LE CHAT ET LA SOURIS
Les orques salmonophages de la côte californienne ont pris l'habitude de jouer avec de jeunes marsouins d'au moins deux espèces marsouin commun et marsouin de Dall), qui ont à peu près la taille du saumon royal adulte, leur proie préférentielle (celui-ci peut mesurer 1,50m pour une masse de 60kgs). Si le marsouin meurt pendant ce jeu un peu trop rugueux, il n'est pas consommé. Entre 1962 et 2020, ce comportement mal compris a été observé 78 fois, aussi bien par les cétacés adultes que les jeunes, des deux sexes. La mort du marsouin sollicité est intervenue à 28 reprises. On ne sait trop s'il s'agit de mimer une pratique de chasse, un jeu social où le marsouin serait sollicité pour sa participation et qui tourne au harcèlement, un comportement "maternel" anomalique, le marsouin étant perçu comme un être faible à protéger, fût-ce maladroitement, ou tout autre motif... Voir le détail dans l’étude sur le sujet publiée dans Marine Mammal Science avant-hier, et le résumé de Justin Cox mis en ligne le même jour sur le site de Université de Californie.
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/mms.13073
Ci-dessous, représentations respectives du saumon royal, proie préférentielle des orques piscivores californiennes et du marsouin commun, impliqué dans 56 des interactions observées au cours des 60 dernières années, suivies des photographies d'un groupe d'orques piscivores californiennes, et de 2 scènes de "harcèlement".
/image%2F0554765%2F20230930%2Fob_3c23a9_saumon-royal.jpg)
/image%2F0554765%2F20230930%2Fob_1a446f_marsouin-commun.jpg)
/image%2F0554765%2F20230930%2Fob_2b3605_southern-resident.jpg)
/image%2F0554765%2F20230930%2Fob_e24768_sr-and-young-porpoise.jpg)
/image%2F0554765%2F20230930%2Fob_593b6b_sr-porpoise-2.jpg)
UNE RENCONTRE
ON NE CONNAÎT JAMAIS VRAIMENT LES GENS. Un chien errant indien a connu une expérience singulière il y a quelques mois. Poursuivi par une meute de chiens féraux (chiens domestiques retournés à l'état sauvage où ils constituent des groupes sociaux autonomes), il s'était jeté dans la rivière Savitri (Mahad, dans l'Etat du Maharashtra) pour leur échapper. Mais il fut bientôt entouré par 3 crocodiles des marais (Crocodylus palustris). Deux d'entre eux ont guidé le chien avec leur museau jusqu'à une rive très éloignée de celle où les canidés en chasse attendaient leur victime. L'observation précise et continue de ces évènements a fait l'objet d'une publication le 28 août dernier dans un numéro de la Revue Scientifique "Journal of threatened Taxa" dédié à différents aspects méconnus du comportement de ces sauriens dans cette rivière (pêche coopérative, utilisation de leurres, attirance pour les oeillets d'Inde jaunes et orangés*...) Les auteurs constatent que les capacités d'empathie chez les crocodiles étaient jusque là ignorées, probablement du fait de la voussure culturelle solidement établie depuis des siècles chez les herpétologues.
https://threatenedtaxa.org/index.php/JoTT/article/view/8551
Rachael Bunyan a proposé un résumé circonstancié et illustré de ces évènements, mis en ligne hier sur le site du Daily Mail.
* Concernant particulièrement ce dernier aspect, voir l'article de Rahul Karmakar mis en ligne le 4 septembre sur le site du journal "The Hindu", et celui mis en ligne le même jour sur le site de la Union Public Service Commission Padhai.
https://upscpadhai.in/archives/2023/09/crocodiles-surprising-affinity-marigold-flowers/
LIGNE DE FUITE
Depuis 2017 (et sans doute avant) un groupe d'orques s'est spécialisé dans la dévoration du foie des grands requins blancs au large des côtes occidentales d'Afrique du Sud, dans l'océan Atlantique, entraînant un déclin des populations de ceux-ci.
/image%2F0554765%2F20230922%2Fob_a0ca58_sans-foie-ni-loi.jpg)
Ces derniers temps, les grands blancs n'étaient tout simplement plus observés du tout dans la région, induisant chez certains scientifiques la crainte qu'ils soient tous morts. La structure biocoenotique du secteur s'est modifiée, avec l'apparition, notamment, d'autres espèces de requins. De fait, les grands blancs n'ont pas attendu passivement la mort, mais ont fui la région, dans une vaste migration les menant dans l'océan Indien, au large des côtes orientales d'Afrique australe, via le Cap de Bonne Espérance... Jamais un si grand nombre d'entre eux n'avait été observé dans le passé au large des côtes du Kwazulu Natal... Voir le détail dans l'article de David Shiffman mis en ligne hier sur le site de Hakai Magazine.
