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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 13:17
En Août 2007, j'avais rédigé, dans le cadre de la publication de mon site "4 continents pour les tigres" une page dévolue aux Etats - Unis, ses 10 000 tigres captifs, ses grands espaces et les potentialités induites pour l'avenir.
En Avril 2008, j'avais précisé la question sur une page consacrée également à la Russie et la communauté européenne, et  les perspectives d'avenir des  dizaines de milliers de grands félins captifs sur leurs territoires respectifs.
Ceci avait  également donné lieu  à la publication d'un article dans la lettre de la SECAS (association du Jardin des Plantes liée au Museum d'Histoire Naturelle de Paris) en Novembre 2008.
Le 7 février dernier, sur ce blog (page: "tigre et bison"), j'avais souligné le dynamisme américain à travers la spectaculaire réexpansion des bisons,  réparatrice d'ecosystèmes complexes, générateurs à la fois de paysages magnifiques et  d'un imaginaire collectif épanouissant, socialement rédempteur.
Aujourd'hui, il me paraît utile de rappeler ou de préciser, après l'annonce par le gouvernement Obama d'une nouvelle orientation en matière de politique environnementale, le rôle particulier de RECONSTRUCTEUR PRIORITAIRE que peut jouer un loup ou un tigre sur ces plans indissociables que sont l'écologique et l'humain, à travers les exemples, pour les premiers, du parc de Yellowstone aux USA et de la steppe Olon Bulag, en Mongolie chinoise, et pour les seconds, de certaines zones ripuaires d'Asie centrale.

LES USA CHOISISSENT LA PROTECTION DE GRANDS ESPACES NATURELS
(Source: Agence Reuters)
Le Congrès américain a donné mercredi 25 mars 2009 son accord final à un ensemble de lois de protection de l'environnement, salué par les associations écologistes comme l'un des plus importants de l'histoire du pays.
Ces 160 lois accordent notamment un statut privilégié à plus de 800 000 hectares de parcs, rivières, déserts ou forêts répartis dans neuf états, qui ne bénéficiaient d'aucune protection légale jusqu'alors. L'exploitation du gaz naturel et du pétrôle, entre autres ressources, y sera interdite.
La mesure, approuvée une semaine auparavant par le Sénat, a été votée mercredi à la Chambre des Représentants par 285 voix pour et 140 contre, au terme d'une bataille législative de plusieurs années.
Le Président Obama devrait promulguer rapidement cette loi.
"Je n'ai pas souvenir d'une autre loi qui ait fait davantage pour les zones sauvages et les sites historiques" a indiqué le sénateur démocrate Jeff Bingaman, Président de la Commission de l'Energie et des Ressources Naturelles.
Les adversaires de la loi, républicains pour la plupart, lui reprochent d'empêcher l'accès à des gisements d'hydrocarbures.
Les 800 000 hectares concernés se situent dans les Etats de Californie, Idaho, Utah, Colorado, Oregon, Virginie, Virginie Occidentale, Nouveau - Mexique et Michigan.
Qui plus est, les nouvelles lois étendent le statut de protection dont bénéficiaient déjà plus de 10 millions d'hectares de zones historiques ou de paysages spectaculaires, comme le Canyon des Anciens dans le Colorado ou celui du Rocher Rouge près de Las Vegas.
"Les générations futures regarderont ce jour comme une étape primordiale dans l'histoire américaine de la protection de l'environnement" s'est réjoui William Meadows, Président de la Widerness Society.

ET MAINTENANT, PLACE AUX REPARATEURS!
La décision des autorités américaines est d'autant plus importante que les zones mises à l'abri des activités humaines les plus destructrices connaissent rapidement un renouveau floristique, faunistique et paysager phénoménal, avec un grand prédateur comme catalyseur du cercle vertueux.

