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RICOCHET ATMOSPHERIQUE

30 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

FRAPPE AERIENNE MAJUSCULE. Il y a aujourd'hui 117 ans, une explosion s'est produite à une altitude d'une dizaine de kilomètres au-dessus de la Sibérie centrale ( région de la rivière Toungouska Pierreuse* transouralienne et cisbaïkalique (affluent de la rive droite de l'Ienissei, au même titre que l'Angara au Sud et la Toungouska inférieure au Nord**), dans l'actuel kraï de Krasnoïarsk*** ). Celle-ci a été environ 1000 fois plus puissante que celle de la bombe d'Hiroshima, a détruit 60 millions d'arbres sur 2000kms2. Le souffle a fait des dégâts sur plus de 100kms, le bruit fut audible à 1500kms.

Parmi les nombreuses hypothèses proposées pour expliquer un tel évènement, il est possible qu'une météorite est rebondi sur l'atmosphère terrestre, ne laissant ainsi que peu ou pas de trace directe de son passage sur ou sous le sol... Le phénomène s'est produit tôt le matin du 30 juin 1908. Vers 7 heures, les habitants de Sibérie ont vu une boule d'une luminosité aveuglante traverser le ciel vers le nord-ouest. Des témoins ont raconté que ce qui se passait ressemblait à la chute d'un second Soleil. Puis il y eut une explosion assourdissante. 

L'onde de choc était si puissante qu'elle fut enregistrée par les observatoires météorologiques dans l'entièreté du continent eurasien, d'Irkoutsk à Kiel, en Allemagne. Le 30 juin, une expédition anglaise en Antarctique remarqua une aurore polaire inhabituelle, d'une puissance étonnante. Dans tout l'hémisphère nord, des témoins oculaires observèrent des phénomènes inhabituels : une lueur nocturne dans le ciel, des couronnes autour du Soleil et des nuages ​​argentés éclatants.

L'explication la plus fiable de la catastrophe de Toungouska a été présentée par des scientifiques plus de cent ans après l'incident. Des scientifiques de l'Université fédérale de Sibérie ont suggéré qu'un gros corps spatial avait  pénétré dans l'atmosphère terrestre, mais que l'angle d'incidence était si faible qu'il avait été projeté dans l'espace. L'explication de ce phénomène est liée à l'action d'un rayonnement lumineux de forte intensité généré par la tête du bolide, dont la température de surface rayonnante dépassait 10 000 degrés à l'altitude minimale de vol. Voir le détail dans l’article d’Ivan Nekrassov mis en ligne ce jour sur le site d’URA News.

https://ura.news/news/1052956271

*  Cette qualification, "Pierreuse", vient du fait que le cours de cette rivière est souterrain à certains endroits, enfoui sous des masses caillouteuses.

** :

*** La région est investie par les russes au XVIème siècle. Les slaves sédentaires, libérés du joug mongol, se ruent vers l'Est. Le Lion agriculteur et bâtisseur (blason de Krasnoïarsk) triomphe du Tigre nomade.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/06/le-tigre-suit-l-homme.html

 

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CELUI QUE JE REGARDE...

29 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Ceci fait suite à « Tropical Recovery » mis en ligne le 20 juin dernier.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/06/tropical-recovery.html

Avant-hier soir, à la nuit tombée, une équipe de chercheurs travaillant dans le complexe forestier riche en grands félins du Nord-Ouest de la Thailande, ont soudainement compris qu'un tigre discret les observait. Tout s'est déroulé en à peine 5 secondes...

Voir le détail dans l’article mis en ligne hier sur le site du Bangkok Post.

https://www.bangkokpost.com/thailand/general/3059766/tiger-silently-watches-thai-researchers-in-rare-encounter

 

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FAMILLE DETRUITE

28 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Dans le Karnataka (Inde du Sud-Ouest), une tigresse et ses 4 enfants sont morts, probablement empoisonnés. Leurs corps ont été découverts avant-hier. La tigresse avait tué une vache quelques jours auparavant. Le corps d'une autre vache a vraisemblablement été empoisonné intentionnellement par la suite, détruisant la famille entière. Les relations entre communautés humaines et grands félins sont toujours aléatoires, l'expansion du territoire des premières au détriment des seconds provoquant une croissance des situations conflictuelles. Au cours des 10 dernières années, en Inde, 600 êtres humains ont été tués par des tigres. Voir le détail dans l'article mis en ligne hier sur le site de Channel News Asia.

https://www.channelnewsasia.com/asia/india-investigates-unnatural-death-five-tigers-5207066

La mère était âgée de 8 ans, et ses enfants, de 8 à 10 mois. Il est confirmé que le poison est bien la cause de leur décès. Six personnes (dont le propriétaire de la vache attaquée par la tigresse) ont été arrêtés hier soir. Une crémation des corps des félins a été effectuée.

 Voir le détail dans l’article de Covercooly Indresh mis en ligne ce jour sur le site du Hindustan Times.

 

https://www.hindustantimes.com/india-news/six-held-for-the-deaths-of-8-year-old-tiger-4-cubs-101751059016535.html

 

  

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L'ESPACE, VITAL.

26 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Cet article a été actualisé au 27 juin. Voir référence en fin d'article.

La réserve de Tadoba Andhari, dans l'Etat du Maharashtra (Inde  centrale) compte une densité tigréenne en croissance de 30% en une décennie, et une hausse de la population de léopards de 60% en 5 ans. La zone tampon (qui se définit comme une couronne entourant la réserve) est utilisée par 3 fois plus de tigres qu'il y a 10 ans... Voir l’article d’Abhishek Choudhari mis en ligne hier sur le site du Times of India.

https://timesofindia.indiatimes.com/city/nagpur/tatr-tiger-density-rose-30-in-decade-buffer-occupancy-tripled/articleshow/122054034.cms

Et dans le Jarkhand (Inde du Nord Est), un tigre migrateur s'est installé pendant une demi-journée dans la chambre d'une maison où vit un père et ses 3 filles, en la présence de ceux-ci... Voir la dépêche de l’agence de presse TNN mise en ligne ce jour sur le site du Times of India, ainsi que l'article d' ASRP Mukesh et Krishnendu Mukherjee pour la même agence, mis en ligne le 27 juin.

https://timesofindia.indiatimes.com/city/kolkata/tiger-in-my-room-family-wakes-up-to-striped-guest/articleshow/122077305.cms

https://timesofindia.indiatimes.com/india/family-wakes-up-to-surprise-visitor-in-bedroom-a-tiger/articleshow/122080630.cms

 

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TROPICAL RECOVERY

20 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Celui que je regarde*...