https://hakaimagazine.com/news/south-africas-missing-sharks-have-been-found/
LA CHALEUR DU FOYER
LUEURS DISPARUES. Les tigrologues russes comparent la dispersion des grands félins lancéolés amouriens aux étincelles d'un foyer, voletant ici ou là, qui s'éteignent la plupart du temps une fois posées dans la mousse, ou qui, parfois, déclenchent un foyer secondaire... Ceci vaut; à plus vaste échelle, pour l'espèce dans son entièreté dans toute la durée de son Histoire. Ainsi (pour n'évoquer que l'Histoire la plus récente de l'animal, ne sachant rien du comportement de celle-ci lors de périodes plus anciennes, comme la glaciation de Riss puis l'interglaciaire Eemien...), lors du déclin faunique intervenu dans les premiers temps du dernier grand épisode glaciaire, le foyer chinois s'est morcelé en 2 parties, orientale et occidentale.
CHINE DU SUD-OUEST, JAPON : LE TOMBEAU DES LUCIOLES. Deux refuges putatifs semblent avoir recueilli des groupes isolés, constituant des foyers autonomes, qui ont fini par se consumer et s'éteindre lors d'une phase plus tardive de l'épisode glaciaire, au Japon d'une part, et dans les montagnes de Chine occidentale* d'autre part.
DISPERSION SEPTENTRIONALE. Le foyer de Chine orientale a pu, quant à lui, envoyer des étincelles vers le Nord, dont certaines, après plus d'une tentative, ont fondé le foyer amourien.
LES RACINES DE PANTHERA TIGRIS EUROPAEA. C'est une (ou plusieurs) étincelle(s) amouriennes qui ont fondé le foyer caspien, beaucoup plus à l'ouest, probablement lors de l'optimum néolithique humide. Dans les millénaires qui ont suivi, ce foyer semble avoir bénéficié d'apports méridionaux, en provenance d'Inde via le Moyen-Orient.
/image%2F0554765%2F20230919%2Fob_e29e13_tiger-secret-homes.png)
Voir le détail dans l'étude publiée le 31 août dernier pour la revue Nature Ecology & Evolution, et son résumé mis en ligne hier sur le site du Centre Alekseeva (Primorsky Krai) pour la réhabilitation et la Réintroduction du Tigre de l'Amour.
https://www.biosoil.ru/files/publications/26a6b876-e3bb-4c44-bedf-3d71f853611a.pdf
https://amur-tiger.ru/news/pasport-drevnego-tigra-sostavila-mejdunarodnaya-gruppa-uchenyih-1126
Le foyer européen a pu alors apparaître lors de l'optimum médiéval à partir d'étincelles moyen-orientales, caucasiennes et hyrcaniennes, constituant de micropopulations dnépriennes, voire danubiennes. En résorption par la suite, il a pu maintenir quelques flammèches dans certains secteurs cisvolgaïques jusqu'au début du XVIème siècle, à tout le moins... Aujourd'hui, la vigueur croissante du foyer amourien, couplée à ce que les russes nomment "la Diplomatie du Tigre", laisse augurer l'envol d'autres étincelles, dans le cadre d'une forme de "panspermie dirigée"...
* Les montagnes du Sud-Ouest de la Chine ont une superficie de plus de 260 000kms2, couvrant l'actuel Xinan oriental, mais aussi le nord de la Birmanie.
/image%2F0554765%2F20230919%2Fob_21225f_monts-hengduan.jpg)
Elles sont constituées par les monts Hengduan. Leur sommet le plus élevé culmine à 7556m d'altitude. Il s'agit du Minya Konka.
/image%2F0554765%2F20230919%2Fob_1c98d7_minya-konka.jpg)
Le dernier foyer de tigres en Chine occidentale est issu, quant à lui, du foyer caspien, et a survécu dans une autre région, située à l'extrême Nord-Ouest du pays (contreforts de l'Altaï chinois), au moins jusque dans les années 1930. Voir le détail sur le sujet dans l'article mis en ligne sur le présent blog le 14 avril dernier :
https://europe-tigre.over-blog.com/2023/04/il-y-a-un-temps-pour-la-guerre.html
LE TIGRE DES MARAIS REFAIT SURFACE
Au Bangladesh, les tigres des mangroves Sundarbans (delta du Gange) avaient connu un vertigineux déclin en une décennie (effectifs estimés à 440 en 2004, 106 en 2015). Après une série de mesures de protection, le nombre s'était stabilisé (114 en 2018). Les premières données d'un recensement effectué au printemps 2023 semblent indiquer une hausse significative de la présence tigréenne , de même que des espèces proies telles que le cerf axis (qui représente 80% des proies, et dont les effectifs sont passés de 80 000 dans les années 1980 à 140 000 aujourd'hui), le sanglier (de 28 000 à 45 000) ou des singes... Au cours des 5 dernières années, aucun conflit entre le grand félin et des communautés humaines n'a été répertorié, contrairement aux 20 années précédentes. Des tigres ont été photographiés dans des zones où ils n'avaient encore jamais été répertoriés...
