale pour faire pièce à l'URSS ont périclité en même temps qu'elle. Leur décès n'étant pas reconnu en tant que tel, ils sont des fictions parasitaires d'indispensables choix politiques d'avenir.
La fin du communisme réel a aussi été celle de la social démocratie.
L'éclatement de l'URSS en 1991 a été fatal à l'Union européenne. Il a désactivé son projet fondateur, le même sur le plan institutionnel que celui de la social démocratie sur le plan socio - politique.
Celle - ci est devenue prison des peuples de facto un an plus tard (traité de Maastricht). Puis la coquille vide a enflé géographiquement, comme la grenouille de la fable. Elle s'impose, officiellement désormais, aux peuples d'Europe, à travers un système administratif de commandement tenu par une oligarchie techno - financière exogène (essentiellement anglo - saxonne) et ses relais locaux, non viable à court terme. Car celui - ci passe par une autre fiction parasitaire, le "couple franco - allemand" qui, n'ayant ni existence ni signification, est un "remède" pire que le mal qu'il prétend combattre. En effet, le salut ne viendra pas d'un tandem aux intérêts divergents, avec une France à fort tropisme euro - méditerranéen et maritime, et une Allemagne à vocation eurasienne et continentale, depuis le 12ème siècle.
Europe et Russie n'ont pas d'avenir sans un rapprochement véritable et une "alliance à chaux et à sable" comme disait Otto von Bismarck.
POUR UNE VERITABLE COMPLEMENTARITE EUROPEENNE
La complémentarité réelle passe par la mutualisation d'une puissance continentale germano - slave de 30 millions de km2 (possessions maritimes incluses) et une puissance maritime française de 12 millions de km2 (la France politique est constituée d'un volume de terres pour 11 volumes d'eau).
UNITE ORIGINELLE
Depuis des dizaines de milliers d'années (au moins), il y a continuum culturel de l'Atlantique à l'Oural et au delà. Celui - ci est particulièrement mis en évidence, lors du dernier épisode glaciaire (Valdaï récent), il y a 25 000 ans, de l'Aquitaine à la Russie (Lorblanchet M. 2011. Pech - Merle. Nouvelles interprétations. Archeologia 488, 38 - 46), et il y a 13 000 ans, de l'extrême - occident dans son ensemble à la Sibérie ((Bosinski G. 2011. Femmes sans tête. Une icône culturelle dans la fin de l'époque glaciaire. Ouvrage publié à l'occasion de l'exposition au Muséee des Eyzies - de - Tayac (juin - Septembre 2011).
Le Valdaï est un épisode clef dans l'histoire du Monde. Il est la matrice à la fois de l'ours et du loup blancs, du renard, de la perdrix et du lièvre variables, des populations humaines à peau, chevelure et cristallin clairs.
Il a forgé des comportements de chasseurs - apprivoiseurs de très grands animaux sauvages.
Il est la matrice de mythologèmes scytho - sibériens ultérieurs, la course préorphique du Cerf - Soleil et la libération des rivières aurorales, intimement liées à l'obsession d'une denrée rare et vitale, la LUMIERE.
Le perlégisol (permafrost) présent à l'Est du Continent, de l'Amour à l'Arctique, s'est constitué à cette époque, la région n'étant pas recouverte de glaces, contrairement à sa partie occidentale.
Le retrait des glaces a libéré d'immenses prairies, en Amérique septentrionale et méridionale, et bien sûr en Eurasie, de la Chine centrale à l'Autriche orientale. Les chasseurs du Valdaï deviennent pasteurs et guerriers dans ces espaces herbeux immenses, parsemés de myriades de lacs et traversés par des fleuves immenses, et entrent du même coup en compétition avec les tigres et léopards, primo - gestionnaires des troupeaux. Ceci a déterminé le cours de l'histoire eurasienne jusqu'au 17ème siècle.
LES GARDIANS DE LA VOLGA, INITIATEURS DE L'EPOPEE INDO - EUROPEENNE.
Entre Dniepr et Volga, au sixième millénaire avant notre ère, des apprivoiseurs de tarpans (chevaux sauvages) à grande échelle - les premiers au monde -, au corps massif, vont progressivement imposer leur langue et leur culture, par migrations successives, de l'Europe à l'Inde. On les retrouvera aussi au Tarim (Xin - Jiang chinois).
