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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 08:22

MANIFESTE POUR UNE RESURRECTION

"Pour la Russie c'est particulièrement douloureux. Des animaux comme le tigre de l'Oussouri, le plus grand et le plus beau tigre au monde, sont comme notre carte de visite."

Vladimir Poutine exprimant sa consternation face à la chute des effectifs des tigres sauvages dans l'extrême - orient russe, en 2008.

Par ailleurs, à titre symbolique, le gouvernement russe a exprimé le souhait que le tigre de l'Oussouri devienne la mascotte du Sommet de l'APEC (Coopération Economique Asie Pacifique) qui se tiendra à Vladivostok en 2012.

 

En cette année France - Russie, qui est aussi l'année du tigre, et avant la venue du Premier Ministre russe Vladimir Poutine à Paris le 12 Juin, puis la tenue du Sommet international sur la protection du tigre à Vladivostok du 9 au 12  Septembre, voici un mémoire démontrant les atouts spécifiques de la Russie pour assurer un avenir véritable, solide et de long terme au plus grand et plus beau félin sauvage.

 

 

 

 

L’AVENIR DU TIGRE EST EN RUSSIE

SOMMAIRE
Introduction : Russie, le premier pays du tigre
Tigre des steppes et tigre des neiges : un seul et même animal
Les tigres des steppes
    Des animaux extraordinaires
    Le monde merveilleux du tigre des steppes
    Une odyssée pancontinentale
    Le tigre en Russie kievienne au Moyen – Âge
    Amplitude de distribution crédible dans l’espace européen
    Période crédible de présence dans l’espace européen
    Le tigre occidental dans la culture russe : ours des forêts et tigres des steppes
    La civilisation des hommes – ours ; signification de la byline de Volkh
    La civilisation des hommes – tigres
    La confrontation
    A nouveau, union eurasienne ; signification du conte du tsarévitch Ivan
    Le tigre occidental ailleurs dans la culture eurasienne : tigres et ours sur un même plan
    Extinction
    Europe contemporaine : chagrin de l’absence, espoir d’une résurrection
    Des espoirs déçus
    Un projet sans lendemain
    2010 : aujourd’hui l’Iran, demain la Russie ?
Les tigres des neiges
    La haine et l’extermination
    Un passé glorieux, du Fleuve Jaune aux îles Liakhov, du Baïkal à l’Alaska
    La catastrophe : 1880 – 1930
    Sauver les cultures sibériennes du tigre et de l’ours
Conclusion : La Russie à la croisée des chemins
    Une formidable opportunité d’expression pour la culture russe sur la scène mondiale
Bibliographie



 
Introduction : Russie, le premier pays du tigre
Depuis les temps les plus anciens, l’espace russe a abrité des tigres, et parfois en très grand nombre. De fait, à plusieurs reprises depuis la préhistoire, le pays fut vraisemblablement la région du monde hébergeant le plus grand nombre de ces animaux, en alternance avec la Chine et l’Inde. A certaines époques, les régions parmi les plus septentrionales de la Russie orientale étaient peuplées par ces prédateurs géants. A d’autres, c’est la steppe russe elle – même, presque dans sa totalité et jusque dans ses régions les plus occidentales, qui offrit gîte et couvert à ces animaux.
Aujourd’hui, la Russie a perdu tous ses tigres des steppes (tigres de la Caspienne) et ne conserve qu’un nombre infime de ses tigres des neiges (tigres de Sibérie).
Par ailleurs, aucune puissance ne semble capable de sauver les tigres en tant qu’espèce.
Les stratégies utilisées, fort différentes suivant les cas (Inde, Chine, USA + Europe occidentale), révélatrices des cultures et des tendances sociétales, sont des échecs cinglants, et chacun renvoie la responsabilité aux autres.
La Russie, du fait de sa culture propre, de ses territoires et du savoir faire de ses zootechniciens, a tous les atouts pour sauver les tigres sauvages, ce qui aurait des conséquences spirituelles considérables pour de nombreuses communautés humaines dans le monde, et induirait des changements significatifs sur la perception du statut de la Russie vis – à – vis de la Nature sauvage, le tigre étant probablement l’animal ayant l’impact politique le plus fort.
Nous présentons ici sommairement ce que fut l’Histoire des tigres russes, et leur lien intime avec l’Histoire de la Russie elle – même.
Nous montrons les opportunités qui se présentent à la Russie , désormais, en fonction de la situation présente.

TIGRE DES STEPPES ET TIGRE DES NEIGES : UN SEUL ET MÊME ANIMAL
De fait, les « deux » tigres russes constituent une seule variété, les seconds (tigres des neiges) étant simplement le produit de l’essaimage  vers l’est d’une partie des premiers (tigres des steppes). Les connections ultérieures à cet événement , souvent ténues, ne furent jamais interrompues jusqu’au 19ème siècle. Des documents comme les cartes de distribution respectives des uns et des autres (Jackson 1996) et les indications fournies par Prynn (1980) se complètent parfaitement, telles les pièces d’un puzzle parfaitement ajustées. Le tigre du Lop – Nor est considéré par Prynn comme un « intermédiaire » entre les deux populations, ce qu’il est aussi sur le plan géographique.
Les travaux du généticien Carlos Driscoll (2008,2009) confirment le fait #.  Un assez récent essaimage vers l’Est de populations de tigres des steppes (Eurasie occidentale) serait à l’origine des populations actuelles des tigres de l’Amour, ce qui est d’une importance capitale pour la viabilité de projets de réintroductions de tigres en Russie méridionale et occidentale.
Le dossier complet a été mis en ligne le 14 janvier 2009, sur Plos one. Il est extrêmement riche, avec, notamment, une carte clairement référencée et  particulièrement éclairante sur la distribution des tigres européens de la Sibérie à l’Ukraine à l’époque historique (tirée de celle de Heptner& Sludskii 1992, Heptner 1969, diaporama conférence du 23 janvier 2010 téléchargeable sur page d’accueil du site « 4 continents pour les tigres, http://www.avenir-tigres.com).
Forts de ces éléments, russes et iraniens se sont entendus au plus haut niveau , le 9 janvier 2010, pour reconstituer les tigres des steppes à l’état sauvage dans des forêts de l’Iran du Nord, à partir de la souche sibérienne (voir pages Wikipedia « Caspian tiger », "Siberian tiger", « Persian cheetah », pages blog des 26 février et 14 mars 2010). Le 23 Avril 2010, deux tigres de Sibérie sont arrivés en Iran, pour repeupler une réserve naturelle (voir blog du 24 Avril).





LES TIGRES DES STEPPES

Nous rappelons ici ce que furent des animaux fort peu connus, les tigres occidentaux, dont l’aire de répartition s’étendait de la Chine occidentale à l’Europe orientale, et dont l’histoire dramatique semble bien être le prélude à la tragédie actuelle, alors qu’elle aurait dû constituer l’outil le plus efficace à la prévention de celle-ci.
Nous considérons en outre comme indispensables de réveiller une culture russe du tigre  et de programmer un avenir pour des tigres sauvages dans des régions de la Russie occidentale et méridionale.

DES ANIMAUX EXTRAORDINAIRES
 Les tigres de la Caspienne (Panthera tigris virgata) appelés aussi tigres touraniens, tigres persans, tigres d’Hyrcanie, ont officiellement disparu dans la deuxième moitié du siècle dernier. Les autorités russes, dès le début du 20ème siècle (1906), avaient en effet décidé leur extermination par l’armée comme mesure préparatoire à la transformation de la steppe eurasienne en terre cultivée.
Ils furent la première sous – espèce continentale à être intégralement détruite par l’homme, ce qui constitua un prologue à l’extermination totale de l’espèce  à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Il s’agissait d’animaux assez singuliers, aussi grands que les tigres d’Inde, avec une fourrure abondante, des pattes énormes et des griffes gigantesques (adaptation probable aux milieux marécageux), mais au caractère plutôt jovial  (ils vivaient en immédiate proximité des villages ou même à l’intérieur de ceux – ci sans attaquer les êtres humains) (Stroganov, in Heptner & Sludskii 1992, et  Chegodaev 2008).
Leur aire de répartition à partir de l’aride post néolithique (il y a 4000 ans) était très spécifique, constituant un bandeau allant de la Chine à la mer noire, nettement séparée de celle des tigres d’Asie du sud – Est et d’extrême – Orient.
Leurs habitats préférentiels se situaient dans la végétation dense et touffue accompagnant les saulaies, peupleraies et roselières (dont les phragmites atteignaient parfois 6 à 8 mètres de hauteur – Berg 1941 -)  qui bordaient les rivières.
Probablement en adaptation à ces milieux, la fourrure de ces animaux amphibies comportait plus de rayures que celle de leurs congénères orientaux, celles ci étant  plus rapprochées.
Les tigres occidentaux des roselières furent probablement les seuls félins intégralement striés dans l’Histoire du Monde. Aucun autre tigre ne l’est totalement, bien au contraire.
Les tigres orientaux ne sont véritablement striés que sur l’avant du corps juqu’aux épaules. Les motifs présents sur le reste de leur corps ne sont ni des stries ni à proprement parler des ocelles, mais des formes lancéolées évoquant plus ou moins nettement, selon les cas, des feuilles de menthe, des flammes.

