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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:45
J'ai ouvert le blog où est publié cet article au début de l'année 2009, pour promouvoir la réimplantation de tigres sauvages au coeur de l'Europe, après des siècles d'absence, et une présence largement ignorée pendant les temps médiévaux.
Ceci fut fait en suite logique à la mise en place du site "4 continents pour les tigres" à l'été 2007, à la recherche de formules originales permettant un avenir solide aux grands félins.
Je donnerai sur ce sujet une conférence au Museum d'Histoire Naturelle de Paris le 23 Janvier 2010, intitulée "Le retour des grands félins au coeur de l'Europe : renaissance du Dragon Vert".
Entièrement absorbé par cette tâche, je n'avais plus transmis depuis cette période, de contribution écrite à la revue de la Fédération Allier Nature, à laquelle j'avais fourni des articles régulièrement depuis 2001.
Je souhaite donc que ce texte, publié sur mon blog le 27 octobre 2009, puisse servir à la nécessaire harmonisation des luttes locales et globales pour la défense de la Nature, pour l'Allier, l'Europe et le Monde.

J'ai utilisé notamment, pour la mise en lumière des richesses du fleuve Allier  et son caractère accueillant pour une faune eurasienne digne de ce nom, les documents sur la forêt et la biodiversité en Auvergne d'une part, l'Allier rivière sauvage d'autre part, publiés par la FRANE en 2009, et en regard, et éclairage additionnel à celà, le Terre Sauvage Hors Série Cahiers Nature de l'Hiver 2008 - 2009 sur l'Europe Nature, "Rare animals" de O.P. Bogdanov 1992, concernant les espèces remarquables de la faune ouzbèke dans leur milieu, don gracieux de M. René Cagnat ,  auteur de "La Rumeur des steppes,"traducteur en russe  de mon texte "L'avenir des tigres est en Russie" (avril 2009, concernant notamment des zones occidentales et méridionales du pays ) et ambassadeur de France en Kirghizie, à l'occasion de notre rencontre le samedi 10 Octobre, "Les forêts de la Gaule et de l'Ancienne France" d'Alfred Maury, Jean de Bonnot 1994, "Les régions naturelles de l'URSS", de Léo Berg, Payot 1941.

 L'ASIE CENTRALE A FEU ET A SANG, L'EUROPE ORIENTALE FRAGILISEE
Je pars d'un constat fort simple : l'ère de répartition traditionnelle des tigres est soumise à une situation socio politique chaotique, qui n'est guère propice à la sauvegarde des derniers survivants à l'état sauvage d'une part, ni à la réintroduction d'animaux captifs réensauvagés d'autre part.
La zone qui compta jusqu'au milieu du XXème siècle entre 15 et 20 espèces de grands et moyens mammifères carnivores (dont 7 espèces de grands félins), et hébergeait des descendants des rhinocéros à fourrure préhistoriques à l'époque où les tigres vivaient aussi en Europe, est aujourd'hui sinistrée écologiquement et humainement, les deux choses étant intimement liées.
J'ai documenté largement, à plusieurs reprises, la connection fonfamentale entre le destin des tigres et des hommes (voir mon site et mes articles parus dans la Lettre de la SECAS en 2008),  la question de la puissance du lobby du commerce des produits issus des grands prédateurs (voir par exemple la page publiée le 14 juillet dernier),  et d'une façon plus générale, l'impact des activités humaines les plus destructrices en lien avec des types d'organisations sociales aux conséquences cataclysmiques pour les êtres humains (pages des 12 Juillet et 11 Octobre).
Aujourd'hui, Chine, Inde et Russie sont pris dans un tourbillon nécrosant, où les vertus traditionnelles de leurs cultures respectives sont méthodiquement mises à mal par les classes dominantes, et salies aux yeux des peuples. L'anéantissement des cultures du tigre en Asie par la modernité européenne à partir de la fin du 19ème siècle avait brisé un lien vital pour les sociétés humaines. En conséquence directe, celles ci semblent désormais en train de se suicider.
La Russie orientale est dévastée par les mafias chinoise et locale (voir page du 11 Octobre).
La Chine masque des difficultés immenses et une situation précaire derrière une boursouflure dysharmonique aux antipodes de l'économie - à moins que l'on confonde Amour et viol - (pages des 12 Juillet et 4 Octobre), entraînant notamment un point de rupture léthal entre les différentes communautés qui la composent.
 Une Inde aboulique dans tous les domaines essentiels à la sauvegarde de ses populations, sans parler de sa diplomatie illisible et par conséquent jugée négligeable, parachève dans l'anomie la destruction de sa culture entamée par Nehru au siècle dernier, en s'engageant dans le "Green Hunt", une opération paramilitaire contre des prétendus "Naxalites Maoïstes" dont la plupart ne sont que des pauvres gens qui n'en peuvent mais, intouchables et dalits qui cherchent à survivre et s'affranchir d'une oppression intolérable dans les forêts et les ravines du centre du pays, prélude possible à une guerre civile de grande ampleur.
La Chine, en difficulté dans la partie de l'Asie centrale sur laquelle elle a la main mise politique (Tibet, et bien plus encore Xinjiang), menace d' annexer "le Tibet du Sud", l'Anurachal Pradesh sous contrôle politique indien, qu'elle revendique comme sien. Elle attise le séparatisme cachemiri, soutient le Pakistan qui, en retour, n'a pas peu contribué à la liquidation des Tigres de l'EELAM tamoul au Sri Lanka en mai dernier. Un blogueur anonyme chinois indique que "La Chine peut démembrer la prétendue Union Indienne en un clin d'oeil". Dans le contexte du "Green Hunt", celui - ci n'a probablement pas tort...
Et peut - on raisonnablement envisager,  dans un avenir prévisible,  une réintroduction du tigre centre asiatique (à partir de son noyau génomique sibérien) au Pakistan, en Afghanistan, ou dans les zones hyperarides du Karakalpakstan ouzbek où le delta de l'Amou Daria au débit significativement appauvri n'est plus connecté au  flanc sud de la mer d'Aral et où les pesticides mis à nu par l'assèchement de l'environnement entraîne le taux de mortalité infantile le plus élevé au Monde?
Ceci relativise le tracé initialement prévu pour le "Dragon vert", projet de reconstitution des forêts alluviales du réseau hydrographique eurasien préalable à son réensemencemencement en grands prédateurs sauvages, dont grands félins et hyénidés, en Asie centrale du méandre occidental du Fleuve jaune à la mer Caspienne, puis en Europe orientale à partir des côtes orientales des mers Noire et d'Azov ( page publiée le 27 Aout, puis l'alternative septentrionale proposée par Evgeny Kashkharov - communication personnelle du 25 septembre - ).
De plus, le delta du Danube voit ses ecosystèmes mis à mal.
Une initiative des autorités roumaines prise en 2008 (destruction des espèces clefs de voûte telles que les grands prédateurs, ainsi que les chevaux sauvages et les pélicans) est le prélude à la mise en culture des forêts alluviales, à l'image de ce qui se passa au Turkestan russe dans la première moitié du XXème siècle (destruction des tigres, léopards, lions relictuels, panthères des neiges à partir de 1906, préalable à l'incendie de la forêt tugaï et la famine artificielle qui extermina un tiers des pasteurs kazakhs (1929 - 1931), la transformation de la steppe lacustre en champs gigantesques pour la monoculture du coton (années 30, puis 50) et la destruction de la mer d'Aral et des populations humaines et animales riveraines et endémiques (années 60 et 70).
De plus, et à une échelle présente probablement pire encore, le passage de supertankers ukrainiens ravage ce milieu qui fut jusqu'à une époque très récente d'une extrême richesse. Les autorités ukrainiennes ont entamé la construction d'un canal, creusant le fond du delta sur une profondeur de 22 mètres, bouleversant en totalité l'équilibre de celui - ci, pour permettre le passage de supertankers plus volumineux encore.
La Commission Européenne, directement responsable de ce qui se passe sur le territoire relevant de son autorité, est d'un silence assourdissant concernant les deux causes de destruction d'un joyau territorial sur lequel elle a une main mise politique théorique.
La construction du "South Stream", gazoduc sous la Mer Noire conjointement construit par la Russie et l'Italie, après un accord bilatéral Poutine - Berlusconi contre l'avis d'une commission européenne impuissante, est un autre symptôme de la "réalité" de l'Europe comme ectoplasme politique impuissant, qui, s'il l'était, adopterait de toute façon, pour l'instant, les orientations asiatiques présentes.

L'EUROPE, TERRE ENCORE SAUVAGE : TIGRES ET CHEVAUX
Réintroduire des tigres dans les forêts alluviales de l'Allier ou de tout autre fleuve sauvage européen ne va évidemment  pas de soi, et chacun est bien conscient des harmonisations nécessaires et des étapes à organiser pour l'établissement d'une expérience non pas dissuasive et vaccinatoire, mais au contraire utile, efficace, productive et féconde.
Et en premier lieu, l'extension des zones alluviales est préalable à l'introduction de grands félins, loin de zones habitées dans un premier temps. Une révision en profondeur du Plan d'Occupation des Sols, et notamment la question de l'établissement ou du maintien de zones de lotissements, doit être précédée d'une phase de "rapprochement" des zones où s'épanouissent les prédateurs et des établissements humains, habités par de petites communautés de volontaires enthousiastes (elles existent, le le sais de source très sûre).
Des établissements comme le Parc des Félins à Nesles peuvent certainement jouer un rôle catalytique au niveau des protocoles éthologiques de réensauvagement.

J'ai posé la question, dans mes videos publiées le 2 septembre sur Dailymotion (accessibles sur la page du 31 août), de la présence éventuelle de tigres eurasiens dans les parties centrales et occidentales du bassin du Danube dans les temps historiques, notamment lors de l'optimum néolithique humide d'une part, entre les 5ème et 15ème siècles d'autre part.
Encore aujourd'hui, des restes de ce qui fut un continuum écologique de forêts et de zones humides constitué il y a 10 000 ans à l'issue de la dernière période glaciaire (milieu beaucoup plus favorable aux tigres et léopards qu'aux lions dominants lors de la période précédente) sont toujours présents de l'Europe centrale au coeur du Massif central.
Les marais Pripiatsky (Biélorussie méridionale), constituent, sur plus de 80 000 ha, le poumon vert de l'Europe. La présence de tigres en ces lieux au moins entre les10ème et 12ème siècles a été dûment établie par le scientifique russe Vladimir Heptner, spécialiste des mammifères carnivores, en 1969 (pages des 16, 19 et 31 août). Qui plus est, les ravins et les dépressions circulaires (inondées ou non) de la steppe lacustre d'Asie centrale, qui ont offert aux tigres leurs repères préférentiels, étaient encore largement présents dans la zone de steppe boisée ukrainienne jusqu'au milieu du siècle dernier, précisément dans les zones hantées par ces animaux pendant les temps médiévaux. Les forêts proprement dites n'étaient présentes dans cette zone que sur les rives inondables des rivières, avec ormes, chênes, trembles, peupliers noirs et argentés, saules, érables champêtres, coudriers, aubépines, aulnes noirs (glutineux), poiriers, pommiers, prunelliers... On y trouvait aussi des ours, des élans, des aurochs, des cerfs, des antilopes saïgas, des gloutons et des castors.
 Les proies préférentielles des tigres en ces lieux n'étaient pas les sangliers (qui se déplaçaient en troupeaux gigantesques en Asie centrale mais qui étaient moins généreusement représentés en Europe centrale sous la forme géante Sus scrofa attila). C'étaient les chevaux sauvages, qui constituaient des bandes immenses et qu'allait capturer le Grand Prince kievien Vladimir Monomaque, celui là même qui fut confronté au tigre lors d'une de ses chasses (voir pages des 16, 19 et 31 août), et que le peintre Viktor Vaznetsov a immortalisé au 19ème siècle.
 En contiguité géographique avec eux, sont encore bien vivants à l'heure actuelle les 26 000 ha de zones humides du Parc de la rivière Biebzra en Pologne orientale, avec des murs infranchissables de roseaux, et les marais de Viru Raba, en Lituanie méridionale. Les carpates roumaines occidentales, également concernées par la présence possible de grands félins pendant la période médiévale (voir le document PDF "Europe et grands félins", sur mon site "4 continents pour les tigres"), conservent encore une roborative sauvagerie, où loups,lynx ours bruns et chats sauvages évoluent en liberté.
Plus au Nord, la Finlande regorge encore de ces grands prédateurs, auquel on doit ajouter le glouton.
Les élans, encore présents dans toute la Scandinavie, font aujourd'hui l'objet d' une réintroduction dans le marais Vernier, près du Havre.
Plus à l'Ouest, le lac de Fertö, à cheval sur la Hongrie et l'Autriche, est le lac de steppe le plus occidental d'Europe. Il constitue un reliquat de la grande steppe eurasienne antique et médiévale, où les civilisations pastorales jouaient un rôle prépondérant dans l'évolution écologique, humaine et géopolitique de l'Eurasie, et permet l'épanouissement de roselières particulièrement gigantesques.
Dans le bassin du Danube antique, les populations germaniques vouaient un véritable culte à la forêt, prenant grand soin de la protéger. Quelques siècles avant la conquête romaine, lors de l'arrivée des celtes en Gaule, le Megaceros (daim à large ramure) préhistorique, plus grand cervidé de tous les temps, et le renne, étaient peut être encore présents, du Nord de la France au pied des Pyrénées.
Le tropisme sylvestre des Germains  eut de grandes répercussions sur les orientations de la politique environnementale dans l'espace français (et plus encore en Allemagne) lors du bas moyen - âge, puis à l'époque féodale.
Il a toujours existé une tendance plus ou moins affirmée dans la Noblesse (et plus ou moins contrariée politiquement et économiquement par l'action de l'Eglise), de privilégier la forêt et les animaux sauvages au détriments des champs, villages et paysans.
La forêt des Ardennes, par exemple, produisait une impression si profonde sur les imaginations qu'on la voit figurer fréquemment dans les aventures fablées des trouvères, où elle est dépeinte commez le repaire d'animaux tels que les lions, tigres et léopards.
Un félin énigmatique, le chama, appelé rufius par les Romains et qui était peut être le lynx ( mais rien n'est moins sûr), semblait particulièrememe redoutable pour les chasseurs (plus encore que l'aurochs) au moins jusqu'au 15ème siècle.
Il est en tout cas clairement établi que le lynx pardelle (ou lynx ibérique) est historiquement un représentant de la faune de France, jusqu'à une époque relativement récente.
Vers la fin du Moyen Âge, ce sont plutôt les marais et étangs qui prennent le pas à la fois sur des territoires forestiers et des zones habitées.