Dans une Asie du Sud-Est où le tigre est en sévère déclin (populations à peu près inexistantes au Vietnam, Cambodge, Laos, en recul aussi bien en Birmanie (où il n'en reste peut être que 23), qu'en Malaisie et Indonésie), le Nord-Ouest de la Thaïlande fait figure d'exception.  Le complexe forestier de cette région abritait environ 40 grands félins en 2007, et approximativement 5 fois plus l'an dernier (entre 179 et 223). Voir le détail dans l’article mis en ligne ce jour sur le site du Bangkok Post.

https://www.bangkokpost.com/thailand/general/3053917/thailand-credits-prey-releases-for-extraordinary-tiger-recovery

* Dans le film thaïlandais "Tropical Malady" (Sud pralad), réalisé par Apichatpong Weerasethakul (sorti le 8 mai 2004), l'un des 2 personnages principaux (qui forment un couple symbiotique) se transforme en tigre. Son amoureux le recherche dans la jungle, et finit par le rencontrer en face à face sous son apparence féline. L'homme pense alors : "Celui que je regarde, c'est moi-même".

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AMICALEMENT VÔTRE

20 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Des dauphins à flancs blancs du Pacifique (Lagenorhynchus obliquidens) et des marsouins de Dall (Phocoenoides dalli) recherchent la compagnie d'orques épaulards consommateurs de saumons au large de la Colombie Britannique. Ils jouent parfois avec les jeunes orques. Pour les dauphins et les marsouins, cette proximité semble constituer, entre autres aspects, une forme d'assurance-vie face à d'autres orques, prédatrices de mammifères marins, dont les groupes sont moins importants que ceux des ichtyophages, et qui ont tendance à éviter ces derniers. Voir le détail dans l’article circonstancié de Joshua Rapp Learn, mis en ligne avant-hier sur le site du National Geographic.

https://www.nationalgeographic.com/animals/article/dolphins-killer-whales

 

 

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TABLEAU ET SILLAGE. LE TEMPS DU RÊVE SCYTHO-SLAVE.

11 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Ceci fait suite à « Tigre européen, Actualisation. 4 » et « Le Tigre suit l’Homme », respectivement mis en ligne le 31 mars et le 1er juin derniers.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/03/tigre-europeen-actualisation.4.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/06/le-tigre-suit-l-homme.html

En hommage reconnaissant à Lyuty. Décédé le 18 avril 2012. Счастливого пути, дикий зверь. Мы победим. (Da Svydania, lyuty Zver. Pobedim/Bon voyage, bête féroce. Nous vaincrons).

CULTURE DU TIGRE EN RUSSIE : Un grand fantôme encapuchonné. La rencontre entre le Monomaque et la bête féroce des roselières n'est qu'un moment de visibilité (écume)  d'une culture essentiellement orale remontant à des millénaires et sans cesse réactivée dans l'histoire prérusse, russe ancienne et récente (eaux profondes), persillée d'indices littéraires et institutionnels. L’espace russe héberge historiquement une population peu nombreuse (qui ne dépassera la population française qu’au milieu de la décennie 1780), évoluant largement dans un environnement forestier, steppique et marécageux, et qui y voit beaucoup de choses, révélées seulement par bribes, presque par hasard...

Aride post néolithique. Peuples de la steppe. Du néolithique aux derniers siècles du 1er millénaire avant J.-C., la civilisation du cheval s’affirme dans la grande steppe herbeuse étirée de l’Europe orientale et la Russie du sud à la Mandchourie (qui nécessite une refonte de la notion d »Asie centrale », comme le montre Jacques Legrand), dans une cohabitation avec le tigre de nature très différente de celle établie par les horticulteurs sédentaires  (voir pour le détail « Tigres et hommes au coeur du Monde, ou : La mère biologique de la culture ouest européenne du Tigre », mis en ligne le 15 avril dernier).

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/04/tigre-europeen-actualisation.6bis.html

Âge du fer. Scythes et Slaves.

Les Scythes d’Europe dominent une large portion occidentale de cet espace entre le VIIème et le IIIème siècle avant J.-C., laissant les marais à la culture polésienne de Milohrady (Voir l’ouvrage de Iaroslav Lebedynsky sur le sujet publié aux Editions Errance en 2010). Par la suite (à la fin de l’âge du fer), des Slaves, originaires de régions plus occidentales, s’installent dans « la Mésopotamie bougo-pripeto-dnieprienne » (François Cornillot), secteur précisément défini par Vladimir Heptner comme domaine d’extension du tigre au Moyen-Âge (qui a réalisé une carte à ce sujet), et vers le nord-est jusqu’à la haute Volga. La présence des grands félins est encore signalée dans les vallées du Dniepr et de la Volga plus d’un millénaire après l’installation des « Slaves orientaux », au début du XVIème siècle (John Vaillant, Le Tigre, 2010, pages 127-128).


 

 

 

Le Temps du Rêve* scytho-slave.

François Cornillot (dans cinq articles robustes publiés dans la revue Slovo de 1994 à 2000) montre le continuum mythologique entre scythes et slaves, qui s’inscrit dans un cadre géographique précis.

https://www.persee.fr/authority/39796

Avec le Caucase comme véritable clef-de-voûte de la Crimée à la forêt hyrcanienne au sud de la mer Caspienne, le récit s’organise autour d’un immense cheval blanc à la crinière de feu et aux oreilles dorées, draconicide libérateur des eaux (créateur du détroit de Kertch qui offre le passage à un esturgeon divin, Kara, véritable "baleine d'eau douce en armure"). Ces linéaments mythologiques irriguent les contes populaires russes répertoriés par Alexandre Afanassiev et Piotr Erchov, à travers des figures successives et interchangeables « en poupée russe » (un brochet « aux ailes d’or », une « baleine-poisson » (div morskoj) :

des draconicides humains (« Ivan fils de la vache », émanant du brochet et de l’esturgeon, puis Saint Georges…). Jadis, des esturgeons géants atteignant parfois 5 à 7m, une masse de 1,5t, voire exceptionnellement 9m et 2t, selon des données non confirmées (Kozhin N. I. Ordre des Acipenseriformes (Esturgeon-like ) // Life of Animals. Vol. 4, partie 1. 1971. Pp. 101-109) et une espérance de vie potentielle d'au moins 150 ans (Huso huso) remontaient le delta de l'Azov dans la rivière Kouban, nommée par les grecs anciens "ANTIKITES" ("La Rivière aux esturgeons"), qui prend sa source près du mont Elbrouz, sommet le plus élevé du Caucase et d'Europe...