LE MONDE MERVEILLEUX DU TIGRE DES STEPPES
Le tigre des steppes était l’une des espèces clés d’un monde où la flore et la faune étaient d’une richesse qui défie l’imagination.Xavier de Planhol (2004) l’a illustré pour les périodes antiques et médiévales. Leo Berg (1941) a fait le point concernant les premières décennies du XXème siècle.
Ainsi, la Russie méridionale et ses prolongements centro - asiatiques hébergeaient encore à la fin des années 1930, 17 espèces de  mammifères carnivores terrestres de plus de 10 kgs, mosaïque d’une richesse sans comparaison au monde .
La culture nomade matinée d’islam joua un rôle essentiel à la préservation d’une telle biodiversité (un demi – siècle plus tôt, des lions pouvaient encore être rencontrés en région aralienne – Planhol 2004 -).
Réussir la reconstitution d’une telle merveille naturelle serait la gloire de la Russie.



UNE ODYSSEE PANCONTINENTALE
Leur installation dans des régions d’Asie occidentale est très ancienne.
Ils côtoyaient des hippopotames sur les rives du Tigre il y a plus de 5000 ans (Planhol 2004). Il n’est d’ailleurs pas exclu que leur cohabitation avec les grands pachydermes aquatiques ait concerné une aire plus vaste : en effet, du fait de ce que l’on sait du paysage du delta du Nil (Méditerranée orientale) à l’époque pré – dynastique, on peut raisonnablement conjecturer qu’aux côtés des grands troupeaux d’hippopotames régnant sur ce milieu, des tigres nilotiques fréquentaient la végétation dense du delta.
Les hippopotames dominaient un Sahara persillé d’une multiplicité de lacs dont deux étaient de véritables mers intérieures, et un continuum fluvio - marécageux gigantesque allant du delta du Nil au lac Victoria, certains tigres ont donc peut – être été présents plus au sud en Afrique orientale.
A cette époque, « l’optimum climatique humide holocène », qui suivit la dernière glaciation du wurmien récent, la Mongolie était verdoyante, les tigres occidentaux étaient reliés au flux génétique de leurs congénères orientaux, et leur aire de répartition s’étendait largement du Nord au Sud de l’Eurasie.
Dans l’Altaï d’une part et en Chine centrale (lac Koukou – Nor) d’autre part, les « tigres de Sibérie » mentionnés par les explorateurs étaient en fait des tigres eurasiens, qui vivaient sur les mêmes territoires que les léopards des neiges et des saumons gigantesques..
Par la suite, la péjoration hydrique lors de  la période climatique dite « Aride post – néolithique » assécha Mongolie et Asie centrale, coupant le flux génétique entre tigres orientaux et occidentaux. La distribution de ces derniers prit une apparence dendritique : elle se réduisit en latitude comme peau de chagrin, les lambeaux de celle – ci n’étant plus que d’étroits corridors autour des fleuves, des lacs et des mers intérieurs eurasiennes. Cette formidable régression biogéographique et isolation génétique fit du tigre de la Caspienne la deuxième sous – espèce de tigre distincte du pool initial (après celle des îles de la Sonde lors de l’optimum climatique humide).

 La présence de ces animaux resta longtemps assez discrète .
Leur montée en puissance  coïncide avec, dans un premier temps, le recul des lions, dominants dans l’antiquité mais largement massacrés par les Egyptiens’ Assyriens, Perses, Grecs et Romains.
La plupart des tigres des cirques de la Rome antique étaient des tigres de la Caspienne.
Ces animaux y combattaient des aurochs et des lions de l’Atlas.
Le poète latin Martial décrit l’animal comme « la merveille et la gloire des montagnes d’Hyrcanie ».
Selon la légende le concernant,Saint Blaise, évêque arménien et martyr du début du 4ème siècle, s’était retiré dans une montagne où il côtoyait et guérissait de leurs maux ces félins, ainsi que des léopards, des lions, des loups et des ours.
Dans un deuxième temps, leur progression fut facilitée par une certaine déprise du territoire, d’abord au début de l’époque musulmane, puis avec la domination politique des pasteurs turcophones dans cette même région.
En l’an 1000, ces bêtes étonnantes partageaient leur territoire dans les steppes d’Asie centrale avec quelques lions, représentants résiduels des populations passées, des esturgeons centenaires du volume d’un hippopotame adulte, et peut – être  même des descendants des rhinocéros à fourrure, véritables fossiles vivants jouissant d’une survivance tardive dans les steppes Pontiques et Caspiennes (pages 760 – 762, dans Xavier de Planhol. 2004).
 
LE TIGRE EN RUSSIE KIEVIENNE AU MOYEN ÂGE
A cette époque (Vème et VIème siècles de notre Ere), le territoire qui n'est pas encore la Russie accueille des populations slaves qui tendent à se sédentariser dans la zone des forêts au Nord, et des populations iraniennes (Avars notamment) qui nomadisent dans les steppes au Sud. Celles ci sont très fertiles, riches d'une flore exceptionnellement vigoureuse et parsemée de milliers de petits lacs et marais.
Les populations humaines sont peu nombreuses, et leur impact sur l'espace environnant n'est pas significativement plus important que celui des grands animaux sauvages. Les nomades sont des chasseurs éleveurs, qui peuvent aussi se ravitailler de vive force chez leurs voisins sédentaires. Ces derniers sont des horticulteurs/chasseurs/récolteurs de miel. Le Moyen Age en Asie Centrale et en Europe Orientale est écologiquement comparable à une période interglaciaire du Pléistocène.

Quelques siècles plus tard, la Russie est devenue "le pays des villes" (telle qu'elle est perçue par les Scandinaves de l'époque) et la forêt subit un lent processus de défrichement. Mais le territoire est toujours très riche en forêts, steppes et zones lacustres.
Au XIème siècle, le Grand Prince de Kiev Vladimir Monomaque chasse souvent dans les régions de Turov et de Chernigov, notamment entre 1073 et 1094. Il les évoque dans un ouvrage dont il termine la rédaction en 1117: Poucheniya Detyam. C'est au cours de l'une d'entre elles qu'il doit affronter "lyuty zver", la "bête féroce". Celle - ci a bondi et lui a mordu la cuisse alors qu'il était sur son cheval, blessant à la fois la monture et le cavalier.
L'interprétation habituellement avancée est celle d'un lynx ou d'un loup. Un lynx femelle qui vient de voir sa portée massacrée peut effectivement se comporter avec une fureur exaltée, implacable et sans crainte, comme l'a montré Robert Hainard. Concernant un loup, la chose est à peu prés impensable. C'est pourtant cet animal que propose Vladimir Volkov pour un tel comportement dans son "Vladimir, le Soleil Rouge", Julliard 1981 page 68, alors même qu'il mentionne que la chasse pouvait concerner aussi le léopard (et semble t-il, aussi fréquemment que celle du cerf, du sanglier ou du bison d'Europe) présent dans ces contrées occidentales à l'époque, et plus susceptible que le loup d'agir de la sorte dans une situation désespérée.
D'autres pensent qu'il s'agit d'un lion, la présence de cet animal dans les steppes du Sud de la Russie et l'estuaire du Don faisant toujours l'objet de débats entre scientifiques à l'heure actuelle.
En tout état de cause, lynx, loup, léopard et lion étaient connus des princes russes de cette époque :
le prince Roman, de Galicie Volynie, région occidentale de la Russie Kievienne, mort en 1205, est présenté de la façon suivante par la Chronique de sa principauté : "Il s'élançait contre les païens comme un lion, il était féroce comme le lynx, il les exterminait comme le crocodile, il parcourait leur pays comme un aigle, il était brave comme un auroch." (vu dans "Histoire de la Russie",  Robert Laffont, collection Bouquins, par N. V. Riasanovsky 1987, page 103).
Alors, pourquoi parler d'une "bête féroce", si on la connaît par son nom?

