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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 08:47

L'EFFET BOULE DE NEIGE

Une tigresse de l'Amour du zoo de Kaliningrad (ville russe sur la Baltique, enclavée entre Pologne et Lituanie) qui s'ennuyait dans sa cage, a confectionné plusieurs boules de neige géantes (aussi grandes que celles réalisées pour les bonhommes de neige), et joue ensuite avec celles -ci en roulant d'un bout à l'autre de l'espace qui lui est attribué.

Voir détail, photos et videos dans le Siberian Times d'hier. "Siberian tiger Tanya shows her skills ... making snowballs."

http://siberiantimes.com/other/others/news/n0099-siberian-tiger-tanya-shows-her-skills-making-snowballs/

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 04:58

Dans le district de Chandrapur (Maharashtrah, Inde centrale), 4 jeunes soeurs de la réserve à tigres de Tadoba Andhari ont appris à coopérer pour rendre leurs actions de chasse plus efficientes et assurer la survie à chacune. Voir le détail dans : The Indian Express, ce jour. Garima Rakesh Mishra. "Hunting as a pack, 4 tigers overturn jungle laws".

http://indianexpress.com/article/cities/pune/hunting-as-a-pack-4-tigers-overturn-jungle-laws/

Lev Kaplanov (mort en 1943) avait mentionné, pour les époques antérieures où les tigres étaient abondants en extrême orient russe, des groupes de 7 à 13 individus dans cette région.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 09:19

Une étude présentée par le ministre de l'environnement indien Prakash Javadekar le 20 janvier (jour de l'annonce du retour des tigres à un niveau démographique significatif), montre que la question clé pour un avenir solide repose sur la connectivité des espaces naturels dans un pays en pleins "développement" et "modernisation". Intitulé "Connecting Tiger populations for long term conservation", il rejoint les propositions faites hier samedi 24 par Valmik Thapar (voir blog du même jour). Source : Article précis et circonstancié. The Times of India TNN, ce Dimanche. Amit Bhattacharya. "The big cats are back, now clear their corridors."

http://timesofindia.indiatimes.com/home/environment/flora-fauna/The-big-cats-are-back-now-clear-their-corridors/articleshow/46007590.cms

Pour l'heure, le ministère a choisi, dès à présent, de convertir plus de sanctuaires de vie sauvage en réserves à tigre (passage de 47 à une cinquantaine) et d'augmenter l'efficience des mesures de protection là où elles laissent le plus à désirer, notamment dans le Nord Est du pays. Znews, ce Dimanche. Govt plans more tiger habitats as population rises.

http://zeenews.india.com/news/sci-tech/govt-plans-more-tiger-habitats-as-population-rises_1535919.html

ENFUMAGE MEDIATIQUE GROSSIER. Indépendamment de cette question, je constate l'utilisation massive, depuis le 20 janvier, dans les médias indiens et internationaux, d'une "nouvelle" référence aussi absurde que mensongère : celle des 70%. Les tigres indiens représenteraient désormais 70% des tigres sauvages dans le monde. Faisons les comptes. Celà signifierait environ 3150 tigres sauvages dans le monde aujourd'hui. Ils étaient officiellement 3200 en 2010, avec 1700 en Inde. En toute bonne logique, les tigres non indiens auraient donc perdu 550 individus sur 1450 ces 4 dernières années, soit près de 38% de leurs effectifs. C'est tout simplement grotesque, sachant que les populations hors Inde les plus importantes sont en hausse ces dernières années, nettement en Russie et en Thaïlande, plus modestement en Indonésie (comme le grand public le découvrira officiellement dans les prochains mois, voir aussi mon travail du printemps 2013 - document PDF à télécharger à partir de la page d'accueil de mon site "4 continents pour les tigres" - qui montre les différentes dynamiques à l'oeuvre). Ceci ne peut être balancé en aucune manière par les baisses significatives prévisibles en Malaisie et Birmanie d'une part, et au Bangla Desh, de façon plus modérée de l'autre, d'autant que des pays comme le Népal connaissent aussi une forte hausse de leur population de grands félins. Qui plus est, les effectifs réels (voir "Chiffres politiques et réalités", page blog du 17 janvier) sont supérieurs à ceux annoncés : c'est particulièrement vrai en Inde, de nombreuses zones étant peu et mal étudiées, et d'autres ne l'étant pas du tout, en Thaïlande et en Indonésie, et de façon encore beaucoup plus nette, en Russie. Aujourd'hui, les tigres indiens sont peut être 2500, et représentent en tout état de cause MOINS de la moitié de la population de tigres sauvages dans le monde. Les prochaines années montreront qu'ils ne représentent peut être pas plus du TIERS de celle - ci. On est loin des 70%...

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 11:27

AVEC PLUS DE 2200 TIGRES, VALMIK THAPAR PRÔNE LE PARTENARIAT PUBLIC PRIVE. Après avoir félicité tous les acteurs ayant permis un retour significatif du tigre en Inde (voir à ce sujet : page blog du 20 janvier), Valmik Thapar, l'un des deux plus grands spécialistes du félin (avec le russe Pavel Fomenko), insiste aujourd'hui sur le fait que seuls des systèmes de partenariat public privé sur la gestion des forêts et autres espaces naturels sera à même de réellement maintenir, et dans de bonnes conditions, une forte population de tigres en Inde. Son livre "Real solutions" à paraître en mai prochain, fera le point dans le détail sur ces questions cruciales pour un Avenir Solide des tigres dans le monde. Times of India TNN, ce jour. PPP mode only way for high tiger population : Valmik

http://timesofindia.indiatimes.com/City/Jaipur/PPP-mode-only-way-for-high-tiger-population-Valmik/articleshow/46001445.cms