L'ALLIER ET LA SIOULE, RIVIERES ENCORE SAUVAGES
Je me suis fréquemment promené, ces derniers mois, dans la "jungle" du domaine public fluvial, sur la commune d'Hauterive. Un sentiment de force réparatrice vous envahit dans un environnement d'une telle puissance accueillante, à deux pas de lotissements où une vie étriquée et aveugle impose son ordre torve...
Le mois dernier, une bonne centaine d'aigrettes blanches s'étaient invitées dans un grand champ où paissaient de paisibles vaches, à quelques km de là, sur la commune de Mariol.
Quelques années auparavant (mars 2005), j'avais eu l'occasion de comparer les bords d'un de ses affluents à une véritable savane africaine, en route pour les journées cinéma Nature à Dompierre sur Besbre. On voyait des familles populeuses de ragondins évoluer au milieu des oiseaux aquatiques, non loin de lignes de peupliers marquant le lit de la rivière...
Les clichés pris par le biologiste russe O. Bogdanov dans la forêt alluviale ouzbèke de Badaï Tugaï évoquent trait pour trait l'Allier et certains membres du réseau de son bassin...
Les listes d'essences arbustives et arborescentes des forêts alliuviales et des bras morts du fleuve fournies dans le document de la FRANE recoupent en très grande partie celles données par Leo Berg pour l'Asie centrale.
Il est aussi profondément émouvant de connaître l'hydrologie fantasque de la soeur jumelle de la Loire, dont les crues peuvent être les plus importantes d'Europe occidentale, seulement égalées par celles du Pô. Ainsi, la crue de novembre 1790 provoqua un flot frôlant les arches du pont Régemortes à Moulins, et aurait atteint au Bec d'Allier (soit à la confluence Allier - Loire à hauteur de Nevers) un débit de 7000m3/s.
La priorité consiste à rétablir la dynamique du fleuve et restaurer sa gigantesque nappe alluviale en faisant cesser les extractions de granulat qui provoquent un affaissement du lit du fleuve aux conséquences catastrophiques, ainsi que l'encerclement de la réserve du Val d'Allier et le pillage de son eau pour l'irrigation de la monoculture du maïs sur de vastes espaces captifs.
Il s'agit de définir puis de lui réoffrir son espace de liberté, qui est l'espace vital pour le bassin et tous ceux qui y vivent.
Les gorges de la Sioule, affluent du Fleuve, que j'ai parcourues dans des secteurs divers (à hauteur du viaduc de Rouzat près de Gannat, au Pont de Menat...) et dont certaines parties à la topographie particulièrement tourmentée n'ont pas été foulées par un pied d'homme ou une patte de chien depuis des décennies sinon des siècles, devraient être classées prochainement en réserve biologique intégrale, fonctionnant donc comme des forêts en libre évolution. Celà concernera 358 ha. Aujourd'hui, seuls 98 ha bénéficient de ce statut en Auvergne (enclave de Nantigny, au centre de la forêt de Tronçais).
Voilà comment j'aime les gorges, la forêt, le fleuve.
Pour les tigres, les chevaux, et nous - mêmes.
Une Allier Nature.
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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 13:17
ILS VEULENT TUER L'ESPOIR DANS L'OEUF
Les initiatives pour réensemencer le Monde en Nature sauvage et réenchanter celle ci par la présence de grands prédateurs sauvages sont "des jets d'aube sur la noirceur d'un futur engoncé dans ses hardes de sang".

L'équipage du Titanic humain semble connaître un effondrement psychologique complet et basculer dans la folie schyzophrène la plus absolue. Malgré tous les signaux d'alerte, ils nous entraînent sciemment et résolument vers l'abîme.

FORETS BOREALES : LE DRAGON JAUNE DEVORE LE DRAGON VERT
Le journaliste espagnol Alfonso Daniels, après avoir mené une enquête à Dalneretchensk (Russie), a publé en début de semaine un article dans le journal madrilène El Mundo. Il y présente un témoignage sur les pires atteintes jamais portées à la Nature sibérienne, qui eut pourtant, au cours de son histoire, à subir de très nombreuses agressions, dont certaines furent colossales.
Il décrit, sous un ciel plombé, des files interminables de wagons remplis de grumes attendant à la gare de Dalneretchensk, dans la région russe du Primorie, à l'extrême - Est du pays, célèbre pour ses derniers tigres et léopards. Ce bois sibérien traversera bientôt la frontière chinoise, où il sera utilisé pour construire des maisons, des ponts et des édifices ou bien pour fabriquer des meubles de jardin destinés à l'exportation vers les marchés occidentaux.
On estime  à environ 7 millions de tonnes la quantité de bois coupée chaque année, dont 30% seraientt issus de l'abattage illégal. Un énorme négoce que contrôlent d'une main de fer les mafias russe et chinoise, et qui menace de détruire à jamais les forêts millénaires de chênes, tilleuls, pins sylvestres, épicéas et bouleaux. Au rythme actuel, la fin de l'écosystème le plus riche de l'hémisphère Nord - non seulement ultime refuge des plus grands félins de la planète qui sont eux - mêmes l'ultime réserve  génétique pour une résurrection des tigres d'Europe et d'Asie centrale, mais aussi source de nourriture pour des millions de familles - est pour bientôt. Une activité qui pèse près de 1 milliard d'euros au marché noir.
C'est la mafia chinoise qui bénéficie de ces activités de massacre et de pillage.
Son principal chef, Sun Laijun, est à la tête d'une fortune de plusieurs millions d'euros et dirige l'entreprise Longjiang Shanglian.
Son jeune frère, Laiyung, a reconnu, devant des enquêteurs se faisant passer pour des entrepreneurs du secteur, qu'il versait des millions de dollars en espèces à des mafieux russes et à des policiers pour importer le bois sans avoir à payer de taxes. Les intermédiaires exigent entre 70 et 140 euros par camion de grumes, selon que les papiers des transporteurs sont en règle ou non.
De plus, selon Alexandre Vitrik, l'un des inspecteurs en chef de la région, dans les rares occasions où se produisent des arrestations, comme celle de l'ex-maire de Vladivostok (surnommé "Winnie l'Ourson"), des pressions énormes provenant des hautes sphères du pouvoir freinent les procédures. "Je ne peux pas donner de noms, mais ils sont protégés par des gens très influents."
Il admet aussi que certains inspecteurs sont eux mêmes corrompus, pendant que des MILLIERS d'autres, courageux et honnêtes, ont été mis à pied.

ON DETRUIT CELLE QUI PEUT SAUVER LE MONDE
La forêt boréale de Russie, du Canada et d'autres pays nordiques est la dernière sur Terre que l'on puisse encore aujourd'hui qualifier, dans une large mesure, d'originelle, vierge et inviolée (article de Nikolaï Podorvaniouk dans Gazeta.ru du début de cette semaine,  concernant les travaux d'une équipe de chercheurs dirigée par l'australien  Corey Bradshaw).
La Russie abrite environ 70% des forêts boréales de la planète (plus des trois quarts se trouvent en Sibérie, le reste dans sa partie européenne).
 On en trouve également  au Canada, en Alaska et en Scandinavie.
Elles absorbent le tiers du gaz carbonique rejeté dans l'atmosphère.
Depuis quelques années, c'est en Russie que l'on constate la plus forte diminution de surface de ces forêts (1,1million d'ha anéantis par an), dûe à l'intensification des coupes, au développement rapide des villes, à la construction des barrages, à l'exploitation des tourbières et des ressources fossiles, et à la multiplication des incendies, d'origine humaine, puisque se déclenchant le plus souvent le long des routes et aux abords des localités.
A la différence de nombreuses régions de la planète dont les écosystèmes ont été largement mis à mal, les pays nordiques peuvent, s'ils le veulent, le décident et s'en donnent les moyens, conserver leurs forêts boréales et assurer ainsi une véritable absorption du gaz carbonique.
Tout le monde sait. Chacun doit choisir. Et l'Histoire tranchera.

OBAMA RENONCE A LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
Copenhague, c'est fini avant d'avoir commencé.
Barack Obama est sur le point de renoncer à ses orientations premières sur la question du changement climatique.
Hu Jintao, le dirigeant Chinois, a dit que son pays était prêt à véritablement s'engager... si les pays "développés" et le premier d'entre eux, les Etats - Unis, faisaient de même.
 Mais aujourd'hui, les Chinois protestent contre "l'immobilisme américain" en la matière.
Ces derniers jours, Carol Browner, la principale conseillère d'Obama sur l'énergie, a présenté comme une évidence qu'une législation américaine sur les réductions d'émissions de gaz ne sera pas adoptée cette année, alors qu'en Juin dernier, les Etats - Unis s'engageaient clairement dans la lutte contre le réchauffement, par un projet de loi avec calendrier et objectifs chiffrés. Celui - ci est aujourd'hui bloqué, semble t-il durablement, par le Congrès.
Dans cette situation, Obama n'a rien à dire au reste du Monde. Demander à la Chine, à l'Inde, au Brésil et à la multitude de pays pauvres de bouleverser appareils de production et modes de consommation n'a tout simplement plus aucun sens si la première puissance polluante de la planète s'exempte elle même de tout effort.

Zenya Kashkharov me proposait récemment un "lit" nordique pour le dragon vert, mais, sachant désormais
  ce que vous venez de lire, ne serait - il pas plus crédible d'envisager sa réalisation sur Mars?
Il se trouve que la Terre est ma planète, et je la défendrai jusqu'au bout.
La guerre des dragons est commencée.
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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 07:33

DAVID AND GOLIATH
This page will be both in french and english.
Cette page sera à la fois en français et en anglais.

VERS 2010, DANS LE BROUILLARD
2010 sera "l'année du tigre", particulièrement en Chine et dans toute son aire d'influence culturelle.
En préparation à celà, des décisions fortes, SUIVIES D'EFFETS, doivent être prises au sommet du tigre de Katmandou des 27 au 30 Octobre prochain.  Pour celà, des projets alternatifs aux "fermes à tigres (de boucherie)" du surpuissant lobby du trafic des animaux sauvages, qui existent, doivent venir parasiter médiatiquement l'influence de celles-ci.
En effet, la situation des tigres sauvages n'est tout simplement plus tenable. Et bientôt, celle de la Chine ne le sera plus non plus.

TOWARDS 2010, IN THE SMOG
2010 will be "the year of tiger", particularly in China and in its cultural influence sphere.
In preparation, strong decisions  THAT  NOT STAY ONLY WORDS  must be taken  during the "Tiger Summit" in Katmandu on 27 - 30 October. For that, alternative projects to "(butchery) tiger farms" of the  superpowerful  lobby of wild animals trade, who already exist, must  mediatically parazite them. Infact, situation of wild tigers is almost desperate in the very short term.

INDE, LA FIN IMMINENTE
Les tigres sauvages indiens sont à l'agonie, et rien ne semble pouvoir empêcher une issue fatale très proche.
Les experts de ce pays viennent de reconnaître que la politique de protection du gouvernement indien était un échec, et que le braconnage se poursuivait tous azimuts, hors contrôle. Malgré l'argent dépensé, malgré les nombreuses initiatives prises depuis 2 ans, malgré les discussions avec les Chinois.
Le corridor à faune sauvage de l'Arc Teraï, entre Nepal et Inde du Nord, absolument vital pour la Nature, et le plus important réalisé à ce jour en Asie a été définitivement brisé par  d'énormes travaux d'infrastructure du département des forêts de l'Etat d'Uttarakhand, à hauteur de la rivière Gola.
Le célèbre parc de Kaziranga perd régulièrement, semaine après semaine, ses tigres, ses rhinocéros, ses éléphants.
Le 24 août, la cour suprême indienne avait décrété la  libération de Sansar Chand, condamné en 2004 pour braconnage.
Cet homme est le plus grand criminel direct sur la faune sauvage indienne depuis l'indépendance du pays.
La police avait retrouvé chez lui et les siens 40 peaux de tigres et 400 de léopards, pour une période de 11 mois.
Il avait reconnu plus tard avoir vendu 470 peaux de tigres et 2130 de léopards à seulement 4 clients, au Népal et au Tibet.
Toutes ces informations peuvent être retrouvées en détail sur le site de Nirmal Gosh, "Indian jungles".

INDIA, THE IMMINENT END
Indian wild tigers are in agony, and nothing seems to be able to  prevent a fatal issue in a very short term.
Protection politics of the government is clearly a failure, experts admit, after (and despite) 2 years of various initiatives and an apparent will.
Teraï Arch corridor, between Nepal and India, most important ever realized in Asia and fundamental for wild fauna, has been broken by heavy infrastructure development allowed by the Uttarakhand forest department.
Famous Kaziranga park loses, week after week, its tigers, rhinos, elephants.
On August 24, Supreme Court of India decided the enlargement of Sansar Chand, found guilty of large scale poaching in 2004.
Sansar Chand is the greatest direct and individual criminal against wild fauna since the independence of India.
Diaries seized from his familiy by the Rajasthan police in 2004, allegedly showed transactions of 40 tiger skins and 400 leopards skins, in a period of 11 months. Later (2006), Sansar Chand apparently admitted to selling 470 tiger skins and 2130 leopard skins to just four clients from Nepal and Tibet.
These informations can be found with details on the site of Nirmal Gosh "Indian Jungles".