Le Dr Vladimir Heptner, spécialiste russe incontesté sur les carnivores en Russie, mort en 1975, indiquait qu'il y avait de nombreux éléments forts et convaincants pour que la "bête féroce" en question soit un tigre. Il a consacré un article spécialement à cette question dans une revue russe en 1969 (voir bibliographie). Dans l'ouvrage qu'il corédigea avec le Dr Sludskii sur les carnivores russes (réédité en langue anglaise 17 ans après sa mort), il présente une carte de présence probable du tigre non seulement sur les côtes des mers noire et d'Azov, mais aussi beaucoup plus au Nord Ouest, dans la région de Kiev et jusque dans le bassin de la rivière Pripyet et les marais de Pinsk, entre les 10ème et 12ème siècles.
Cette présence restait certainement élusive pour la civilisation sédentaire de la zone forestière (d'où la qualification de "lyuty zver"), cet animal restant fidèle à son milieu préférentiel de steppe marécageuse ; et les nomades, qui le connaissaient, ne tenaient pas de Chroniques écrites.
Un tel phénomène s'est également produit à une date beaucoup plus récente. L'anglais Thomas Atkinson, qui a voyagé en Asie centrale au 19ème siècle, a expliqué, dans un livre publié en 1858, que des tigres, chassés de la steppe kirghize par la sécheresse, avaient traversé l'Yrtych et rejoint les zones occidentales des monts Altaï, où les paysans ignoraient leur existence et n'avaient pas de vocable spécifique pour les nommer.
Le tigre "de la Caspienne"  est connu pour n'avoir pratiquement jamais attaqué les hommes, même quand il se rendait, plus ou moins accidentellement, dans les villages. Il fut toujours un animal discret, qui ne feulait pas ostensiblement contrairement à son congénère indien, et qui était indiscernable dans les hautes herbes de la Steppe et les roseaux des forêts alluviales.
Par contre, un cavalier qui s'enfonçait dans ce type de milieu courait de vrais risques.
T. Atkinson, déjà mentionné précédemment , a décrit l'attaque d'un cavalier kirghize par un tigre, qui bondit du fourré, de face, sur le cheval et le cavalier. Cette description a fait l'objet d'une  illustration de Sorieul, publiée page 201 de l'ouvrage de Svetlana Gorshenina, Explorateurs en Asie centrale, eds. Olizane.
En 1928, au Tadjikistan, 2 cavaliers et leurs chevaux ont été, de même, sévèrement attaqués par un tigre dans le lit asséché d'une rivière. Quelques années plus tard, l'endroit sera intégré à une réserve naturelle qui portera le nom "La Ravine du tigre" (Tigrovaya Balka) en souvenir de l'évènement. La chose a été décrite en détails par David Prynn aux pages 2 et 3 de son livre Amur Tiger, 2004, Russian Nature Press.
Atkinson et Prynn décrivent très exactement ce qui est arrivé à Vladimir Monomaque 8 siècles plus tôt.

AMPLITUDE DE DISTRIBUTION CREDIBLE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Les données fournies par la carte de Heptner et Sludskii confrontées à la distribution des zones humides dans la région rendent crédibles une distribution au moins ponctuelle du tigre dans le delta du Danube d'une part, et dans les zones marécageuses qui forment la  frontière des bassins du Niemen, Dniepr et Dniestr, à l'Est, et de celui de la Vistule, à l'Ouest, d'autre part. Celà correspond, pour les tigres danubiens,  aux territoires actuels de la pointe orientale de la Roumanie, de la pointe occidentale de l'Ukraine, et de la Moldavie méridionale.
 Le village ukrainien de Dilove, situé non loin au Nord Ouest de cette zone, avait par ailleurs été identifié comme le coeur de l'Europe par les géographes de la fin du 19ème siècle.
Pour les seconds, plus septentrionaux, sont concernés l'extrême Nord de l'Ukraine, les franges les plus méridionales et occidentales de la Biélorussie, la frange la plus orientale de la Pologne, et l'extrême Sud de la Lituanie, c'est à dire le coeur et le poumon vert de l'Europe actuelle. C'est en plein dans cette région, entre Turov et Chernigov, dans les marais Pripiatski du Sud de l'actuelle Biélorussie, que Vladimir Monomaque avait rencontré la "Lyuty zver" (voir J-P Arrignon, La Russie Médiévale, 2003, eds. Les belles lettres, coll. Guide des civilisations, voir cartes pages 39 et  72).
La distribution de la steppe herbeuse à cette époque laisse augurer, qui plus est, une présence ponctuelle de ces animaux dans des territoires correspondant à l'Est de la Hongrie et de la Slovaquie actuelles.

PERIODE CREDIBLE DE PRESENCE DANS L'ESPACE EUROPEEN
Heptner, qui fait preuve, rigueur scientifique oblige, d'une prudence de Sioux à de multiples occasions sur des sujets variés, parle d'une présence probable des tigres en Europe du 10ème au 12ème siècle.
Or, les évènements politiques qui se déroulèrent par la suite en Europe orientale du 13ème au 15ème siècle, et notamment la domination mongole dans cette région, n'ont certes pas contribué à un recul des espaces sauvages naturels. L'effacement de nombreuses structures urbaines et une baisse de la démographie des populations sédentaires n'étaient pas de nature à écorner la vigueur de la flore et de la faune sauvage dans cette région.
Les tigres sont vraisemblablement restés présents en Europe jusqu'à la fin du Moyen Age.

Relisons, pour conclure, la description de la steppe par Nicolas Gogol dans son roman "Tarass Boulba" racontant l'histoire de l'affrontement entre Cosaques et Polonais au début du 17ème siècle :
"Alors, tout le Sud jusqu'à la Mer Noire était un désert verdoyant et vierge. La charrue ne passait jamais dans les vagues infinies des plantes sauvages. Seuls les chevaux qui s'y cachaient comme dans une forêt les foulaient. Rien dans la Nature ne pouvait être plus beau. Toute la surface de la Terre formait un Océan vert et or, dans lequel jaillissaient des milliers de fleurs variées. L'air était empli d'un millier de cris d'oiseaux divers. Les éperviers planaient immobiles dans le ciel, les ailes déployées, les yeux fixes dardés sur l'herbe. Le cri d'un vol d'oies sauvages retentissait sur un lac lointain."

LE TIGRE OCCIDENTAL DANS LA CULTURE RUSSE : OURS DES FORÊTS ET TIGRES DES STEPPES

LA CIVILISATION DES HOMMES - OURS
La Russie ancienne est partagée entre le monde de la forêt au Nord et celui de la steppe au Sud. Les époques néolithique puis protohistorique qui modifient radicalement paysages et civilisations de la Méditerranée à l’Indus n’influent quasiment en rien sur  les pratiques préhistoriques de la civilisation forestière, si ce n’est une certaine intensification de celles – ci à des fins d’échanges commerciaux, d’ailleurs peu importants dans un premier temps (fourrures pour les comptoirs grecs de la Mer Noire).
Fondamentalement, les populations clairsemées de slaves orientaux qui occupent ce biotope et tendent à s’y sédentariser à partir des 5ème et 6ème siècles perpétuent un mode de vie « paléolithique » au moins jusqu’à l’orée du 16ème siècle. Ils sont horticulteurs, chasseurs  et collecteurs de baies sauvages.
 De façon  bien plus significative encore, autour de leurs modestes villages au bord des cours ou des étendues d’eau, ils sont avant tout pêcheurs (Alexandre Nevski sera le « Prince pêcheur » de Novgorod au 13ème siècle), et récolteurs de miel, dont il font grand usage (on installe des ruches dans des troncs d’arbre creux, et comme les abeilles n’ont pas besoin d’être domestiquées, la peine est réduite au minimum et le profit au maximum).
Ils occupent la même niche écologique que les ours, et ont des pratiques très analogues sur le plan alimentaire. D’où un très fort sentiment de parenté, qui est le pivot de la culture slave jusqu’à la christianisation du pays à la fin du 10ème siècle. L’ours est le « medved » russe, c’est à dire le « consommateur de miel ».
De fait, les liens entre ours et communautés humaines sont d’une très grande profondeur et remonte au moins à des dizaines de milliers d’années. A partir d’observations paléontologiques circonstanciées, un chercheur russe n’a t-il pas émis l’hypothèse que le culte des ancêtres est plus ancien chez les ours que chez les hommes et qu’il a été transmis par les premiers aux seconds par un phénomène d’acculturation (dans Michel Pastoureau, « L’Ours. Histoire d’un Roi Déchu », Editions du Seuil 2007, page 42, références page 338).
Ce schéma d’ensemble tendra à se nuancer très progressivement à partir du 10ème siècle, au moment de la christianisation et de la cristallisation fonctionnelle de l’Etat. Il y a  constitution d’agglomérations urbaines plus ou moins conséquentes (la Russie devient, aux yeux des scandinaves, « le pays des villes », « Gardariki ». Un certain défrichage de la forêt s’effectue peu à peu pour intensifier les pratiques horticoles. Il est plus marqué au Nord, particulièrement à Novgorod. Mais il existe aussi au Sud, dans la région de Kiev, ce qui ne va pas sans inconvénient face à la civilisation des steppes, la forêt constituant une protection contre les incursions des nomades.
 Procope et Léon le Sage considèrent ces horticulteurs des plaines russes  comme à moitié nomades.
Ces « paysans » (« smierdy »), hommes libres organisés en communautés rurales (mir) qui pratiquent l’agriculture, la pêche et exploitent la forêt (bois, miel, fourrures) sont fondamentalement les descendants et continuateurs des « chasseurs/pêcheurs/collecteurs » de la préhistoire.