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 11:11

Le tigre noir endémique de l'Odisha, connu depuis des siècles dans cette région, a vu ses effectifs sensiblement réduits au cours des 8 dernières années (45 en 2006, 28 aujourd'hui). Dans le même temps, cette région a connu une véritable explosion des populations de tigres au coloris majoritaire. Le tigre noir a peut être payé une forme de compétition génétique... Voir pour le détail : India TV News Desk, ce jour. Black tigers unique to Odisha on the verge of extinction ; 28 remains.

http://www.indiatvnews.com/news/india/black-tigers-unique-to-odisha-on-the-verge-of-extinction-28-left-46695.html

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 09:19

Un patron d'hôtel vietnamien arrêté pour achat massif d'os de tigre

Dans la province septentrionale de Bac Nan, Nguyen Van Doc, Directeur du Bac Kan Trading Hotel Co. Ltd, a été arrêté pour l'achat de centaines de kgs de morceaux de tigres, dans le but de réaliser de la poudre d'os et de revendre celle - ci. Une arrestation touchant une personnalité appartenant à la classe supérieure, sur ce motif, est une première au Vietnam. L'enquête qui a mené à lui dure depuis des mois.

Source : Tuoitrenews.vn. The News gateway of Vietnam, ce jour . "Vietnam hotel boss nicked for buying 303kgs dismembered tiger to make bone glue

http://tuoitrenews.vn/society/25561/vietnam-hotel-boss-nicked-for-buying-303kg-dead-tiger-to-make-bone-glue

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 08:28

La protection officielle des requins baleines contre l'utilisation des filets à thon aura des conséquences favorables pour ces derniers.

Les thons, superprédateurs sociaux vigoureux et véloces, sont des agents essentiels au regroupement des bancs de leurs proies. Le requin baleine, géant débonnaire et lent, profite largement des initiatives des thons. Il se place à la verticale et ouvre la bouche, bénéficiant ainsi presque sans effort de la manne offerte par la meute qui l'entoure sans l'affecter.

Désormais bénéficiaire de mesures destinées à éviter sa capture lors de la pêche au thon, "LA MONTAGNE DE JADE" (comme l'appellent les taïwanais) renvoie à ses protecteurs nourriciers la politesse qui lui est faite par ces derniers depuis la nuit des temps. Voir Science Daily, hier.

http://www.sciencedaily.com/releases/2015/01/150120142811.htm

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 07:53

Les autorités indiennes ont finalement décidé de jouer cartes sur table. Jusqu'à ces tous derniers jours, celles - ci laissaient entendre que le nombre de tigres recensés l'an dernier serait à peine supérieur à celui de 2010 (1720 / 1800 contre 1706). J'avais indiqué, il y a 3 jours (voir sur ce blog : "Chiffres politiques et réalités") que le gouvernement dissimulait sciemment les effectifs réels, supérieurs à 2000 individus. Le chiffre officiel publié ce jour est sans aucun doute plus conforme à la réalité des dynamiques écologiques et démographiques de cet animal.

https://in.newshub.org/india-s-tiger-population-increases-by-30-in-past-three-years-country-now-has-2-226-ti-9872044.html

La région des Ghats occidentaux abrite à elle seule 776 tigres (685 / 861), soit environ le tiers des effectifs de l'ensemble territorial de l'Union Indienne. Cette zone regroupe 4 états : le Karnataka (406 tigres), le Tamil Nadu (229), le Kerala (136), et Goa (5). La zone transfrontalière entre les trois premiers, Mudulalaï - Bandipur - Nagarhole - Wayanad, abrite 570 tigres sur un espace d'un seul tenant, non fragmenté.

http://zeenews.india.com/news/sci-tech/western-ghats-zone-holds-worlds-single-largest-tiger-population_1533538.html

Concernant le seul Karnataka, le spécialiste Ullas Karanth considère que cet état peut encore doubler sa population de grands félins à l'avenir, pour peu que les autorités fassent preuve d'une volonté politique comparable à celle du Rajasthan et du Madhya Pradesh (Inde du Nord), ainsi que du Maharashtra (Inde centrale).

J'avais souligné le dynamisme des grands fauves en Inde méridionale ( pour des raisons écologiques et plus encore, culturelles) dans une page blog du 17 janvier 2013 : "Ils s'en sortent par eux - mêmes... comme toujours" puis dans mon texte du printemps de la même année "Tigres : retour de la croissance" téléchargeable à partir de la page d'accueil de mon site "4 continents pour les tigres", auxquels je renvoie pour la circonstance. De plus, j'ai indiqué à plusieurs reprises sur ce blog, depuis plus d'un an, que les tigres indiens seraient inévitablement plus de 2000 au début de cette année.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 03:56

ERE MODERNE : L'ETERNEL PREPARA UN GRAND POISSON

Quand l'Homme Occidental a séparé radicalement l'Humanité de l'Animalité, il a fait entrer le Monde dans un cycle maudit. Claude Lévy Strauss

La Vérité toute nue ne peut être affrontée que par des géants – salamandres. Herman Melville. MOBY DICK

Car la mer nous révèle le visage obscur de Dieu qui se confond avec celui de l'Adversaire. Herman Melville. MOBY DICK