CHINE : UN DRAGON JAUNE PUISSANT ET FRAGILE
Le 25 Septembre, le scientifique sibérien Evgueny (Zhenya) Kashkharov, aujourd'hui à l'Université des Rythmes à Irkoutsk, après avoir travaillé, jusqu'à l'an dernier, à celle de de Barnaul, dans l'Altaï, avait eu cette formule : "Le dragon jaune dévore le dragon vert", précisant que les tigres devraient, comme ils l'avaient d'ailleurs toujours fait, s'en sortir par eux mêmes, indépendamment des efforts des protecteurs, et parfois en dépit de certaines initiatives de ceux -ci aux conséquences catastrophiques (radio - tracking simplifiant la tâche des braconniers, par exemple).
La puissance du "dragon jaune" chinois parait en effet, de prime abord, irrésistible. Lors d'un voyage au Pamir en Août dernier,  le grand écrivain français et Ambassadeur de France en Kirghizie René Cagnat avait pu observer les immenses chantiers routiers ouverts par les fils du Ciel vers l'Asie centrale ex soviétique.
Derrière les célèbrations du 60ème anniversaire de la création de la République Populaire, qui se sont présentées comme l'expression de la marche triomphale d'un pays uni, solide, sûr de lui et dominateur, est soigneusement dissimulée une réalité beaucoup plus contrastée :
- une économie en trompe l'oeil, dont la croissance est une illusion (voir les travaux de Valérie Niquet, Directrice du centre Asie de l'Institut français des relations internationales)
- Une unité de façade : sans parler des cas bien connus des Ouïghours, Tibétains, Mongols et Mandchous, les "Hans" sont une création historiquement récente, artificielle et fragile, entre de nombreuses communautés à la langue et à la culture différente (voir les travaux de l'anthropologue Dru Gladney (article dans "Courrier international" 978 1er au 19 août 2009, page 21, avec une carte très parlante). Les oppositions resurgissent facilement à l'occasion de troubles sociaux et économiques : les cantonnais recommencent à faire entendre leur différence.
- Un pays sans eau : selon les termes  d'un spécialiste, "aucun pays n'est plus peuplé que la Chine, aucun pays n'est plus pauvre en eau que lui". Dans un excellent Dossier "Quand la Chine mourra de soif", le Courrier International 987 paru ce jeudi 1er Octobre met en lumière les mécanismes qui mènent à une catastrophe déjà largement commencée, mais aussi les doutes les plus sérieux quant au modèle de développement exprimés dans la presse chinoise : un article d'un journal "dans la ligne" s'intitule "Il faut reconsidérer la politique des grands travaux", et ce, en pleine célébration du 60ème anniversaire de la création de la République Populaire, où les barrages géants sont portés au pinacle par la propagande officielle.
Plus radical, Feng Yongfeng (NGOCN.COM) invite à dynamiter les barrages, pour rétablir le réseau hydrographique dans son état initial, et redonner à la ville de Pékin son persillage de mares.
On ne doit pas se laisser impressionner par l'étalage de puissance lors des célébrations qui se sont déroulées cette semaine. Le jubilé de la Reine Victoria, en 1896, saluait "l'Empire sur lequel le Soleil ne se couche jamais". 50 ans plus tard, celui - ci avait été réduit à néant.
Comme ses fermes à tigres, et le lobby qui les promeut, le Dragon Jaune est à la fois surpuissant, et particulièrement fragile.

CHINA : A POWERFUL BUT UNSTABLE YELLOW DRAGOON.
The russian specialist of big wild feline Evgeny Khashkharov wrote me on September 25th that "The Yellow Dragoon eats the green one". The power of chinese "yellow dragoon" seems to be undestroyable. from a Pamir journey in August,  the great french writer and Ambassador of france in Kirgystan René Cagnat observed immense road works towards (ex soviet) central Asia.
Infact, celebrations of 60th birthday of popular Republic creation, picture of united, powerful and solid country,  mask a much more contrasted reality.
- Econometrical illusions, with immense domains of weakness in real economy (see Valérie Niquet, Director of french Institute of International relationships, centre Asia)
- A false unity : beyond well known cases of Muslims and Tibetans, "Hans" are a recent and fragile historical creation between many communities of different languages and cultures, that could easily explode in a social and economical crisis (see Dru Gladney works, article of the french weekly journal "International mail" 978, August 1st, page 21).
 - A country in lack of water : as a specialist said, "no country is more populated than China, no country is poorer in water". In a very interesting compilation "when China will die of thirst", french "International mail" 987 of this week shows mechanisms conducting to an hydric crunch already begun. Chinese Press can sometimes write in an opposite way of the official propaganda (still more important this week) about giant dams and other immense infrastructure works. An "official" journal publishes an article entitled "We must change politics of great works". More radical, Feng Yongfeng 'NGOCN.COM) considers the necessity of blowing up dams to restore the hydrographic web in its original situation as well as the numerous ponds in Beijing.
Like its "tiger farms" and their promotors, the Yellow dragoon is both superpowerful... and freak.

KATMANDOU 2009, VLADIVOSTOK 2010 : LES DRAGONS DE L'ESPOIR
Comme ce fut le cas à la réunion de la CITES en Juillet dernier (voir la page de ce blog publiée le 14 Juillet), le lobby des fermes à tigres sera aux premières loges lors du "Sommet du Tigre" qui se tiendra à Katmandou du 27 au 30 Octobre prochain. Or, des projets alternatifs existent. Loin d'être des dragons jaunes dévorants, il s'agit de dragons porteurs d'un avenir solide pour la Nature sauvage. Leur matérialisation les rendrait porteurs, dans leurs flancs, de la grande Faune Sauvage de l'Avenir.
Ces projets doivent être largement diffusés et soutenus par une vague médiatique qui relèguerait les fermes à tigre au deuxième plan à l'occasion de ce sommet, puis pendant l'année 2010 avec son point d'orgue, le sommet du Tigre à Vladivostok à l'automne prochain. Quels sont -ils?
- Le Dragon Vert, déjà largement décrit dans les pages de ce blog. Il est possible que son tracé initial (entre Europe orientale et Chine centrale) soit réorienté selon un axe plus nordique (voir l'aricle qu'a publié à ce propos, E. Kashkharov, dans la revue russe "Rhytme" en 2008, que je tiens à disposition de toute personne intéressée), sa matérialisation initiale la plus raisonnable en dépit des apparences étant le "poumon vert de l'Europe", région marécageuse d'Europe orientale entre Baltique et Azov.
Il devrait donc aller d'Ouest en Est, comme Alexandre le Grand guidé dans les immenses marais par le Tigre bleu de l'Euphrate dans la pièce de Laurent Gaudé et non d'Est en Ouest comme les turcs originels guidés par la louve bleutée de la vallée d'Ergenekon dans l'Altaï.
- Le "Dragon de Montagne" de E. Kashkharov, avec comme espèce emblême le léopard des Neiges, qui impliquerait 14 pays, de l'Altaï à l'Himalaya
- Le "tiger corridor project" de l'association américaine Panthera, créée en 2006 par Thomas S. Kaplan et dirigée par Alan Rabinowitz, trame réticulaire qui irait du Népal à l'indonésie. Cette association a d'ores et déjà réussi la matérialisation fiable d'un "jaguar corridor", trame verte réticulaire du Mexique à l'Argentine, le plus important au monde à ce jour à avoir pris corps.

Ce sont des vermisseaux comparés au Dragon Jaune. Même avalés par lui, ils devront le parasiter.

KATMANDU 2009,  VLADIVOSTOK 2010 : DRAGOONS OF HOPE
For the "tiger summits" (Katmandu, 27 - 30 October 2009, and then Vladivostok, next Autumn 2010), what could mediatically relegate "tiger farms" on a second plan?
-The green Dragoon, already widely evocated and described in the pages of this blog. Its preliminary way (from oriental Europe to central China) might probably be reaxed in a more northern "bed" (see 2008 work of E. Kashkharov, University of Irkutsk, in russian review "Rhytm", that I can send to anybody interested), and would begin in  the "green lung of Europe", swampy area between Baltic and Azov seas.
-The mountainous Dragoon, of E. Kashkharov, with Snow leopard as emblematic species, implicating 14 countries from Altaï to Himalaya.
-The tiger corridor project, of the american association Panthera, founded in 2006 by Thomas. S. Kaplan and directed by Alan Rabinowitz. It would be a reticulary green web from Nepal to Indenosia. This association has already succeeded in the materialization and viable management of a green reticulary web from Mexico to Argentina, "the jaguar corridor", which is the most important in the world ever concretely realized up to now.

These are 3 dragoons of hope, which could be matrix of a new strong wild Nature, tomorrow.
 

 
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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 08:44
LE JOUR DU TIGRE
Aujourd'hui 27 Septembre 2009, c'est "LE JOUR DU TIGRE", manifestation annuelle de soutien aux tigres, léopards, et plus largement à la Nature Sauvage, qui se déroule à Vladivostok, dans l'Extrême Orient russe.
Celle - ci existe depuis l'an 2000. Chaque année, elle a gagné en importance, concernant, au cours du mois de septembre, plusieurs autres localités de la région du Primorye, et il serait plus conforme à la réalité de parler aujourd'hui de "mois du tigre et du léopard". L'an dernier, six villes avaient organisé leurs propres manifestations au cours du mois, et l'évènement tend à prendre une ampleur internationale (scientifiques et artistes chinois, japonais, américains...).
De plus, alors qu'en 2007, Pékin avait organisé le Sommet international du Tigre, et Katmandou l'accueillera  cette année du 27 au 30 Octobre (nous en reparlerons bientôt), c'est Vladivostok qui le fera en 2010, avec la présence des chefs d'Etat des 13 pays où vivent encore officiellement des tigres sauvages (source : Vladivostok Times du 25 Septembre).
Cette célébration doit aussi être une occasion privilégiée de "parler aux tigres" (voir la page du 13 Septembre du blog), qui ont l'immense mérite d'être toujours là, vivants, et qui le doivent manifestement  à eux mêmes, exclusivement, envers et contre toute intervention humaine à leur égard, y compris certaines avec les meilleures intentions: "le dragon jaune dévore le dragon vert, et pas un seul tigre ne s'en est sorti du fait des actions gouvernementales ou de celles des grandes fondations" (Evgueny Kashkarov, communication personnelle du 25 Septembre, que je tiens à disposition de quiconque souhaite des précisions à ce sujet, ainsi que des publications très récentes du même auteur, très significatives).
Car la Russie dans TOUTES ses composantes communautaires (voir page du 19 Août) est liée au tigre, et pas seulement les populations de chasseurs pêcheurs collecteurs sibériens, mais aussi les pasteurs d'Asie centrale et les Russes européens.

C'ETAIT INSCRIT DANS LES CONTES
Comme nous l'avons montré en détail dans la page publiée le 19 Août, les différentes représentations sociales des communautés présentes sur le territoire étaient originellement les suivantes : les russes européens se considéraient comme parents de l'OURS, les pasteurs de Russie méridionale s'apparentant au TIGRE, et les collecteurs sibériens au DRAGON.
Mais en Sibérie orientale, tigre et dragon se tiennent dans une extrême proximité sémantique comme de parenté (voir pour le détail la page consacrée à Nicolas Baïkov publiée le 30 Juin). Et le fondateur mythique de la Corée est un homme ours qui devient tigre après sa mort (mêmes références).
En Asie centrale, le héros ouzbek Yekovoy est un homme ours à la tête d'une armée de tigres, ours et loups (les Chinois sédentaires évoquaient souvent les armées de nomades comme celles de "tigres et de loups").
Et même chez les russes européens, un conte évoque un "loup féroce" dans la Russie des apanages (13ème siècle). Le conte est intitulé : "Le Tsarévitch Ivan et le loup féroce".
Utilisant tous les ressorts du conte traditionnel, ce récit décrit les aventures de deux frères tsars apanagés par leur père avant sa mort. Le premier est sous l'emprise d'une tsarine impérieuse et cruelle, qui le terrifie et le maltraite, le second est aidé par une adorable épouse. La méchante Reine soumet son mari à des épreuves impossibles que celui ci charge son jeune frère d'accomplir. Celui - ci y parvient toujours, grâce à l'intervention magique de sa femme, qui s'apparente pour l'occasion à une véritable "Dame à la licorne", apaisant et apprivoisant les bêtes sauvages déchaînées. Toutefois, face au "loup féroce", et malgré des trésors d'ingéniosité, de ruse, de courage et de persévérance, le jeune homme finit par échouer, en prend acte, et se prépare à se laisser dévorer de sa propore décision, dans le plus pur style des martyrs chrétiens russes médiévaux.
Le conte semble alors basculer. Le Tsarévitch Ivan évoque sa tendre épouse Marya, et le "loup" est alors heureux d'entendre parler de sa soeur, qu'il croyait morte.
Après un heureux dénouement dont l'animal s'occupe personnellement,  Marya, son époux et "son frère bien aimé" se rendent au "Royaume du Loup" où "leur règne fut glorieux".
Qui est ce "loup" apparenté à la  royauté sous ses traits comportementaux les plus nobles?
J'ai évoqué le cas du Grand Prince Vladimir Monomaque (pages des 19 et 31 Août) blessé par la "lyuty zver", "la bête féroce", que la plupart des historiens considérèrent hâtivement comme étant un loup, et dont les recherches de Vladimir Heptner ont montré qu'il s'agissait d'un tigre. On imagine aisément la dimension magique, aux yeux du Grand Prince, d'être ainsi assailli par un immense fauve polychrome.
Héros du Moyen Âge, reconnu comme l'un des initiateurs de la Russie moderne (lutte acharnée contre les nomades, rédaction du premier Code de Lois, fondation de la cité de Vladimir en pleine forêt vierge), "le Monomaque" est représenté en gloire par Viktor Vaznetsov, célèbre peintre du 19ème siècle ,  se reposant après la chasse, avec ses victimes à ses pieds (sanglier, cerf et oiseaux).
Le conte du "tsarévitch Ivan et du "loup féroce" ne s'apparente t-il pas à une paix des braves déguisée, où royauté sacrée russe et "lyuty zver", après un long combat sans vaincu, s'allient pour une victoire commune?
Prélude à celle  qui pourrait advenir pour tigres et  hommes en Russie, en 2010, sous les frondaisons du dragon?
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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 08:28
RESTAURER L'ESPOIR
La situation des tigres s'aggrave chaque jour. Le "dragon vert" pourra un jour leur servir de refuge et de havre de réexpansion, mais pour celà, il faut que leur énergie vitale n'ait pas été définitivement brisée. Une espèce peut disparaïtre parce que ces derniers représentants, engloutis par la réalité hostile, renoncent à se défendre et s'abandonnent au désespoir. Il faut éviter celà. Il faut trouver des moyens qui leur permettent de savoir qu'ils ne sont pas seuls, que certains êtres humains les aident, et qu'ils ont des chances de s'en sortir.