SIGNIFICATION DE LA BYLINE DE VOLKH
Un conte étiologique en dit à cet égard beaucoup plus long qu’une explication anthropologique circonstanciée sur le sujet : c’est la byline de Volkh, le sorcier et loup – garou du Dit de la campagne d’Igor.
Ce personnage a probablement été imaginé en référence à Vseslav Bryachislavich, Prince de Polotsk dans les dernières décennies du 11ème siècle, en conflit permanent avec le kievien Vselovod et son fils Vladimir Monomaque.
Un prince magicien, chasseur surpuissant, envoie sa garde capturer des panthères, martres,  renards et zibelines  mais celle ci rentre bredouille . Il se change alors en loup et il poursuit les bêtes qui se prennent dans les filets de soie qu’il a préparés. Puis il doit à nouveau prendre la situation en main devant les échecs confirmés et successifs de ses hommes. Ainsi doit il revêtir l’apparence d’un faucon pour capturer cygnes, oies, canetons et petits oiseaux, puis celle d’un brochet pour capturer des esturgeons.
Il conquiert ensuite un « royaume de l’Inde » en se métamorphosant successivement en un aurochs aux cornes d’or, en un petit oiseau, en un loup gris, en une fourmi…
Il fait ensuite connaissance avec un laboureur, qui l’aide grandement dans ses initiatives pour le contrôle effectif de son Royaume.
Un ordre nouveau se met en place, fruit de la synthèse entre la culture du roi – magicien liée à l’économie de prédation et celle du laboureur.


LA CIVILISATION DES HOMMES - TIGRES
Contrairement au monde de la forêt, peu concerné par la « fin » de la Préhistoire, la civilisation des steppes est profondément transformée par la domestication du cheval, dès le quatrième millénaire avant J.C . Celle – ci bascule alors d’une sédentarité et de pratiques horticultrices plus poussées et plus importantes dans l’économie que ne l’étaient celles du monde des forêts, vers un système pastoral impliquant une existence résolument nomade.
Les conséquences de cette révolution du mode de vie sont gigantesques. Depuis les steppes de l’actuel Kazakhstan où s’effectue cette étonnante symbiose entre des hommes et un grand animal sauvage qui va réorienter de fond en comble le cours de l’histoire mondiale, un nouveau phénomène dans le monde vivant, le binôme cavalier / monture, déferle sur l’Eurasie, à l’Est comme à l’Ouest. En Europe, ce qui sera la Russie à partir du 10ème siècle est submergée par ce courant civilisationnel originaire d’Asie centrale. A travers les dominations successives (et de longue durée) des Cimmériens, des Scythes, des Sarmates, puis des Huns (pour un laps de temps court), des Avares, et des Kazhars, qui finissent par se sédentariser dans le delta de la Volga, c’est à la fois l’Asie et le monde de la steppe qui prédomine sur l’Europe et le monde de la forêt et ce pendant des millénaires, jusqu’au 9ème siècle. L’espace oriental de l’Europe est donc en réalité pleinement eurasien, sur le plan civilisationnel, depuis le Néolithique tardif.
Ces pasteurs guerriers ont un sentiment de parenté très fort avec les grands prédateurs sauvages, en particulier les tigres et les loups. Ils assimilent d’ailleurs ces animaux à des pasteurs d’herbivores sauvages et leur attribuent les plus grandes qualités parmi les êtres vivants.

LA CONFRONTATION
Pendant environ 3 siècles et demi (de la deuxième moitié du 9ème siècle à la première moitié du 13ème), en Europe orientale, le monde de la forêt en voie très progressive et superficielle « d’européanisation » - sédentarisation / urbanisation, étatisation, christianisation, défrichage – oppose une vive résistance au monde des steppes sur lequel il reprend significativement du terrain. Il y a conflit permanent, sans domination substantielle et durable des uns ou des autres. Les héros russes de cette époque sont les chevaliers « boegatyrs » qui coupent en deux leurs adversaires à l’aide de leurs grandes épées franques, mais voient les parties se reconstituer en des combattants entiers et vivants, sous le nombre desquels ils sont finalement submergés (comme dans le célèbre Dit de la Campagne d’Igor).
La limite entre steppe et forêt est vécue comme une frontière.
Les combats sont particulièrement acharnés, incessants et incertains entre le Grand Prince Vladimir et les Petchenègues, puis entre Vladimir Monomaque et les Polovtsiens, quelques décennies plus tard.
Rien ne symbolise mieux cette période de l’histoire de la Russie, où les deux mondes s’affrontent impitoyablement et vainement, sans qu’aucun des deux ne parvienne à s’imposer à l’autre, que la rencontre de Vladimir Monomaque et de la « Lyuty Zver » dans les marécages du Nord Ouest, vers la fin du 11ème siècle.
Le Grand Prince de Kiev, pourfendeur des Polovtsiens, à l’anéantissement desquels il consacre 83 campagnes importantes, a la stupéfaction, lors d’une chasse dans des zones humides de la steppe, d’être attaqué et blessé (ainsi que son cheval) par un animal inconnu, dont Vladimir Heptner a démontré en 1969 qu’il s’agissait d’un tigre, animal emblême des Nomades par excellence.
C’est au cours du même 11ème siècle qu’en Afrique Orientale, un chant de guerre Swahili fait dire au Sultan qu’il va avoir à quitter sa cité pour affronter (« se faire dévorer par ») le MNGWA, « celui qui est étrange », grand félin tigré mystérieux.
Le Grand Prince rencontre son MNGWA, la « Lyuty Zver », qui a simplement, en l’occurrence un comportement de défense territoriale habituelle chez ces animaux face à des cavaliers faisant intrusion dans leur espace.
La région dans laquelle l’incident survient, située au Sud de l’actuelle Biélorussie, est à l’Europe ce que la mangrove des Sundarbans, dans le Golfe du Bengale, est à l’Inde. Un milieu où, jusqu’à aujourd’hui, les tigres refusent la présence de collecteurs de miel ou de bois… Les ravins et les dépressions circulaires (inondées ou non) de la steppe lacustre d'Asie centrale, qui ont offert aux tigres leurs repères préférentiels, étaient encore largement présents dans la zone de steppe boisée ukrainienne jusqu'au milieu du siècle dernier, précisément dans les zones hantées par ces animaux pendant les temps médiévaux. Les forêts proprement dites n'étaient présentes dans cette zone que sur les rives inondables des rivières, avec ormes, chênes, trembles, peupliers noirs et argentés, saules, érables champêtres, coudriers, aubépines, aulnes noirs (glutineux), poiriers, pommiers, prunelliers... On y trouvait aussi des ours, des élans, des aurochs, des cerfs, des antilopes saïgas, des gloutons et des castors.
 Les proies préférentielles des tigres en ces lieux n'étaient pas les sangliers (qui se déplaçaient en troupeaux gigantesques en Asie centrale mais qui étaient moins généreusement représentés en Europe centrale sous la forme géante Sus scrofa attila). C'étaient les chevaux sauvages (ou réensauvagés), qui constituaient des bandes immenses et qu'allait capturer  Vladimir Monomaque…



A NOUVEAU, UNION EURASIENNE
Du 13ème au 15ème siècle, une nouvelle vague nomade déferlant des steppes de Mongolie entraîne la mise en sujétion des « hommes – ours » par les « hommes – tigres » qui est aussi une forme d’union, de symbiose asymétrique. Les russes sauvent leur nation en composant avec le khanat mongol, qui, malgré les destructions immenses qu’il inflige dans un premier temps à leurs structures urbaines et horticoles, leur permet de cimenter leur Nation à travers la religion orthodoxe, alors que celle- ci était pulvérisée (64 principautés indépendantes) avant l’intervention de ceux –là, et n’aurait pu en aucune façon résister à la poussée
 germano suédoise d’idéologie catholique, qui, elle, visait à la destruction de la culture russe et l’établissement d’un Empire latin sur son territoire comme celui qui dominait Constantinople depuis 1204 (et se maintiendrait jusqu’en 1261).
 Les succès d’Alexandre Nevski contre les Suédois (1240) sont entièrement dus à son génie propre. Sa façon d’opérer contre les chevaliers Teutoniques (1242) montre, en revanche, que le Prince Russe avait adopté la tactique Mongole, dont les troupes étaient présentes en arrière du théâtre d’opération (Arrignon 2003). La Russie évita ainsi l’annexion et l’éradication de sa religion, empêchant toute nouvelle agression germano scandinave pendant quatre siècles.
A cette époque, forêt et steppe n'étaient plus séparées par une frontière, mais réunis par la lisière, membrane d'échange et d'union des deux mondes.