Hier samedi 17 janvier 2015, Arte a diffusé, à 20h50, un documentaire inédit de Jürgen Stumpfhaus : « La véritable histoire de Moby Dick », réalisé l'an dernier (rediffusion aujourd'hui 18 janvier à 14h 30, puis le 26 janvier prochain à 16h 25). L'auteur part sur les traces d' un cachalot "blanc" (parmi les descriptions faites de lui, l'une lui attribue une peau grise et une balafre faciale blafarde de 2,5m) qui affronta résolument les baleiniers aux environs de l'ïle Mocha, au large des côtes chiliennes. Celui - ci broya la jambe du capitaine de baleinier Edmund Gardner en 1816, et devint une figure de légende pendant des décennies au cours desquelles ses exploits guerriers se multiplièrent. Les baleiniers américains l'appelèrent MOCHA DICK, mais aussi "la prodigieuse terreur des océans", et même "le gentleman courageux". Les Lafkenches (du groupe Mapuche), pour qui l'île Mocha accueille les âmes de leurs morts transportés sur le dos de quatre baleines (Amuchura = La résurrection des âmes) en firent un gardien sacré et protecteur. Pprocèdent - ils des polynésiens maoris, qui, des îles Cook, auraient atteint Mocha grâce aux vents d'Ouest? Et notamment les Ngati Poru de l'extrême - Est de l'île du Nord de l'archipel neo - zélandais) - voir : Païka, la légende de l'ancêtre et des baleines à bosse - .Autres éléments prouvant la colonisation polynésienne de la région mapuche (Chili) 6 crânes se trouvent sur ​​l'île Mocha forme pentagonale avec polynésien typique du crâne et de la forme de la mâchoire. Les résultats de Une recherche publiée en Juin 2007 à Actes de l'Académie nationale des sciences et publié par le New York Times.

Les courants marins et les vents d'ouest pendant El Niño pointent directement vers le territoire mapuche. Pour les Polynésiens eux-mêmes, ces longs voyages étaient non seulement possible, mais ils sont inscrits dans la tradition orale. "

Archéologue Jose Miguel Ramirez, directeur de Rapa Nui études Centre de l'Université de Valparaiso

Le film montre ensuite que plus d'une dizaine de ses congénères ont agi de même au fur et à mesure que de nouvelles zones de chasse étaient découvertes dans le Pacifique, du Chili au Japon. Qui plus est, les chercheurs acousticiens ont montré que cette situation résultait de l'échange d'informations entre cachalots dans un langage spécifique sur l'ensemble de la zone à partir des Galapagos, pour, de fait, organiser la défense dans sa plus vaste échelle. Ainsi, chaque zone put bénéficier d'une sentinelle et gardien, qui protégeait cet espace et ses habitants contre les pêcheurs, qui donnèrent un nom à chacun. Le plus ancien était New Zealand Tom le tacheté, qui avait expédié 12 bateaux par le fond dès les premières années du XIXème siècle, avant d'être tué. Par la suite, aux côtés de Mocha Dick, accédèrent aussi à la célébrité parmi les baleiniers Don Miguel le tatoué, marqué comme une vieille tortue de signes hyéroglyphiques sur le dos, chilien comme Mocha Dick, et qui fut tué après avoir détruit de nombreuses baleinières appartenant à différents vaisseaux, Timor Jack le timide et Timor Tom le hideux (balafré comme un iceberg), Joe le combattant et le Vieux Soldat (protecteur des femelles et des baleineaux), Morquan le Roi du Japon, dont on racontait que le jet majestueux prenait parfois l'apparence d'une croix blanche contre le ciel... Ces cachalots combattants étaient en général de couleur claire, ce qui était lié à l'état avancé de desquamation de leur peau, phénomène dû à leur grand âge. En effet, dans les eaux chaudes, les cachalots muent en permanence, se débarrassant ainsi de grands lambeaux de peau, ce qui leur permet de se libérer de certains de leurs parasites. Flottant alors au gré des flots, ces vastes structures dermiques sont habituellement consommées par les poissons du voisinage. Voici la figuration synthétique qu'en donne Herman Melville, dans "Moby Dick" : " ... ce n'était pas tant sa taille extraordinaire qui le distinguait tant des autres cachalots, mais, comme on l'insinuait ailleurs, un front ridé d'un blanc de neige particulier, et une bosse blanche haute et PYRAMIDALE (ce qui est peut être en rapport avec le fait que Mocha Dick était couvert par une énorme quantité de pouce - pieds, beaucoup plus que la normale pour son espèce, qui lui donnait un aspect rugueux). C'étaient ses signes distinctifs, par lesquels, même sur les océans sans limites, inexplorés, il révélait son identité, de loin, à ceux qui le connaissaient. Le reste de son corps était si rayé, tâcheté et marbré de cette même teinte de linceul qu'à la fin, elle lui avait valu son nom distinctif de BALEINE BLANCHE ; nom vraiment justifié à la lettre par son aspect éclatant, quand on le voyait glisser, en plein midi, sur une mer bleu sombre, laissant un sillage laiteux d'écume crémeuse, toute parsemée de reflets d'or." Ces animaux inspiraient une terreur religieuse aux matelots, qui voyaient en eux les agents du Destin : Franck Bullen évoque le "gouffre de cette gueule béante comme le portail d'une cathédrale". Entre 1820 et 1851 (année de parution de "Moby Dick"), ils détruisirent non seulement de très nombreuses baleinières, mais aussi des navires amiraux de la flotte de chasse (faits qui inspirèrent la destruction du "Pequod" dans "Moby Dick"). Les cas les mieux connus sont ceux de l'Essex (1820, mentionné plus bas), du Pusie Hall (1835), de l'Arabella et de la Lydia (1836), du Two Generals (1838), du Pocahontas (1850), et de l'Ann Alexander, le 20 août 1851, quelques mois avant la publication de "Moby Dick". Ce dernier cas fit dire à Herman Melville : " Dieux! Quel critique littéraire remarquable que ce cachalot. Ce qu'il exprime est court, clair, précis et parfaitement ciselé. Je crains que mon mauvais ouvrage n'ait soulevé ce monstre". Le problème pour les baleiniers était tel qu'ils décidèrent en 1841 de cibler en priorité ces grands mâles combattants. Le conflit de haute intensité se poursuivit encore pendant 10 ans. L'industrie baleinière, pivot de l'économie américaine, en sort fragilisée. Elle sera définitivement mise à mal quelques années plus tard, à partir de 1864, par le CSS Shenandoah, croiseur confédéré qui enverra par le fond plus d'une trentaine de baleiniers nordistes, parachevant l'oeuvre des grands cachalots au cours de cette première bataille du Pacifique qui se déroula donc pendant les deux premiers tiers du XIXème siècle. Cet épisode a également induit une réorganisation socioculturelle importante chez les cachalots eux mêmes, comme cela sera à nouveau le cas au siècle dernier sous la pression de la pêche industrielle moderne (775 000 morts, grands mâles systématiquement visés après la seconde guerre mondiale) ou celle des orques nomades prédateurs de mammifères marins (voir les travaux de Hal Whitehead, précisions dans l'article "Spermwhale form clans to fight off Orcas" , du 11 avril 2012 ).