https://kubanpress.ru/news/2025-05-23/kak-i-kogda-v-reke-kuban-lovili-gigantskogo-osetra-5397010

Et plus au Nord, dans le lac Ladoga (plus grand lac d'Europe), il existait même une populations résidente d'esturgeons d'eau douce, de l'espèce Acipenser sturio (esturgeon de l'Atlantique). Certains d'entre eux excédaient 3m de long et 300kgs...

 http://histfishing.ru/biblio/populyarnye-zametki-iitarasova/tarasov-i.i.-kak-v-srednevekovoj-ladoge-osetrov-lovili.html

Une vue du lac. L' îlot évoque la baleine du conte d'Erchov...

Armoiries de la ville de Baltiisk (oblast de Kaliningrad) :

Plus à l'Est, sur le cours inférieur de l'Ob (Sibérie du Sud-Ouest), un conte étiologique du peuple khanty évoque un esturgeon immense à l'armure d'acier, qui soulève avec sa queue des vagues gigantesques parcourant des milliers de kilomètres jusqu'à l' estuaire du grand fleuve, en mer de Barents, dans l'océan glacial arctique... 

RESOLUTEUR INDOMPTABLE... Le cheval blanc solaire victorieux remonte aux cultures iranienne et indienne les plus anciennes connues (en ajout aux travaux de Cornillot, voir les pages inoubliables que lui consacre Roberto Calasso dans « Ka », une prodigieuse relecture du Mahabharata). Dans le contexte hyrcano-caucasien, de qui est-il l’image?

BEHEMOTH DU NORD … Le folklore russe évoque un monstre bienfaiteur, roi des animaux, qui vit dans « la Montagne Sacrée » où personne ne peut aller. Il a plusieurs dénominatifs, dont le plus fréquent est Indrik (appelé aussi, parfois, Indra, Beloiandrikh, Kondryk, Edinrog,  Edinor). Il est la Force de Vérité et de Droiture. Il combat « les lions » , creuse des puits avec son immense corne frontale et sauve le monde de la sécheresse . Russell (J.R). 2009. From zoroastrian Cosmology and Armenian Heresiology to Russian Novel, 141 – 208, in : Allison (A), Joristen – Pruschke (A), Wentland (A). From Daëna to Dîn : Religion, Kultur und Sprache in der iranischen Welt. Festschrift für Philip Kezenbroek zum 60. Geburtstag. Wiesbaden : Harassowitz. Il est décrit comme un taureau gigantesque. Sa tête évoque celle d’un cheval, munie de grandes cornes.  Indrik est probablement en lien avec la survie tardive de l'Elasmotherium et/ou du rhinocéros des prairies (Planhol 2004, Le paysage animal, pages 761-762). Ibn Fadlan témoigne de sa présence dans la vallée de la Volga dans les premières décennies du Xème siècle, et de ses aptitudes face au cavalier qui le chasse, comparables à celle de la « bête féroce » tigréenne contre le Monomaque (Voyage chez les Bulgares de la Volga , trad. Marius Canard, (1988, rééd. 1999), éd. Sindbad, Paris, 130 p.)… RHINOCEROS INDOMITUS. L’animal pourrait aussi bien être un survivant tardif d’Elasmotherium (le rhinocéros « à bosse » comparable à celle d’un bison, présent, pour la partie occidentale de sa distribution, aussi bien sur les côtes de la mer d’Azov que dans la région de la Volga, et qui a peut être laissé des trâces dans les légendes des Evenks sous la forme d’un taureau noir doté d’une corne frontale unique ) que de rhinocéros des prairies (immortalisé, par exemple, sur les parois de la grotte de Lascaux).

Ceci tend à renforcer encore les traits illustratifs du bandeau forestier hyrcanien comme conservatoire de formes anciennes et diffuseur de celles-ci lors d’époques climatiquement opportunes.

Concernant des évènements de la fin du XIème siècle, Nestor, dans son ouvrage «Vie de saint Théodose des Grottes », évoque le harcèlement d’un moine (Tcherny de son patronyme originel, Isaac de son nomen sacrum) par des créatures démoniaques, dont une « bête féroce », qui rôde dans les collines de Boldiny, aux environs de Tchernigov. Vladimir Monomaque, dans les marais de Polésie du même secteur, affronte un tigre dans ce qui apparaît à l’oeil naturaliste comme une compétition entre prédateurs.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/03/tigre-europeen-actualisation.4.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/05/une-grande-patte-de-tigre-secourable.html

"La Bête de Tchernigov", bas-relief de ka cathédrale St Boris & St Gleb à Tchernigov (construite de 1120 à 1123).

https://day.kyiv.ua/ru/article/istoriya-i-ya/chernigovskiy-zver

Cette "Bête de Tchernigov » est une véritable clef-de-voûte conceptuelle d'une cathédrale culturelle allant des scythes d'Europe (VII-IIIème siècles av. J-C), l'assimilation des Perses au tigres par les romains (IIIème siècle), l'incident de chasse du Monomaque et la Chronique de Nestor (qqs années avant l'érection de la cathédrale), l'assimilation des mongols aux tigres (1239), les "portes miroir" des madrasas "ChirDor" (Registan de  Samarcande) et Divan Begi (Boukhara), réalisées dans les premières décennies du XVIIème siècle... 