 SIGNIFICATION DU CONTE DU TSAREVITCH IVAN
En grande difficulté politique pour des raisons de conflit familal, ce héros va finalement retrouver son apanage puis conquérir le royaume dans son entier grâce à son étrange épouse, et une « lyuty zver » qui se révèle le frère de celle – ci.
Le Tsar non seulement ne combat plus la « bête sauvage », mais c’est par elle qu’il met en place une nouvelle donne politique, en un cercle vertueux.


LE TIGRE OCCIDENTAL AILLEURS DANS LA CULTURE EURASIENNE :
TIGRES ET  OURS SUR UN MÊME PLAN
Les tigres des steppes étaient des symboles de renaissance aux yeux des nomades européens et asiatiques,  de la Mer Noire aux plaines de Mongolie , de la préhistoire à Gengis Khan . Ils sont entrés dans l’art de cette région (Schiltz 1994) et leur silhouette a orné les harnachements des chevaux comme les vaisselles funéraires et les pétroglyphes des Scythes et des Mongols.
Ils structuraient spirituellement les civilisations scytique puis alaine des contreforts européens ( Lebedynsky 2001) de la même façon que le firent les ours jusqu’à l’antiquité tardive en Europe occidentale ( Pastoureau 2007).
Les Kazakhs, qui avaient observé qu’il suivait ses proies, les sangliers, sur leurs voies de migration, avaient appelé l’animal « le tigre de la route » ou « tigre voyageur ». Ils le considéraient comme étant un pasteur de troupeau, tout comme eux – mêmes.
Le nom de « tigre » adopté par toutes les populations européennes de l’Atlantique au Pacifique leur fut attribué par les Mèdes et les Perses, qui s’émerveillaient de leur vitesse. En persan, « tigre » et « flèche » ne sont qu’un seul et même vocable.
Les persans l’appelaient « le tigre du Mazandaran » (province qui borde la Caspienne).
C’est également ainsi qu’est appelé le dernier tigre iranien abattu dans le parc national de Golestan et exposé au museum de la vie sauvage de Darabad.
Selon la légende, le héros Rostam aurait victorieusement combattu l’un de ces tigres.
Par ailleurs, un mythe du Kurdistan iranien (dialecte gorani) a pour personnage principal un tigre de la Caspienne blanc .
Ils ont donné leur nom à un grand fleuve mésopotamien, d’après une ancienne légende selon laquelle Dionysos, sous la forme d’un de ces animaux, aurait transporté la nymphe Alphésibée sur son dos à travers le fleuve, la jeune fille devenant enceinte une fois parvenue sur la berge opposée (Galhano Alves. 2000. ). Le fleuve Stollax devint ainsi le Tigre.
« Le chevalier à la peau de tigre », poème épique géorgien du 12ème siècle, est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature médiévale mondiale.
 Les européens du Moyen – Age  connaissaient l’existence des tigres uniquement à travers celle de cette sous – espèce. Ils sont représentés dans l’art de cette époque comme de grands léopards bleutés.
 Ils furent par la suite mentionnés fréquemment par Shakespeare, (« le tigre d’Hyrcanie ») puis, au 19ème siècle, par Alexandre Dumas ( comme personnages principaux d’au moins 3 histoires des régions caucasiennes, ainsi que dans sa nouvelle « Sultanetta »).
Partout ou ils vécurent, les communautés locales considéraient qu’il n’attaquaient personne, et il paraissait exister un équilibre séculaire, voire millénaire, entre l’homme et l’animal. De fait, cette attitude du grand félin à l’égard des villageois a pu être un facteur facilitant dans les rapports que ces derniers entretenaient avec l’ours.
Ceci a même pu entraîner, dans certains cas, les relations croisées au sein du trinôme villageois/tigre/ours dans un cercle vertueux.
Comme en Sibérie et en Corée, ours et tigres sont associés dans l’esprit humain des sociétés nomades traditionnelles d’Asie centrale.
L’exemple suivant (conte traditionnel ouzbek) est symptomatique à cet égard.
Le Khan de Tachkent perd son fils Yekovoy lors d’une chasse (une ourse gigantesque l’a enlevé).
L’animal emporte l’enfant dans sa tanière, en prend soin, l’éduque, lui apprend tout. Ils vont chasser ensemble.
Bien des années plus tard, le Khan tue l’ours, que Yekovoy considère comme sa mère, lors d’une chasse. Yekovoy, revêtu d’une peau de tigre, veut venger la mort de celle qui lui a tout appris et avec qui il a vécu heureux depuis tant d’années.
Après bien des péripéties, et répondant à l’appel de son père avec qui il s’est réconcilié, il libère Tachkent à la tête d’une armée de 1000 tigres, 1000 ours et 1000 loups.

 



EXTINCTION
Les tigres eurasiens, au début des années 30, étaient devenus fort rares dans la quasi totalité de leur aire de distribution (Berg 1941, Chegodaev 2008,  Kashkarov & coll. 2008).
Une réserve naturelle avait été créée à leur intention par les autorités soviétiques sur le territoire de l’actuel Tadjikistan dans les années 30, où ces animaux restaient encore relativement communs dans des écosystèmes alluviaux, dominés par les saules, les peupliers et les roseaux.  Elle fut nommée « Tigrovaya Balka », « Le ravin des tigres ». L’absence de volonté réelle de protection n’a pas permis à cette structure (d’ailleurs de dimensions trop modestes) de remplir son rôle, notamment au cours des années 1947 – 1964, où les plans de sauvegarde de ces animaux furent bien moins efficaces que pour le tigre de Sibérie lors de la même période. En 1964, il restait peut être une vingtaine d’individus dans une zone frontalière russo iranienne (Heptner et Sludskii 1992).

Après leur destruction complète en territoire russe, les tigres de la mer d’Aral se lancèrent dans une ultime et spectaculaire migration à la suite des troupeaux de sangliers dans le delta de l’Amou Daria en Novembre 1945 (Heptner et Sludskii 1992).
D’autres survécurent en très petit nombre en Afghanistan (où ils avaient subi un massacre de très grande ampleur en 1939), dans le nord de l’Iran et dans les zones densément recouvertes de forêts du sud du Turkmenistan.
Dans l’Est de la Turquie, en 1975, on estimait officiellement leur nombre à moins de 100, mais apparaissant comme étant en augmentation (le même type de falsification utilisée par les autorités des pays du Sud pour faire venir les touristes aujourd’hui) avant de déclarer l’animal officiellement éteint en 1980, ce qui permettait d’abandonner tout effort de protection des derniers individus. Ainsi, on vendait encore 3 à 5 peaux de ces animaux, annuellement , aux caciques du pouvoir irakien, qui souhaitaient décorer leur palais de façon ostentatoire,  jusqu’au milieu des années 80. Ils semblent donc avoir  survécu en Anatolie orientale au moins jusqu’au début des années 90.
Un de ces animaux a été peut – être observé d’un hélicoptère au Kazakhstan à la fin des années 80 (Kashkarov com.pers. 2008).
La république d’Azerbaïdjan a produit un timbre à l’effigie de l’animal en 1994.
Le 5 Juin 2002, la Turquie a rendu de la même façon hommage à son prédateur sauvage le plus emblématique (ainsi qu’à deux autres grands fauves anatoliens disparus récemment, les léopards Panthera pardus tulliana et P.p. saxicolor).
Le 11 Juillet 2004, le ministère turc de l’Agriculture retirait le tigre de la Caspienne, Panthera tigris virgata, de la liste des « espèces nuisibles », prenant acte de son extinction officielle.
Trois semaines  plus tard (4 Août), le Turkish Daily News mettait en doute la disparition de l’animal, à la suite d’une recherche de terrain effectuée à partir de 2000 par les biologistes Ozgun Emre Can et Yildiray Lise…