http://www.livescience.com/19632-sperm-whales-clans-orcas.html

L'association Sea Shepherd » de Paul Watson, qui combat directement les baleiniers depuis des décennies, assume concrètement l'héritage de ces protecteurs des océans.

Voir aussi "Terror whale of the Pacific (Mocha Dick)"

http://nauticalinformation.blogspot.fr/2007/11/terror-whale-of-pacific-mocha-dick.html

Harponné une première fois avant 1810 puis officiellement actif de cette date à 1859, Mocha Dick fut l'objet d'une légende chez ses adversaires qui dura presque 50 ans, pendant laquelle il lui fut attribué plus de 100 batailles, la mort d'une trentaine d'hommes, la destruction de 14 baleinières et de 3 navires baleiniers, ainsi que deux navires marchands (un Français et un Australien). Son souffle était également très particulier, et produisait comme un rugissement métallique : au lieu de projeter son jet vers l'avant en oblique, et de broncher en un effort bref et convulsif avec un bruit de reniflement comme le font en général ceux de son espèce, il chassait l'eau par son nez en un large volume altier et perpendiculaire à des intervalles réguliers et passablement distants ; son expulsion produisait un rugissement continu, comme la fumée s'échappant de la valve de sécurité d'une puissante machine à vapeur. Après sa mise à mort supposée (selon une version de son histoire parmi beaucoup d'autres),on lui attribua une longueur de 110 pieds (33m) et plus d'une tonne par pied (110 / 120t). A ce propos, notons la description, rapportée par Herman Melville, d'un très grand cachalot abattu dont la longueur totale avoisinait les 27m (avec une mâchoire inférieure d'environ 6m) pour un poids estimé à 90t au minimum. Or, le musée de New Bedford conserve une mâchoire longue de 7m, ce qui, par extrapolation, correspondrait à un individu de 31,50m pour un poids de 143t et 885kgs ( je remercie mon frère Michel Sennepin pour m'avoir gracieusement transmis ces résultats, issus de ses recherches personnelles, et d'avoir attiré mon attention sur ceux - ci). Par ailleurs, il aurait été constaté que Mocha Dick avait 19 harpons (anciens ou récents) fichés dans le corps (témoignage effectué 8 ans après la sortie du livre "Moby Dick"...). Il était éborgné et avait 6 dents brisées. Source : Mocha Dick. The Legend and the Fury. Brian J. Heinz (texte), Randall Enos (illustrations), 19 août 2014. Il n'est donc pas exclu qu'il eut été confondu, parfois, avec "un ami sorti de l'onde à sa place". Voir aussi : "The beast that inspired Melville's Moby Dick." Mike Coppock. 20 Décembre 2014.

Le 11 Décembre prochain, sortira aux Etats - Unis « Heart of the Sea », film de Ron Howard, qui relate la quête de vengeance d'Owen Chase après l'épisode de l'Essex, navire coulé par un cachalot géant en 1820 (événement relaté en détail par Nathaniel Philbrick dans son ouvrage « La véritable histoire de Moby Dick. Le naufrage de l'Essex qui a inspiré Herman Melville, paru en version française en 2000 aux éditions Jean Claude Lattès ). Voir la Bande Annonce et une interview du réalisateur dans Entertainment weekly du 4 novembre 2015 :

http://www.ew.com/article/2015/11/203/heart-sea-ron-howard

Il est temps d'inscrire le rôle déterminant du Cachalot dans l'Histoire de la Modernité tardive.

Je travaille sur cette question depuis l'an dernier. Je publierai cette année un document détaillé sur le cachalot au 19ème siècle (à travers les ouvrages de Nelson Cazeils, Herman Melville, Georges Blond, Nathaniel Philbrick et quelques autres) et le tigre à la confluence des XXème et XXIème siècles comme agents catalytiques de dépassement de la Modernité dans des processus aux similitudes remarquables. Voici un bref aperçu, centré sur le grand prédateur marin, de cette « bouleversante évidence ».

CONTEXTE HISTORIQUE : AU COEUR DES TENEBRES. Les XVIIIème et XIXème siècles sont ceux du massacre généralisé des géants, jusqu'à extinction complète de nombre d'entre eux,

sans recours massif à des procédés industriels (ceux ci ne deviendront dominants qu'au XXème siècle). Tout repose sur la conviction, l'endurance et l'acharnement des hommes. Voici quelques exemples emblématiques parmi beaucoup d'autres. En Russie orientale, dès les années 1740, destruction de l'écosystème des îles Bering, éradication des rhytines de Steller, siréniens presque aussi volumineux qu'une baleine (date d'extinction officielle : 1768) et du Cormoran géant de Pallas, qui finira par « s'éteindre » avant 1850.

Au Canada oriental : grand pingouin complètement disparu dès 1800 (œufs massivement collectés, oiseau lui même utilisé comme combustible vivant ...) puis vison de mer et sa proie occasionnelle : canard du Labrador - aux environs de 1870.