Gibbon établit le constat qu’à cette époque (1096) entre Autriche et Byzance, il y avait un intervalle d’environ 965 kms de marais et de forêts « dont l’étendue ne connaît plus de bornes dès que l’homme cesse d’exercer sur la terre son impérieuse industrie… Les déserts sauvages de la Hongrie et de la Bulgarie », où les « bêtes féroces » n’étaient peut-être pas si rares…). Dans Rouslan et Ludmila (film de 1972), Alexandre Ptouchko reprendra le thème des créatures démoniaques, dont un tigre, envoyées cette fois-ci à l’assaut d’un bogatyr.

Tchernigov est (réellement) détruite par les « bêtes féroces » le 18 octobre 1239, (virtuellement) sauvée d’une invasion tatare par Ilya Mouromets seul…

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/06/le-tigre-suit-l-homme.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/05/l-affrontement.html

Le blason de la République libre de Novgorod (1136-1478) figure un lion équinocéphale...

Voici, par ailleurs, les armoiries de la ville elle-même :

Celle-ci n'est pas détruite lors de l'invasion mongole. Au printemps 1238, Batu et son armée doivent faire demi-tour à 200kms de la cité, vaincus par la raspoutitza dans laquelle s'enlisait la cavalerie... Dans la dernière décennie du XIIème siècle, la République devient de facto l'aile orientale de  l'entité politico-économique qui deviendrait au siècle suivant la Ligue hanséatique. Suite à une expansion progressive vers l'Est et le Nord, la République occupe, au début du XVème siècle, un territoire considérable de l'actuelle Russie septentrionale :

 

Errances sylvestres :

Lors du joug tatar en Europe, de nombreuses personnes, pour des motifs divers, s’installent loin des activités humaines, en pleine nature, où beaucoup d’entre eux (notamment parmi les « moines errants » mais pas seulement eux) sont amenés à établir de véritables laboratoires relationnels informels avec les animaux sauvages, sur des bases d’une puissante expression spirituelle**. Et on peut considérer que jusqu’à l’orée des temps modernes, c’est l’immense majorité du peuple russe qui se livrait à des pélerinages, à pied et sac au dos. Chaque paysan en accomplissait dans les lieux saints. C’est en fidélité à cette tradition d’une Sainte Russie disparue que des Grigori Raspoutine, au tournant des XIXème et XXème siècles « couvrait des milliers de verstes sur les routes sans fin » (Edvard Radzinsky. 2000. Raspoutine : l’ultime vérité. Jean-Claude Lattès).

Dans les premières années du XVIème siècle, de grands prédateurs (probablement des tigres) sont signalés dans les vallées de la Volga et du Dniepr (John Vaillant. Le tigre. 2010, pages 127-128). Certains sont-ils allés jusqu’au Danube ? Ces fleuves, ainsi que le Don , regorgent alors de formes titanesques d’esturgeons, de brochets et de silures***... Et qui étaient, soixante ans plus tard, ces « béliers à une seule corne qu’un voyageur polonais comptait parmi les animaux qu’un épisode hivernal particulièrement rigoureux avait fait périr en nombre dans les steppes d’Otchakov et de Savran  (proches de l’embouchure du Dniepr), sinon des formes tardives naines de rhinocéros des prairies » (Planhol 2004, Le paysage animal, page 762)... [Voir NOTE ANNEXE en fin d’article].

Le petit âge glaciaire influe aussi sur la démographie humaine. En Russie, une population déjà peu nombreuse, affaiblie par les aléas politiques comme « Le temps des troubles » (1598-1613) est particulièrement vulnérable aux brusques aléas climatiques. Le sévère refroidissement qui intervient à partir de la décennie 1590 provoque l’effondrement de la production agricole, et débouche, lors des années 1601-1603, à une mortalité entraînant vraisemblablement la mort d’un tiers de la population (André Berelowitch. 2001. La Hiérarchie des Egaux. Editions du Seuil. Pages 74-75). Dans un tel contexte, ce début du XVIIème siècle russe facilite une nouvelle vague tigréenne cisvolgaïque, en provenance, cette fois-ci, de régions orientales de même latitude, transouraliennes voire transbaïkaliques, plutôt que du bandeau forestier hyrcanien, « traditionnel » dans un contexte climatique plus tempéré.

Et cet état de fait vient s’agrèger à la « sphère opaque » de la société russe (Berelowitch page 407), qui permet alors au « laboratoire relationnel » interspécifique des siècles précédents une expansion à l’échelle du pays tout entier. Cet aspect est aussi pleinement à l’oeuvre dans une mutation aussi discrète que puissante de la religion russe réelle : les habitants de Iaroslav’l (sur la rive gauche de la Volga), lors de la seconde quinzaine de février 1611, indiquent que « les mirzas et les Tatars de Romanov nous ont prêté serment, SELON LEUR FOI, de se battre à nos côtés pour la défense de la foi chrétienne orthodoxe et de la Sainte Eglise de Dieu » (Berelowitch pages 125-126). Cet élan national débouche, en 1613, sur la libération du pays du joug polonais, et le début de la dynastie Romanov, choisie par le peuple. Cet état d’esprit conduira, quelques décennies plus tard (décennie 1660) au « Raskol », révolte dite des « vieux croyants » contre les réformes liturgiques du patriarche Nikon (motivées par des enjeux géopolitiques), qui a concerné, dans la réalité, LA MAJEURE PARTIE DU PEUPLE RUSSE. Des millions de personnes se sont enfuies dans les bois… Dans ces étendues forestières du bassin de la Volga qui montaient encore très haut vers le Nord (jusqu’au plateau du Valdaï), « le long des affluents étaient disséminés de rares petits villages, séparés les uns des autres par des forêts impénétrables. Les gens vivaient là, coupés du reste du monde chrétien. Bien qu’orthodoxes, par leurs coutumes primitives, ils ressemblaient aux autochtones » finno-ougriens de ces régions, peuples de chasseurs, comme les Tchérémisses/Maris et les Votyaks/Oudmourtes, qui vénèrent les forêts, sacrées à leurs yeux, certains arbres portaient une connotation sacrée particulière (bouleau, épicéa, pin, sorbier, aulne) (Edvard Radzinsky. 2000. Raspoutine. L’ultime Vérité. Jean-Claude Lattès. Page 48). Dès le « Temps des Troubles », la soif puissante d’un rédempteur s’était imposée comme trait essentiel de la psychologie collective, qui manifestera ensuite un caractère inextinguible : plus d’une centaine d’imposteurs affirmant être « le vrai tsar » apparurent en l’espace de 2 siècles, et, en parallèle, de faux souverains célestes, les « Christs » (Radzinsky page 52).