/image%2F0554765%2F20230912%2Fob_d661ae_bang-tiger.jpg)
La finalisation du recensement sera effectuée en avril prochain et les résultats rendus public le 29 juillet 2024. Voir le détail dans l'article de Mohammad Al-Masum Molla mis en ligne hier sur le site de Mongabay.
TIGRE DE L'AMOUR, ACTUALISATION
Hier, premier jour du Forum économique oriental qui se tient à Vladivostok jusqu'à mercredi (13 septembre), Sergei Aramilev, Directeur du Centre de Réhabilitation et de Réintroduction du Tigre de l'Amour, a donné dans ce cadre une conférence actualisant les données sur différents aspects concernant grands félins et riverains en Russie du Sud-Est et Chine du Nord-Est. Il a rappelé qu'au cours des 10 dernières années, il a été possible de créer un système durable de protection de la faune et d'augmenter le nombre de tigres de l'Amour. En outre, la Russie est devenue un leader mondial en matière de retour d’animaux dans la nature. « Les tigres de l'Amour sont une sorte d'indicateur de l'état de la nature en Extrême-Orient. Leur habitat couvre les territoires de Primorsky et de Khabarovsk, des régions autonome juive (Birobidjan) et de l'Amour. Leur présence indique une situation environnementale favorable et ils sont assez faciles à compter. À l’heure actuelle, le nombre de ces prédateurs dans le pays dépasse les 750 individus », a déclaré l’orateur. Sergueï Aramilev a également déclaré qu'environ 30 à 40 tigres de l'Amour se déplacent entre les territoires de la Russie et de la Chine et que pour eux, les deux pays constituent une maison commune. Si auparavant on pensait que le fleuve Amour n'était pas traversé par les félins, grâce à des systèmes de surveillance modernes, il a été possible d'établir que les prédateurs peuvent facilement surmonter 600 mètres d'eau froide de montagne. L'orateur a souligné que la qualité de l'habitat s'est considérablement améliorée en RPC, des conditions confortables ont été créées, grâce auxquelles les tigres vivent sur ce territoire pendant plusieurs mois puis retournent en Russie.
Ceci étant, la probabilité que les touristes voient un tigre de l'Amour à l'état sauvage est faible : les animaux se comportent avec une extrême prudence et même les professionnels qui les étudient peuvent ne pas les voir avant des années. Dans le même temps, les tigres de l'Amour, comme les léopards d'Extrême-Orient, peuvent être qualifiés de plutôt pacifiques : ils n'attaquent pas les gens , mais lorsqu'ils les rencontrent, il est important de suivre quelques règles. Il n'est pas recommandé de paniquer ou de s'enfuir, ou de les regarder dans les yeux. Une tentative d'emporter de la nourriture ou de montrer de l'attention aux petits peut également provoquer une attaque. De plus, un tigre blessé peut constituer un danger. Il convient également de noter que les conducteurs qui empruntent des routes qui traversent des forêts, des réserves naturelles et des parcs doivent prêter une attention particulière à la route : des tigres, des ours et des cerfs peuvent se trouver sur leur chemin à tout moment. De plus, étant donné la taille du tigre de l'Amour il est possible d'éviter une collision en respectant la limite de vitesse. Dans les territoires de Primorsky et de Khabarovsk, il existe des groupes spéciaux chargés de résoudre les situations de conflit lorsque des prédateurs apparaissent dans les colonies. Ils sont bien équipés, suivent constamment des formations et des cours de perfectionnement. Un système d'assurance contre les dommages causés par les tigres a été mis en place, grâce auquel les propriétaires ayant perdu du bétail ou d'autres animaux domestiques peuvent recevoir une compensation. Voir le détail dans le Compte Rendu de la Conférence résumé et mis en ligne hier sur le site du Centre Alekseeva (Primorsky Krai) de Réhabilitation et de Réintroduction du Tigre de l'Amour.
De plus, un système de reconnaissance numérique des félins au niveau individuel va être développé; en lien avec la Sberbank*, afin d'enregistrer plus efficacement et précisément le niveau et l'évolution quantitative et structurelle de la population tigréenne (mises à jour fines prévues chaque année). Les premières phases de ce système reposent sur la cartographie de motifs particulier à chaque individu (agencement des stries et lancéoles, particularités de certaines d'entre elles). Pour l'heure, on ne dispose que d'estimations approximatives (moins, il est vrai, qu'au début de ce siècle). On peut simplement avancer que les effectifs sont supérieurs à 750, dont au moins 150 tigreaux et tigrelles... Voir le détail dans l'article mis en ligne ce jour sur le site du Centre Alekseeva (Primorsky Krai) de Réhabilitation et de Réintroduction du Tigre de l'Amour.