En Patagonie : Le loup des Falklands est définitivement anéanti en 1876 (et même le chien fuégien, forme domestique du renard des Andes, entre 1880 et 1919)

« MOBY DICK » (1851), pêche en eaux troubles.

Contexte historique : l'affolement. Nathaniel Philbrick, dans son ouvrage mentionné plus haut, a montré à quel point le comportement de résistance vigoureuse de grands cachalots mâles a profondément déstabilisé psychologiquement le Monde des baleiniers, où beaucoup finissent par comprendre que « le gibier » s'est engagé dans une guerre d'autant plus résolue et déterminée que son enjeu est la survie de l'espèce. Un aspect particulièrement troublant pour les observateurs est le rôle actif et direct du grand mâle dans la protection du troupeau, notamment des femelles et des petits. Et comme indiqué plus haut, la sortie du livre de Melville suit de quelques mois une nouvelle destruction de navire baleinier ( l'Ann Alexander ) par un cachalot. De façon très symptomatique, Melville craint alors explicitement que son écrit ait poussé l'animal à frapper.

Le nom donné au cachalot de sa nouvelle montre sans ambiguïté à quel animal réel Melville se réfère. Pourtant, il ne l'a jamais dit, présentant sa source d'inspiration principale dans le drame de l'Essex en 1820, comme l'a magistralement montré Nathaniel Philbrick.

Si en 1834, le poète Ralph Waldo Emerson évoque son dialogue avec un marin qui lui parla d'un cachalot blanc connu pour endommager des navires avec sa mâchoire, si J.N. Reynolds publia ce qu'il pensait savoir de cet animal dans le magazine « The KnickerBocker » en 1839, Melville, pour sa part, ne mentionne JAMAIS Mocha Dick dans ses sources d'inspiration. Il évoque « Don Miguel, baleine chilienne, marquée comme une vieille tortue de signes hiéroglyphiques sur le dos » dont on sait qu'il était le gardien d'une zone située au Nord de celle de Mocha Dick. Il n'évoque pas plus Edmund Gardner, dont Mocha Dick détruisit une jambe en 1816, et dont le navire marchand « l'Union » avait été coulé par un cachalot neuf ans plus tôt, en 1807 (195 ans après cet évènement, un incident de même type se reproduira selon des modalités analogues pour la barge "Kathleen", en 1902).

Travaillant à l'encre de fuite (substance sombre que les cachalots nains expulsent pour échapper au danger), l'auteur semble pêcher en eaux troubles et chercher à noyer le poisson.

LE PEQUOD : l'Amérique, Léviathan. Ardent défenseur de l'industrie baleinière, Melville intitule « Honneur et Gloire de la pêche à la baleine » l'un des chapitres de sa nouvelle. Les baleiniers seraient les représentants modernes du phylum des chevaliers médiévaux qui affrontent les dragons, et avant eux, des cavaliers de l'Apocalypse qui luttent contre Léviathan. Les références bibliques sont présentes tout au long de l'ouvrage. Au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue, les lignes se brouillent, tout devient ambigü. puis bascule. A plusieurs reprises, le capitaine Achab est présenté (ou se présente lui même) comme le Diable, et il en donne des preuves physico – chimiques, comportementales, etc... Or il est, fondamentalement, un archétype du héros américain, un authentique soldat mandaté par ses pairs (qui connaissent sa motivation et sa détermination) en 1841 pour abattre l'un des cachalots "ennemis de l'Amérique". Son navire, le Pequod, est sociologiquement une Amérique en miniature, qui vogue vers son destin inéluctable. Le cachalot combattant, lui, est explicitement lié au Soleil, à Zeus (sous la forme du taureau blanc), il exprime la Joie, la Force protectrice, tout à la fois minuscule belette chthonienne et immense saumon céleste... Léviathan est la symbolisation biblique de Babylone, puis de Rome. Ici, celui qui le terrasse ne serait -il pas Ichtys, le poisson du Christ ? Et Melville n'a t-il pas subconsciemment anticipé l'approche Dostoïevskienne de prolonger les Ecritures Saintes par la Littérature ?

En tout état de cause, c'est Mocha Dick qui a poussé cet auteur à produire un récit dont les conséquences civilisationnelles sur notre rapport aux grands animaux sauvages furent gigantesques. La coque de la pensée réificatrice en a été disloquée.

100 ANS PLUS TARD : HERITAGE. Dans les années 60 du siècle dernier, le chercheur Roger Payne découvre la beauté du chant des baleines à bosse. Il fait entrer ce chant dans l'espace culturel de notre civilisation, interrogeant en ces termes les responsables de l'industrie baleinière : « Vous transformez des poétesses compositrices en nourriture pour chats ? Je pense que c'est un crime ». Son initiative provoquera l'irruption de Paul Watson et du Sea Shepherd sur la scène de l'Histoire. Ainsi, Orphée promeut le chant sacré des Muses et pousse Héraklès à s'unir à lui dans le refus de leur profanation (voir Pierre Hadot, Le voile d'Isis : essai sur l'histoire de l'idée de Nature, Gallimard 2004).

En 1966, dans ce qui est alors l'Allemagne de l'Ouest, une baleine blanche bélouga provoque la mobilisation du Bundestag pour la dépollution du Rhin. Ceci se produit 6000 ans après le dialogue entre un animal de la même espèce et un chaman finnois de Karélie, immortalisé sur un pétroglyphe à l'embouchure de la rivière Vyg dans la Mer Blanche, près de la ville de Belomorsk (travaux de Rauno Lauhakangas).