EUROPE CONTEMPORAINE : CHAGRIN DE L’ABSENCE, ESPOIR D’UNE RESURRECTION
L’animal continue à hanter aujourd’hui l’imaginaire occidental et européen.
Dans un ouvrage sur la Turquie publié en 2002, Tim Cahill raconte le parcours d’un journaliste à la recherche de la bête fabuleuse dans les régions orientales du pays. Sa nouvelle s’intitule : « Quelqu’un a t-il vu un tigre dans les environs ? »
L’auteur y évoque notamment la taille impressionnante du félin (« only the siberian tiger is larger ») et sa fourrure olivâtre (« khaki fur »).
David Prynn, auteur d’un article « Caspian tiger. a lesson from history » en 2003, et d’un ouvrage sur le tigre sibérien en 2004, considère que si les russes sont parvenus à sauvegarder le géant oriental, c’est peut – être en partie  par la volonté de ne pas rééditer la triste histoire de son cousin occidental.
Ces préventions supposées ont malheureusement volé en éclat depuis lors, avec les conséquences que l’on sait…
Le dramaturge français Laurent Gaudé a réalisé une pièce dont le texte a été publié en 2002  par les Editions Actes Sud : « Le tigre bleu de l’Euphrate ».
La pièce a été représentée notamment au théâtre « Les Ateliers » à Lyon du 16 janvier au 4 février 2007.
Il y décrit l’agonie d’Alexandre le Grand, qui se remémore les moments importants de sa vie épique.
Ce fondateur de la culture et de la civilisation européenne raconte notamment ce qui fut l’événement déterminant de son existence, la rencontre avec un grand tigre céruléen, le tigre bleu de l’Euphrate, au pelage de lapis-lazuli, qui lui permet de traverser le fleuve à travers un gué connu de lui seul et lui montre le chemin pour ses conquêtes à venir.
Le conquérant jure alors fidélité à son guide surnaturel.
N’ayant finalement pu honorer cette promesse, Alexandre est alors frappé d’une langueur fatale.
Cette allégorie historique illustre l’effondrement de la civilisation européenne dans une dépression collective sans fond du fait de la trahison de ses principes originels, d’avoir « laissé mourir le tigre » comme disent les peuples sibériens familiers de cet animal…
Ainsi, orangé sur les timbres azéri et turc, couleur de pierre en Anatolie, blanc au Kurdistan, olivâtre ou bleuté, l’animal fait l’objet de représentations témoignant  d’une incommensurable nostalgie subconsciente pour une époque où hommes et grands animaux sauvages entretenaient des relations équilibrées basées sur une fascination sans doute réciproque, et d’une faim inextinguible de sa résurrection.

DES ESPOIRS DECUS
Les indices de survivance actuelle de cet animal sont faibles. La forêt primaire du Sud du Turkmenistan, certaines régions d’Azerbaïdjan, d’Iran et d’Ouzbekistan, et peut – être certaines vallées himalayennes (on continue à faire état de l’observation d’empreintes en Afghanistan) pourraient être leur ultime refuge, mais les recherches effectuées en 2006 n’ont pas donné de résultat probant.
Il y a probablement  confusion, dans la plupart des cas, avec le léopard himalayen, lui – même devenu rarissime.
Les victimes du tremblement de terre de la fin 2005 au Pakistan ont tué un de ces animaux qui rôdait à proximité d’un campement à la fin du mois de mai 2006.
Son corps énorme a été exposé le 1er juin à la mairie de Muzaffarabad.
Plusieurs rapports avaient par ailleurs mentionné la capture et l’abattage d’un tigre persan dans le Nord Est de l’Afghanistan en 1997 (Source Wikipedia).
Aujourd’hui, le Waziristan, région montagneuse recouverte de forêts du Pakistan occidental, frontalière de l’Afghanistan, qui fut, depuis des siècles, et reste, plus que jamais, à peu près interdite d’accès à toute personne extérieure à la région, constitue peut – être, pour cette raison, le dernier sanctuaire potentiel de quelques tigres de la Caspienne.


UN PROJET SANS LENDEMAIN
La « Caspian Tiger Investigation » devait concrétiser une collaboration unique entre la Tiger Foundation et Boomiran, une organisation non gouvernementale iranienne de protection de l’environnement. Malheureusement, le projet qui devait prendre corps  en 2001 n’a finalement pas pu voir le jour.
Il s’agissait d’engager une étude scientifique et historique sans précédent sur l’extinction du tigre de la Caspienne. Le projet prévoyait l’implication d’une remarquable équipe de scientifiques Iraniens, Russes, Azerbaïdjanais, Georgiens, Turkmènes, Kazakhs, Ouzbeks, Kirghizes, Tadjiks et Afghans.
Le souhait initial était d’établir une compilation aussi exhaustive que possible sur tout ce qui avait été répertorié sur la présence passée de cet animal (données scientifiques et historiques, anecdotes diverses), comprenant la collecte d’un grand nombre de photographies de l’animal aussi bien que de sa représentation iconique dans les cultures des pays concernés. Des interviews systématiques devaient être menées auprès des gens qui avaient été en contact direct avec le tigre. L’étude devait également inclure une enquête (au moins préliminaire)  sur le terrain concernant des rapports persistants sur la présence supposée de tigres dans certaines régions en Iran, Turkmenistan, Azerbaïdjan, Ouzbekistan et Afghanistan – et qui étaient vraisemblablement, comme déjà indiqué,  au moins dans la plupart des cas, des indices concernant le léopard d’Asie centrale, Panthera pardus saxicolor.
Un tel travail aurait dû déboucher sur un rapport volumineux et un livre pour le grand public.
Plus récemment, en 2006, des recherches effectuées dans des forêts du Turkmenistan n’ont pas donné de résultats probants.

2010 : AUJOURD’HUI L’IRAN, DEMAIN LA RUSSIE ?
Depuis le début de cette année, une initiative conjointe des administrations environnementales russes et iraniennes pour permettre, notamment, la reconstitution des tigres de la Caspienne à l’état sauvage dans les forêts du Nord de l’Iran (côtes du sud de la Mer Caspienne), offre un espoir concret de renaissance des tigres occidentaux. Le 9 Janvier dernier, c’est le Ministre Sergeï Donskoy lui – même qui dirigeait la délégation scientifique russe pour signer l’accord avec l’administration iranienne en charge du dossier.
Si le projet est mené à son terme, il constituera une base de départ pour un réensemencement plus large, concernant la Turquie orientale, la Russie méridionale et l’Europe orientale.


LES TIGRES DES NEIGES

LA HAINE ET L’EXTERMINATION
Depuis le début des années 2000, les tigres de Sibérie sont poussés à l’extinction dans un processus brutal et rapide . Ces animaux officiellement protégés subissent les pressions conjuguées et cumulatives de la déforestation, des réseaux de trafic d’animaux sauvages « en pièces détachées » d’extrême Orient, et de la véritable haine que leur vouent les populations villageoises, phénomène dû à la compétition pour le territoire et la nourriture.

Il reste au plus 200 à 250 tigres de Sibérie à l’état sauvage aujourd’hui.
La destruction et le découpage des espaces forestiers, la diminution vertigineuse des effectifs de cerfs et de sangliers, poussent les tigres vers les villages.
Un film réalisé par la société SCANDINATURE en 2004 : « le dernier feulement du tigre ».  montrait la « logique de guerre »  dans laquelle étaient entrés hommes et tigres dans
 l’extrême – orient russe. La survie, de plus en plus difficile pour les uns comme pour les autres, amenait les deux prédateurs à une compétition pour la nourriture et le territoire, s’exprimant à travers une haine réciproque. Les uns abattaient les autres à tour de bras, et affichaient leur volonté d’exterminer « la vermine ».
Les grands félins ne dévoraient pas les chasseurs qu’ils tuaient, mais broyaient et pulvérisaient les corps de ceux – ci dans un acharnement et une fureur exaltée symptomatiques.
Ces terribles évènements semblent être le remake de la situation de guerre totale entre hommes et tigres géants dans la zone couvrant l’extrême orient russe, la Chine du Nord Est  et la péninsule coréenne au cours des années 1880 – 1930.
Pour le seul mois de Juin 2007, 5 tigresses avaient été tuées, 4 d’entre elles par des braconniers et la dernière écrasée par un autocar.
Des bûcherons avaient pu récupérer 3 de leurs tigreaux orphelins et les amener à un refuge pour animaux sauvages.
Le même mois, un tigre déambulant en pleine ville s’était avéré atteint de la maladie de Carré, ce qui aggrave encore, à très court terme, la menace d’extinction pesant sur les tigres de l’extrême – orient russe.

Doit – on alors se résigner à « l’inéluctable » ? L’Histoire nous montre qu’au contraire, l’imagination combinée à la détermination peuvent être étonnamment efficaces.
Les tigres du Nord se sont déjà trouvés dans une situation comparable dans le passé (au moins par deux fois).
Des méthodes non conventionnelles adaptées au contexte leur ont sauvé la mise.
La Russie dispose de tous les atouts pour héberger, dans un avenir assez proche , plus de tigres sauvages que l’Inde, et (re)devenir le premier pays du tigre.
Voyons donc ce que nous enseigne le passé, et comment ouvrir un futur solide aux félins géants qui, si rien n’est entrepris, disparaîtront à l’état sauvage dans les délais les plus brefs. La nature  d’une telle extinction constituerait une perte pour le monde sans équivalent depuis  celle du grand lion des cavernes des temps préhistoriques.