LES LOUPS DE YELOWSTONE. A la fin du 19ème siècle, les américains fondent la première réserve naturelle du monde moderne. Au début du 20ème siècle, les éleveurs y font exterminer les loups jusqu'au dernier. L'état du parc se dégrade alors, malgré la protection législative dont il fait l'objet: raréfaction des arbres, érosion des berges des rivières, raréfaction des poissons, disparition des oiseaux. AUCUN ARBRE NE POUSSE ENTRE 1930 ET 1990. Sans nourriture, de nombreux castors migrent.
En 1995, les autorités réintroduisent à Yellowstone une trentaine de loups préalablement capturés au Canada. On en compte aujourd'hui près de 200. Chacune des 16 meutes tue en moyenne un wapiti par semaine. En 2004, la population de wapitis est réduite de moitié. Du coup, les peupliers, qui disparaissaient à force d'être broutés par les herbivores, recommencent à croître. En s'élevant, ils attirent des oiseaux chanteurs qui avaient disparu. Les castors qui étaient restés se multiplient et recommencent à construire des digues. Sur les étangs artificiels qui résultent d'une telle activité, apparaissent des plantes qui attirent aussi bien les ours que les canards. Les troncs renversés favorisent les frayères des poissons, dont le nombre augmente. Le reboisement naturel stabilise aussi les berges des rivières et arrête leur érosion. L'ombre des arbres refroidit les eaux, les rendant favorables aux truites et à leurs prédateurs. Dans le même temps, la présence des loups provoque un effondrement de la population de coyotes (90% de pertes). La raréfaction considérable de ceux - ci entraîne la multiplication des petits rongeurs, dont se nourissent alors les rapaces, diurnes et nocturnes. Les carcasses abandonnées par les loups attirent des grizzlis, des pies, des corbeaux, des insectes, attirant eux - mêmes des oiseaux insectivores.
En une seule génération, grâce au loup, le parc de Yellowstone aura retrouvé son lustre d'antan.
Quant aux éleveurs, pourtant comblés par des pâtures naturelles d'une richesse jamais vue depuis un siècle, et débarassés des coyotes, ils continuent à demander l'élimination du grand prédateur...

Pour plus de détails :
 Articles de :
Jim Robbins dans "Pour la Science 323, Septembre 2004.
D.Smith. Avril 2003. Yellowstone after wolves. BioSciences 54 (4), 330 - 340.
Livre/Rapport de:
J. Halpenny. 2003. Yellowstone wolves in the wild. Riverland Publishing.
Un film sur le sujet a également été diffusé sur ARTE.

LE TOTEM DU LOUP.
Dans la steppe d'Olon Bulag, loups protecteurs de l'herbe et pasteurs mongols vivent en harmonie, jusqu'à la décision des autorités chinoises d'éradiquer les grands prédateurs, à l'époque de la révolution culturelle.
Jiang Rong évoque dans son roman (à forte connotation autobiographique) "Le totem du loup", publié en Chine en 2004 et vendu à plus de 20 millions d'exemplaires (version française 2007 chez Bourin Editeur) l'initiation d'un jeune étudiant chinois à la vie de la steppe. Il apprend que l'Empire de Gengis Khan put s'édifier parce que les pasteurs Mongols surent copier à la guerre les techniques de chasse des loups,  que les éleveurs ne sont guère plus (et se vivent comme tels) que des parasites secondaires des hordes de loups dominantes, au même titre que les renards ou les vautours noirs...
Les loups, dans un contexte climatique particulièrement difficiles, parviennent à maintenir dans la steppe une richesse floristique insoupçonnée, qui rappelle celle de l'Asie centrale à l'époque où le tigre y prospérait : roselières extrêmement denses, de conformations singulières, qui assurent des abris extrêmement protecteurs pour les grands carnivores, obstruant la course des chiens, rendant les perches à lasso inopérantes, et où les loups ont pu aménager de véritables labyrinthes. Certaines herbes finissent par former des haies cylindriques, apportant aux animaux à la fois protection et confort. Dans les marécages, poussent d'immenses étendues de pivoines sauvages blanches, à l'inflorescence gigantesque que l'on peut confondre de loin avec des cygnes! C'est l'incendie systématique de ces milieux particuliers qui détruira loups, pasteurs, et la steppe elle - même.
Les pasteurs soutiennent que tigres et léopards ne peuvent plus s'implanter dans la région parce que les loups sont devenus les maîtres incontestés de la steppe (ce qui est certainement exact). Ils disent aussi qu'autrefois, des tigres et des léopards vivaient dans la steppe, et qu'ils en ont été chassés par les loups. La vérité est ici,  de fait, assez différente. Les grands félins du Turkestan Chinois furent détruits par les hommes au cours du 19ème siècle, ce qui laissa le champ libre aux loups. En effet, on sait que les grands félins (puma aux Etats Unis, selon Marshall - Thomas, tigres en Asie centrale, selon Stroganov) sont (ou étaient) des protecteurs naturels des troupeaux des pasteurs: très prudents, ils ne s'attaquent pas à
ceux - ci ; par contre, leur présence limite indiscutablement le nombre et l'activité des loups.
Sans cesse pourchassés, les hordes de loups finissent par disparaître définitivement de la steppe Olon Bulag, et le louveteau que l'étudiant avait apprivoisé "tel un dragon d'or, chevauchait vent et neige, allait joyeusement vers Tengger - Le Ciel eternel, Divinité suprême des pasteurs Mongols- vers Sirius, vers l'espace infini où se regroupent les âmes de tous les loups de la steppe mongole morts au champ d'honneur."
Et la steppe devient un désert...