Aujourd'hui, les baleines à bosse ont commencé à reconstituer leurs effectifs. Avec une population totale située entre 80 000 et 100 000 individus, elles ne sont plus en danger. Quant aux cachalots, ils ont encore mieux résisté : 360 000 individus, estimation basse ( Ellis R. 2011. University Press of Kansas. The great spermwhale : a natural history of the ocean's most magnificent and mysterious creature).

Mais les "accidents" peuvent encore intervenir. Voir le cas des 5 britanniques et de l'Australien noyés après la destruction de leur navire début novembre 2015 :

http://www.smh.com.au/world/did-a-whale-sink-canadian-whalewatching-boat-leviathan-ii-20151103-gkpd1o.html

C'est le début de la fin de la Modernité tardive, dans laquelle nous sommes toujours et qui va durer quelques décennies encore. Citons à ce sujet la formule éclairante d' Antonio Gramsci : « La crise consiste justement dans le fait que l'Ancien meurt et que le Nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ».

ANNEXE : La figure masculine du cachalot. DELIVRE NOUS DU MAL.

Le cachalot, guerrier chevaleresque et protecteur, correspond parfaitement à ce que les baleiniers du XIXème siècle pouvaient considérer comme un ennemi digne d'eux, fidèle aux canons antiques, médiévaux et modernes sur le masculin actif et le féminin passif. De ce point de vue, l'extermination des rhytines et le massacre des baleines franches, animaux des plus placides, s'apparente à un viol de masse. Thierry Lodé (La biodiversité amoureuse. Sexe et évolution, Odile Jacob 2011) a su montrer que le patriarcat était une réponse de l'Humanité (qui remonte au moins à plusieurs dizaines de milliers d'années) à la différenciation évolutive des sexes. Ce type d'organisation a connu des durcissements successifs, dès la Préhistoire( Jacques Picard : Le mythe fondateur de Lascaux, l'Harmattan 2003), puis à Rome (institution précoce d'un droit de mort du chef de famille sur sa femme et sa fille). De façon fort symptomatique, le Moyen-Âge tardif, phase historique de réorganisation chaotique et conflictuelle des repères collectifs va entraîner un nouveau durcissement identitaire qui débouchera, pendant deux siècles (1450 – 1650) sur le plus grand massacre de femmes de tous les temps (Françoise d'Eaubonne, Le sexocide des sorcières, L'esprit frappeur 1999). Ce fut bel et bien une guerre d'anéantissement à but sociopolitique, car les personnes visées prolongeaient les activités d'horticultrices, d'herboristes et d'apothicaires des femmes préhistoriques, si déterminantes dans la survie des sociétés traditionnelles.

Le « Malleus maleficarum » (« Marteau des maléficieuses, », document destiné à armer idéologiquement les bourreaux) indique : « Nous devons rappeler que par sorcières nous n'entendons pas seulement celles qui tourmentent et tuent ; font partie aussi de ce groupe celles qui DELIVRENT DU MAL ».

Et après la guerre, la chasse peut commencer...

De ce point de vue, la hure géante de Mocha Dick a peut être commencé à rééquilibrer le temps et l'espace, en portant un coup fatal à terme, non seulement à l'ère moderne, mais aussi à l'Holocène, et même à la malencontreuse révolution écologique et sociale de l'Âge glaciaire, quand les Hommes prirent le pas sur les Grands Prédateurs, et cherchèrent à se substituer à eux en toute incompétence (Sergei Zimov, Wildfield Manifesto, 14 octobre 2014, page blog "Une grande prairie en Russie centrale", 13 décembre 2014), chose qu'ils ont cherchée à renouveler, de fait, au cours de la première moitié du XIXème siècle, face aux gardiens de l'Océan.

Alain SENNEPIN, 18 janvier 2015

CREATEURS DU CIEL ET DE LA TERRE. Voir aussi, sur le rôle fondamental et central des baleines dans le fonctionnement de la Vie et du Climat dans les océans, sur terre et dans les airs, l'article particulièrement circonstancié et roboratif de George Monbiot dans le Guardian du 12 Décembre 2014.

http://www.theguardian.com/environment/georgemonbiot/2014/dec/12/how-whale-poo-is-connected-to-climate-and-our-lives

Catherine Doutey, infographiste au Courrier International, en a illustré l'essentiel dans un schéma très explicatif, page 35 du n° 1266, paru le 5 février 2015.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 05:40

DONNEES OFFICIELLES, DYNAMIQUES DES POPULATIONS D'ANIMAUX SAUVAGES ET SANGLOT DE L'HOMME BLANC. Tigres et jaguars, baleines et rhytines.

DONNEES OFFICIELLES ET ORIENTATIONS POLITIQUES. Tigres et jaguars. Les dynamiques démographiques et spatiales des grands animaux sauvages restent à ce jour largement incomprises. Faute de mieux, on avance des données officielles, plus en rapport avec la politique choisie qu'avec la réalité, que l'on ne peut de toute façon que très difficilement embrasser, et de façon très indirecte.

Les malaisiens, dont les forêts se dépeuplent et dont les tigres rejoignent massivement le marché chinois en pièces détachées via la Birmanie ont préféré mettre la carte de leur impuissance à juguler ce phénomène sur la table. Avec 500 tigres en 2010, et un objectif de 1000 en 2022, la Malaisie a très officiellement jeté l'éponge l'an dernier et appelé à l'aide. Les tigres seraient désormais moins de 300 dans ce pays, où ils étaient 3000 dans les années 1950.

L'Inde annonce entre 1720 et 1800 tigres sauvages sur son territoire à la fin de l'an dernier (les chiffres définitifs seront diffusés le mardi 20 janvier), soit une très légère croissance par rapport au dernier "recensement" de 2010 (1706 individus). Le gouvernement en place depuis mai dernier s'inscrit dans une logique de protection très active (qui n'est pas nécessairement toujours adéquate) face à une réalité protéiforme. Dans le cadre de l'objectif de doublement des effectifs entre 2010 et 2022, on peut raisonnablement s'attendre à une "montée en puissance" progressive des chiffres officiels au cours des années à venir, alors que les effectifs réels sont à peu près sûrement, d'ores et déjà, supérieurs à 2000.