UN PASSE GLORIEUX, DU FLEUVE JAUNE AUX ÎLES LIAKHOV, DU BAÏKAL A L’ALASKA
A l’époque pléistocène, les tigres du Nord avaient une aire de répartition extrêmement vaste. Ils étaient à la fois circum – arctiques ( présents dans les îles Liakhov, à plus de 72° de latitude), et béringiens (leur présence  est aussi attestée dans l’actuel Alaska il y a 100 000 ans, selon Sandra Herrington 1987 dans Turner et Anton 1997). Ils étaient probablement présents aussi dans la péninsule du Kamtchatka. Leur aire était plus septentrionale lors des périodes interglaciaires.
Lors du Pléistocène supérieur, dans cet espace géographique immense,  les communautés où les hommes se sentaient intimement associés aux tigres (Galhano – Alves 2000)  ont peut – être été encore plus nombreuses que celles existant en Inde à l’époque historique (Thapar 2004).
 Elles s’inscrivaient dans de très vastes territoires européens, asiatiques et
 nord – américains.
Le siège officiel du bouddhisme en Russie, Ivolginsky Datsan, situé en Bouriatie, au sud du lac Baïkal, fut installé à proximité immédiate d’un mont dont la forme évoque la gueule ouverte d’un tigre, et qui était un haut lieu de rites et de sacrifices chamanistes.

A l’époque historique, les tigres du Nord régnaient sur un territoire immense, allant, du sud – est au nord – ouest, des berges du fleuve jaune en Chine du Nord jusqu’au cours supérieur de la Léna (Transbaïkalie) à l’Ouest, à Sakhaline, à l’Est.
Expulsée très tôt de Chine du Nord, la race continua néanmoins à s’épanouir sur le reste de son aire de répartition au moins jusqu’au 16ème siècle.
L’expansion russe vers l’Est à partir de cette époque réduisit très progressivement ses prérogatives écologiques dans la partie occidentale de son aire de répartition. C’est surtout à partir du 18ème siècle que les coureurs des bois de la Grande Catherine, spécialisés dans la fourrure de zibeline puis, une fois parvenus sur la côte orientale, dans celle de loutre marine, entrèrent en compétition avec les grands fauves  (c’est à la même époque que le commerce des castors atteint son apogée en Amérique du Nord).
La réduction de ses marges occidentales fut toutefois compensée en partie par un nouvel âge d’or à l’Est, à partir des années 1650. Le pouvoir mandchou interdit aux paysans chinois toute exploitation de la Mandchourie pendant près de deux siècles et demi. La population des grands félins connut alors une augmentation continue, et les tigres « redescendirent » même aux bords du Fleuve Jaune.



 LA  CATASTROPHE : 1880 – 1930
A partir des années 1880, la situation se dégrada à nouveau , apparemment de façon irréversible, de tous côtés. L’anarchie et les révoltes paysannes en Chine furent fatales au grand prédateur. Qui plus est, la  Russie extrême – orientale connut une rupture écologique d’une extrême violence. Les conflits entre hommes et grands prédateurs se multiplièrent. Les animaux fréquentaient les villes où ils agissaient volontiers en mangeurs d’hommes et on en abattait 150 par an.
Les ouvrages de Nicolas Baïkov –qui est à la fois le J.O. Curwood, F.Cooper et J.London russe- (« Le grand Van, histoire d’un tigre de Mandchourie », « Mes chasses dans la taïga de Mandchourie », republiés par les éditions Payot en 2002 et 2004) et le Mémoire de Vladimir Arseniev «Dersou Ouzala : la Taïga de l’Oussouri » évoquaient donc un monde en pleine crise, où l’harmonie entre populations et nature sauvage appartenaient au passé.
Dans la péninsule coréenne, les habitants virent leurs armes confisquées par l’occupant Japonais, et les grands tigres pénétrèrent dans les maisons pour chercher leurs proies.
Certains individus ( comme celui de l’île de Chindo, sud – ouest de la Corée, d’une taille et d’une apparence singulières) sont de véritables équivalents de ce que fut la Bête du Gévaudan en France au 18ème siècle.
Les habitants firent alors brûler les forêts qui recouvraient les montagnes pour en finir avec la menace que les tigres faisaient constamment peser sur les villages. Ce fut pour eux une terrible rupture dans la psychologie collective car la montagne était à leurs yeux l’endroit le plus sacré.
Dersou Ouzala, le personnage principal du mémoire d’Arseniev et guide de l’explorateur, fut saisi d’une peur panique après avoir tué un tigre de Sibérie. Redoutant la vengeance de l’Esprit de la forêt, il fuit la taïga où il avait toujours vécu et en mourut.
Il fut ainsi la victime d’une époque de déchirure entre l’homme et la Nature, où le destin est de rencontrer Amba, qui veut dire la Mort.
Connaissant mieux que quiconque la situation réelle de la nature mandchoue en 1906/1908, profondément affecté par les chasses aux grands fauves conduites par les officiers russes de la base de Vladivostok comme par les saccages des chinois du Nord, il observait une Mandchourie  complètement ravagée.
Il dit ainsi à Arseniev : « Il ne reste plus que des chiens, des corbeaux et des rats ».

Au début des années 1930, les grands tigres n’étaient plus que quelques dizaines (environ 30), soit une situation tout à fait comparable à celle d’aujourd’hui, et leur extinction paraissait inéluctable (Kashkarov & coll. 2008).




 SAUVER LES CULTURES SIBERIENNES DU TIGRE ET DE L’OURS
 Une politique  énergique de protection totale permit alors aux effectifs de se reconstituer progressivement sur un espace immense de 150 000km2 , pour approcher les 800 individus au début des années 1980.
La période suivante fut à nouveau marquée par un épouvantable recul : l’instabilité politique de cette période – fin des années 80 et début des années 90, a été une catastrophe absolue pour les tigres, braconnés à hauteur de 60 individus par an (chiffre officiel, le chiffre réel apporté par les observateurs locaux étant de 90 tigres par an), et qui se retrouvèrent dans le même état qu’au début des années 30.
En 1994, alors que tout semblait perdu, fut déclenchée, avec une aide extérieure importante, l’opération « Amba ».  L’intitulé d’une telle initiative était à double sens. Pour les populations autochtones de la Taïga, le tigre « Amba » est l’esprit de la forêt, son âme. La forêt sans tigre n’existe plus, elle n’a plus aucune valeur.
Mais « Amba » signifie aussi « la Mort ».
Des équipes anti braconnage, composées de personnes fortement motivées et connaissant bien le terrain, firent alors merveille.
Pour un coût modeste (moins de 750 000 dollars au total), avec l’appui sans réticence des autorités et une intense propagande parmi la population, l’opération réussit, pour quelques années, à renverser à nouveau le sens de l’évolution et assurer la survie de l’animal, dont les effectifs remontèrent rapidement à plusieurs centaines d’individus, et approchèrent  même, au début 2000, les niveaux du début des années 80.
Mais la suite fut fort différente, comme nous l’avons indiqué plus haut.
Aujourd’hui, les Toungouses continuent à considérer « Amba » comme un membre de leur famille. Ils ont le sentiment que leur sort est lié à lui. Ils pleurent la fin du « tigre frère » et l’exploitation de leur territoire. Ils savent que si le tigre disparaît, eux – mêmes sont condamnés.
L’extermination d’un grand fauve implique TOUJOURS la destruction d’une (ou de plusieurs) cultures étroitement articulées sur sa présence. Elle implique la chute des populations dans la misère et la désespérance.
Ajoutons qu’en Sibérie et en Corée, l’ours et le tigre sont liés dans l’esprit de nombreuses populations.
L’exemple coréen est significatif ; Le fondateur du pays, Tangun, est le fils du roi céleste et  d’une ourse qui s’était métamorphosée en femme.
Elle avait au préalable fait cette demande auprès du roi en compagnie d’une tigresse,. Ce dernier leur avait imposé des épreuves que seule l’ourse accepta d’endurer jusqu’au bout.
Après plus de 1500 ans de règne, Tangun « entre en dormition » et devient « l’Esprit de la Montagne ». C’est aussi ce qui se produit pour le tigre en Corée, Mandchourie, Bouriatie (Baïkov 2002).
Fils de l’ourse humanisée pendant sa vie, Tangun devient celui de la tigresse sauvage après sa mort…