* Celle-ci est également impliquée, d'ores et déjà, dans le soutien à la restauration forestière, à la préservation du cheval de Przewalski, des antilopes saïgas dans la région d'Astrakan, des bisons du parc national Orlovskoye Polesie (Extrême Ouest du pays)...
ESCALADE
Le conflit entre grands félins et communautés humaines dans le Nord-Est du Maharashtra, devenu pulvérulent au cours de la décennie 2010, semble encore s'intensifier. Entre 2019 et 2021, au moins 8 tigres sont morts après avoir consommé les corps d'animaux empoisonnés laissés à leur intention. Et au cours de ces 15 derniers jours, au moins 10 vaches sont mortes sous les crocs de félins lancéolés aux environs de Bhiwapur. De nombreux villages du secteur sont particulièrement exposés à ce type de prédation, et par réaction, à une exposition massive de corps empoisonnés... Voir le détail dans l'article de Vijay Pinjarkar (TNN) mis en ligne hier sur le site du Times of India.
Actualisation au 12 septembre. Plus au Sud (collines de Nilgiri, Tamil Nadu occidental), le propriétaire d'une vache a été arrêté le lundi 11 septembre, après le décès de 2 tigres le samedi 9. L'éleveur avait constaté une dizaine de jours auparavant la disparition de son animal, avant de retrouver son corps à proximité d'un barrage. Il avait alors aspergé copieusement celui-ci de pesticide... Voir le détail dans la dépêche d'Agence de Presse TNN mise en ligne sur le site du Times of India.
HORTICULTEURS ET PÂTRE...
Un enfant de 8 ans, Charan Nayak, a été tué par un tigre hier à 12h30, alors que ses parents récoltaient du piment sur leur propriété dans les environs de Mysore (Karnataka (Inde du Sud-Ouest), et qu'il les attendait, assis sur les sacs de récolte déjà remplis. Un peu plus d'une heure plus tard, son corps a été découvert dans une mare de sang à côté d'un buisson. Voir le détail dans l'article mis en ligne ce jour sur le site du Times of India.
HERBE VERTE, TIGRE NOIR
Dans le sanctuaire de vie sauvage de Debrigarh (proche de Bhubaneshwar, Odisha*), 300 à 400 hectares de prairie ont été ensemencés en essences autochtones ( environ 8 tonnes de graines de Dicanthium, Viteveria, Ischemum, Cynodon, Cloris, Heteropogon et bajra sauvage) à destination des sambars, cerfs axis et gaurs. Renforcer ces populations peut constituer une véritable pompe aspirante pour leur prédateur, le tigre. D'ores et déjà, la densité d'ongulés sauvages dans la région est passée de 29 individus au km2 l'an dernier à 46 au début de cet été. Voir le détail dans l'article de Riyan Ramanath V. mis en ligne ce jour sur le site du Times of India.
*L'Etat d'Odisha abrite encore une petite population (peut-être résiduelle), de grands félins pseudomélaniques "tigres noirs"... Deux "tigres noirs" de l'Odisha, le second avait été retrouvé mort le 1er mai dernier...
/image%2F0554765%2F20230903%2Fob_3e8aeb_pseudomelanic-tiger.jpg)
/image%2F0554765%2F20230903%2Fob_daf84a_dead-pseudomelanistic-tiger.jpg)
JOIES ET BENEFICES DE L'EOLIEN INDUSTRIEL
Au cours des 9 derniers mois, 62 grands cétacés sont décédés au large des côtes du Nord-Est des Etats-Unis (Block Island, à 13kms au sud de Rhode Island) du fait de l'activité éolienne de grande échelle. En rouge, Rhode IsIand & Block Island.
/image%2F0554765%2F20230903%2Fob_1bb9ad_rhode-block.png)
Cette région est notamment fréquentée par la baleine franche de l'Atlantique Nord, en déclin régulier depuis le début de ce siècle (effectifs actuels estimés à 340, le groupe de congénères des côtes européennes étant pour sa part considéré comme fonctionnellement éteint*). Une baleine franche de l'Atlantique Nord au large de Block Island.
/image%2F0554765%2F20230903%2Fob_73a82c_block-island-right-whale.jpg)
L'affaire fait du bruit, y compris au Congrès... Voir le détail dans l’article de Mike Parker mis en ligne hier sur le site de l’Express (UK).
https://www.express.co.uk/news/us/1808681/endangered-whales-killed-east-coast-windfarms
* https://georgiabiodiversity.org/profile/profile?group=None&es_id=17145