Sous - estimation plus significative encore pour les tigres de Chine du Nord Est (qui, il est vrai, partent de très bas). Ils sont officiellement entre 12 et 20, officieusement une quarantaine (ils étaient encore 150 en 1970). Une portée de quatre nourrissons et leur mère ont été filmés l'automne dernier. Avec la sortie du livre de Judith A. Mill "The blood of the tiger" sur les fermes à tigre chinoises, la réunion de la CITES des 28 et 29 janvier prochain à Pékin, Xi Jin Ping souhaite changer l'image de son pays au cours des deux ans à venir. A la fin de l'an dernier, un notable bien connu pour consommer du tigre lors de banquets fastueux a été condamné à 13 ans de prison, et 21 nouveaux couloirs écologiques transfrontaliers avec la Russie vont être "ouverts" (voir page blog du 14 janvier "Extension du domaine de la lutte"). Les informations reçues hier et aujourd'hui sur la préparation de l'atelier CITES vont également dans ce sens.

Pour les tigres russes, on annoncera vraisemblablement un effectif de 550 individus lors de la publication des résultats, en mai prochain, du recensement dont la dernière phase se déroule à la fin de ce mois et au début février. Mais sur des espaces aussi immenses (et c'est vrai aussi côté chinois, sans parler de l'absence de données en Corée du Nord), ici peut être encore plus qu'ailleurs personne ne peut recenser les tigres, on ne peut dégager que des tendances. Les tigres de l'Amour étaient, à l'automne 2007, plus de 400 et moins de 1400 (nombreux témoignages du "terrain", interview d'un chasseur Udege sur Radio Moscou en février 2008, film "Amur Tiger" 2008). Et leurs populations ont augmenté au cours des 7 années suivantes. C'est tout ce que l'on peut dire de scientifiquement raisonnable et honnête. Ayant atteint un point bas au milieu des années 90, les effectifs ont connu ensuite un rebond vigoureux, observé par tous les acteurs de terrain. L'opération Amba, lancée en 1995, a manifestement était COMPRISE par les tigres, qui ont "mis le paquet" lors de cette "fenêtre d'opportunité". Au début des années 2000, une tigresse affamée et ne pouvant plus nourrir son rejeton, "s'était rendue" aux soldats russes en poste sur la frontière avec la Chine, après de nombreuses approches sonores explicatives de sa part, et il est clair que les garde frontières lui inspiraient confiance et constituaient, à ses yeux, un espoir de survie et non l'inverse. Chaque individu ayant besoin d'un très vaste territoire, ces animaux ne peuvent dépasser quelques milliers d'individus, même dans des conditions optimales. Au début du 19ème siècle, ils étaient environ 2500 (voir CatsNews 61 p 18 de l'automne dernier), soit 4 fois moins nombreux (estimation TRES prudente) que leurs congénères d'Asie centrale ("Turkestan russe") à la même époque. Concernant les jaguars, Alan Rabinowitz, qui a initié, avec l'association Panthera, un "Jaguar corridor" à l'échelle continentale américaine, faisait observer récemment que la seule chose pouvant être raisonnablement dite sur les effectifs actuels de ces animaux, c'est qu'ils sont plus de 20 000 et moins de 100 000...

VOUSSURE CULTURELLE : "LES CAROTTES SONT CUITES" (ou "La fatigue moderniste comme source d'incompréhension des dynamiques des populations"). Baleines et rhytines. Depuis plusieurs décennies, les grands cétacés connaissent un rebond démographique après le point bas des années 60 et 70 du siècle dernier (près de 600 000 rorquals de Minke dans le seul Océan Austral, plusieurs centaines de milliers de cachalots dans l'Océan mondial, estimation basse (Ellis R. 2011. University Press of Kansas. The great Spermwhale : a natural history of the ocean's most magnificent and mysterious creature) et autant de requins baleines, plus de 80 000 baleines à bosse (estimation modérée) et même, reconstitution régionale des baleines bleues pour le Pacifique du Nord Ouest à hauteur de 97 % des effectifs d'avant l'exploitation baleinière (Monnahan, Branch & Punt 2015, dans Marine Mammal Science, Volume 31, Issue 1, Janvier 2015. Do ship strikes threaten the recovery of endangered eastern North Pacific blue whales?) Etrangement, du moins de prime abord, c'est dans ce contexte que Jean Pierre Sylvestre écrit "Si le chant des baleines s'éteignait. Menaces sur les mammifères marins" ( eds. Albin Michel, 4 Avril 2014). De fait, le point bas des années 60, sur terre, en mer, et dans les airs a eu un impact durable dans la psychologie collective. Eradication du Grizzly mexicain et du tigre d'Asie centrale, évènements particulièrement atroces dans les Océans (voir page blog du 7 décembre dernier "Se souvenir des belles choses") après tant d'autres épisodes douloureux intervenus lors des siècles précédents et bien connus de tous... Ceci a orienté "dépressivement" une analyse qui n'a guère de scientifique que le nom.

