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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 12:50
 NEGATION
Notre civilisation semble pour le moment incapable de se définir autrement qu 'en lien exclusif avec  les sociétés sédentaires présentes sur son sol depuis un lointain passé.
Pourtant, comme je l'ai montré dans le document "Europe et grands félins" (téléchargeable à partir de mon site "4 continents pour les tigres"), elle est tout aussi redevable, pour sa constitution et son devenir, aux sociétés nomades, que celles ci fussent composées de chasseurs-cueilleurs - dont les roms sont aujourd'hui les derniers représentants socialement visibles -, d'éleveurs comme les samis des régions arctiques, et bien plus encore, de pasteurs des steppes: il y a, de fait, 3 sources principales qui ont irrigué et fait grandir la civilisation européenne.
Malheureusement, une tendance anthropologique lourde motive (chez de nombreux peuples sinon tous) un refus psychologique allant jusqu'au déni pur et simple de l'apport culturel et social de sociétés avec lesquelles les rapports passés furent surtout conflictuels.
Il est de ce point de vue tout à fait symptomatique que"l'oubli", dans les revues scientifiques consacrées à la grande faune européenne, du tigre, du lion, du léopard, du guépard et de la hyène striée comme membres à part entière de la Communauté historique des Prédateurs européens, correspond à une présence spatio - temporelle de ceux - ci coïncidant en quasi totalité - en tout cas depuis l'époque médiévale - avec celle de la civilisation des steppes (communication personnelle d'E.C. Dos Santos).

REDYNAMISATION
Or, depuis 1000ans, c'est toujours à partir d'une influence de la civilisation nomade que les cultures eurasiennes du tigre ont été redynamisées.
Les sociétés pastorales de l'Eurasie médiévale, quelles que soient leur "religion" ou "idéologie" officielle, étaient restées fondamentalement fidèles à celles des Scythes de l'Antiquité, qui placent l'animal sauvage comme l'élément le plus important pour la bonne marche du monde  (voir là dessus les travaux de Iaroslav Lebedynsky et ceux de Véronique Schiltz, notamment).
L'Asie centrale fut donc d'abord une matrice de la diversité biologique, mais aussi, ensuite, de la diversité culturelle.
Les cultures antiques du tigre en Europe, véhiculées d'abord par le mythe de Dionysos puis par l'action politique d'Alexandre, furent revivifiées du 14ème au 19ème siècles par la culture ottomane.

La "culture russe du tigre" est née en Asie centrale, dans ce qui fut appelé par les autorités tsaristes "le Turkestan russe".

La "culture chinoise du tigre", qui irradiait d'une force à nulle autre pareille de la préhistoire aux temps médiévaux, avait singulièrement perdu de sa vigueur depuis des siècles quand l'acquisition, au XVIIIème siècle, du "Turkestan chinois" (région immense au Nord - Ouest de l'actuelle république populaire) lui a donné, incontestablement, une deuxième jeunesse.

La "culture indienne du tigre" n'avait aucun caractère officiel avant l'invasion du pays, aux environs de l'an 1000, par des cavaliers turcs et afghans. Ce sont eux qui ont fait culturellement de l'Inde le pays du tigre.
Auparavant, sous l'influence des anciens Perses, ce pays avait le lion comme animal référent.
D'ailleurs, l'influence du bouddhisme d'origine indienne en Asie du Sud (Péninsule indochinoise, Chine méridionale, Indonésie) avait entraîné une importation massive de lions "symboliques" que l'on trouve encore aujourd'hui dans toute l'architecture monumentale politrico - religieuse de cette zone.
Au 19ème siècle, la propagande anglaise magnifiait le combat du lion britannique contre le tigre indien (Tippu Sultan, dont le tigre était l'emblême). Les "tigres" indiens combattus par les "lions" anglais furent toujours musulmans, et  turco - afghans ...
D'une façon générale, les Etats sédentaires adoptent volontiers le lion comme référent, en tant que majestueux animal social régnant sur un espace délimité.
Les nomades, quant à eux, voient le tigre des steppes comme un solitaire errant, qui suit les troupeaux, à leur propre image.

Depuis les temps médiévaux, ce sont donc les cultures nomades originaires d'Asie centrale qui ont créé ou rajeuni les cultures du tigre des civilisations "sédentaires" eurasiennes.
A cet égard, le portail de la madrasa "Chir - Dor", située au sein du Registan de Samarkand, qui est actuellement le plus vaste complexe architectural à vocation religieuse au monde, constitue un véritable phare planté au coeur du continent eurasien et irradiant l'ensemble du continent.
Cette madrasa "aux lions" représente explicitement des tigres, elle est au coeur d'un ensemble monumental islamique, d'où tout élément figuratif devrait être banni...
Elle a une puissance emblématique potentielle comparable à celle du culte de Dionysos en Grèce, institutionnalisé par ceux - là même qui avaient détruit consciencieusement les bases concrètes pour son authentique épanouissement (voir "Europe et grands félins",Daraki 1994).

Il est surprenant de constater que les transferts ne furent pas seulement culturels mais aussi biologiques.
Comme se répondent les félins de Samarkand et les tigres gardiens de la pagode d'Ivolginsky Datsan (Bouriatie), les travaux de Carlos Driscoll (références dans "Europe et grands félins" ) ont montré que les tigres de Sibérie actuels sont issus de la migration récente vers l'Est d'une petite partie des tigres d'Asie centrale...


Et en tout état de cause, c'est dans les régions où les pasteurs  furent politiquement dominants que fut préservée une mosaïque inouïe de grands mammifères prédateurs terrestres -15 espèces différentes - phénomène sans équivalent au monde.





 IMPERATIF VITAL POUR L'AVENIR DE LA CIVILISATION EUROPEENNE
 Il ne reste plus aujourd'hui que 40 lynx des Balkans (contre une centaine il y a moins de 3 ans), animal pourtant emblématique de cette région (au moins chez les numismates officiels et les philatelistes) et plus largement de l'ensemble de l'Europe (il fut souvent le "léopard" des chansons de geste).
Plus rien n'est préservé quand une péninsule continentale sans boussole s'enfonce dans un désespoir d'autant plus profond qu'il est nourri par une extrême confusion des esprits et une perte complète des chemins menant à des valeurs éclairantes et porteuses d'espoir.
Notre civilisation moderne a produit une "monoculture" déshumanisante de laideur et de médiocrité, d'infantilisme et d'insignifiance. La réinsertion de la société contemporaine dans la nature - dans tous les sens du terme - est une urgente nécessité.
Car la vocation de la nature à produire de l'humain, au sens moral, s'altère au fur et à mesure que s'étend physiquement l'Empire de l'humanité.
Au contraire, la suprématie de la nature sauvage stimule la production d'un imaginaire capable de surclasser l'égocentrisme ambiant ; une mentalité imprégnée de nature sauvage est propice à la joie.
C'est bien pourquoi, si l'Europe peut beaucoup pour le Tigre, le Tigre peut aussi beaucoup pour l'Europe.
L'Europe doit vaincre ses "oublis" pathologiques et se réconcilier avec son "Turkestan intérieur", qui, comme celui des Russes, des Chinois, et des Indiens, fut, et peut redevenir, un TIGRISTAN.

POUR SAUVER SES LYNX...ET SES HOMMES.
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  • : Le retour du tigre en Europe: le blog d'Alain Sennepin
  • : Les tigres et autres grands félins sauvages ont vécu en Europe pendant la période historique.Leur retour prochain est une nécessité politique et civilisationnelle.
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