Les racines de l'épopée indo - européenne sont ici (Georges Sokoloff. 2011. Nos ancêtres les nomades. L'épopée indo européenne. Editions Fayard). L'époque du Valdaï en a été la matrice, le plateau du Valdaï (où Dniepr et Volga prennent leurs sources) en est le coeur.
UNE SEULE EUROPE. UN SEUL COEUR. MORT OU VAILLANT? DOMESTIQUE OU SAUVAGE?
Nous, pauvres bêtes domestiques, nous fûmes loups et tigres. L'instinct de survie nous commande la reconstitution d'un espace sociopolitique, de ses paysages et de sa faune originelle. En toute lucidité et toute vaillance.
Celà passe par la féralisation des âmes.
La bête férale : une créature domestique qui s'est libérée (comme les Scythes, qui ont volontairement abandonné l'horticulture sédentaire). Latin ferae. Substantif feritas : l'état de bête sauvage. Il a donné en français le mot FIERTE.
LA VERITABLE FORCE
TIGRE ET SAUMON. LE MYTHE PROCEDE DE LA REALITE.
Le dévoreur le plus effroyable est aussi (et surtout) le pourvoyeur le plus généreux. Il agit avec une claire préscience, et un grand esprit de méthode.
Un monstre aquatique et marbré. 1.
Une légende des Oudeghés (extrême - orient russe, province maritime - Primorye -) évoque l'EGOULE, monstre gigantesque et dévorant, recouvert d'une fourrure "et pareil à un tigre". Dans un conte, il met en pièces le bâteau du héros, parti pêcher sur la rivière Bikine, et qui se fait dévorer. Finalement, ce dernier parvient à sortir du ventre de la créature, tuer celle - ci, et se faire une tente avec ses os et sa peau. Le monstre mort devient alors abri protecteur, comme le mammouth l'était en Russie il y a 25000 ans (sites de Kostienki, Avdeevo...). Le culte de celui - ci était intimement lié à celui de la femme enceinte, fertile et généreuse (Lorblanchet 2011). Comme le sera, au début du Moyen - Âge, celui du tigre dans la cité de Tchernigov - aujourd'hui Tchernihiv, dans l'Ukraine actuelle - (source protégée, travaux universitaires en cours).
Dans la vallée de la rivière Bikine, de nombreux témoignages de chasseurs et pêcheurs mentionnent des cas de tigres, nageurs accomplis, qui sont montés sur leur bateau en pleine eau (Vaillant 2011).
Le monstre marbré terrestre est aussi un prédateur aquatique.
Le guerrier de l'ombre
Le tigre combattant défend son territoire et ses prérogatives politiques avec détermination face aux activités humaines quand celles ci prennent un caractère invasif et parasitaire ( Baïkov 1938, faits répertoriés au cours de l'installation d'une ligne de chemin de fer). Les cosaques durent protéger les ouvriers pendant les travaux (Planhol 2004). Certains de ces derniers furent tirés de leur lit avant d'être dévorés (Vaillant 2011), ce qui évoque des faits similaires concernant des lions, dans un contexte homologue, au Kenya en 1896 ( Mémoires de Jim Patterson, le directeur du chantier: "L'ombre et la proie", dont s'est inspiré Stephen Hopkins, pour un film, en 1996, avec Mickaël Douglas et Val Kilmer). L'impact psychologique de l'évidence et des conséquences de "l'humanité" de l'animal en de telles circonstances a une résonance très profonde et durable (voir sur ce blog : "Quand un guerrier se lève", 13 Novembre 2011).
Des décennies auparavant (1867) des orpailleurs chinois, intrus perturbateurs dans l'écosystème de la Bikine, payèrent un lourd tribut (21 morts et 6 blessés) aux tigres (dans Vaillant 2011). En 1891, on compta encore 18 victimes dans un seul village près de la frontière coréenne. Les tigres pénétrèrent dans les huttes pour s'emparer de leurs proies (Planhol 2004).
Des phénomènes comparables se sont aussi produits dans des régions d'Asie méridionale. Le cas de la véritable guerre des tigres et envahisseurs anglais pour le contrôle de Singapour et de ses îlots environnants est particulièrement impressionnant et symptômatique. Commencé à la fin du 19ème siècle, le conflit dura plus de 50 ans, jusqu'à l'éradication totale des félins (Planhol 2004). A l'inverse, en Indonésie, l'opposition résolue des tigres et des éléphants, au début du 21ème siècle, aux activités humaines perturbatrices, a amené des révisions stratégiques chez les managers de l'industrie papetière (voir sur ce blog : "La résistance a payé", 13 Juillet 2010).