Pierre le Grand tend à concrétiser les objectifs géopolitiques sous-tendus par les réformes Nikon. Il est perçu par de nombreux « vieux croyants » comme une incarnation de l’Antéchrist (voir le roman de Dimitri Merejkovski à ce sujet). En 1712, il fait un songe dont il note le contenu à son réveil. Il se voit luttant contre des tigres, jusqu’au moment où quatre silhouettes vêtues de robes blanches les dispersent. Ce dernier rêve le conforte dans ses dispositions belliqueuses (Henri Troyat. 1979. Pierre le Grand. Editions Flammarion. Page 276). En effet, comptant sur l’appui des populations chrétiennes de Transcaucasie, il compte pousser vers le sud et prendre possession de tous les territoires caucasiens placés autrefois sous la domination iranienne. Et en juin 1724, la Russie annexe les territoires correspondant à l’Hyrcanie historique (voir le détail dans Troyat, page 286).

Décennie 1780 : La population russe dépasse celle de la France pour la première fois dans l’Histoire.

XVIIIème/XIXème siècles : l’islam centralasien infuse une pédagogie discrète du faible au fort, comme le font lamaïsme et shamanisme en Sibérie, cuisinant ainsi une alchimie culturelle conglomérative, infusant à l’échelle continentale.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/03/tigre-europeen-actualisation.3.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/04/tigre-europeen-actualisation.4bis.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/04/tigre-europeen-actualisation.6bis.html

XIXème/XXème siècles. Le Temps des massacres.

https://europe-tigre.over-blog.com/2023/04/il-y-a-un-temps-pour-la-guerre.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/04/tigre-europeen-actualisation.5.html

 

1913 : à l’occasion du tricentenaire de la dynastie Romanov, les autorités religieuses kirghizes offrent au Tsar Nicolas II un bébé tigre. Et en Mandchourie, les communautés locales estiment que « les chasseurs russes ont tué tous les courageux, il ne reste plus que les prudents »...

La Chine Russe. Si les tigres d’Eurasie centrale et occidentale se sont éteints, c’est qu’ils n’ont pas pu bénéficier d’un récit spécifique protecteur (comme l’a souligné l’historien et critique d’art contemporain Andrei Fomenko, appelant à la réalisation d’un roman iconique sur le sujet) :

https://moscowartmagazine.com/issue/72/article/1542

Ils étaient enchâssés (comme gêneurs d’avenir) dans un discours purement économique, alors même qu’en 1935, ils étaient encore (bien qu’en vertigineux déclin), 5 fois plus nombreux que leurs congénères orientaux (200 contre 40), qui eux, finalement survécurent (ils sont peut-être 850 aujourd’hui), salués comme des braves par leurs vainqueurs, dans de véritables Iliades sibériennes.

https://europe-tigre.over-blog.com/2018/05/l-ocean-des-2500.html

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/05/l-affrontement.html

En 1936, dans le Mandchoukouo sous tutelle japonaise, des Vieux Croyants fondent le village de Romanovka. Ils se spécialisent en grande partie dans la chasse aux tigres VIVANTS, qu’ils capturent pour des cirques, zoos, etc. Comparés par leurs compatriotes à des Bogatyrs, ils seront présentés comme des Samouraïs par le professeur Yoshikazu Nakamura****, qui dit à leur propos : « grâce eux, je pense avoir compris L’ESPRIT RUSSE ».

https://oldbelievers.wordpress.com/2013/01/21/old-believers-of-manchuria-russian-samurai/

Certains d’entre eux restèrent sur place jusque dans les années 1950, dans la Chine maoïste, en poursuivant leurs activités, qui pouvaient parfois prendre un caractère particulièrement dramatique : «Les chasseurs étaient les meilleurs qu’on puisse rêver... La capture de tigres vivants était la chasse la plus dangereuse, et pourtant les russes la pratiquaient avec une audace et une habileté stupéfiantes… J’ai connu un vieux chasseur russe… Il est parti un jour sur les traces d’un tigre (qui était probablement une tigresse allaitante) avec ses deux fils et quatorze chiens. Il est revenu avec un seul fils, huit chiens, la peau du tigre et deux petits tigres vivants… Il s’est mis à pleurer devant moi et il m’a dit : « Je pleure mon fils mais je pleure aussi les six chiens que j’ai perdus. Ils étaient tous braves et fidèles. » (dans Michel Jan. 2006. Cruelle est la Terre des Frontières. Petite Bibliothèque Payot, Collection Payot & Rivages, pages 36-37).

Le naturaliste Lev Kaplanov, pour sa part, avait décidé, à la fin des années 30, d’étudier les tigres sans les tuer, malgré les dangers considérables courus sur le terrain (Nicolas Baikov donne des exemples hallucinants dans « Mes chasses dans la taiga de Mandchourie » 1934, où il évite d’être dévoré vivant à plusieurs reprises, dans des contextes variés mais où, à chaque fois, le chasseur devient une proie qui ne peut trouver son très éventuel salut que dans sa dissimulation suivie d’une fuite discrète)...

https://europe-tigre.over-blog.com/article-les-heros-89593778.html

 

 

RESURRECTION.

« Dieu donne naissance au Christ quand tout meurt » (Dimitri Merejkovski. L’Antéchrist. Editions de l’Oeuvre).