LE DRAGON DOIT ÊTRE A L'HEURE
En Septembre 2009, il ne reste probablement pas plus d'un millier de tigres sauvages dans le monde, dans le meilleur des cas.
Caroline Brasseau a bien synthétisé la situation le 1er septembre (dans Viadeo). Nous ne savons pas qu'elle est leur état d'esprit, mais nous savons les choses suivantes.
1. Le tigre de Chine du Sud et le tigre de Sumatra sont virtuellement éteints où dans un état relictuel non viable si une puissante réintroduction à partir d'animaux captifs réensauvagés n'est pas effectuée.
2. Le tigre du Sud est asiatique subit un braconnage massif liée au trafic d'animaux sauvages en pièces détachées (voir sur le blog, page publiée le 14 Juillet). La situation est, selon l'imbécile terminologie officielle, "hors de contrôle".
3. Le tigre indien (infos récupérées sur le site de Nirmal Gosh "Indian Jungles", accessible à partir de la page "Partenaires"  de mon site  "4 continents pour les tigres) a perdu 66 de ses représentants entre le 1er janvier et le 19 Août, morts de mort non naturelle.
Après Sariska (2004) et Panha (2007), 7 réserves à tigres supplémentaires sont en train de se vider à grande vitesse de leurs rois striés et lancéolés.
Des mines ouvertes et exploitées illégalement dévastent la jungle. Le responsable des contrôles est aussi le directeur des mines en exploitation.
Au Nord du pays, dans l'arc du Teraï himalayen, un remarquable réseau de couloirs écologiques avait été mis en place, qui permettait de connecter cette région encore relativement riche en tigres avec l'Inde centrale. Les couloirs sont aujourd'hui rompus, vouant tigres et éléphants à une disparition prochaine, après une phase de conflits lourds avec les envahisseurs humains, et l'écrasement régulier d'animaux par des camions sur une route qui n'aurait jamais du exister (voir: "Lost corridor: the tragedy of the Gola River, 25 Aout , sur le site de Nirmal Gosh).
4. Le tigre de l'Amour, encore présent à hauteur de 250 (nombre avancé par les spécialistes indépendants) à 500 individus, chiffre officiel relayé par les WWF Russie, a une pauvreté génétique hallucinante, équivalente à une population de 27 à 35 individus (travaux de Russelo & Henry, Université de British Columbia). Il est donc dans un état de très grande fragilité par rapport aux maladies et affections de toutes sortes.
Qui plus est, 2 populations sont maintenant isolées géographiquement l'une de l'autre.
La richesse génétique des animaux captifs est plus importante, et devrait être utilisée pour réinfuser les populations sauvages si des stratégies de réintroduction sont mises en place (et elles doivent l'être de toute urgence).
Voir le document de BBC NEWS publié le 2 Juillet 2009
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/earth/hi/earth_news/newsid_8128000/8128738.stm
Amur Tiger on "Genetic Brink" 15 July 2009
Matt Walker
Editor, Earth News

Les tigres de l'Amour actuels sont probablement les descendants de tigres de la Caspienne (aujourd'hui considérés comme disparus) repartis vers l'Est (travaux de Mc Donald & Driscoll, de l'Oxford University de Londres, mis en ligne sur Plos1 en janvier 2009). Ceux ci avaient vraisemblablement utilisé, il y a 10 000 ans, l'itinéraire qui allait devenir "La Route de la Soie" au Moyen Age, pour s'installer dans l'Occident eurasien.
Si une chance que celà se reproduise existe, via le Dragon Vert des forêts alluviales et des zones de marais par exemple, elle sera concrétisée par ces tigres du Nord Est.


THE TIGER DAY: UNE OPPORTUNITE POUR SE PARLER, ENTRE GENS QUI VEULENT VIVRE
Dans deux semaines, le 27 Septembre prochain, c'est la manifestation annuelle du "TIGER DAY" à Vladivostok.
C'est, depuis sa création en 2006, une manifestation importante, et qui monte en puissance.
Par ailleurs, le photographe Alexandre Orloff a mis partout en évidence, de la Crimée au Daghestan, des villes ouzbèkes aux steppes kazakhes, un vernis musulman qui se craquelle sur la persistance d’une civilisation antérieure à l’islam. Ses portraits et prises de vue témoignent de la présence d’un monde sous-jacent d’autant plus vivant qu’il mêle un fond chamanique éternel à des représentations religieuses et artistiques musulmanes beaucoup moins permanentes. L'album composé de ses photos et des textes de René Cagnat, auteur de "La Rumeur des Steppes" et Ambassadeur de France en Kirghizie, sera présenté le 8 Octobre à Paris (voir la présentation qui en est faite chez l'éditeur Transboréales)
http://www.transboreal.fr/conferences.php?refconf=237

 Ce peut être pour les chamanes sibériens et centre asiatiques, et pour tous ceux qui souhaitent parler aux tigres, en provenance de nombreux pays comme c'est désormais le cas, une formidable occasion de leur lancer un immense message d'espoir, de leur faire ressentir à quel point des millions d'êtres humains les soutiennent. Et aussi leur rappeler qu'entre les 7ème et 15ème siècles, ils prospéraient sur un territoire infiniment plus vaste, allant jusque dans les régions orientales du delta du Danube et au coeur même du poumon vert de l'Europe, plus au Nord (voir pages blog des 19 et 31 août). Qu'ils vont reconquérir cet espace. Que des gens vont faire ce qu'il faut pour celà. Qu'ils ont une chose à faire. Difficile, mais indispensable. Rester en vie.

Et c'est à ce moment que je le vis.
Il était là, simplement,
Occupant tout l'espace.
Et c'est alors que je compris
Que je n'avais jamais vraiment vécu
Ni même existé
Jusqu'à cet instant.
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 05:37
VIDEOS
(Versions française et anglaise : textes correspondants)
(French and english versions : linked texts)


VOICI LE TEXTE (EN SUBSTANCE)  DE LA VIDEO : « UN DRAGON VERT POUR SAUVER LES TIGRES ».
(Voir la video pour les cartes)

Je suis Alain Sennepin
Responsable du site
4 continents pour les tigres
http://www.avenir-tigres.com
blog : http://europe-tigre.over-blog.com
video: http://www.dailymotion.com/relevance/search/bielotigris/video/xact9v_un-dragon-vert-pour-sauver-les-tigr_news

Les tigres sont aujourd’hui en grand danger d’extinction, et leur situation se dégrade très rapidement, de mois en mois. Les réalités du terrain et les enjeux financiers colossaux liés au trafic d’animaux sauvages rend inefficaces les stratégies de protection actuelle (voir blog, page du 14 Juillet). Seules des initiatives ambitieuses et originales axées sur une approche différente peuvent les sauver de l’extinction.
C’est pourquoi je propose un projet, certes « utopique », (mais, eu égard à la situation, nous avons clairement le choix, ce me semble, entre l’Utopie et la Mort) que j’ai nommé « Le Dragon Vert ».

Il s’agit, en l’occurrence, de parvenir à la reconstitution des forêts alluviales eurasiennes qui existaient dans le passé, du Fleuve Jaune au Danube et au poumon vert de l’Europe.
La conformation possible de ce corridor vert correspond à l’ère de distribution historique ancienne, dans son expansion maximale, d’un tigre officiellement disparu depuis le siècle dernier, Panthera tigris virgata, dit « Tigre de la Caspienne », qui était présent en Chine centrale jusqu’au début du XIXème siècle, et dont la zone de présence régulière et de prospérité maximale était ponto – caspio – aralienne, c’est à dire dans un espace allant de la Mer Noire à la Mer d’Aral (très grande prospérité dans le delta de
 l’Amou – Daria au Sud de celle – ci) en passant par le pourtour de la Mer Caspienne (voir pour le détail la page publiée le 16 Août et intitulée « Des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale »).
De grands mammifères prédateurs, qui constituaient, avant 1940, une mosaïque d’une richesse unique au monde dans ce type de milieu, devraient être réintroduits dans ses forêts restaurées, et parmi eux des tigres, à partir d’individus captifs ayant été soumis à des processus de réensauvagement.
Les précisions quant aux différentes étapes de ce parcours sont fournies à la fois sur la page en français et en anglais « The Eternal Selvedge » publiée le 27 Août, avec  schema numéroté sur carte, et sur la Video.

Carte 1 :  Sur cette carte est représentée l’image habituelle de la distribution historique de Panthera tigris virgata concernant les tout derniers siècles (à partir du XIXème). Elle va de l’Extrême – Occident chinois à la Mer noire, en passant par la côte Sud de la Mer Caspienne .
En particulier, on constate une distance considérable entre le point le plus oriental de la distribution de Panthera tigris virgata, le tigre de la Caspienne, et celui le plus occidental du tigre de Sibérie (ou tigre de l’Amour), Panthera tigris altaïca.

Cartes 2 et 3 : Des études plus fouillées ont montré que même pour ces périodes historiquement récentes, la distribution du Tigre de la Caspienne est beaucoup plus large, concernant notamment tout le pourtour de la Mer Caspienne, ainsi qu’une large zone septentrionale de présence ponctuelle dont le point le plus oriental est assez proche de celle du point le plus occidental de la distribution ponctuelle de Panthera tigris altaïca (carte 2, publiée en 1996 par Peter Jackson).
On tire le même constat, de façon encore plus nette, à partir  des cas répertoriés de présence des différentes « sous – espèces » par le biologiste Mazak (carte 3,  publiée en 2000 dans un travail de Kistner et Dugmore).
De fait, une équipe de l’Oxford University de Londres a montré dès janvier 2008 que tigre de la Caspienne et tigre de l’Amour constituaient de fait une même lignée génétique. Et qui plus est, les populations actuelles de tigres de l’Amour sont les descendants, d’après cette même étude, d’un groupe de P.t. virgata ayant migré vers l’Est récemment à l’échelle historique. Ils ont mis leur travail en ligne le 14 janvier 2009.

Cartes 4 et 5 : Phénomène encore beaucoup moins connu, la présence de tigres en Europe, notamment pour la période la plus récente, à l’époque médiévale (voir, pour le détail, page publiée le 16 Août, « des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale »).
La carte réalisée par Georges Heptner en 1972 (carte 4) et celle conçue et réalisée en 2002 par Roberto Epple pour son association European Rivers Network permettent de préciser les choses.
Georges Heptner, spécialiste russe des carnivores, mort en 1975, a prouvé la présence de tigres sur les côtes des Mers noire et d’Azov, et encore beaucoup plus au Nord Ouest, au moins jusqu’à Kiev.
Qui plus est, il a démontré, dans un article publié dans une revue scientifique russe en 1969 et spécialement consacrée à cette seule question, que la « lyuty zver » (« bête féroce ») qui avait blessé le Grand prince kievien Vladimir Monomaque lors d’une de ses chasses entre Turov (sur la Prypiat, dans la zone des marais de l’Europe orientale, au Sud du territoire de l’actuelle Biélorussie) et Tchernigov (Nord de l’Ukraine) à la fin du XIème siècle, ne pouvait qu’être un tigre (Carte 4) .
Grand Prince en 1113, à 61 ans, Vladimir Monomaque rédigea son ouvrage « Poucheniya Detyam » en 1117. Cherchant à édifier ses fils sur ce que doit être un bon prince, il y décrit sa politique générale, ses guerres et ses chasses, à l’époque où il était encore Prince de Tchernigov (2ème ville du pays). Celles ci le mènent donc jusqu’à Turov, en pleine région des marais. Nombreux sont les animaux qu’il affronte et qui le blessent : l’auroch, le cerf, l’élan, le sanglier, l’ours…. Et « une bête sauvage (qui) m’a sauté à la hanche et m’a jeté à terre avec mon cheval ; et Dieu m’a gardé sain et sauf » ( Stählin, La Russie, Payots eds., 1946).
La présence au moins ponctuelle de tigres dans le « poumon vert de l’Europe », une zone de marais répartie entre l’extrême Sud de l’actuelle Lituanie, la Pologne Orientale, la Biélorussie occidentale et méridionale, et l’Ukraine du Nord Ouest, marquant la frontière entre les bassins de la Vistule à l’Ouest, et ceux du Niemen, du Dniepr et du Dniestr, à l’Est, est donc très vraisemblable. Cette zone aurait alors joué pour l‘Europe de cette époque le même que celui des mangroves Sundarbans du delta du Gange pour l’Inde où, jusqu’à aujourd’hui, des tigres interdisent à des êtres humains d’y venir collecter miel et bois.
Qui plus est, si la présence du tigre dans le delta du Danube est probable, nul ne sait si des tigres, via son bassin, se sont enfoncés profondément ou non en Europe centrale et occidentale. En tout état de cause, il est possible que les régions orientales de la Slovaquie et de la Hongrie actuelles aient compté le tigre, pour un temps, dans la faune présente naturellement sur leur sol (Carte 5).