LE PARADIS ECOLOGIQUE DES ROSELIERES DU TIGRE
Tout comme celle des loups en Chine occidentale, la disparition des tigres en Asie centrale a eu des conséquences cataclysmiques. La destruction de la mer d'Aral, par exemple,  est une conséquence directe de leur massacre programmé.
Celui - ci était en effet lié au détricotage complet d'un milieu d'une richesse prodigieuse, qui a subi un processus inverse à celui dont bénéficie Yellowstone depuis 1995.
Des descriptions détaillées et précises, MAIS HALLUCINANTES, de ce que fut historiquement l'univers floristique et faunistique de ce tigre, de la Mer Noire au Turkestan Chinois peuvent être établies à partir, notamment de la lecture des ouvrages suivants :
Leo Berg. 1941.Les régions naturelles de l'URSS. Eds Payot.
F.Harper. 1945. Extinct and vanishing animals of the old world. Ocean Mountains Studies. Carson City, Nevada.
V.G Heptner & A.A. Sludskii.1992. Mammals of the Soviet Union. Volume II, Part 2. Carnivora (Hyaenas and Cats). Brill eds.
Planhol (X). 2004. Le paysage animal . L'homme et la grande faune. Une zoogéographie historique.Eds Fayard (voir notamment les chapitres "Le domaine russe", 760 et suivantes, Asie Centrale, 821 et suivantes).
H. Beaumont. Asie centrale. 2008. Le guide des civilisations de la route de la soie. Editions Marcus.

Je me bornerai ici à quelques exemples ponctuels. Un animal discret (il ne feulait pas), au pelage terne et aux nuances peu contrastées, qui n'attaquait pas l'homme ni son bétail (du moins avant l'incendie des roselières), assurait (comme le font les loups à Yellowstone depuis 1995) à la steppe une richesse végétative suffisante pour que des animaux a priori plus à l'aise dans des milieux fort différents y trouvent leur compte: ce fut le cas notamment de l'ours, des castors, de l'élan et du glouton.
Il pouvait vivre continûment à proximité immédiate des zones d'activité agricoles et pastorales sans que celà pose le moindre problème à quiconque.
Protégé par un milieu qu'il protégeait lui - même, le tigre des roselières a permis, notamment dans le delta de l'Amou - Daria, la mise en place d'une mosaïque écologique de prédateurs d'une richesse unique au monde, comptant (de façon permanente ou ponctuelle) parmi les plus volumineux d'entre eux, 7 grands félins, 4 grands et moyens canidés, une hyène, deux ours, 3 grands mustelidés, soit 17 mammifères appartenant à la mégafaune carnivore....
Sans fournir pour l'heure de plus amples informations, anciennes ou très récentes (je préciserai les choses lors d'une prochaine publication d'ici à quelques jours), je pense qu'il est d'ores et déjà clair que
l'Asie centrale a un impérieux besoin de ses tigres, comme Yellowstone de ses loups et la grande plaine de ses bisons.



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