J’ai évoqué à de nombreuses reprises sur ce blog, au cours des 15 dernières années, les évènements qui se sont déroulés dans le bassin de la rivière Bikin du 3 au 21 décembre 1997, point d’orgue de la dernière décennie du XXème siècle au cours de laquelle la Russie et ses tigres étaient de concert vendus à l’encan en pièces détachées (« La Russie sous l’avalanche » selon les termes d’Alexandre Soljenitsyne). Je me contente donc de renvoyer, aujourd’hui, au livre de John Vaillant sur le sujet.

https://europe-tigre.over-blog.com/2024/12/la-benediction.html

 

Je rappelle simplement que l’animal n’était pas un « courageux » (tels ces bogatyrs tigréens éradiqués au début du XXème siècle, portraiturés dans les ouvrages de Nicolas Baïkov), mais un « prudent » parmi d’autres « prudents », élusif, timide et même craintif, qui ne modifia finalement son comportement qu’après de multiples tentatives de meurtre à son endroit pendant des mois et des mois, et le vol de sa nourriture comme congère qui fit déborder le seau. Il est alors envisageable que l’esprit d’un de ses vaillants ancêtres soit entré en lui. Le sacrificateur solsticial de l’animal, Iouri Trouch, se vit refuser l’hospitalité par ses amis Oudeghes, qui lui accordaient celle-ci très volontiers jusqu’alors, faisant valoir que ceci mettrait désormais en danger leur propre vie. Des années après cet épisode, en 2004, Trouch visita le centre de réhabilitation de la faune sauvage, où vivait un tigre énorme mais doux et jovial (il aimait se faire gratter le cou par le directeur du centre) qui avait été appelé par dérision « Lyuty » (« Le Féroce ». Le félin semblait parfaitement détendu jusqu’à ce qu’il repère Trouch. Il fixa alors des yeux le nouveau venu, puis il se mit à gronder et se jeta contre la clôture comme s’il voulait la renverser, et le grillage se déforma sous l’impact. Trouch tomba à la renverse comme s’il avait été mis au tapis par la seule énergie que ce tigre projetait sur lui. Le sacrifice solsticial du félin a généré une fusion du groupe social avec le sacrifié. Réserve aux Esprits… Echange d’Âmes... La Russie a revêtu la peau du tigre, comme cape d’invincibilité. « Sphère opaque » pour l’observateur extérieur mais aussi pour elle-même, la société russe n’a pas conscience que le 21 décembre 1997 est la date la plus importante dans l’Histoire Moderne de ce pays. Un Miracle Secret**, en quelque sorte...

Novembre 2010. Le Sommet International du tigre de Saint Petersbourg offre un statut institutionnel à une culture européenne du tigre, pour la première fois dans l’Histoire. Des projets de reconstruction de populations tigréennes plus occidentales y sont engagés. Celui concernant le Kazakhstan du Sud-Est prend corps aujourd’hui.

https://novastan.org/fr/kazakhstan/tigres-de-la-caspienne-bientot-amenes-kazakhstan/#:~:text=En%202025%2C%20conform%C3%A9ment%20%C3%A0%20un,de%20plus%20de%2070%20ans.

https://wwf.be/fr/actualites/ramener-le-tigre-dans-son-royaume-perdu-au-kazakhstan

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/02/kazakhstan-c-est-pour-bientot.html

Les êtres du rêve* … Job 19, 25-27 : Je sais que mon Rédempteur est vivant, Et qu’il se lèvera le dernier sur la poussière.

 

* L’inscription d’un mythe fondateur dans une géographie précise combinée à la circulation d’esprits à travers les temps comme fluide biologique de cet organisme/paysage (qui implique une architecture temporelle structurée en anneau de Moebius) relève vraisemblablement d’un mécanisme anthropologique universel, dont l’expression la plus connue à ce jour est celle du « temps du Rêve » chez les aborigènes d’Australie. Emmanuel Lézy a mis en évidence qu’une dynamique homologue était à l’oeuvre dans Moby-Dick d’Herman Melville… Voici l’éclairage porté par Philippe Descola sur « Le Temps du Rêve » : « Le Rêve... un système cosmologique et étiologique singulier...évoque en première approximation tout ce qui se rapporte aux temps de la mise en forme du monde... On y rapporte que des êtres originaires surgirent des profondeurs de la terre en des sites précisément identifiés, certains d'entre eux se lançant dans des pérégrinations émaillées de péripéties dont les trajets et les haltes sont toujours lisibles dans la matérialité de l'environnement...

Ces êtres disparurent aussi soudainement qu'ils étaient apparus, soit dans le lieu même de leur émergence, soit au terme de leur voyage, après avoir laissé derrière eux, chacun pour son compte, une partie des existants actuels dans toute leur pluralité : plantes, hommes, animaux... éléments organiques ou inorganiques du paysage. A la fois accoucheurs et prototypes de la réalité sociale et physique, ces êtres du Rêve... sont humains par leur comportement, leur maîtrise du langage, l'intentionnalité dont ils font preuve dans leurs actions, les codes sociaux qu'ils respectent et instituent, mais ils ont l'apparence ou portent le nom de plantes ou d'animaux et sont à l'origine des stocks d'esprits, déposés dans les sites où ils disparurent, qui s'incorporent depuis dans les individus de l'espèce ou de l'objet qu'ils représentent et dans les humains qui ont cette espèce ou objet pour totem.

La potentialité laissée par les êtres du Rêve... s'actualise sans cesse par les incorporations successives de leurs esprits dans des entités de diverses sortes... [qui] rendent tangible et vivace la présence cachée de ces entités qui, en modelant les êtres et les choses, donnèrent sens et ordre au Monde. Le Rêve n'est donc ni un passé remémoré ni un présent rétroactif, mais une expression de l'éternité avérée dans l'espace, un cadre invisible du cosmos garantissant la pérennité de ses subdivisions ontologiques.

Quant aux êtres du Rêve, ils ne peuvent être assimilés à de classiques héros mythiques puisque leur élan ordonnateur, en partie solidifié dans tel ou tel trait du paysage, s'est néanmoins poursuivi sans interruption après qu'ils eurent abandonné la surface de la terre.

Ils ne sont pas non plus des ancêtres stricto sensu, chaque existant, humain ou non humain, étant lié à l'entité qui le détermine par un rapport direct de duplication,de présentification ou de mise en forme, non par une filiation se déroulant en cascade de génération en génération. ».