En conclusion, ceci est aussi, évidemment, un appel aux grandes structures politiques eurasiennes, ainsi qu’aux grandes Institutions, Fondations et Associations internationales, de même qu’aux milieux économiques, médiatiques et artistiques, pour qu’ils considèrent l’urgence de la situation, et qu’ils aident et agissent concrètement et de façon effective à la réalisation d’un tel projet, pour la sauvegarde des tigres, la réconciliation entre les communautés humaines, et un Avenir solide pour les uns et les autres.



HERE IS THE TEXT IN LINKAGE TO THE VIDEO : « A GREEN DRAGOON TO SAVE TIGERS ».
(See video for maps).

I am Alain Sennepin
Webmaster of the site
4 continents for tigers
http://www.adventure-tigers.com
blog : http://europe-tigre.over-blog.com
video: http://www.dailymotion.com/relevance/search/bielotigris/video/xaczgx_a-green-dragoon-to-save-tigers_news

Wild tigers are now in great danger of extinction, and their situation becomes quickly worst and worst, month after month. Field realities as well as financial powers linked to wild animals trade implicate thatpresent strategies for protection are dramatically inefficient. Only ambitious and original actions based on a different approach could save them from  complete annihilation.
That’s why I propose a projekt, which can be considered as an « utopic » one (but considering the situation, the choice seems to be clearly between Utopy and Death) that I have named « The Green Dragoon ».

His aim is the reconstitution of eurasian riverine forests of the passed, from yellow River to Vistula and Danube basins.
The possible structure of this green corridor is linked to the historical distribution (in its maximal expansion) of the Caspian tiger, officially extinct since the XXth century. This tiger, was regularly present in a big prosperity between the Black Sea and the Aral sea.
Wild mammal predators, which constituted in these areas a mosaïc of a unique richness in the world before 1940, might be reintroduced in these restored forests, amongst them tigers, from rewilding protocols concerning captive individuals.
Precisions about steps of this green eurasian way are given both on the Video and on the page (english / french) « The eternal Selvedge » published on August 27th.

Map 1 :  On this map, we can see the ordinary picture of  Panthera tigris virgata’s historical distribution concerning the most recent centuries (from the XIXth). It goes from the  Chinese western border to the Black Sea, through the southern coast of Caspian Sea.
Particularly, there is an enormous distance between the most oriental point of the distribution of the Caspian tiger, and the most occidental one of the siberian (or Amur) tiger, Panthera tigris altaïca.

Maps 2 and 3 :
More complete studies have shown that even for these recent epochs, Caspian tiger’s distribution est widely larger, particularly concerning all around Caspian Sea (and not only southern coast), and also a wide northern area of punctual presence, which extends much nearer the most occidental point of siberian tiger’s punctual presence (Map 2, published by Peter Jackson  1996).
It’s even clearer (and nearer, from recorded cases of presence by different « sub – species » realized by the biologist Mazak (Map 3, published in 2000 in a work by Kistner and Dugmore).
Infact, a team of Oxford University (London) has shown (January 2008) that Amur and Caspian tigers are infact of same genetic lineage, and so they don’t belong to  different subspecies. Moreover, the present populations of Amur tiger are descenders, as concluded in this same study, of a P.t. virgata group recently (at historical scale) gone to east again.
Searchers have put their work online on January 14th 2009.

Maps 4 and 5 : Tigers were also present in Europe, up to the medieval ages, aspect which is still less known that the subspecific identity between Amur and Caspian tigers.
For the details, see the page published on 16 August – in french – « des tigres présents au cœur de l’Europe médiévale » (« tigers present in the heart of medieval Europe »).
The map realized by Georges Heptner in 1972 (map 4) and that realized by Roberto Epple in 2002 for his association European Rivers Network are good tools to put this phenomenon in light.
Georges Heptner, russian specialist of Carnivoras, dead in 1975, has proved the presence of tigers on Black Sea and Azov’s coasts, and also clearly in more North – Western areas, at least up to Kiev.
Moreover, he has demonstrated, in an article published in 1969 in a russian review and entirely dedicated to this question, that the « lyuty zver » (« fierce animal ») who had hurted the Great Kievian Prince Vladimir Monomaque during one of his hunts between Turov (on Prypiat river, in swampy areas of oriental Europe, , in the south of present  Belarus) and Tchernigov (Northern Ukraine), at the end of XIth century, could only be a tiger (Map 4).
Vladimir Monomaque became Great Prince of Kiew in 1113, at 61 years old. In 1117, he explained in his work « Poucheniya Detyam » that when he was prince of Tchernigov, his hunts up to Turov, in the heart of the swampy region, were dangerous, and he was hurted many times (an Auroch, a boar, an elk, a deer, a bear, and a « fierce beast (who) has jumped to his side and has made fall me and my horse. And God has guarded me in life… » (Stählin, Russia, Payot eds. 1946 , in french ).
A punctual (at least) presence of tigers in the « green lung of Europe » in medieval ages is so quite credible. This area  concerns present territories as extreme south of Lituania, oriental  border of Poland, occidental and meridional borders of Belarus,  as well as extreme north – West of Ukraine. This swampy region is also linked to the limits of Vistula basin (for the west) and Neman, Dniepr and Dniestr basins for the East.
It could have played the same role for medieval Europe as Sundarbans mangroves , in the Ganga delta, for India up to now (were tigers still exclude honey and wood collectors).
Furthermore, if presence of the tiger in Danube delta is probable, nobody knows if some of these animals have gone to more western regions  through Danube basin. It is nevertheless possible that present eastern Slovaquia and Hungaria had counted for a time the tiger amongst their natural fauna  (Map 5).


In conclusion, this is also, of course, a call to greatest eurasian political structures, international institutions, fundations and associations, as well as economical, mediatic and artistic spheres, who might consider the emergency of the situation, and so help and act concretely for the effective realization of such a projekt, for saving tigers, reconciling human beings, and building a strong future for both.
 




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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 17:12

A PRELIMINARY PROPOSAL OF A POSSIBLE WAY FOR THE « GREEN DRAGOON »

This page will be both in english and french.
Cette page sera en anglais et en français.

ENGLISH VERSION
In 2001, Tim Flannery wrote a book about the natural history of United States history entitled : « The eternal frontier ».
In an opposite way, the eurasian riverine forests’ continuum, when restored, could become
« The eternal selvedge ».
It could host, like before 1940, not only several big herbivorous mammals, some of them having impressive herds (boars) and two huge rodents, but also the richest  mosaïc of big terrestrial carnivores in the world, counting at least 5 species of big feline, 5 big and medium canids, one hyaena, 2 bears and 3 big mustelids. 



WHAT COULD BE THE GREEN DRAGOON


PRINCIPAL AXIS

CHINA
1. Occidental turn of Yellow River
2. Kuku Nor Lake
3. Lob Nor Lake (entering Tarim Basin, Xinjiang River)

KAZAKSTAN
- Tenghiz Lake
9. Aral Sea (At least little Aral,  northern section of Aral Sea, Syr Daria delta
UZBEKISTAN
9. Aral Sea, southern area (Karakalpakstan) : find means to restore Amou Daria delta

MIDDLE EAST
10. All around Caspian Sea
Then, from its western coast (northern bough) :

EUROPE
Meridional Russia, oriental  Black Sea and Azov Sea coasts
- Lacustrine areas of central Ukraine
Then southern bough :
13. Danube Delta (oriental Romania) through Moldova
Northern bough :
14. Green Lung of Europe : Swampy areas of southern and western Belarus, north western Ukraine, Eastern Poland, Southern Lituania


SECONDARY BOUGHS

SIBERIA
4. From Lob Nor Lake (China 3), through lacustrine areas of north western Mongolia :
Oriental Siberia : Selenga River and southern coast of Baïkal Lake (passing near  Ivolga village)
5. From Tenghiz Lake, through North Eastern Kazakstan :
Mesopotamy of occidental Siberia : Altaï mounts, south of Barnaul, between Irtych (West) and Ob (East)

CENTRAL ASIA
From Tenghiz Lake (Kazakstan) :
To the South :
6. Up to Balkash Lake (Kazakstan)
Then, from 6 :
South eastern bough : 7 : up to Issik Kul Lake (Kirgiztan)
Southern bough : 8 : up to northern Afghanistan through Tadjikistan (Vaksh and Pyandz Rivers’ basins)

MIDDLE EAST
(From western coast of Caspian Sea)
11 . Southern  bough to swamps of southern Irak (Euphrat and Tigris mouths)
12 . Medium bough from occidental Iran to Eastern Turkey (Van Lake region)



VERSION FRANCAISE
En 2001, Tim Flannery écrivait un livre concernant l’Histoire Naturelle du territoire des
Etats – Unis d’Amérique, intitulé « The eternal frontier », « La frontière éternelle ».
Tout au contraire, un continuum de forêts alluviales eurasiennes, une fois restauré, deviendrait « The eternal sevedge », « La lisière éternelle ».
Il pourrait héberger, comme c’était le cas avant 1940, en plus de plusieurs grands mammifères herbivores dont certains pouvaient former des troupeaux impressionnants (sangliers) ainsi que deux rongeurs géants, une mosaïque de grands et moyens mammifères carnivores d’une richesse unique  au Monde sur la terre ferme, comptant au moins 5 grands félins, 5 grands et moyens canidés, une hyène, 2 ours et 3 grands mustélidés.



CE QUE POURRAIT ETRE LE DRAGON VERT

AXE PRINCIPAL

CHINE
1. Coude occidental du Fleuve Jaune
2. Lac Koukou Nor
3. Lac Lob Nor (entrée du bassin du Tarim, rivière Xinjiang)

KAZAKHSTAN
-Lac Tenghiz
9. Mer d’Aral (petite Aral, partie nord de l’ancienne mer, delta du Syr Daria)
OUZBEKISTAN
9. Mer d’Aral, zone sud : Karakalpakie. Trouver les moyens de restaurer le delta de
l’Amou –Daria

MOYEN – ORIENT
10. Tout le pourtour de la Mer Caspienne

Puis, à partir de sa côte occidentale (rameau septentrional) :

EUROPE
Russie méridionale, côtes orientales de la mer Noire et de la Mer d’Azov
- Zones lacustres de l’Ukraine centrale
Puis, rameau méridional :
13. A travers la Moldavie, jusqu’au delta du Danube (Roumanie orientale)
Rameau septentrional :
14. Poumon vert de l’Europe : Zones marécageuses du Sud et de l’Ouest de la Bielorussie, du Nord Est de l’Ukraine, de la Pologne orientale et de la Lituanie méridionale


RAMEAUX SECONDAIRES

SIBERIE
4. A partir du lac Lob Nor (Chine 3), à travers les zones lacustres du Nord Ouest de la Mongolie :
Sibérie orientale : rivière Selenga et côte Sud du Lac Baïkal (en passant à proximité du village d’Ivolga).
5. depuis le lac Tenghiz, à travers le Nord Est du Kazakhstan :
Mésopotamie de la Sibérie occidentale : Monts Altaï, au Sud de Barnaul, entre l’Irtych, à l’Ouest, et l’Ob, à l’Est.

ASIE CENTRALE
A partir du lac Tenghiz (Kazakhstan)
Vers le Sud :
6. Jusqu’au lac Balkash (Kazakstan)
Puis, à partir de là :
Rameau sud – Est : 7 . Jusqu’au lac Issik Koul (Kirgizstan)
Rameau sud : 8. Jusqu’au Nord de l’Afghanistan, à travers le Tadjikistan (bassins des rivières Vaksh et Piandj)

MOYEN – ORIENT
(A partir de la côte occidentale de la Mer Caspienne)
11. Rameau méridional jusqu’aux marais de l’Irak du Sud (estuaires de l’Euphrate et du Tigre)
12. Rameau médian, de l’Iran occidental à la Turquie orientale (région du lac Van)
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 17:35

OURS, TIGRES ET DRAGONS
Pour la rédaction de cette page, nous avons puisé, notamment, dans les travaux de Iaroslav Lebedynsky sur les Scythes et les Sarmates (Editions Errance, 2001 & 2002), ainsi que l’ « Histoire de la Russie », par N. Rasianovsky, 1987, eds Robert Laffont, Collections Bouquins, « Vladimir le Soleil Rouge » de Vladimir Volkoff, 1981 et « L’Amérique Russe » de Michel Poniatowsky 1978, tous les deux aux Editions Julliard (collection l’Age D’homme), « La Russie Médiévale », par J-P Arrignon, 2003, Eds. Les Belles Lettres, Collection « Guide des Civilisations ».
 