Un monstre aquatique et marbré. 2.
Officiellement, la plus grande truite d'Europe est la truite marbrée. Merveilleux animal irisé qui éclabousse la couverture du somptueux livre de l'aquarelliste James Prosek ("Le bel inventaire des truites, 2003), elle peut dépasser 20kgs dans les Alpes slovènes, approcher les 30kgs dans la Moraca au Montenegro, et même les atteindre dans une zone très voisine (rivière Neretva, en Bosnie). En Slovénie, la visite d'un individu de 22,7 kgs exposé dans l'hôtel du village de Kobarid sur la Soca, procède du pélerinage.
Le plus gros salmonidé du Monde est peut être le Hucho taïmen de Mongolie, qui peut excéder 90 kgs.
Un autre huchon, la truite de Sakhaline, normalement beaucoup plus petite, peut atteindre, dans certaines circonstances, des proportions encore plus impressionnantes. Selon le Red Book du Primorye (mis en ligne sur le site du Phoenix Fund le 25 Octobre 2011), un individu de 160 kgs pour une longueur de près de 3 mètres a été répertorié.
Depuis des siècles, les riverains du lac Hanas, dans le Xin Jiang chinois, évoquent l'existence de poissons monstrueux, qui dévorent chevaux, yacks et moutons.
En 1985, des étudiants y auraient observés des poissons rouges gigantesques longs de 10 à 15 mètres pour une masse supérieure à 4 tonnes, selon leurs estimations.
Pour les chercheurs, ces créatures sont vraisemblablement des taïmen ayant dérivé, dans cet isolat écologique privilégié, vers un gigantisme hyperthélique.
Le lac Kanas est situé dans une zone proche d'un véritable carrefour de frontières, avec la Russie au Nord, le Kazakhstan à l'Ouest, et la Mongolie à l'Est.
Selon une légende mongole, un taïmen gigantesque pris dans les glaces aurait permis aux bergers de ne pas mourir de faim pendant un hiver particulièrement rigoureux, ceux ci se nourrissant à même la bête, en détachant et consommant régulièrement des morceaux de chair de celles - ci.
Le printemps venu, libéré de sa gangue glacée, le poisson grimpa sur le sol où il traqua et dévora tous ceux qui avaient porté atteinte à sa substance biologique.
Le monstre marbré aquatique est aussi un prédateur terrestre.
Le mythe procède de la réalité, le tigre procède du saumon et le saumon procède du
tigre. L'un comme l'autre protègent et enrichissent à la fois la rivière et la forêt, quand ils sont vivants et après leur mort.
Le tsar poisson est un tigre - saumon. Un Homme, simplement (page blog 13 Novembre "Quand un guerrier se lève").
James prosek évoque une scupture de son ami François Calmejane : "Le grand bécard vainqueur" (le grand saumon mâle triomphant, "bécard" à la mâchoire tordue et dentée lorsqu'il parvient au terme de son voyage montagnard). L'objet est constitué notamment de la gueule d'un authentique saumon de la Baltique, d'un sabre scythe, de vieux leurres et moulinets, un réservoir de motocyclette française et de copeaux d'usinage.
Au cours de sa remontée sur les frayères, le grand bécard a avalé tous les leurres des pêcheurs, cassé leurs lignes et maudit l'ingéniosité de l'homme (Prosek 2003).
LE MYTHE EST UNE FORME DE VIE (Michel Le Guevel 1998).
Sources principales :
Baïkov N. 1938. Le Grand Van. Histoire d'un tigre de Mandchourie. Editions
Payot.
Le Guevel M. 1998. Le mythe de Novgorod et l'illusion eurasienne. Slovo (Revue du CERES, Centre d'Etudes Russes, Eurasiennes et Sibériennes, à l'INALCO), vol. 20 / 21, pages 151 - 166.
Lorblanchet M. 2011. Pech - Merle. Nouvelles interprétations. Archeologia, vol. 488,
38 - 46.
Planhol X de. 2004. Le paysage animal. L'homme et la grande Faune. Une zoogéographie
historique. Editions Fayard.
Prosek J. 2003. Le bel inventaire des truites. Editions Aubanel.
Vaillant J. 2011. Le tigre. Une histoire de survie dans la taïga. Editions Noir sur
Blanc.