 

** Andrei Tarkovski, dans son film de 1969 sur le peintre d’icônes Andrei Roublev (vers 1360-vers 1430) a particulièrement bien saisi cet esprit irrigant et coalescent : c’est dans les bois, lors de l’été 1406, qu’Andreï et son apprenti discutent du bleu azur (presque 600 ans avant le lapis-lazuli du tigre bleu de l’Euphrate) . Lors du sac par les tatars de la ville de Vladimir, à l’automne 1408, un cheval tombe d’un escalier transpercé par une lance, une vache brûle. Le tableau terminal présente des icônes réalisées à cette époque par Andreï et d’autres peintres, telles que Pantocrator, Transfiguration, Sauveur, Trinité. L’image ultime est celle de quatre chevaux pâturant paisiblement sous la pluie . INDRIK…Le dernier film d’Andrei Tarkovski, sorti en 1986 quelques mois avant sa mort s’intitule « Le Sacrifice », où une guerre nucléaire est annulée par l’intervention d’une douce sorcière, et où apparaissent à nouveau les icônes russes... Et n’y aurait-il pas un lien discret entre ce film et la nouvelle de Jorge Luis Borges «El milagro secreto/Le miracle secret » (1943) ? Fusion des mondes réel et onirique…

https://alluvions.blogspot.com/2025/06/le-miracle-secret.html

 

*** Plus à l’Est, et dès le Haut Moyen-Âge, les Novgorodiens, présents sur le cours inférieur de l’Ob avant le XIème siècle (Anne Victoire Charrin, dans Roman Rouguine. 2008. La chatte qui a sauvé le Monde. Editions Paulsen. Page 17) connaissaient déjà, très probablement, l’existence d’immenses brochets, esturgeons et saumons, dont les khantys pouvaient, comme les têtes d’ours, garder les mâchoires dans leur « réserve aux esprits »...

 

**** La perception des russes par des observateurs étrangers a toujours été pittoresque, souvent contrastée (avant le basculement dans une russophobie grossière, massive et systématique à partir de la guerre de Crimée). Ainsi, Ibn Fadlan, en 921, les portraiture ainsi : «  Je n'ai jamais vu corps plus parfaits que les leurs. Par leur taille, on dirait des palmiers. Ils sont tatoués du cou jusqu’aux pieds avec des motifs d’arbre et d’autres figures. Chacun d'eux a avec lui une hache, un sabre et un couteau. Ils se peignent les cheveux chaque jour mais ils sont les plus malpropres des créatures de Dieu, qui font penser à des ânes errants »…

Et une marquise française, lors du voyage de Pierre le Grand à Paris en 1717, évoquera, à propos de l’entourage du Tsar, « des gens à la fois très gentils et très méchants »...

 

NOTE ANNEXE. Cette culture est-européenne du rhinocéros et du félin géant, dans un contexte de profusion mégafaunique (dans le cas présent, grands ongulés variés et géants d’une prodigieuse ichtyofaune) semble n’avoir d’équivalent occidental que la civilisation aurignacienne il y a plus de 30 000 ans, immortalisée dans les gorges de l’Ardèche, et qui manifeste des relations harmonieuses entre homme et grande faune « d’une part », hommes et femmes « d’autre part »... Cas unique au monde, la Grotte Chauvet abrite les illustrations de 80 félins géants et 72 rhinocéros…Cette tendance parviendra à se maintenir au Gravettien, avant le durcissement Solutréen...

https://artsandculture.google.com/story/au-c%C5%93ur-du-sanctuaire-la-fresque-des-lions-grotte-chauvet/jgVxyIqd_hBTpQ?hl=fr

 

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SARISKA. LE CHEMIN.

3 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Après des millénaires de cohabitation exemplaire, et même extraordinaire, entre tigres et éleveurs (voir les constats hallucinants établis par Joao Pedro Galhano Alves lors de son séjour sur place dans la seconde moitié de la décennie 1990, et incorporés à sa thèse en 2000) la vallée de Sariska (Rajasthan) s’était retrouvée sans félin à la fin de l’année 2004 (à la suite d’une politique gouvernementale « maladroite » (pardon pour le pléonasme)). Après une première réintroduction en juillet 2008, la croissance de la population a été régulière (11 animaux en juillet 2014, 18 en octobre 2018, 20 en 2020, 30 en 2023).

De mai 2024 à mai 2025, 3 tigresses ont mis chacune au monde 4 tigreaux. La dernière en date, âgée de 6 ans, en est à sa troisième portée, ayant ainsi pour le moment donné naissance, au total, à 9 petits. Les effectifs dans la réserve sont désormais de 49 individus. Sur une telle dynamique, la croissance ne peut que se poursuivre. Voir le détail dans l’article de Rajendra Sharma (TNN) mis en ligne hier sur le site du Times of India.

 

https://timesofindia.indiatimes.com/city/jaipur/sariska-tigress-gives-birth-to-4-cubs-big-cat-count-in-reserve-rises-to-49/articleshow/121555822.cms

Une tout autre affaire sera la reconstruction des merveilleuses cultures croisées, du tigre pour l'homme et de l'homme pour le tigre, qui avaient permis l'épanouissement des uns et des autres en proximité pendant plus de 2500 ans, et qui, seules, peuvent véritablement assurer aux félins un avenir doux d'étoffe et robuste  d'épaisseur.

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LES HEROS SONT ETERNELS

2 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Valmik Thapar est décédé d’un cancer avant-hier, à 73 ans.

Voir pour le détail l’article d’Ajay Singh Ugras, mis en ligne hier sur le site du Times of India.

https://timesofindia.indiatimes.com/india/valmik-thapar-walked-with-tigers-now-he-rests/articleshow/121542782.cms

Après une vie de combat titanesque pour le tigre, dans l’incertitude permanente de la survie de ce dernier, il part heureux que le félin lui survive. Particulièrement conscient de la dimension déterminante du facteur culturel, il écrivait en 2004 dans « The Cult of The Tiger » : « The link between man and tiger goes back thousands of years. In a way, it is the cult of the tiger that has played a vital rôle in keeping the tiger alive in the twenty-first century»

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LE TIGRE SUIT L'HOMME

1 Juin 2025 , Rédigé par Alain Sennepin

Le surgissement des bêtes féroces inconnues, ou : le vent se lève, un moment de respiration.