LA CIVILISATION DES HOMMES - OURS
La Russie ancienne est partagée entre le monde de la forêt au Nord et celui de la steppe au Sud. Les époques néolithique puis protohistorique qui modifient radicalement paysages et civilisations de la Méditerranée à l’Indus n’influent quasiment en rien sur  les pratiques préhistoriques de la civilisation forestière, si ce n’est une certaine intensification de celles – ci à des fins d’échanges commerciaux (fourrures).
Fondamentalement, les populations clairsemées de slaves orientaux qui occupent ce biotope et tendent à s’y sédentariser à partir des 5ème et 6ème siècles perpétuent un mode de vie « paléolithique » au moins jusqu’à l’orée du 16ème siècle. Ils sont horticulteurs, chasseurs  et collecteurs de baies sauvages, et de façon  bien plus significative encore, autour de leurs modestes villages au bord des cours ou des étendues d’eau, pêcheurs (Alexandre Nevski sera le « Prince pêcheur » de Novgorod au 13ème siècle), et récolteurs de miel, dont il font grand usage (on installe des ruches dans des troncs d’arbre creux, et comme les abeilles n’ont pas besoin d’être domestiquées, la peine est réduite au minimum et le profit au maximum).
Ils occupent la même niche écologique que les ours, et ont des pratiques très analogues sur le plan alimentaire. D’où un très fort sentiment de parenté, qui est le pivot de la culture slave jusqu’à la christianisation du pays à la fin du 10ème siècle. L’ours est le « medved » russe, c’est à dire le « consommateur de miel ».
De fait, les liens entre ours et communautés humaines sont d’une très grande profondeur et remonte au moins à des dizaines de milliers d’années. A partir d’observations paléontologiques circonstanciées, un chercheur russe n’a t-il pas émis l’hypothèse que le culte des ancêtres est plus ancien chez les ours que chez les hommes et qu’il a été transmis par les premiers aux seconds par un phénomène d’acculturation (dans Michel Pastoureau, « L’Ours. Histoire d’un Roi Déchu », Editions du Seuil 2007, page 42, références page 338).
Ce schéma d’ensemble tendra à se nuancer progressivement à partir du 10ème siècle, au moment de la christianisation et de la cristallisation fonctionnelle de l’Etat. Il y a  constitution d’agglomérations urbaines conséquentes (la Russie devient, aux yeux des scandinaves, « le pays des villes », « Gardariki ». Un certain défrichage de la forêt s’effectue peu à peu pour intensifier les pratiques horticoles. Il est plus marqué au Nord, particulièrement à Novgorod. Mais il existe aussi au Sud, dans la région de Kiev, ce qui ne va pas sans inconvénient face à la civilisation des steppes, la forêt constituant une protection contre les incursions des nomades…
Le seigle, le blé et l’avoine forment les aliments de base. On cultive aussi le pois, la lentille, le chou, le navet, l’oignon, l’ail. Le chanvre et le lin servent à la confection des toiles de tente, des cordages et des filets de pêche. On élève aussi des chevaux et des bœufs à la fois pour les labours et pour la monte.
Mais Procope et Léon le Sage dit de ces horticulteurs des plaines russes qu’ils sont « trop paresseux pour travailler les terres qui sont pourtant les plus riches du monde » et les considèrent d’ailleurs comme à moitié nomades.
Ces « paysans » (« smerdy »), hommes libres organisés en communautés rurales (mir) qui pratiquent l’agriculture, la pêche et exploitent la forêt (bois, miel, fourrures) sont fondamentalement les descendants et continuateurs des « chasseurs/pêcheurs/collecteurs » de la préhistoire.
Il existe aussi des asservis provisoires  pour dettes (zakupy, najmity).

Un conte étiologique en dit à cet égard beaucoup plus long qu’une explication anthropologique circonstanciée sur le sujet :
Un prince magicien envoie sa garde capturer des martres et des renards mais celle ci rentre bredouille . Il se change alors en loup et il poursuit les bêtes qui se prennent dans les filets de soie qu’il a préparés. Puis il doit à nouveau prendre la situation en main devant les échecs confirmés et successifs de ses hommes. Ainsi doit il revêtir l’apparence d’un faucon pour capturer cygnes, oies, canetons et petits oiseaux, puis celle d’un brochet pour capturer des esturgeons.
Il conquiert ensuite un « royaume de l’Inde » en se métamorphosant successivement en un aurochs aux cornes d’or, en un petit oiseau, en un loup gris, en une fourmi…
Il fait ensuite connaissance avec un laboureur, qui l’aide grandement dans ses initiatives pour le contrôle effectif de son Royaume.
Un ordre nouveau se met en place,
fruit de la synthèse entre la culture du roi – magicien liée à l’économie de prédation et celle du laboureur.

A partir du 16ème siècle, les communautés villageoises perdent leur liberté, les « horticulteurs » polyvalents deviennent des serfs, prisonniers sur la Terre désormais privatisée. Cette évolution est directement liée aux « impératifs » supposés, dans l’esprit des responsables de l’Etat,  de défrichements massifs de la forêt pour maximiser la production agricole assurée par des serfs désormais « monovalents », pour le compte de boyards qui deviennent à cette époque des latifundiaires du Nord.

LA CIVILISATION DES HOMMES - TIGRES
Contrairement au monde de la forêt, peu concerné par la « fin » de la Préhistoire, la civilisation des steppes est profondément transformée par la domestication du cheval, dès le quatrième millénaire avant J.C . Celle – ci bascule alors d’une sédentarité et de pratiques horticultrices plus poussées et plus importantes dans l’économie que ne l’étaient celles du monde des forêts, vers un système pastoral impliquant une existence résolument nomade.
Les conséquences de cette révolution du mode de vie sont gigantesques. Depuis les steppes de l’actuel Kazakhstan où s’effectue cette étonnante symbiose entre des hommes et un grand animal sauvage qui va réorienter de fond en comble le cours de l’histoire mondiale, un nouveau phénomène dans le monde vivant, le binôme cavalier / monture, déferle sur l’Eurasie, à l’Est comme à l’Ouest. En Europe, ce qui sera la Russie à partir du 10ème siècle est submergée par ce courant civilisationnel originaire d’Asie centrale. A travers les dominations successives (et de longue durée) des Cimmériens, des Scythes, des Sarmates, puis des Huns (pour un laps de temps court), des Avares, et des Kazhars, qui finissent par se sédentariser dans le delta de la Volga, c’est à la fois l’Asie et le monde de la steppe qui prédomine sur l’Europe et le monde de la forêt et ce pendant des millénaires, jusqu’au 9ème siècle. L’espace oriental de l’Europe est donc en réalité pleinement eurasien, sur le plan civilisationnel, depuis le Néolithique tardif.
Ces pasteurs guerriers ont un sentiment de parenté très fort avec les grands prédateurs sauvages, en particulier les tigres et les loups. Ils assimilent d’ailleurs ces animaux à des pasteurs d’herbivores sauvages et leur attribuent les plus grandes qualités parmi les êtres vivants.

LA CONFRONTATION
Pendant environ 3 siècles et demi (de la deuxième moitié du 9ème siècle à la première moitié du 13ème), en Europe orientale, le monde de la forêt en voie très progressive et superficielle « d’européanisation » - sédentarisation / urbanisation, étatisation, christianisation, défrichage – oppose une vive résistance au monde des steppes sur lequel il reprend significativement du terrain. Il y a conflit permanent, sans domination substantielle et durable des uns ou des autres. Les héros russes de cette époque sont les chevaliers « bogatyrs » qui coupent en deux leurs adversaires à l’aide de leurs grandes épées franques, mais voient les parties se reconstituer en des combattants entiers et vivants, sous le nombre desquels ils sont finalement submergés (comme dans le célèbre Dit de la Campagne d’Igor).
La limite entre steppe et forêt est vécue comme une frontière.
Les combats sont particulièrement acharnés, incessants et incertains entre le Grand Prince Vladimir et les Petchenègues, puis entre Vladimir Monomaque et les Polovtsiens, quelques décennies plus tard.
Rien ne symbolise mieux cette période de l’histoire de la Russie, où les deux mondes s’affrontent impitoyablement et vainement, sans qu’aucun des deux ne parvienne à s’imposer à l’autre, que la rencontre de Vladimir Monomaque et de la « Lyuty Zver » dans les marécages du Nord Ouest, vers la fin du 11ème siècle.
Cet épisode a été décrit et expliqué dans le détail sur la page du présent blog publiée le 16 Août et intitulée « des tigres présents au cœur de l’Europe Médiévale ».
Le Grand Prince de Kiev, pourfendeur des Polovtsiens, à l’anéantissement desquels il consacre 83 campagnes importantes, a la stupéfaction, lors d’une chasse dans des zones humides de la steppe, d’être attaqué et blessé (ainsi que son cheval) par un animal inconnu, dont Georges Heptner a démontré en 1969 qu’il s’agissait d’un tigre, animal emblême des Nomades par excellence.
C’est au cours du même 11ème siècle qu’en Afrique Orientale, un chant de guerre Swahili fait dire au Sultan qu’il va avoir à quitter sa cité pour affronter (« se faire dévorer par ») le MNGWA, « celui qui est étrange », grand félin tigré mystérieux.
Le Grand Prince rencontre son MNGWA, la « Lyuty Zver », qui a simplement, en l’occurrence un comportement de défense territoriale habituelle chez ces animaux face à des cavaliers faisant intrusion dans leur espace.
La région dans laquelle l’incident survient, située au Sud de l’actuelle Biélorussie, est à l’Europe ce que la mangrove des Sundarbans, dans le Golfe du Bengale, est à l’Inde. Un milieu où, jusqu’à aujourd’hui, les tigres refusent la présence de collecteurs de miel ou de bois…

A NOUVEAU, UNION EURASIENNE
Du 13ème au 15ème siècle, une nouvelle vague nomade déferlant des steppes de Mongolie entraîne la mise en sujétion des « hommes – ours » par les « hommes – tigres » qui est aussi une forme d’union, de symbiose asymétrique. Les russes sauvent leur nation en composant avec le khanat mongol, qui, malgré les destructions immenses qu’il inflige dans un premier temps à leurs structures urbaines et horticoles, leur permet de cimenter leur Nation à travers la religion orthodoxe, alors que celle- ci était pulvérisée (64 principautés indépendantes) avant l’intervention de ceux –là, et n’aurait pu en aucune façon résister à la poussée
 germano suédoise d’idéologie catholique, qui, elle, visait à la destruction de la culture russe et l’établissement d’un Empire latin sur son territoire comme celui qui dominait Constantinople depuis 1204 (et se maintiendrait jusqu’en 1261).
 Les succès d’Alexandre Nevski contre les Suédois (1240) sont entièrement dus à son génie propre. Sa façon d’opérer contre les chevaliers Teutoniques (1242) montre, en revanche, que le Prince Russe avait adopté la tactique Mongole, dont les troupes étaient présentes en arrière du théâtre d’opération (Arrignon 2003). La Russie évita ainsi l’annexion et l’éradication de sa religion, empêchant toute nouvelle agression germano scandinave pendant quatre siècles.
A cette époque, forêt et steppe n'étaient plus séparées par une frontière, mais réunis par la lisière, membrane d'échange et d'union des deux mondes.

LE MONDE DE LA FORÊT DEVIENT IMMENSE : LES OURS RENCONTRENT LES DRAGONS
Après avoir recouvré son autonomie à la suite de son dynamisme propre et des divisions internes au monde de la steppe, le « Monde de la Forêt » connaït une expansion phénoménale, notamment à partir de la première moitié du 17ème siècle, ce qui lui permet aussi un certain retour aux sources.
Entre 1610 et 1640, si les lignes fortifiées des colons russes avancent de 480 kms dans les steppes du Sud, ce n’est qu’en 1783 que le khanat de Crimée sera absorbé dans l’Empire de Catherine la Grande.
Par contre, au cours de ces mêmes 30 années,  la percée vers l’Est, c’est à dire la Sibérie, est de 4800kms ! Or, cette conquête du « Far East » forestier, lacustre et marécageux est aussi  la mise en contact, pour le meilleur ou pour le pire, avec de multiples communautés de chasseurs/pêcheurs/récolteurs dont les modes de vie et les pratiques sont singulièrement analogues à celles des slaves orientaux de l’époque médiévale. Quelques décennies plus tard, en 1689, le traité de Nertchinsk fixe la frontière russo chinoise le long des fleuves Argun et Gorbitsa et de la chaîne des monts Stanovoï, dans la région de l’Amour . Les nouveaux venus y font la connaissance d’un tigre forestier énorme, que les autochtones vénèrent et leur apprennent, dans une certaine mesure, à percevoir différemment de son congénère occidental, associé aux steppes et aux marais, synonyme d’étrangeté et de menace.
La divinité principale de ces populations est le dragon (voir la page « Nicolas Baïkov : la parole au tigre » publiée le 30 Juin).

LA DESTRUCTION DU MONDE DES STEPPES
L’annexion de l’Asie centrale (« Turkestan russe ») au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle a été un véritable blitzkrieg, dans un contexte de menace anglaise sur la Région, lors du « Great Game ».
Les conséquences en ont été dramatiques, pour la civilisation pastorale, les hommes qui la faisaient vivre, les tigres qui en restaient les symbôles. Point n’est besoin de revenir en détail sur cette question, traitée sur les pages du présent blog publiées le 30 Juin, qui montrent les soubassements anthropologiques de cette tragédie, liés aux affrontements anciens entre « hommes – ours » et « hommes – tigres ». L’épisode ultime de ce processus  fut l’anéantissement de la Mer d’Aral, au cours des dernières décennies.
 
L’ALLIANCE DES OURS, DES TIGRES ET DES DRAGONS : LA VRAIE FORCE D’AVENIR DE LA RUSSIE
Aujourd’hui, la Russie, civilisation eurasienne depuis toujours, dispose d’atouts majeurs pour jouer un rôle catalyseur dans la recherche de la paix et de la coopération sur le continent, et définir de nouveaux équilibres entre sédentaires urbains, chasseurs – cueilleurs sibériens et  pasteurs (ou qui aspirent à le redevenir) d’Asie Centrale .
A ce titre, elle peut aisément saisir l’opportunité d’une mise en œuvre résolue de l’initiative écologique et humaine « Le dragon vert » (voir les pages publiées les 15 et 16 Août), véritable lisière géante au rôle réunificateur, aux antipodes de la frontière.
Ce dragon de la paix  tirera sa force  des tigres, des ours et autres grands prédateurs sauvages destinés à vivre dans ses flancs, ainsi que des communautés humaines environnantes, enfin réenchassées, grâce à lui et à ses maîtres d’œuvre,  dans leurs cultures originelles revivifiées et  vécues sur le mode de la complémentarité .