Un cas emblématique : les rhytines de Steller. Ces animaux ont subi une extermination rapide au dix huitième siècle, officiellement en 27 ans (voir "Un tigre peut féconder l'Océan", publié sur ce blog le 21 avril dernier). Jean Pierre Sylvestre, comme Fabrice Genevois (Le crépuscule des vaches de mer, eds. Le Guetteur, 2012), présentent ces animaux comme en déclin dès avant leur massacre par les colons russes, avec une probable disparition à moyen terme même si ce drame n'était pas survenu. Or, en 3000 ans, les chasseurs aléoutes n'avaient altéré ni les populations de loutres de mer ni celles de rhytines, ce qui maintenaient l'équilibre avec les oursins et les algues géantes Laminaria constituant les forêts marines abritant les unes et les autres (constat établi par Alexandre Bourdine et son équipe en 2012). Genevois et Sylvestre mésestiment l'amplitude de la distribution des rhytines dans les îles Aléoutiennes à l'époque de l'expédition Bering, ainsi que leur survie tardive dans la zone, pourtant mises en lumière par les travaux de Domning, Thomasson et Corbett en 2007 "Steller's sea Cow in Aleutian Islands" (ces animaux avaient même habité les eaux alaskiennes - île St Lawrence -, jusqu'au Moyen - Âge au moins (travaux de Crerar et son équipe, publiés le 26 novembre 2014 dans Biological Letters : "Rewriting the history of an extinction. Was a population of Steller's sea cows (Hydrodamalis gigas) at St Lawrence island also driven to extinction?")). De plus, leurs assertions sur la survie "tardive" des Rhytines sur les îles Bering et du Cuivre dûe soi - disant à leur totale absence de contact avec les Aléoutes sont clairement invalidées par Domning et son équipe, tout comme par Savinietsky et la sienne, 3 ans plus tôt. Qui plus est, ces mêmes travaux renforcent explicitement l'hypothèse émise par Domning, en 1972, du rôle originel des rhytines dans l'acquisition d'un savoir faire pour la chasse baleinière des Aléoutes comme d'autres populations plus septentrionales, avec toute l'implication culturelle et magico -religieuse que celà implique entre chasseurs et proies, comme l'a montré Jean Malaurie dans "L'Allée des Baleines" en 2001). Ces aspects cruciaux sont totalement ignorés de Genevois et de Sylvestre. En tout état de cause, ces animaux géants sont massacrés à partir de 1741 dans des proportions croissantes, leurs corps étant majoritairement perdus en mer. En 1755, l'ingénieur des mines Petr Yakolev demande un oukase pour leur protection mais n'est hélas pas écouté par la tsarine Elizabeth 1ère. Lors de l'hiver 1767 – 1768, l'explorateur Martin Sauer enregistre officiellement le dernier animal, tué par un certain Popoff. Genevoix parle de 1747 comme l'année de plus grande destruction (250 individus tués). Et Stejneger, en 1887, avait estimé la population de rhytines juste avant l'arrivée des russes à 1500 individus. Ceci est tout simplement impossible, et la dynamique des populations de ces animaux a été sérieusement sous - évaluée. Turvey et Riley, en 2006, ont mis en lumière les éléments suivants, à la lecture du travail de Stejneger. 250 rhytines ont bien été abattues en 1747, mais elles ont été environ 530 dans ce cas en 1754 (d'où l'appel angoissé de Yakolev l'année suivante), et encore quasiment 300 en 1762. Qui plus est, l'auteur souligne qu'il s'agit de répertoires tout à fait partiels ("very defective historical data"). Les pertes réelles étaient donc encore nettement supérieures. Sources : Turvey (S.T), Risley (C.L). 2006. Modelling the extinction of Steller's sea cow. Biology letters, 22 mars 2006 2 (1), 91 - 97. Et Stejneger (L). 1887. How the great northern sea cow (Rytina) became exterminated. Am. Nat., volume 21, 1047 - 1054. D'ailleurs, Sylvestre constate que désormais, les scientifiques, prudemment, refusent de se prononcer dans un sens ou l'autre quant à la survie actuelle des rhytines. Dans ce contexte, il paraît urgent, pour lui assurer une protection effective et un avenir solide, de découvrir "les ressorts cachés" du requin pélerin, qui semble particulièrement menacé à brève échéance.

Voir aussi, sur le DUGONG, animal proche de la rhytine :

1. L'industrie dugonguière australienne (1847 - 1969) : Read (M) Sobtzick (S). 2013. A review of the population dynamics of dugongs in Southern Queensland 1830 - 2012. 33 pages. Department of Environment and Heritage Protection. State of Queensland.

2. Conséquences destructrices du "sanglot de l'Homme Blanc". Chasse aborigène entre Australie et Nouvelle - Guinée au XXIème siècle : Heinsohn (R), Lacy (R.C), Lindenmayer (D.B), Marsh (H), Kwan (D), Lawler (I.R). 2004. Unsustainable harvest of Dugongs in Torres Strait and Cape York (Australia) waters : two case studies using population viability analysis. Animal Conservation 7, 417 - 425 (Zoological Society of London).

Dans l'Océan Indien, jusqu'à la fin des années 60 et au début des années 70, il existait encore des troupeaux de 500 animaux près des côtes de Somalie et du Kenya...

RESULTATS INCERTAINS, APPROCHE EVOLUTIVE. La distribution spatiale des populations, particulièrement mouvante, exige de toute manière un suivi particulier. Aujourd'hui, le chat des roseaux, présent du Vietnam à l'Egypte est peut être déjà en Europe. Des observations en plusieurs endroits des côtes occidentales turques, en contradiction avec les cartes de distribution établies (CatsNews 61, p 11) montrent qu'il pourra atteindre sans grande difficulté l'île grecque de Samos, ou peut être même qu'il y est déjà installé. Même constat pour le chacal doré en Franche Comté (au moins un individu présent dans le canton de Vaud voisin en 2011), et même le porc - épic dans le Var (significativement présent dans les zones frontalières d'Italie du Nord - Ouest).

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  • : Le retour du tigre en Europe: le blog d'Alain Sennepin
  • : Les tigres et autres grands félins sauvages ont vécu en Europe pendant la période historique.Leur retour prochain est une nécessité politique et civilisationnelle.
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