Ceci fait suite à « Une Grande Patte de Tigre Secourable », article mis en ligne le 19 mai dernier.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/05/une-grande-patte-de-tigre-secourable.html

EMPEREURS OCEANIQUES. Tigre rouge, loup céruléen et tigre lapis lazuli (entre azur et outremer).            Alexandre suit le tigre bleu de l’Euphrate (trouvaille littéraire moderne, Laurent Gaudé 2004 : d'un bleu aussi profond que celui des eaux de la mer Egée), Gengis Khan  monte sur le trône en 1206, année du Tigre Rouge. Il suit le loup céruléen (réalité médiévale), et devient L'EMPEREUR OCEANIQUE (Maître  du Continent d'un Océan à l'autre).                                                                                                                                                Mongols et tigres se connaissent bien, depuis des millénaires. Ils entretiennent des relations souvent conflictuelles mais parfois plus complexes : capture de tigreaux et utilisation comme auxiliaires de chasse, par exemple. Sur le site archéologique de Noin-Oula (rivière Selenga, Mongolie septentrionale : la rivière se jette, au Nord, dans le lac Baikal), ont été retrouvés des indices d’une fête du tigre, comparable au festival de l’ours des Nivkhs et des Aïnous, basée sur le même principe et impliquant les mêmes modalités, ours et tigre étant vécus comme interchangeables, et permettant à l’homme de s’identifier spirituellement à l’un comme à l’autre à travers un échange d’âmes (Laurence Delaby et Marie-Lise Beffa. 1998. Ecailles de dragons et têtes d’ours. Etudes mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, volume 29, pages 135-177 ; le doublet page 141, Noin-Oula/Tigre pages 159-168).

https://www.persee.fr/doc/emong_0766-5075_1998_num_29_1_1134

Les Bouriates (ethnie mongole), ont historiquement adopté le culte d'Orgoli. Celui-ci est originellement un tigre énorme et démoniaque, que combat, dans une épopée tibétaine, le héros Gésar, qui se fait appeler "Grand Lion du Monde" (le lion des neiges du bouddhisme). Voir le détail dans "Le culte d'Orgoli chez les Bouriates". Evgueni Khamaganov, 25 novembre 2014 et dans Alexei Oulanov. 1974. "Les grandes étapes de l'évolution du folklore bouriate". Etudes mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, volume 5, 75-80. 

https://asiarussia.ru/blogs/5055/

https://www.persee.fr/doc/emong_0150-3014_1974_num_5_1_912

Tigres gardiens au Datsan d'Ivolguinsk, temple bouddhiste, en Bouriatie.

Les invasions mongoles bouleversent durablement la démographie du continent eurasien (voir en particulier, à ce sujet, les chiffres effarants avancés par Dominique Farale. 2006. De Gengis Khan à Koubilai Khan. Editions Economica. La grande chevauchée mongole.), provoquant l’apparition ostensible des tigres et leur association au malheur des temps dans la psychologie collective.                                                                                      

Qui plus est, mongols et tigres vont jusqu’à être identifiés les uns aux autres : des bêtes féroces inconnues qui surgissent du néant (voir pour les premiers : Iaroslav Lebedynsky . 2013. La Horde d’or. Editions Errance, pages 23-32), pour les seconds, "Tigre européen : Actualisation". 4B. Mis en ligne le 31 mars dernier.

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/03/tigre-europeen-actualisation.4.html

L'HOMME SUIT LE TIGRE... Les guerriers mongols médiévaux empruntent le chemin bifide  utilisé par les tigres de l'Hyrcanie vers l'Europe (à la fois via le Caucase, et la vallée de la Volga) depuis la Préhistoire, et vont, par leur action, offrirent une opportunité renouvelée pour les grands félins : (dans leur tentative de capture du Chah de Perse, au tout début des années 1220) "Ils (Djébé et Süböteï) ne rattrapèrent pas Mohammed, qui mourut dans la misère sur l'îlot de la mer Caspienne où il s'était caché. Mais sur leur lancée, ils entreprirent une extraordinaire reconnaissance armée vers le nord, à travers le Caucase. ils vainquirent l'armée géorgienne, puis gagnèrent le Daghestan, traversèrent le Grand Caucase par le col de Derbent et débouchèrent au nord des montagnes, sur le versant européen." (Lebedynsky page 23)... LYUTY ZVER. Tout comme Vladimir Monomaque 140 ans plus tôt face au tigre, les contemporains, après la défaite des princes Rus' de Galicie-Volhinie, Kiev, Tchernigov et Smolensk lors de la bataille de la rivière Kalka (en amont de la mer d'Azov) au printemps 1223, expriment leur perplexité. Ainsi, on peut lire dans la "Chronique de Novgorod" : "Pour nos péchés ... sont venus des peuples inconnus et dont personne ne sait rien : qui ils sont, d'où ils viennent, quelle est leur langue, quelle est leur race et quelle est leur foi ... Il a péri une immense quantité de gens ... Et les Tatars ont quitté le Don et s'en sont retournés. Et nous ne savons point d'où ils venaient, ni où ils sont allés." (Lebedynsky page 25). Après cette simple opération de reconnaissance, l'invasion massive se déroule de 1236 à 1242 en remontant initialement la vallée de la Volga, chemin multiséculaire des tigres vers le coeur de l'Europe (Lebedynsky page 26). Tchernigov est prise le 18 octobre 1239, et ne retrouvera ses limites médiévales qu'au XVIIIème siècle (page 32). Kiev tombe le 6 décembre 1240. Avec une population estimée à 50 000 habitants avant l'invasion, elle ne compte plus que 200 foyers en 1246 (page 32)...  TIGRES DE L'ALTAÏ. En Sibérie du Sud-Ouest (espace de distribution du tigre de l'Altaï)... 

https://europe-tigre.over-blog.com/2025/03/tigre-europeen-actualisation.2.html

... se constitue le Khanat de TOURAN (entouré de jaune sur une carte du XIIIème siècle) dirigé par Sheiban...

... nommé aussi la Horde grise (comme le tigre touranien en livrée hivernale). Ses descendants maintinrent leur souveraineté sur ce territoire jusqu'aux dernières décennies du XVIème siècle...

LE TIGRE SUIT L'HOMME.  Ainsi, la culture mongole (et son influence géopolitique durable) a offert au tigre d’Eurasie septentrionale, centrale et occidentale, une respiration d’échelle continentale de plus de 5 siècles. En effet, les conquérants ont aménagé une voie royale pour une nouvelle vague tigréenne, aussi bien vers la Chine du Nord que vers l'Europe orientale, à partir de cette époque.

A SUIVRE : TABLEAU ET SILLAGE. LE TEMPS DU RÊVE SCYTHO-SLAVE. 

 

 

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