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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 08:24
LE TIGRE ET L'EUROPE: UNE VIEILLE HISTOIRE
La présence de tigres dans l'espace européen lors de la Préhistoire a fait l'objet de nombreuses controverses au cours des 19ème et 20ème siècles. Depuis lors, un consensus s'est fait jour sur le point de discorde principal : les grands félins dominants dans l'Eurasie de la période Pleistocene étaient des lions gigantesques, et non des tigres. Celà n'exclut nullement la présence élusive et ponctuelle de tigres dans des régions où on ne soupçonnerait pas a priori leur présence (Alaska, Arctique européen, entre autres, comme l'avait montré notamment Sandra Herrington en 1987). Dans une étude publiée en 2000 par la Revue scientifique "Animal Conservation", Kitchener et Dugmore ont proposé une carte très impressionnante sur l'extension maximale qu'aurait pu atteindre la distribution du tigre pendant les périodes interglaciaires du Pleistocene (qui se produisirent au moins à 16 reprises depuis l'apparition de l'animal en tant qu'espèce). Celle ci s'étendait à plusieurs continents, dont l'Europe.

Au début de la période holocène (après la fin de la dernière période glaciaire), plusieurs facteurs cumulatifs :  la disparition brutale des lions géants, des conditions climatiques favorisant les zones humides du Fleuve Jaune au Sahara et à la corne de l'Afrique au Sud, et aux régions circum arctiques au Nord, ainsi qu'une évolution des forêts européennes, désormais beaucoup plus adaptées et accueillantes pour les tigres que pour les lions, ont  vraisemblablement permis au grand fauve strié une expansion phénoménale de son aire de distribution , unique dans son histoire, qui allait durer plusieurs millénaires: on peut véritablement parler de cette époque , "l'optimum humide neolithique", comme l'Age d'Or du  Tigre en Eurasie.

Une péjoration hydrique sévère met brutalement fin à cet âge d'abondance : les tigres vivant dans les régions occidentales de leur aire de distribution subissent une réduction dramatique de leurs espaces vitaux. Ils se retrouvent souvent sans contact avec leurs congénères orientaux, et leur distribution devient discontinue, selon un schéma dendritique le long des cours d'eau eurasiens les moins mal alimentés d'une part, dans un certain nombre de refuges montagnards isolés et sans connexion entre eux d'autre part. Dans ces conditions de régression et de fragmentation, Panthera tigris virgata apparait en tant que sous espèce. C'est l'Aride Neolithique, connu pour les hommes comme période Protohistorique, avec l'apparition des grandes structures politico religieuses totalitaires du Nil à l'Indus et au Fleuve Jaune en Eurasie, Du Mississipi au Sud de la Cordillère des Andes en Amérique.

Les Empires de l'Antiquité mènent la vie dure aux animaux sauvages : les principales victimes en sont les lions, de l'Europe du Sud à l'Inde, sans que léopards et tigres puissent véritablement profiter de cette niche écologique brutalement vidée.
C'est la fin de cette période, marquée à l'Est comme à l'Ouest, par un affaiblissement considérable de la puissance et des moyens d'action des grandes structures politiques, et une réduction sensible de la démographie des populations sédentaires, qui offrent à une cohorte de mammifères prédateurs une nouvelle opportunité d'expansion.
Pour le Tigre, c'est particulièrement vrai en Chine d'une part, et (ce qui est à proprement parler l'objet de cet écrit), de l'Asie centrale à l'Europe orientale, tout au long des 7000 à 8000kms de la "steppe des scythes", du Fleuve Jaune à l'actuelle Hongrie.

AU MOYEN AGE, DES TIGRES AU COEUR DE L'EUROPE
A cette époque (Vème et VIème siècles de notre Ere), le territoire qui n'est pas encore la Russie accueille des populations slaves qui tendent à se sédentariser dans la zone des forêts au Nord, et des populations iraniennes qui nomadisent dans les steppes au Sud. Celles ci sont très fertiles, riches d'une flore exceptionnellement vigoureuse et parsemée de milliers de petits lacs et marais.
Les populations humaines sont peu nombreuses, et leur impact sur l'espace environnant n'est pas significativement plus important que celui des grands animaux sauvages. Les nomades sont des chasseurs éleveurs, qui peuvent aussi se ravitailler de vive force chez leurs voisins sédentaires. Ces derniers sont des horticulteurs/chasseurs/récolteurs de miel. Le Moyen Age en Asie Centrale et en Europe Orientale est écologiquement comparable à une période interglaciaire du Pleistocene.

Quelques siècles plus tard, la Russie est devenue "le pays des villes" (telle qu'elle est perçue par les Scandinaves de l'époque) et la forêt subit un lent processus de défrichement, particulièrement dans les régions les plus septentrionales, comme celle qui dépend du Prince de Novgorod. Mais le territoire est toujours très riche en forêts, steppes et zones lacustres.
Au XIème siècle, le Grand Prince de Kiev Vladimir Monomaque chasse souvent dans les régions de Turov et de Chernigov, notamment entre 1073 et 1094. Il les évoque dans un ouvrage dont il termine la rédaction en 1117: Poucheniya Detyam. C'est au cours de l'une d'entre elles qu'il doit affronter "lyuty zver", la "bête féroce". Celle - ci a bondi et lui a mordu la cuisse alors qu'il était sur son cheval, blessant à la fois la monture et le cavalier.
L'interprétation habituellement avancée est celle d'un lynx ou d'un loup. Un lynx femelle qui vient de voir sa portée massacrée peut effectivement se comporter avec une fureur exaltée, implacable et sans crainte, comme l'a montré Robert Hainard. Concernant un loup, la chose est à peu prés impensable. C'est pourtant cet animal que propose Vladimir Volkov pour un tel comportement dans son "Vladimir, le Soleil Rouge", Julliard 1981 page 68, alors même qu'il mentionne que la chasse pouvait concerner aussi le léopard (et semble t-il, aussi fréquemment que celle du cerf, du sanglier ou du bison d'Europe) présent dans ces contrées occidentales à l'époque, et plus susceptible que le loup d'agir de la sorte dans une situation désespérée.
D'autres pensent qu'il s'agit d'un lion, la présence de cet animal dans les steppes du Sud de la Russie et l'estuaire du Don faisant toujours l'objet de débats entre scientifiques à l'heure actuelle.
En tout état de cause, lynx, loup, léopard et lion étaient connus des princes russes de cette époque :
le prince Roman, de Galicie Volynie, région occidentale de la Russie Kievienne, mort en 1205, est présenté de la façon suivante par la Chronique de sa principauté : "Il s'élançait contre les païens comme un lion, il était féroce comme le lynx, il les exterminait comme le crocodile, il parcourait leur pays comme un aigle, il était brave comme un auroch." (vu dans "Histoire de la Russie",  Robert Laffont, collection Bouquins, par N. V. Riasanovsky 1987, page 103).
Alors, pourquoi parler d'une "bête féroce", si on la connaît par son nom?

Le Dr Vladimir Heptner, spécialiste russe incontesté sur les carnivores en Russie, mort en 1975, indiquait qu'il y avait de nombreux éléments forts et convaincants pour que la "bête féroce" en question soit un tigre. Il a consacré un article spécialement à cette question dans une revue russe en 1969. Dans l'ouvrage qu'il corédigea avec le Dr Sludskii sur les carnivores russes (réédité en langue anglaise 17 ans après sa mort), il présente une carte de présence probable du tigre non seulement sur les côtes des mers noire et d'Azov, mais aussi beaucoup plus au Nord Ouest, dans la région de Kiev, entre les 10ème et 12ème siècles.
Cette présence restait certainement élusive pour la civilisation sédentaire de la zone forestière (d'où la qualification de "lyuty zver"), cet animal restant fidèle à son milieu préférentiel de steppe marécageuse ; et les nomades, qui le connaissaient, ne tenaient pas de Chroniques écrites.
Un tel phénomène s'est également produit à une date beaucoup plus récente. L'anglais Thomas Atkinson, qui a voyagé en Asie centrale au 19ème siècle, a expliqué, dans un livre publié en 1858, que des tigres, chassés de la steppe kirghize par la sécheresse, avaient traversé l'Yrtych et rejoint les zones occidentales des monts Altaï, où les paysans ignoraient leur existence et n'avaient pas de vocable spécifique pour les nommer.
Le tigre "de la Caspienne"  est connu pour n'avoir pratiquement jamais attaqué les hommes, même quand il se rendait, plus ou moins accidentellement, dans les villages. Il fut toujours un animal discret, qui ne feulait pas ostensiblement contrairement à son congénère indien, et qui était indiscernable dans les hautes herbes de la Steppe et les roseaux des forêts alluviales.
Par contre, un cavalier qui s'enfonçait dans ce type de milieu courait de vrais risques.
T. Atkinson, déjà mentionné précédemment , a décrit l'attaque d'un cavalier kirghize par un tigre, qui bondit du fourré, de face, sur le cheval et le cavalier. Cette description a fait l'objet d'une  illustration de Sorieul, publiée page 201 de l'ouvrage de Svetlana Gorshenina, Explorateurs en Asie centrale, eds. Olizane.
En 1928, au Tadjikistan, 2 cavaliers et leurs chevaux ont été, de même, sévèrement attaqués par un tigre dans le lit asséché d'une rivière. Quelques années plus tard, l'endroit sera intégré à une réserve naturelle qui portera le nom "La Ravine du tigre" (Tigrovaya Balka) en souvenir de l'évènement. La chose a été décrite en détails par David Prynn aux pages 2 et 3 de son livre Amur Tiger, 2004, Russian Nature Press.
Atkinson et Prynn décrivent très exactement ce qui est arrivé à Vladimir Monomaque 8 siècles plus tôt.

AMPLITUDE DE DISTRIBUTION CREDIBLE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Les données fournies par la carte de Heptner et Sludskii confrontées à la distribution des zones humides dans la région rendent crédibles une distribution au moins ponctuelle du tigre dans le delta du Danube d'une part, et dans les zones marécageuses qui forment la  frontière des bassins du Niemen, Dniepr et Dniestr, à l'Est, et de celui de la Vistule, à l'Ouest, d'autre part. Celà correspond, pour les tigres danubiens,  aux territoires actuels de la pointe orientale de la Roumanie, de la pointe occidentale de l'Ukraine, et de la Moldavie méridionale.
 Le village ukrainien de Dilove, situé non loin au Nord Ouest de cette zone, avait été identifié comme le coeur de l'Europe par les géographes de la fin du 19ème siècle.
Pour les seconds, plus septentrionaux, sont concernés l'extrême Nord de l'Ukraine, les franges les plus méridionales et occidentales de la Bielorussie, la frange la plus orientale de la Pologne, et l'extrême Sud de la Lituanie, c'est à dire le coeur et le poumon vert de l'Europe actuelle. C'est en plein dans cette région, entre Turov et Cernigov, dans les marais Pripiatski du Sud de l'actuelle Bielorussie, que Vladimir Monomaque avait rencontré la "Lyuty zver" (voir J-P Arrignon, La Russie Médiévale, 2003, eds. Les belles lettres, coll. Guide des civilisations, voir carte page 39).
La distribution de la steppe herbeuse à cette époque laisse augurer, qui plus est, une présence ponctuelle de ces animaux dans des territoires correspondant à l'Est de la Hongrie et de la Slovaquie actuelles.

PERIODE CREDIBLE DE PRESENCE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Heptner, qui fait preuve, rigueur scientifique oblige, d'une prudence de Sioux à de multiples occasions sur des sujets variés, parle d'une présence probable des tigres en Europe du 10ème au 12ème siècles.
Or, les évènements politiques qui se déroulèrent par la suite en Europe orientale du 13ème au 15ème siècle, et notamment la domination mongole dans cette région, n'ont certes pas contribué à un recul des espaces sauvages naturels. L'effacement de nombreuses structures urbaines et une baisse de la démographie des populations sédentaires n'étaient pas de nature à écorner la vigueur de la flore et de la faune sauvage dans cette région.
Les tigres sont vraisemblablement restés présents en Europe jusqu'à la fin du Moyen Age.