Conclusion : La Russie à la croisée des chemins

Les deux âges d’or du tigre en tant qu’espèce, il y a respectivement 40 000 ans et 6000 ans, furent tous deux, d’abord, des âges d’or russes. Il y a 40 000 ans, la densité de ces animaux en Chine orientale est énorme mais l’animal occupe des espaces septentrionaux bien plus importants en Russie, de l’Ouest du Baïkal au Kamtchatka. Il y a 6000 ans, la densité est la plus forte en Inde, mais la quasi totalité du territoire russe abrite des tigres de deux types géographiques suivant deux moitiés longitudinales immenses, les tigres de Sibérie occupant la bande septentrionale, les tigres de la Caspienne occupant la bande méridionale (ce n’est qu’à l’Aride post néolithique que les premiers quitteront leurs territoires les plus septentrionaux et les plus occidentaux et que la distribution  des seconds se réduira comme peau de chagrin et prendra son apparence dendritique en rapport avec le réseau hydrographique et lacustre eurasien).
 A contrario, au cours des 130 dernières années, les tigres russes ont connu 3 crises successives. La première, de 1880 à 1930, a provoqué l’extirpation complète du tigre de la Caspienne des zones méridionales du pays, et a poussé le tigre sibérien au bord de l’extinction. Mais celui – ci fut alors sauvé une première fois, grâce à des actions vigoureuses soutenues par une volonté politique effective.
La seconde eut lieu lors des années 1985 – 1995, avec des conséquences comparables à la première. Les animaux furent à nouveau sauvés in extremis, mais le répit ne fut que de quelques années, et les tigres du Nord, du fait notamment du déménagement de la forêt boréale et du trafic d’animaux, aujourd’hui voient pour la troisième fois la mort en face,
alors qu’environ 6000 tigres vivent dans les propriétés de businessmen russes ou d’Asie centrale, ce qui étoffe le prestige de ces derniers comme dans le cas des millionnaires américains (Sennepin 2008d).
Comme le chevalier du tableau de Victor Vasnetzov (1882)  contemplant des ossements  qui sont en fait les siens, la Russie est aujourd’hui à la croisée des chemins.
# Et pourtant, si la volonté politique prend corps dans ce domaine,
et comme elle sut le faire déjà par deux fois, elle dispose de tous les moyens, non seulement pour sauver les plus grands tigres du monde, mais aussi assurer l’installation pérenne de tigres dans d’autres régions de son immense territoire .
L’idée fut lancée, ailleurs, par certains scientifiques :
David Mc Donald, l’un des principaux contributeurs du récent travail montrant que tigre des neiges et des steppes représentent la même lignée génétique (Driscoll & al 2009), déclarait (dans un article de Daily Science mis en ligne le 2 Février 2009), que le gène du tigre de la Caspienne existant toujours, la réintroduction de l’animal (à partir du noyau sibérien) devait être désormais envisagé en Asie centrale.
Et le docteur Ali Aghili avait entamé des consultations auprès des autorités locales et des populations sur la faisabilité concrète d’un plan similaire dans le Nord – Est de l’Iran…
Depuis le début de l’année 2010, l’idée s’est concrétisée à travers le projet croisé russo – iranien mentionné plus haut.

UNE FORMIDABLE OPPORTUNITE D’EXPRESSION ORIGINALE POUR LA CULTURE RUSSE SUR LA SCENE MONDIALE
En utilisant des stratégies différentes, Inde, Chine et Occident sont tous en train d’échouer dans leurs tentatives de sauver les tigres.
L’Inde abrite la moitié des tigres sauvages d’Asie, ce qui représente peut – être un millier
d’ individus. Sa culture du tigre, très originale et qui assura une cohabitation équilibrée entre hommes et tigres pendant des siècles, a été mise à mal par la colonisation anglaise. Aujourd’hui, la volonté politique et l’imagination font cruellement défaut dans ce pays aux capacités pourtant immenses dans ces domaines pour éviter la fin rapide des tigres sauvages.
Qui plus est, les difficultés sont aggravées dans des proportions inédites par l’influence et l’action directe, particulièrement invasives, des mafias chinoises dans ce pays, comme dans tous les autres hébergeant des tigres et autres grands prédateurs, sauvages ou domestiques et où les gardes se sentent pour l’heure dépassés (Russie, Etats – Unis, Afrique orientale et australe… - Sennepin 2008d - ).
La Chine héberge 6000 tigres captifs dans de centres de reproduction géants. Les deux plus importantes sont à Guilin (Chine centrale) qui compte plus de 1100 félins pensionnaires - il y a aussi de nombreux ours de l’Himalaya -, et à Harbin, en Mandchourie (ville qui fut fondée par les russes) avec 900 animaux de souche sibérienne. Ces élevages ont une vocation essentiellement commerciale, bien que leurs responsables prennent soin d’habiller leurs activités d’un discours environnementaliste depuis que ces structures ont été dénoncées au niveau international, notamment par la Russie, l’Inde et l’Occident.
Ceci étant, c’est une chinoise qui est engagée dans l’opération de réensauvagement de tigres captifs la plus sérieuse et la plus porteuse d’espoir à ce jour, aidée par des zootechnicens sud – africains d’une extrême compétence (Li Quan, présidente de l’association Save China’s Tigers).
Beaucoup moins médiatisée qu’en Chine, la situation des tigres captifs en Europe et aux USA n’est pas meilleure que dans ce pays.
Les individus captifs augmentent en nombre car, comme aux Etats Unis où ces animaux sont plus de 12 000 (5000 pour le seul Texas), leur reproduction va bon train. Certaines catégories  sont particulièrement privilégiées, comme les tigres blancs.
Au nom d’une pureté raciale fictive, les « hybrides de deux sous espèces distinctes » sont fréquemment éliminés. Cela repose sur une falsification scientifique, qui classifie les tigres en six sous -  espèces différentes à l’heure actuelle, alors qu’elles ne sont en réalité plus que deux (tigres continentaux et tigres îliens).
Cela entraîne la liquidation systématique de milliers d’individus en bonne santé, prônée par l’Association Internationale des Zoos, d’inspiration et de culture anglo – saxonne, qui croit débusquer une majorité d’  « hybrides » dans les populations de tigres captifs du monde entier.
Cet état d’esprit génère un énorme commerce des peaux et d’autres produits, ainsi que la fortune de certains taxidermistes ayant pignon sur rue, dont les activités sont reconnues et ont un caractère ostentatoire.
Après avoir détruit les tigres sauvages, l’Europe « régule » drastiquement ses individus captifs (voir Sunday Times du 22 Juillet 2007).
Dans cette situation, l’Occident n’a évidemment pas la moindre crédibilité quand  il prétend donner des leçons à la Chine – qui cumulent le ridicule et l’odieux - sur la question du commerce des produits du tigre, alors qu’il a fait bien pire par le passé et qu’il continue à faire au moins aussi mal maintenant que cette dernière.
Qui plus est, Europe et USA n’envisagent aucun plan de réensauvagement dans un avenir prévisible, alors même que les études les plus récentes montrent que la reproduction prolongée d’individus captifs affaiblit ces derniers, et rend donc une éventuelle réadaptation ultérieure de leurs descendants à la vie sauvage plus que problématique, pour ne pas dire impossible (Sennepin 2008d).

 La culture russe est beaucoup moins sujette à la logique marchande que la Chine et l’Occident, bénéficiant d’une vigueur politique nettement supérieure à celle de l’Inde, profondément étrangère aux logiques occidentales, et en premier lieu anglo – saxonnes, de catégorisations raciales outrancières. Elle est, de plus,  historiquement, au cœur de la culture eurasienne du binôme ours/tigre. Elle a, de ce fait,  tous les atouts pour saisir l’opportunité de sauver un miracle esthétique de l’évolution qui a profondément marqué les communautés humaines sur toute son aire de distribution, et retirer tous les bénéfices d’une action dont la dimension sotériologique est évidente.
A partir de noyaux familiaux de tigres déjà présents sur son territoire, ou de plans communs avec les USA, l’Europe occidentale ou la Chine  pour le transfert de tigres captifs sur son sol en vue d’être réadaptés à la vie sauvage dans des espaces préparés, la Russie pourra à la fois stabiliser une petite population dans un espace sanctuarisé et revivifier la culture slave de l’ours et du tigre.
Dans un deuxième temps, après une phase d’expansion des effectifs qui peut lui permettre assez rapidement d’héberger le plus grand nombre de tigres sauvages au monde, elle pourra proposer l’exportation d’animaux, notamment, après l’Iran,  vers les républiques d’Asie centrale et la Turquie  dans le cadre de plans communs visant à la création  d’un nouveau tigre des steppes.

La Russie peut sauver les tigres sauvages, par ses propres moyens, si elle le décide, et devenir leur principal sanctuaire dans le monde entier.

« Patrie, n’oublie pas tes difficultés présentes, mais concentre toi sur ce qui peut assurer ton Salut ».  Pouchkine.

 



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