Relisons, pour conclure, la description de la steppe par Nicolas Gogol dans son roman "Tarass Boulba" racontant l'histoire de l'affrontement entre Cosaques et Polonais au début du 17ème siècle :
"Alors, tout le Sud jusqu'à la Mer Noire était un désert verdoyant et vierge. La charrue ne passait jamais dans les vagues infinies des plantes sauvages. Seuls les chevaux qui s'y cachaient comme dans une forêt les foulaient. Rien dans la Nature ne pouvait être plus beau. Toute la surface de la Terre formait un Océan vert et or, dans lequel jaillissaient des milliers de fleurs variées. L'air était empli d'un millier de cris d'oiseaux divers. Les éperviers planaient immobiles dans le ciel, les ailes déployées, les yeux fixes dardés sur l'herbe. Le cri d'un vol d'oies sauvages retentissait sur un lac lointain."
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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 05:53
QUI EST LE DRAGON VERT?
"On mesurera un jour le degré d'une civilisation non pas à ce qu'elle aura pris à la nature, mais à ce qu'elle lui aura rendu". Robert Hainard

Aujourd'hui, le "DRAGON VERT" est simplement une idée, une proposition, qui attend sa matérialisation.
Il s'agit d'un projet de reconstitution des forêts alluviales des principaux fleuves d'Eurasie et de certains de leurs affluents, tout au long des 7500kms de ce qui fut la steppe des Scythes dans l'Antiquité et la route de la Soie au Moyen Age, de l'Europe Orientale à la Chine.
La présentation qui en est faite ici est à la fois très générale et préliminaire, et nécessitera de nombreux affinements et approfondissements ultérieurs (nous avons d'ores et déjà établi des contacts et entamé des discussions avec plusieurs acteurs/partenaires potentiels pouvant intervenir à différents niveaux du projet).
Ce "DRAGON VERT", qui existait jusqu'au 20ème siècle mais qui fut détruit par les modes de vie qu'adoptèrent alors les riverains peut apporter des solutions concrètes à la guerre de l'eau et aux désastres sociaux et sanitaires, aux conflits entre les Nations et les communautés, et à l'anéantissement de la Biodiversité eurasienne indispensable aux hommes, générés précisément par ces modes de vie et de rapport à l'autre inédits jusqu'alors à une telle échelle.
La forêt alluviale eurasienne n'est vraiment vivante, active et forte que si les grandes espèces animales qui s'y épanouissaient jusqu'au siècle dernier peuvent à nouveau la faire vivre. Celà concerne notamment une mosaïque de grands et moyens mammifères prédateurs unique au Monde, avec comme  clef de voûte un animal disparu de ces contrées mais qui les fréquenta toutes à diverses périodes depuis l'Antiquité : le Tigre. Celà passe par des plans audacieux de réensauvagement dont nous avons déjà amplement fait état dans les pages précédentes de ce blog , ainsi que sur le site "4 continents pour les tigres".
 La Force Vitale du Dragon est à l'intérieur de lui.
Si celui ci reprend vie, il peut réenchanter et resacraliser tout un Continent aujourd'hui tragiquement réifié.

TIGRE ET DRAGON
La reconstitution des milieux alluviaux eurasiens concerne des zones ripuaires correspondant à la distribution historique du tigre dit "de la Caspienne", Panthera tigris virgata.
Le coeur du territoire de l'animal depuis l'époque moderne fut l'Asie centrale, entre mer Caspienne et mer d'Aral, dans des forêts originales, les tugaï, dominées par des peupliers, des saules, des phragmites communs ainsi que des roseaux géants (Arunda donax) qui pouvaient atteindre 8 mètres de hauteur et des graminées géantes de 3 mètres de haut, où proliféraient les sangliers, laissés en paix par les musulmans pour des raisons religieuses, qui assuraient une généreuse pitance pour le  tigre sans interaction avec les communautés humaines vivant pourtant dans les environs immédiats.
Si les populations les plus importantes au cours des derniers siècles se trouvaient au Nord de la mer Caspienne, particulièrement dans les jungles du delta de la Volga, et plus encore au Sud de la mer d'Aral, dans le delta de l'Amou Daria, ils étaient également présents dans le Caucase jusqu'à la mer noire à l'Ouest, et jusqu'en Chine centrale à l'Est (bassin du Tarim jusqu'au Lob Nor).
A une période plus ancienne (Moyen Age) l'animal était présent, à l'Est, jusqu'au Fleuve Jaune, et à l'Ouest, de façon permanente jusqu'à la Mer Noire, et même, de façon plus ponctuelle, dans des régions plus occidentales encore, comme le delta du Danube d'une part, les vastes zones marécageuses frontières entre les bassins du Niemen, du Dniepr et du Dniestr à l'Est, et de la Vistule à l'Ouest, d'autre part.
 Les territoires d'au moins six pays européens actuels sont peu ou prou concernés par cette présence médiévale: l'Ukraine, la Moldavie, La Bielorussie, la Roumanie, la Pologne et la Lituanie.
Cette question sera traitée en détail sur ce blog dans les tout prochains jours.
De plus, les hommes de l'Antiquité avaient vu cet animal s'abreuver dans le fleuve du même nom (appelé Stollax par les Grecs), cotoyant des hippopotames dans les marais mésopotamiens du Sud de l'actuel Irak.


AUJOURD'HUI, DES INITIATIVES PROMETTEUSES
La compréhension d'une protection réciproque, de facto, entre forêt et animal prédateur débouche d'ores et déjà sur des actions originales et fécondes, où le réenrichissement de la Nature Sauvage est aussi un avantage pour les hommes.

Ainsi, en Andalousie, deux centres de reproduction des lynx pardelle (appelés aussi les "tigres andalous") permettent aux effectifs de cette espèce dramatiquement menacée de croître à nouveau. Les animaux sont ensuite relâchés dans la steppe d'Estramadure, que leur présence contribue ainsi à protéger de pratiques "agricoles" dévastatrices notamment.
Ces centres, qui ont comme vocation le réensauvagement de leurs pensionnaires pour sauver la Nature Sauvage de leur région sont, contrairement aux établissements évoqués sur la page publiée le 14 Juillet, les véritables "fermes à tigres" de l'Avenir.
Trois nouveaux centres devraient voir le jour sur le territoire espagnol.
Au sud du Portugal, un centre de reproduction et de réensauvagement a ouvert ses portes à Silves en Mai dernier. Il servira à protéger, par la présence du lynx, la forêt de chênes liège environnante qui fait vivre l'industrie portugaise du bouchon...

En Amérique, l'association "Panthera" met en place la "Jaguar Corridor Initiative", plan  destiné à permettre la sauvegarde des grands félins et de leur milieu forestier en assurant une continuité de celui - ci du Mexique à l'Argentine. Jamais aucune initiative n'avait été tentée à une telle échelle.
Détails et carte peuvent être consultés  dans Cats News 50 (Printemps 2009), pages 28 - 29.

En Russie, une réintroduction de tigres dans des zones ripuaires des régions méridionales et occidentales du pays serait la suite logique de l'évolution des choses dans ce pays depuis ces deux dernières années.
  Les tigres de l'extrême orient russe, dont la situation paraissait désespérée en 2005, sont toujours là. Certes, les meilleurs spécialistes des populations de ces animaux, comme Evgueny Kashkarov, considèrent  les  chiffres officiels cautionnés par le WWF Russie (500 individus) comme nettement surévalués, ce qui ne fait aucun doute en toute bonne logique. Selon eux, il serait plus réaliste de diviser ce nombre par deux. Des chasseurs Udeghe indiquent néanmoins une augmentation vraisemblable de la population l'hiver dernier (émission Radio Rossya , Février 2009).
Une extrême prudence était et reste de mise sur cette question, qui est largement sujette à caution.
Des études génétiques menées par l'Université d'Oxford ont montré que ces tigres de l'extrême orient russe étaient en fait les descendants d'un groupe d'animaux du "dragon vert"d'autrefois.
Le WWF Russie a relâché, par ailleurs, le 26 Mai dernier, une dizaine de cerfs de Boukhara dans une forêt alluviale au Turkmenistan, d'où ils avaient été éradiqués il y a 47 ans. Ces animaux constituaient alors la proie principale  (avec le sanglier) du tigre.
En Octobre 2008, Vladimir Poutine avait publié un décret sur la protection urgente du léopard de l'Amour, avec l'extension considérable (multiplication de la superficie par 10) d'une zone refuge pour ces animaux.
Au Printemps de cette année, le Ministère Russe des Ressources Naturelles a élaboré un programme de rétablissement de la population des animaux rares dont les léopards du Nord du Caucase (actuellement au moins aussi menacés que ceux de l'Amour (au mieux quelques dizaines de survivants) alors qu'il y "aurait place", dans cette région, pour 1200 individus. Pour la première fois dans l'Histoire récente du pays, le programme piloté par le WWF Russie est sponsorisé par des milieux d'affaires locaux.
Enfin, l'opinion publique russe a montré sa sensibilité et sa force sur les questions de protection des animaux sauvages ; une campagne de protestation activement relayée sur Internet a abouti en mai dernier à la démission des dirigeants de la région de l'Altaï, après que ceux ci, 3 mois auparavant, se soient livrés au braconnage de bouquetins, malgré un contrôle de la presse par les autorités locales et des campagnes de diffamation contre les protestataires (article de Boris Kagarlitski dans Vzgliad, traduit dans Courrier International 968 du 20 au 27 Mai 2009).

HOMMES ET DRAGON
Point n'est besoin ici de revenir sur les bienfaits qu'apporte une Nature généreuse aux communautés humaines vivant en équilibre avec elle, comme ce fut historiquement le cas aussi bien en Asie centrale que dans le Sud de l'Irak, pour ne mentionner que ces deux exemples, ni sur le fait que la destruction de celle ci fut un acte de guerre contre les communautés traditionnelles vouées à la dislocation
(voir les détails sur la page de ce blog publiée le 12 Juillet dernier), et intervint en un siècle de réification généralisée, où l'abaissement, le rapetissement et l'abêtissement de l'homme, processus engagés lors de l'émergence des structures étatiques à l'époque protohistorique, ont atteint une densité, une virulence et une systématisation inédites.
Reconstruire la tugaï, la réarmer en organes vitaux tels des tigres et d'autres prédateurs, c'est aussi reconstruire psychologiquement les êtres humains en contact avec elles, déshabitués de la beauté du Monde comme de l'estime d'eux mêmes.
Et c'est bien sûr guérir les sociétés de pratiques monstrueuses qui n'ont plus rien à voir avec l'agriculture ni avec l'élevage.
Deux aspects du drame terrible de la mer d'Aral méritent sans doute d'être rappelés ici (nous tirons nos informations d'un article corédigé l'an dernier par Philip Micklin et le plus grand spécialiste mondial de ce grand lac salé comme de la tugaï elle même, Nikolaï Aladin. Cet article a été traduit par le magazine "Pour la Science" n° 374 en décembre dernier, sous le titre "Le sauvetage de la mer d'Aral", pages 78 - 84).
Tout d'abord, entre 1960 et 2003, du fait de pratiques anti agricoles de massacres des sols,  entraînant une  vandalisation monstrueuse des réserves d'eau (totalement contraire à ce qu'est l'irrigation), le Grand Lac a perdu approximativement 75% de sa superficie et 90% de son volume.
Dans le même temps, les 24 espèces endémiques de ce grand lac Salé ont disparu.
Les quantités gigantesques de pesticides et d'insecticides qui avaient été charriées par le Syr Daria et l'Amou Daria et s'étaient déposés au fond du bassin de l'Aral se sont retrouvées, au fur et à mesure que l'évaporation progressait, à l'air libre.
Ce phénomène a provoqué chez les riverains le taux de mortalité infantile le plus élevé au monde, et des taux de cancers et d'anémie faramineux.
Pour empêcher un assèchement total, une  tentative avait été couronnée de succès (hélas provisoirement) . Ce fut la construction d'une digue au sud de l'embouchure du Syr Daria (au Nord de la Mer d'Aral, Kazakhstan) : en 1995, le maire de la ville d'Aralsk, Alachibaï Baïmirzaev fit construire cet édifice de 22 km de long en sable et roseaux. Achevée en 1996, elle permit immédiatement d'éviter que les eaux du fleuve ne se perdent dans le delta. Le niveau de la portion septentrionale ("petite Aral") de la mer remonta et celle ci avança de plusieurs kilomètres. Quelques poissons reparurent, et, dans les environs immédiats, des roseaux, des oiseaux, des rongeurs et des renards.
Une tempête détruisit cette digue en 1999, et le niveau de la mer  reperdit partiellement ce qu'elle avait gagné en volume.
D'autres tentatives plus récentes ont permis à la petite Aral de regagner 30% de sa superficie, ce qui représente plus de 10 milliards de mètres cubes d'eau, au delà des espérances des hydrologues les plus optimistes.
Pour la Grande Aral (côté ouzbek), tout espoir semble perdu. Des agronomes tentent de reconstituer  des forêts naturelles dans certaines portions de celle - ci.

PAIX EN EURASIE: LE DRAGON A AUSSI UNE VOCATION DIPLOMATIQUE
Les zones de tension sont nombreuses en Eurasie aujourd'hui, notamment au niveau des affrontements entre communautés aux modes de vie et de pensée différents au sein d'un même ensemble politique (comme nous l'avons montré dans la page publiée le 12 Juillet, ceci résulte de l'extrême intolérance des défenseurs d'un ultrasédentarisme particulièrement virulent, incapables de concevoir et d'accepter des pratiques et modes de vie autres que la leur, réificatrice et nécrosante à tous points de vue.
Les "points chauds" les plus médiatisés se trouvent en Asie centrale, notamment en Afghanistan et au Pakistan, et même en Chine, où les affrontements récents entre Ouïghours et Hans masquent une très grande hétérogénéité de ces derniers, susceptibles d'éclater, à terme, en plusieurs groupes antagonistes. Selon l'anthropologue Dru Gladney, les "hans" sont une construction socio politique artificielle et fragile.

La réalisation du projet présenté ici dans ses très grandes lignes ("Dragon vert", "Route du Tigre"...) peut s'apparenter à l'élaboration d'un médicament écologique, économique et social.
Chaque pays concerné peut évidemment agir (ou ne pas le faire) en autonomie à propos du segment à reconstituer sur son territoire, mais des pièces essentielles du puzzle (bassin du Tarim au Xinjiang, zone aralienne, zone caspienne Nord, Caucase, Irak méridional, Europe  orientale, nécessitent à chaque fois des coopérations entre deux ou plusieurs grands ensembles politiques (Chine, CEI, Iran, Turquie, Union Européenne notamment).
L'Eurasie a ici une occasion de se revivifier, en apaisant ses discordes et réactivant ses complémentarités, autour d'un projet à vocation fédératrice.
Les institutions politiques, sociales et religieuses ainsi que les agents économiques et mediatiques ont tout intérêt à faire leur, illustrer, et s'associer au plus vite une telle démarche.
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  • : Le retour du tigre en Europe: le blog d'Alain Sennepin
  • : Les tigres et autres grands félins sauvages ont vécu en Europe pendant la période historique.Leur retour prochain est une nécessité politique et civilisationnelle.
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